Lycées : le gouvernement sort un carnet de chèques virtuel

Une série d’annonces ont été faites ce lundi, mais certaines ne vaudront que pour 2028.

Le gouvernement a annoncé lundi des mesures pour tenter de satisfaire les demandes du mouvement lycéen et étudiant qui exige depuis plus d’un mois de meilleures conditions d’enseignement.

Les lycéens demandent depuis plusieurs semaines une aide pour rénover le bâti scolaire, une modification des rythmes scolaires ainsi que l’abrogation de Parcoursup, l’une des principales cibles de cette contestation qui s’est traduite par le blocage d’établissements scolaires et des manifestations. Les ministres de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, et de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, ont détaillé les mesures arrêtées lors d’une conférence de presse. Invité de France 2 lundi soir, Édouard Geffray a évoqué la question de sa potentielle démission : « Que ça m’ait traversé l’esprit, la réponse est oui » mais « je considère que ma responsabilité est de servir l’intérêt général ».

1 Suppression de Parcoursup en 2028

Voici les principales mesures annoncées par le gouvernement: la première d’entre elles consiste à réformer Parcoursup en 2027 avant son remplacement en 2028. Les formations de l’enseignement supérieur devront justifier leur refus des candidatures et les critères de sélection feront l’objet de davantage de transparence. La nouvelle mouture de 2028 sera un « nouveau système, plus simple, construit à partir des conclusions du comité et du débat parlementaire », précise le ministère de l’Éducation.

2 Des places et des postes

Le gouvernement annonce l’ouverture à la rentrée 2027 de 15 000 places dans l’enseignement supérieur – 10 000 en BTS, 4 000 en IUT et 1 000 pour les filières de santé. Le gouvernement a annoncé une jauge maximale de 28 élèves par classe de seconde pour les lycées les plus défavorisés dès la rentrée 2027. Cette mesure devrait s’appliquer au reste des établissements à la rentrée 2028. Le nombre d’élèves sera également réduit dans les groupes les plus chargés en première et terminale. L’exécutif s’est engagé à annuler des suppressions de postes envisagées et même à débloquer 500 postes supplémentaires à la rentrée prochaine.

3 Prêt de 4 milliard pour les régions

Le gouvernement a annoncé le prêt de 4 milliards d’euros à taux réduit pour la rénovation du bâti scolaire ainsi que le déblocage d’un milliard d’euros supplémentaire pour les bâtiments universitaires. Mais le principe d’un prêt coince déjà, le financement, in fine, incombant aux régions.

4 La réaction des lycéens

Avant la conférence de presse, le Premier ministre Sébastien Lecomu avait reçu les organisations lycéennes et étudiantes. Une partie des syndicats lycéens a salué des mesures concrètes de l’exécutif mais appelle tout de même à poursuivre la mobilisation le 31 octobre et 5 novembre. « On peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Tout n’est pas encore satisfait et nous irons au bout. Nous satisferons les revendications des lycéens et des lycéennes et nous appelons à la mobilisation le 5 novembre et le 31 octobre », a déclaré Louis Letoublon, vice-président de l’organisation Les Lycéens !, à la sortie de la réunion.

L’Indépendant, le 27 octobre 2026

Selon un sondage Odoxa pour la presse régionale, 68 % des Français pensent que le mouvement des lycéens est justifié (94 % des sympathisants LFI et écologistes, 80 % PS, 60 % RN, 58 % Renaissance et 51 % LR) mais seulement 36 % souhaitent qu’il se poursuive après les vacances de la Toussaint.

Mouvement des lycéens : à Font-Romeu, les élèves du lycée Pierre-de-Coubertin continuent la mobilisation (L’Indep)

Ce jeudi matin, le collège-lycée Pierre-de-Coubertin était concerné par une mobilisation lycéenne, à l’instar de 1027 établissements en France. À 10h, une quarantaine de lycéens s’est rassemblée devant l’établissement afin de rejoindre, en cortège, le Calvaire de Font-Romeu.

