Gérard Davet. « Il y a un complot pour prendre le pouvoir par les urnes » (L’Indep)

Dans un pavé captivant de 600 pages, les journalistes d’investigation au Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme autopsient l’empire médiatique du milliardaire réactionnaire Vincent Bolloré, et son projet pour choisir le vainqueur de l’élection présidentielle qui vient. L’Indépendant a interviewé Gérard Davet, qui vit une partie de l’année dans les Pyrénées-Orientales.

Dans cette nouvelle enquête, plus addictive qu’une série Net-flix, les déjà auteurs d’« Un président ne devrait pas dire ça… » sur le quinquennat Hollande ou du « Traître et le néant » sur Macron, racontent la guerre culturelle menée par Vincent Bolloré, via ses médias, pour faire basculer l’opinion à l’extrême droite et la France dans un régime illibéral.

Gérard Davet, qui vit plusieurs mois par an dans les Pyrénées-Orientales car « mi-cérétan », dit-il depuis qu’il y a acheté une maison (où il a écrit une partie du livre), a accordé un entretien à l’Indépendant, « je le lis tous les jours», avant sa conférence-débat et la signature du « Complot contre la France » à la médiathèque de Thuir ce jeudi 29 octobre 2026, à partir de 19 heures.

Après Hollande et Macron, voilà une enquête sur un milliardaire, Vincent Bolloré. Le pouvoir échappe-t-il de plus en plus aux politiques ?

On a écrit ce livre parce qu’on a le sentiment aujourd’hui d’assister à une triple implosion: du macronisme, des partis politiques traditionnels de droite et de gauche qui n’ont pas de réponse à apporter ce qui fait prospérer les extrêmes, et sur ce brasier une personne joue un rôle non négligeable, le milliardaire Vincent Bolloré et son empire médiatique qui n’a pas d’équivalent dans le monde. On raconte ce que ça dit de l’époque.

Vous documentez les étapes du dessein de Bolloré : faire basculer la France dans un régime illibéral grâce à l’extrême droite… à six mois de la Présidentielle, il y est presque ?

On a l’impression que c’est une croisade personnelle. Vincent Bolloré est certes un milliardaire à l’empire hyper puissant: une école de journalisme, les cinémas UGC, Universal, Canal +, Europe 1, le JDD, Havas, les points Relay dans les gares, des maisons d’édition. tout le spectre de ce qui peut influencer les gens. C’est une entreprise de lavage de cerveaux. Bolloré a une vision quasi messianique. Et on peut imaginer que déployer constamment, à longueur de journée, des argumentaires autour des trois « i » : immigration, islam, insécurité peut conduire à des actes terribles comme à Trappes (une fusillade raciste a fait un mort et cinq blessés le 23 octobre – NDLR). On ne fait pas de lien direct mais ça crée un radicalisme d’atmosphère, ça met de l’huile sur le feu.

Aujourd’hui le fruit semble mûr… Vous voulez informer les Français avant qu’ils votent mais ceux qui s’apprêtent à mettre un bulletin Le Pen ou Zemmour dans l’urne ne vous liront probablement pas… Est-ce vain, décourageant ?

Vous êtes mieux placée que moi pour le savoir à Perpignan. On a compris depuis longtemps que ça n’empêche pas les gens de voter pour tel ou tel. On a fait un livre sur Balkany, il a été réélu, sur Macron aussi. On sait que ce qu’on fait a une utilité relative mais notre travail est une mission d’intérêt général. Après chacun fait ce qu’il souhaite. On n’est pas découragé parce qu’on ne peut pas décider du vote de quelqu’un, on peut juste l’informer.

Vous tapez fort sur Macron…

Oui mais son deuxième mandat est une catastrophe: une dette abyssale, la dissolution, l’impossibilité de former un gouvernement… C’est ce qui permet aux extrêmes de prospérer.

Marine Le Pen est-elle la « marionnette » de Bolloré ?

Marine Le Pen est la marionnette de personne, je crois. Ces deux-là s’observent de loin. Elle et Jordan Bardella lui ont rendu visite et savent ce qu’ils lui doivent mais ils ne sont que le deuxième choix. Le premier choix c’est Éric Zemmour-Sarah Knafo et ceux qui tournent autour Sarkozy, Ciotti, Retailleau, Lisnard… une droite conservatrice avec un fort tropisme religieux. Mais Vincent Bolloré sait très bien que c’est Marine Le Pen qui a les faveurs des Français, c’est donc un deuxième choix.

