Pouvoir d’achat, cout de la vie, conditions d’enseignement, avenir de la jeunesse… Ce jeudi, la quatrième journée de mobilisation à Perpignan a rassemblé un cortège intergénérationnel toujours aussi déterminé. Dans les rangs, retraités, salariés, artisans et lycéens ont exprimé leur colère, chacun avec ses propres revendications. Paroles de manifestants.
Intergénérationnelle, unie et massive. Davantage encore que les fois précédentes. Oui, ce jeudi 5 novembre, la mobilisation perpignanaise avait fière allure et n’a montré aucun signe d’essoufflement. Aucun. Comme attendu, salariés du privé et du public, retraités, lycéens, étudiants, Gilets jaunes et syndicats ont gonflé le cortège de cette quatrième journée de manifestation depuis l’émergence du mouvement, il y a quelques semaines.
Portée par l’intersyndicale (CFDT, CGT, FO, UNSA, FSU), elle ciblait, entre autres, la défense du pouvoir d’achat face à la vie chère. Mais pas seulement. En attestent les revendications des hommes et des femmes qui ont battu le pavé ce jeudi matin. Ceux qui manifestent depuis des décennies et ceux qui découvrent tout juste les cortèges. Ceux qui défendent leur pouvoir d’achat et ceux qui s’inquiètent de leurs conditions d’études.
À 60 ans, Laure est charpentière. Elle n’est pas venue pour réclamer une augmentation de salaire. Son combat est ailleurs. « On nous prend pour des buses et ça suffit ! C’est le moment de dire que ça s’arrête, qu’ils sachent que ça suffit », souffle-t-elle, déterminée. Pour elle, le problème est avant tout celui du coût de la vie. « Je trouve qu’on prend les choses à l’envers. Au lieu d’augmenter tout, il faudrait tout réduire. Si on réduisait le coût de la vie, on pourrait garder nos salaires actuels On vivrait mieux. Dans ma coopérative, on a un salaire décent. On ne demande pas à être augmenté. On demande juste à ce que le coût de la vie diminue pour qu’on puisse vivre décemment avec notre salaire ».
« En classe, même en blouson, on a froid »
Dans le cortège, Théo n’a que 17 ans. Élève en terminale au lycée de Céret, il fait partie de cette jeunesse qui a décidé de descendre dans la rue pour défendre ses conditions d’apprentissage. Et il ne manque pas d’exemples à donner. « Je suis venu manifester parce que dès qu’on demande des remplaçants aux proviseurs ou aux surveillants, on nous dit que non, qu’ils ne veulent pas ou ne peuvent pas ». Le jeune homme pointe également du doigt les conditions matérielles dans son établissement. « Les salles sont mal isolées, les fenêtres ferment mal… Les professeurs sont obliges de ramener leur propre petit chauffage pour que la salle soit assez chaude. Parce que sinon, même en blouson, on a froid ». Le self fait aussi partie de ses préoccupations. « On n’a pas des énormes portions. Après le sport, c’est compliqué de reprendre assez de forces pour suivre les cours… Globalement, il faut plus de moyens pour qu’on puisse avoir de meilleures conditions d’éducation ».
« Je suis enchanté de voir les jeunes se réveiller »
Yves, 74 ans, est un ancien enseignant. Avec son épouse, également retraitée de l’Éducation nationale, il suit le mouvement depuis ses débuts « Manque de professeurs, locaux inadaptés, salles trop chaudes ou trop froides, Parcoursup… Je suis enchanté de voir qu’il y a une prise de conscience de l’absence d’avenir qui est offert aux jeunes, des conditions d’études calamiteuses qui s’aggravent depuis dix ans. Bien sûr, dans le tas, il y en a qui sont contents de ne pas aller en cours. Moi, quand j’étais en seconde à Arago en 1968 j’étais bien content de ne pas y aller non plus! Mais la majorité des jeunes qui manifestent savent pourquoi ils sont là ».
Le pouvoir d’achat fait aussi partie de ses préoccupations. Retraité, il reconnaît que son niveau de vie a diminué même sil estime « ne pas être le plus à plaindre ». « Je suis le soutien de mes enfants et petits enfants. Si je n’étais pas là avec mon épouse, certaines de leurs capacités à vivre convenablement ne se raient pas les mêmes ».
Driss Chait (L’Indépendant, le 6 novembre 2026)