Le choix du lieu d’arrivée revêtait-il une dimension symbolique pour les élèves du lycée de Font-Romeu ? « Par le nom un peu, mais c’est surtout un endroit, de par son panorama qui offre de la visibilité », ont répondu les élèves qui ont besoin d’être entendus. Si la mobilisation était nettement moins importante que mardi dernier, les jeunes n’en étaient pas moins déterminés à faire entendre leurs revendications, tout en dressant un constat lucide de leurs difficultés. Victoria élève de terminale prend la parole : « ce qui nous impacte le plus, c’est Parcoursup. Tous les jours, on est stressés. On sait que chaque note compte puisque nous sommes hiérarchisés par classe et on a des angoisses constantes. Ici, nous avons la chance d’avoir un lycée adapté à la météo, mais dans d’autres établissements, c’est catastrophique. Ce qui nous touche le plus, c’est le manque de professeurs. L’année dernière j’avais une prof de techno, anglais et enseignement scientifique et aucune des trois matières n’était sa spécialité ! »

Léan, élève de 1re et Thomas, élève de terminale reprochent « la lourdeur des emplois du temps. On veut aussi l’abrogation de Parcoursup qui est très mal organisé, trop de personnes n’ont pas ce qu’elles souhaitent. On est également là pour faire entendre nos voix, par solidarité avec les autres lycées. »

Des enseignants solidaires de leurs élèves

Si les lycéens étaient moins nombreux que lors du précédent rassemblement, ils étaient davantage accompagnés par leurs enseignants. Clément Metreau, professeur d’histoire-géographie, explique les raisons de son engagement : « je suis solidaire des élèves qui sont en détresse et n’ont pas été assez écoutés. Le contexte international n’est pas facile, au niveau économique. J’ai l’impression qu’ils ne se voient pas trop d’avenir. Quand les élèves vous posent la question sur une 3e guerre mondiale, s’ils vont trouver un emploi, ça me travaille. »

Un constat partagé par Petra Donnellan, professeure d’anglais : « c’est important de les soutenir, ça fait partie de mon rôle d’enseignante. Les élèves sont tout le temps stressés, pour le contrôle continu, chaque note compte, il ne faut aucun raté. En tant que prof principale, j’essaie de les orienter car nous n’avons plus de conseillère d’orientation. Les élèves se sentent perdus et ont du mal à se projeter. »

Ce nouvel acte de mobilisation s’est déroulé dans une ambiance relativement légère, sans pour autant atténuer la portée des revendications. Derrière ce rassemblement, les lycéens dénoncent la pression scolaire, les difficultés d’orientation et le manque de perspectives. Autant de préoccupations qui traduisent un mal-être et une incertitude grandissants chez les jeunes.

Frédérique Berlic (L’Indépendant, le 16 octobre 2026)

L’édito du Travailleur Catalan par René Granmont. La lutte continue…

Avec près de 480 000 manifestants mardi 13 octobre, l’essoufflement du mouvement des lycéens et des étudiants attendu par Matignon n’a pas eu lieu. Ils continuent de demander des heures de cours, de meilleures conditions de travail, des locaux dignes de la sixième puissance mondiale, la fin de Parcoursup, ce système de sélection opaque transformé en loterie anxiogène.