On entend beaucoup que son élection est désormais possible, quel est votre avis ?

Je ne suis pas devin, il peut se passer beaucoup de choses mais aujourd’hui, tout est en place pour un second tour Le Pen-Mélenchon et une victoire de Le Pen est possible, oui. Quand l’extrême droite arrive au pouvoir, il est faux de penser qu’ils feront n’importe quoi, ils ne s’en prendront pas immédiatement à l’État de droit, ce sera insidieux et ça débouche toujours sur un pays qui va mal : l’Argentine, l’Italie…

Ces élus RN se sentent décomplexés ?

Oui et les journalistes dits locaux sont les premiers à subir les conséquences avec la restriction à l’information, les noms d’oiseaux et le mépris affiché. Le plus problématique c’est ce qui arrive après, comme débaptiser un cinéma par exemple (le maire d’extrême droite d’Elne, dans les Pyrénées-Orientales, l’a fait – NDLR), ce genre de choses. La technique est claire : désigner un ennemi de l’intérieur et dresser les gens les uns contre les autres.

Quand l’extrême droite arrive au pouvoir comme à Perpignan ou Carcassonne, et aussi avant, elle malmène toujours les journalistes et la liberté de la presse…

C’est devenu compliqué de mener des enquêtes approfondies dans plusieurs médias appartenant à des milliardaires comme Bolloré ou Arnault mais heureusement, en France, on peut encore publier des livres comme le nôtre et faire du journalisme comme vous le faites à L’indépendant. Des comportements comme ceux de Barthès (le maire RN de Carcassonne), on peut les dénoncer, on le fait d’ailleurs dans Le Monde.

Le titre de votre livre peut paraître exagéré si on ne le lit pas, pourquoi ce choix ?

Comme toujours, c’est un clin d’œil et une caricature. Au roman de Philip Roth « Le Complot contre l’Amérique » où on voit l’accession au pouvoir d’un président d’extrême droite qui installe une dictature aux États-Unis. On n’en est pas bien loin en France. Et on ne parle pas de trois personnes qui complotent dans un cagibi pour prendre le pouvoir en France ! Il y a un complot pour prendre le pouvoir par les urnes.

Recueilli par Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 29 octobre 2026)

Solution 30. En grève depuis deux jours, la rencontre avec leur PDG reportée (L’Indep)

Alors que les salariés de l’entreprise Solutions 30 Grand Sud Ouest, à Perpignan, ont poursuivi leur mouvement de grève ce mercredi 28 octobre, ces derniers espéraient pouvoir rencontrer Gianbeppi Fortis, PDG et cofondateur de Solutions 30. Un rendez-vous qui a été reporté.

Au deuxième jour de leur mouvement de grève, ce mercredi 28 octobre, les salariés de l’entreprise Solutions 30 Grand Sud Ouest, à Perpignan, étaient toujours mobilisés.

En effet, alors qu’un plan social doit avoir lieu dans les prochaines semaines, avec la perte « de 250 a 280 personnes sur 321 au niveau national » (pour la branche Solutions 30 Énergies, ndlr), les salariés espéraient pouvoir rencontrer Gianbeppi Fortis, le PDG et co-fondateur de Solutions 30, aux alentours de 16h30, avant d’être annoncé à 17h30, puis à 18h. Finalement, le rendez-vous a été reporté à ce jeudi 29 octobre, à 8h. « Il ne fait pas l’effort de venir sur nos horaires, alors qu’il est à Barcelone. Pendant ce temps, nous, on continue à l’enrichir », expliquait un salarié à L’Indépendant.

Une entreprise scindée en deux

Pour rappel, cette société a été fondée en 1974, par Jean-Pierre Navarro, ancien président de la CCI, décédé en juin 2025. Elle s’appelait alors Sotranasa et était spécialisée dans l’installation et la maintenance des réseaux de télécoms, de gaz et d’électricité. Elle a ensuite été reprise par Solutions 30, en 2018, un groupe basé au Luxembourg.