À l’aide d’une répression policière d’un niveau rarement atteint contre des jeunes, à coups de matraquages médiatiques, à coups de fausses concertations et de promesses plus vides les unes que les autres, le gouvernement aura tout tenté pour étouffer ce mouvement qui combat les inégalités, le dynamitage des contenus et l’idéologie néolibérale du « marché scolaire ». Mais, son coup a manqué : les enseignants qui retrouvent dans les demandes lycéennes leurs propres revendications, les parents qui veulent protéger leurs enfants, les syndicats qui combattent la même politique austéritaire sont descendus dans la rue aux côtés d’une jeunesse qui ne s’en laisse plus compter. Car les jeunes ne sont pas les seules victimes de la politique mise en œuvre par les gouvernements depuis des années. De toutes parts résonne le fracas d’une société qui craque : pompiers désarmés devant les flammes, soignants débordés dans des urgences saturées, collectivités locales mises à la diète, recherche scientifique asphyxiée, transition environnementale sacrifiées. Nos infrastructures cèdent : établissements scolaires délabrés, routes dégradées, rail accumulant les retards, justice exsangue… La pauvreté ne cesse de s’accroitre : salaires de misère, loyers inabordables, hausse de l’énergie et des carburants…

Tout ceci est imposé au nom d’une dette brandie comme un totem pour faire accepter tous les sacrifices aux travailleurs, aux retraités, aux chômeurs, pendant que les parasites du dividende engrangent plus de 60 milliards d’euros. Pendant que rien n’est demandé aux privilégiés de la fortune, à ces 500 plus grandes fortunes de France dont le patrimoine culmine à 1 076 milliards d’euros –égal au tiers du PIB du pays–. Cette insolente accumulation est le fruit d’une exploitation forcenée du travail, du pillage des ressources et d’exonérations fiscales massives.

C’est parce que les richesses s’accumulent à un pôle de la société que l’immense majorité bascule dans l’incertitude du lendemain. Ce divorce entre ceux qui produisent la richesse et ceux qui la confisquent n’est plus seulement une injustice économique, c’est une violence de classe, un étouffement démocratique.

Face à cette entreprise de démolition sociale, l’heure est aujourd’hui à la lutte.

À l’image de cette jeunesse qui n’entend pas abandonner son combat.

Et cela dès le 17 octobre prochain…

Le gouvernement peut-il faire face à une agrégation des colères ? (L’Indep)

Après une nouvelle journée de mobilisation, mardi, lycéens et étudiants appellent, samedi, a une « convergence des luttes » pour soutenir la résurrection annoncée des « gilets jaunes ».

C’est la grande question, à ce stade du mouvement engagé par les lycéens : appuyé désormais par les étudiants, une large intersyndicale professionnelle et l’opposition de gauche, peut-il agréger aussi la colère des « gilets jaunes » ? Les organisations de jeunes qui défilaient une nouvelle fois, mardi, dans les rues de Paris (Union syndicale lycéenne, Union étudiante, Unef, Fage) ont appelé à soutenir la résurgence annoncée du mouvement de colère né sur les ronds-points en novembre 2018.

Une initiative amorcée depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux, ou sont annoncés à la fois des manifestations déclarées et des blocages, ce samedi. Combien de lycéens seront au rendez-vous au premier jour des vacances scolaires de Toussaint ? « Nous ne lâcherons rien et nous ne braderons rien, a promis, mardi, le président de l’Union syndicale lycéenne, Ryad Rani. Nous appelons massivement a rejoindre le mouvement des « gilets jaunes », pour enfin faire vivre cette convergence des luttes ».

Samedi, « partout où nos revendications sont partagées, nous répondrons présents », a abondé la secrétaire générale du syndicat des enseignants Snes-FSU, Sophie Vénétitay.

Empêcher un détournement « par l’extrême droite »

La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, avait déjà annoncé, la veille, sur LCI, que la CGT soutiendrait aussi cette journée d’action autour du pouvoir d’achat. « Notre présence vise aussi à empêcher les tentatives de détournement par l’extrême droite de cette journée de lutte sociale, a précisé, mardi, le syndicat. Partout où les conditions sont réunies, les forces militantes de la CGT seront présentes avec celles et ceux qui se mobiliseront, lycéens et étudiants, salariés, retraites. »

Un nouveau front social en perspective pour le gouvernement déjà empêtré dans une crise lycéenne. Entre 161 500 (selon le ministère de l’Intérieur) et 480 000 personnes (selon l’intersyndicale de la jeunesse) ont défilé, mardi, dans toute la France, à l’occasion de l’acte V du mouvement. Ils étaient 41 500 à Paris, 11 000 à Lyon, 3 800 a Marseille selon les autorités. Près de 8 000 personnes ont fait entendre aussi leur colère à Montpellier, environ 400 à Béziers et à Nîmes. Les lycéens ont reçu aussi le soutien de la militante écologiste suédoise Greta Thunberg, présente mardi à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). « Il est temps que les jeunes se soulèvent », a-t-elle commenté.

Le ministère de l’Éducation nationale estime cependant que le mouvement est en recul. Il a fait état de 214 établissements scolaires fermés (94,2 % étaient donc ouverts), contre 224 jeudi et 800 il y a une semaine, avec des perturbations, en parallèle, dans un tiers des établissements de l’enseignement supérieur.

Si les blocus sont en baisse, les autorités continuent de recenser des incidents, notamment aux abords de certains lycées. Depuis le début de la contestation, 800 policiers et gendarmes, 200 lycéens et 147 personnels de l’Éducation nationale ont été blessés. 36 enquêtes ont été ouvertes par GPN, la police des polices, dont quatre pour « des blessures mutilantes » et six pour des « blessures significatives », a précisé, mardi, le ministre Laurent Nuñez.

La perspective d’une éventuelle réactivation des « gilets jaunes », mouvement qui avait été émaillé, lui aussi, de violences, inquiète donc le pouvoir, qui a annoncé ces derniers jours des mesures pour le pouvoir d’achat. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a promis, lundi, que les prix du carburant baisseraient « dès le 1er novembre », après le déstockage de dix millions de barils de pétrole.

Sous la pression de la vague de contestation née le 21 septembre dans l’académie de Créteil (Val-de-Marne), le gouvernement a annoncé également la semaine dernière le renfort de 3 000 enseignants pour des remplacements. Une mesure jugée insuffisante par une partie de l’opposition et des jeunes.

Avec cette crise, « le gouvernement a été comme pris au dépourvu, sinon dépassé », observe Dominique Andolfatto, professeur en sciences politiques, spécialiste des mouvements sociaux. « Mais on n’arrête pas si facilement un mouvement de cette ampleur. »

L’Indépendant, le 14 octobre 2026

Mouvement des lycéens : « On en a assez des promesses non-tenues » (L’Indep)

Ce mardi 13 octobre, la mobilisation lycéenne s’est poursuivie, en France, mais aussi à Perpignan, où plusieurs centaines de personnes ont battu le pavé pour continuer à exprimer leurs revendications et dénoncer leur situation.

Ils étaient environ 800 à être descendus dans les mes perpignanaises, ce mardi 13 octobre. C’est bien moins que lors des précédents rendez-vous, mais les lycéens ont su, malgré tout, se faire entendre. Il était aux alentours de 10h40 lorsque ces derniers sont arrivés sur la place de la Victoire, au pied du Castillet, pour rejoindre les syndicats déjà présents sur les lieux.

Ce n’est que quelques minutes plus tard que le cortège, une fois rassemblé, s’est mis en marche en direction du Quai Jean de Lattre de Tassigny pour rejoindre le boulevard des Pyrénées. Les manifestants sont ensuite passés devant la place de Catalogne pour accéder au boulevard Georges Clemenceau et se rendre à nouveau au Castillet lors d’une marche où aucun débordement ne semble avoir été constaté.

Vers 12h30, une délégation composée de l’Union syndicale lycéenne (USL), du mouvement étudiant Union progressiste ainsi que de syndicats enseignants, a quant à elle été reçue par le préfet des Pyrénées-Orientales, Pierre Regnault de La Mothe.