« Quand ils sont arrivés (Solutions 30, NDLR), ils ont scindé l’entreprise », expliquait un salarié de la société au premier jour de la grève, avant d’ajouter : « Ils ont mis d’un côté la téléphonie avec Solutions 30 GSO », qui a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Toulouse le 31 août 2026, « et d’un autre côté, Solutions 30 Énergies », qui a été placée en redressement judiciaire le 28 juillet 2026.

Les salariés dénonçaient également la continuité des prélèvements depuis juillet, avec « la mutuelle, nos congés -pour le bâtiment, on cotise à une caisse de congés- et les prestations Agirc Arrco », mais « on n’a plus de mutuelle, elle a été résiliée, les congés n’ont pas été payés et pareil pour les cotisations Agirc Arrco pour la retraite ».

Antoine Castellet (L’Indépendant, le 29 octobre 2026)

L’édito du Travailleur Catalan par Nicole Gaspon. Comment en est-on arrivé là ?

Le 23 octobre, à Trappes et à La Verrière dans les Yvelines, le racisme a tué. Un homme de 39 ans a fait feu tuant un jeune de 26 ans Pengo Bossio Wangi et blessant plusieurs autres personnes dont une fillette de 12 ans, grièvement touchée. Les victimes toutes noires ou arabes, étaient délibérément visées. Il s’agit bien d’un crime raciste commis par un individu lecteur de Mein kampf et dont les sympathies pour l’extrême droite sont avérées.

Il serait facile de considérer ce fait comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Le mal est beaucoup plus profond et vient de loin. Cette ignominie chemine depuis longtemps, d’abord à bas bruit, puis de plus en plus assourdissante. La liste des victimes du racisme malheureusement s’allonge, citons Hichem Miraoui à Puget-sur-Argens en mai 2025, Aboubakar Cissé dans une mosquée à La Grand-Combe en avril 2025, Djamel Bendjaballah, écrasé devant sa fille.

Tous les observateurs le soulignent, le racisme, la théorie du « grand remplacement », la défiance entretenue à l’égard des immigrés, les discriminations de sexe, de genre… sont devenus une constante dans le débat public et médiatique. Des thèmes repris à l’envi par des chaînes d’information, Cnews en tête. Des chaînes où les représentants du RN ont table ouverte. Le poison est ainsi continûment répandu. Rien d’étonnant alors si certains esprits fragiles se croient autorisés à passer à l’acte. C’est l’interrogation que pose Ali Rabeh, maire de Trappes à l’adresse des médias : « comment peut-on laisser prospérer cette parole matin midi et soir sur tous les plateaux et croire qu’elle n’aura pas d’effets sur la vie réelle ? »

La situation est d’une extrême gravité et nécessite une réponse ferme des responsables politiques, un sursaut des démocrates et des progressistes.

Le succès des rassemblements unitaires convoqué dans l’urgence ce début de semaine dans tout le pays est un signe que l’engrenage peut encore être stoppé, que d’autres horizons peuvent s’ouvrir.

À lire dans Le Travailleur Catalan (n° 4136 – vendredi 30 octobre 2026)

L’édito de Nicole Gaspon. Comment en est-on arrivé-là ?
Le TC fête ses 90 ans. Bulletin d’inscription

Événement

La Sociale. Histoire d’un combat
Mutuelle. La Sécurité sociale, meilleur rempart de la solidarité
MGEN. Mutuelle de l’Éducation nationale
Les cotisations
Budget de la Sécurité sociale. Le MRAP s’oppose à la préférence nationale
La vérité dur un trou
Cures thermales. Au pain sec, santé à vau-l’eau
Budget de la sécu 2027. Au peuple à payer

Focus

Grève du 5 novembre ! Un rendez-vous majeur pour l’avenir
Une irrésistible colère

Département

PCF 66. Aux côtés des manifestants
Cerbère. « Transfesa » ferme !
Pyrénées-Orientales. Fréquentation touristique en recul
Perpignan. Une manifestation pour les Sahraouis
UPVD. Le Secours Pop 66 à l’Université
Unis contre le racisme et la haine

Sport

USAP. Le caractère catalan

Culture

Aujourd’hui Musiques. Un panorama de la création contemporaine
Où sortir ?
Cinéma. Une femme aujjourd’hui

France

Cachez ce sein…

Monde

Brésil. La digue a tenu bon !