Des dénonciations

Mais avant cela, les manifestants ont organisé une prise de parole devant la préfecture. Si ces derniers ont une nouvelle fois fait part de leurs revendications, comme le manque de professeurs ou encore la suppression de Parcoursup, ils en ont également profité pour dénoncer leur situation.

Pour l’Union syndicale lycéenne du lycée Pablo Picasso, « on en a assez des réunions, des convocations et des promesses non-tenues, car rien ne change ». Tandis que pour le lycée Arago on dénonçait « l’administration de notre établissement qui cherche à nous faire taire. »

Durant ces prises de parole, les forces de l’ordre ont également été ciblées, que ce soit en raison des nombreuses arrestations qui ont eu lieu en France ou des violences dont elles font l’objet d’accusations. Un point que les lycéens ont également souhaité faire remonter au préfet.

« On veut évoquer les violences policières, mais aussi la pression que subissent des élèves de la part de leur établissement, avec la levée des absences liées au mouvement et nos revendications », a résumé Louise de l’USL pour le lycée Jean Lurçat. « Aucune sanction ne doit être portée aux lycéens qui sont présents durant les manifestations Il ne faut pas que cela leur porte préjudice, notamment avec Parcoursup », a réclamé Éloïse Chenus, de l’Unsa.

Antoine Castellet (L’Indépendant, le 14 octobre 2026)

« Les revendications des jeunes sont légitimes » : lycéens, étudiants, parents et enseignants de retour dans la rue (L’Indep)

Ce mardi 13 octobre, la quasi-totalité des syndicats d’enseignants présents dans le département appellent à manifester avec les lycéens et les étudiants à Perpignan. Selon eux, les revendications des élèves sont plus que légitimes et le gouvernement se doit d’y apporter une réponse.

L’appel est quasiment unanime du côté des syndicats d’enseignants. Et la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) soutient également la journée d’action de ce mardi, lors de laquelle une manifestation, organisée conjointement avec l’Union syndicale lycéenne et le mouvement étudiant Union progressiste, partira à 10h30 de la place de la Victoire pour effectuer une boucle en centre-ville.

Manque de professeurs, d’infirmières ou de psychologues scolaires, emplois du temps « intenables », salles vétustes, difficultés liées à la plateforme d’orientation Parcoursup…

Depuis deux semaines, les lycéens mobilisés font remonter leurs doléances. Pratiquement en vain à leurs yeux, hormis quelques « mesurettes ». « Il y a toujours une absence totale de réponse satisfaisante du gouvernement à leurs revendications, que nous partageons toutes », s’énerve Marc Moliner, du Snes-FSU.

Nicolas Ribo, de la CGT Éduc’action, est sur la même ligne : « Jusqu’à présent, la seule réponse du gouvernement, c’est la répression, qui n’a jamais été aussi forte depuis 1968. C’est inacceptable. Il faut une réponse globale, un plan d’investissement pour créer des postes d’enseignants, améliorer les conditions d’accueil et intervenir sur le bâti scolaire ».

Eloïse Chenus, de l’Unsa, reprend la balle au bond : « On a pu constater en cette rentrée entre 34 et 35 degrés dans certaines salles de classe, avec des malaises d’enseignants et d’élèves. C’est gravissime. On est sur une mise en danger des personnels et des élèves, sur une urgence de santé publique ».

Les enseignants confirment aussi les dires de leurs élèves concernant la plateforme d’orientation Parcoursup, « qui renforce les inégalités d’accès aux études supérieures ». Ou encore pour ce qui est des journées à rallonge liées à la réforme du lycée (des cours de 8h à 18h avec parfois des trous de plusieurs heures au milieu de la journée). « Les problèmes d’emploi du temps que dénoncent les élèves sont souvent moqués, mais ils ont une base structurelle forte. C’est cette réforme qui les a engendrés », estime Léa Docus, de Sud Éducation.

« La répression est extrême alors que les revendications des jeunes sont légitimes. C’est insupportable », résume Véronique Busson, de la CNT. Alors que Kader Benmouffok, du syndicat FO des collèges et lycées évoque « une rupture du contrat social » : « Le droit de manifester est un droit constitutionnel et le gouvernement se doit de répondre aux revendications autrement que par la répression ». Les syndicats réclament également que les absences des élèves lors des mobilisations ne soient plus considérées comme injustifiées, afin que cela ne handicape pas leur orientation.

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 13 octobre 2026)

L’édito du webzine. Le débat étouffé de la jeunesse

Des lycéens descendent dans la rue. Que demandent-ils ? Des heures de cours, des classes moins chargées, des locaux dignes de la sixième puissance mondiale, la fin d’une sélection devenue loterie anxiogène. Des choses simples : le droit d’étudier.

Et pourtant, qui parle dans les médias ? Ni le ministre de l’Éducation nationale, qui a d’abord qualifié le mouvement d’« entreprise de destruction du service public », ni celui des Universités. C’est le ministre de l’Intérieur qui monopolise les plateaux et impose le vocabulaire. Un pays qui répond à une question d’éducation par la police : ce constat devrait suffire à alerter.

Car le premier champ de bataille est celui des mots. Une manifestation devient « émeute urbaine » ; une revendication devient « colère » ou « grogne ». Ces termes ne sont pas neutres : ils dépolitisent. Parler de « colère », c’est effacer ce que les jeunes disent précisément ; qu’ils contestent une politique éducative et un manque criant de moyens.

À l’infantilisation s’ajoute la suspicion : ces jeunes ne seraient que des marionnettes, instrumentalisés hier par le Parti communiste, aujourd’hui par La France insoumise. Entendre, soutenir, donner un débouché aux demandes des citoyens serait pourtant le rôle d’un parlementaire.

Enfin : l’étiquette « ultra-gauche » est agitée contre toute évidence, la dissolution brandie pour distiller une ambiance ; mais les révélations accablantes sur le président du RN et ses menaces contre des journalistes n’ont suscité ni procureur, ni indignation ministérielle.

Deux poids, deux mesures

Le plus étrange, dans ce vacarme, est ce que personne ne dit que chaque année, la France consacre 70 milliards d’euros au seul paiement des intérêts de sa dette à une poignée d’institutions financières. C’est l’équivalent d’un deuxième budget de l’Éducation nationale, prélevé sur le bien commun. Dans le même temps, il a trouver sans difficulté 36 milliards supplémentaires pour la surmilitarisation, votés en quelques semaines.

Voilà la réalité que le matraquage médiatique soigneusement masque. Quand il s’agit de servir les rentiers ou les industries de l’armement, les crédits existent, se votent vite et sans repentir ; quand il s’agit de recruter des enseignants, de rénover des lycées ou d’alléger des classes, on nous explique soudain que « les caisses sont vides ». L’argent qui manque aux lycées n’est pas une fatalité comptable : c’est un choix politique, un choix de priorités- et il a des bénéficiaires.

Face à la contestation, la méthode est rodée : contenir par la contrainte policière, désamorcer par la concertation. Convention citoyenne, cahiers de doléances, commission sur les retraites : on institutionnalise l’écoute, on enterre les conclusions. Répondre aux attentes populaires serait « trop complexe » ; offrir des cadeaux aux multinationales se fait en un claquement de doigts. Les oppositions auraient tout à gagner à construire ensemble un débouché politique : reprendre les propositions des lycéens, les chiffrer, montrer comment les financer.

Au fond, ce mouvement refuse une école soumise au marché et formant une main-d’œuvre malléable. Il exige des moyens d’émancipation, pas des méthodes de guerre civile. Traiter par la matraque un enjeu d’éducation sème les germes d’un inquiétant pré-fascisme. Nous ne l’oublierons pas.