Idées

Liberté ou égalité, est-ce la question ?

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Solution 30. « Un plan social pourrait intervenir dans les semaines à venir » (L’Indep)

Depuis hier, plusieurs salariés de l’entreprise Solutions 30 Grand Sud Ouest, à Perpignan, sont en grève. Un mouvement qui pourrait s’inscrire dans la durée alors que de nombreux emplois sont menacés. Explications.

Ils étaient un peu plus d’une quarantaine de salariés à s’être installés, ce mardi 27 octobre, devant les locaux de l’entreprise Solutions 30 Grand Sud Ouest (ex-Sotranasa), à Perpignan. Un mouvement de grève qui a débuté peu avant 7h et qui pourrait se poursuivre toute la semaine selon l’évolution des discussions avec la direction, alors que de nombreux emplois sont menacés.

Pour rappel, cette société a été fondée en 1974, par Jean-Pierre Navarro, ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), décédé en juin 2025. Elle s’appelait alors Sotranasa et était spécialisée dans l’installation et la maintenance des réseaux de télécoms, de gaz et d’électricité.

Elle a ensuite été reprise par Solutions 30, en 2018, un groupe basé au Luxembourg. Depuis, la société a connu de nombreux déboires.

Des emplois menacés

Devant les locaux, l’inquiétude est donc grande pour ces salariés qui ont installé des plots devant l’entrée et allumé un brasier. « Quand ils sont arrivés (Solutions 30, ndlr), ils ont scindé l’entreprise », explique un magasinier de la société, avant d’ajouter : « Ils ont mis d’un côté la téléphonie avec Solutions 30 GSO », qui a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Toulouse le 31 août 2026. « Et d’un autre côté, Solutions 30 Énergies », qui a été placée en redressement judiciaire le 28 juillet 2026.

« Pour Solutions 30 GSO, 370 personnes ont perdu leur emploi au niveau national. On a des antennes à Trèbes, Montpellier ou encore Cahors. Mais, le cœur de l’activité est à Perpignan », poursuit le salarié. « Pour la partie Énergies, ils prévoient un plan social de 250 a 280 personnes sur 321, toujours au niveau national. Ça pourrait être dans les semaines à venir ».

« On n’a plus de mutuelle »

Les salariés ont également dénoncé la continuité des prélèvements depuis juillet, avec « la mutuelle, nos congés -pour le bâtiment, on cotise à une caisse de congés- et les prestations Agirc Arrco ». Mais « on n’a plus de mutuelle, elle a été résiliée, les congés n’ont pas été payés et pareil pour les cotisations Agirc Arco pour la retraite ».

Antoine Castellet (L’Indépendant, le 28 octobre 2026)

Contactée, la direction de l’entreprise n’a pas répondu à nos sollicitations.

Législatives en Israël, « une question de vie ou de mort » (La Marseillaise)

Ce mardi, 7,3 millions d’Israéliens sont appelés aux urnes pour élire les 120 députés de la Knesset. Ce scrutin, en un seul tour, est présenté comme un référendum pour ou contre Benjamin Netanyahu, le Premier ministre sortant. Ce dernier est donné au coude-à-coude avec le camp formé autour de son principal rival, le centriste de droite Gadi Eisenkot, ancien chef d’État-major. La Liste arabe unie, composée du parti communiste Hadash, le parti laïc Taal et du parti nationaliste Balad, peut faire pencher la majorité d’un côté ou de l’autre et ainsi empêcher Netanyahu de former un gouvernement.

Entretien avec Ofer Cassif, député communiste israélien, est candidat à sa réélection à la Knesset.

La Marseillaise : Comment s’est déroulée cette campagne durant laquelle on a tenté de vous mettre hors de course ?

Ofer Cassif : Personne ne peut savoir quels seront les résultats, mais nous sommes optimistes. Nous avons fait de notre mieux, en parcourant le pays de long en large. Nous espérons que nombreux seront ceux qui iront voter pour la Liste commune, tant au sein de la population arabe que de la population juive démocratique. Tout le monde comprend que nous sommes à un carrefour, qu’il ne s’agit en réalité pas d’un carrefour en X mais en E : soit nous allons droit en enfer, soit nous commençons le changement. Nous en avons vraiment besoin, c’est plus urgent que jamais. Les fascistes et leurs collaborateurs ont tenté de nous empêcher de nous présenter. Nous n’abandonnons jamais. Nous poursuivons notre combat, la justice est de notre côté, nous continuons à lutter contre le fascisme et le racisme.