Dominique Gerbault

Quelles perspectives se dessinent sur le front de la colère lycéenne ? (L’Indep)

Suites, revendications, violences… Le mouvement soulève de nombreuses questions.

« Ça nous incite juste à continuer. » A l’image de Noah, élève en terminale au lycée Henri-IV de Paris, interrogé au micro de France-Info, de nombreux lycéens réaffirmaient leur détermination à poursuivre leur mouvement, vendredi, au lendemain des annonces du ministre de l’Éducation nationale. L’arrivée de « 3 000 enseignants remplaçants » n’a pas convaincu les élèves, ni les syndicats et reste entourée de flou.

Sollicité vendredi, le rectorat de Montpellier a fait savoir qui n’est pas en capacité, à ce stade, d’indiquer le nombre d’enseignants supplémentaires qui seront embauchés ni la quantité d’heures supplémentaires dégagées dans le cadre du pacte enseignant.

Jeudi soir, Édouard Geffray a promis également, sur X, « une refonte des instances de démocraties lycéennes ». Avec quatre engagements: davantage d’élus lycéens au Conseil supérieur de l’éducation, un tiers des sièges des élus lycéens réservés aux élèves des voies professionnel-les, l’association des régions aux conseils académiques de la vie lycéenne et des budgets dédiés pour financer les projets soutenus par les instances lycéennes.

Mais les revendications des élèves sont protéiformes et réservent parfois quelques surprises. Les premières demandes collectées sur la plateforme de consultation du gouvernement (60 277 contributions du 6 au 8 octobre), dévoilées vendredi, ciblent d’abord l’organisation du temps scolaire (70 %) et les locaux jugés inadaptés (48,3 %).

« En nette décélération »

Et les élèves portent aussi en eux un mal-être plus profond, accentué par une époque chaotique, incertaine et, à de nombreux égards, anxiogène. Difficile, donc, pour le gouvernement d’anticiper les suites de ce mouvement qu’il n’avait déjà pas vu venir. En attendant la prochaine journée test de manifestations, mardi prochain -appuyée par l’intersyndicale-, le mouvement connait, pour l’heure, une « nette décélération », souligne l’exécutif. Sa dynamique est même « très localisée » dans certains départements, du fait « soit d’une politisation locale, soit d’un vrai problème local », assure le gouvernement.

Si la mobilisation lycéenne se poursuivait vendredi dans de nombreuses villes, à Montpellier et à Alès notamment, les 141 lycées fermés, soit mois de 4 % de la totalité (un chiffre stable depuis jeudi), étaient situés essentiellement, en effet, dans le Nord, le Grand-Ouest, la Seine-Saint-Denis et la banlieue lyonnaise, d’après une carte consultée par Le Monde.

Nombre d’entre eux affichent déjà les stigmates des violences qui émaillent le mouvement. Les dégâts occasionnés en marge des manifestations ou des blocages ont coûté « a minima 30 millions d’euros », avance une source au sein de l’exécutif, citée par l’AFP et Le Figaro. Mais, surtout, de nombreux blessés sont à déplorer (lycéens, enseignants, policiers) en marge des manifestations, parasitées par des casseurs.

« Nous appelions chacun à veiller à ce qu’elles restent pacifiques et à ce qu’il n’y ait pas de recours disproportionné à la force de la part des forces de l’ordre. Le droit de réunion pacifique doit être respecté », a réagi, vendredi, une porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Shabia Mantoo, lors d’un point de presse à Genève.

Au moins 6 877 personnes ont été placées en garde à vue depuis le début du mouvement, dont 86 % de mineurs et 24 enquêtes ouvertes par la police des polices. L’IGPN a, notamment, été saisie après une vidéo virale montrant un policier donner un coup de genou à un manifestant, jeudi, place de la Bastille, à Paris. Une adolescente de 14 ans a, elle, porté plainte après avoir été percutée par une voiture de la police, lundi à Dunkerque.

L’Indépendant, le 10 octobre 2026