La Marseillaise : « Aller droit en enfer », c’est maintenir Netanyahu au pouvoir ?

Ofer Cassif : Un gouvernement dirigé par Netanyahu, poursuivra l’extermination du peuple palestinien. Au moment où l’on se parle, le génocide continue à Gaza, le nettoyage ethnique en Cisjordanie s’aggrave d’heure en heure. Et, avec cela, la persécution au sein même d’Israël, des citoyens palestiniens et, plus généralement, de ceux qui font entendre une voix alternative et critique à l’égard du gouvernement. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour nous interdire d’agir, pour nous réduire au silence. Il est donc évident que s’ils reprennent le pouvoir, ils achèveront leur œuvre, pour ainsi dire. Cela signifie un nettoyage ethnique total et l’extermination des Palestiniens, y compris au sein de l’État souverain d’Israël. Je n’exagère pas quand je dis que c’est une question de vie ou de mort. De toute évidence, nous avons besoin d’un changement de toute urgence. Le prochain gouvernement, même s’il est dirigé par Gadi Eisenkot, ne mettra pas fin à l’occupation, aux guerres et à la colonisation de la Syrie ou du Liban. Mais si nous sommes assez forts et que nous parvenons à exercer davantage de pression, alors il est certain que certains crimes vont cesser. Commençons par mettre fin au génocide à Gaza, par nous retirer de là-bas et démanteler les nids du terrorisme, à savoir les soi-disant « avant-postes ». Et bien sûr, mettre fin à l’assaut fasciste contre la société israélienne sur le plan intérieur. Ces mesures, le prochain gouvernement, s’il n’est pas dirigé par Netanyahu, pourrait les prendre.

La Marseillaise : Le président américain Donald Trump lui a apporté son soutien.

Ofer Cassif : Je trouve tout à fait normal qu’une merde trouve une autre merde à son goût (sic). Il a soutenu Milei, il a soutenu Bolsonaro, il a soutenu Orbán. Il a toujours soutenu la lie de l’humanité. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il le fasse encore une fois.

La Marseillaise : Le coût de la vie est également l’un des enjeux de ce scrutin ?

Ofer Cassif : Le coût de la vie en Israël est extrêmement élevé. Les prix des biens de première nécessité comme l’alimentation, le logement, l’éducation et les soins de santé, sont sans commune mesure avec ceux de la plupart des autres pays de l’OCDE, et même de certains qui n’en font pas partie. Cela inquiète beaucoup la population. Alors, pourquoi les gens en Israël, contrairement à ce qui se passe actuellement en Espagne, en France, et ailleurs, ne descendent-ils pas dans la rue ? Parce qu’ils sont totalement absorbés par les soi-disant questions de sécurité, du danger venant du Hamas et du Hezbollah. C’est l’une des raisons pour lesquelles ce gouvernement, qui a toujours servi les capitalistes et les classes dirigeantes, souhaite entretenir cette situation de peur, de rage et de frustration, car cela détourne l’attention des masses des questions de classe liées au coût de la vie. Et ce, afin de la recentrer sur la survie élémentaire face au risque réel, telle que définit par le gouvernement et la plupart des partis d’opposition, à savoir les Palestiniens et les pays arabes voisins.

La Marseillaise : Le système éducatif aussi est en déclin. Comment l’expliquer ?

Ofer Cassif : Le système éducatif n’existe littéralement pas. C’est une combinaison de deux choses. Tout d’abord, dans la pratique, même si ce n’est pas toujours légal, les parents payent de plus en plus cher pour l’éducation de leurs enfants dès leur plus jeune âge. L’autre, c’est que l’État, s’implique de plus en plus dans le contenu de l’enseignement. Au lieu de rendre les jeunes Israéliens plus ouverts d’esprit et plus sceptiques, on leur fait un lavage de cerveau avec des absurdités nationalistes, racistes et colonialistes. Les jeunes Israéliens d’aujourd’hui comptent parmi les plus ignorants du soi-disant « monde occidental ». Ce n’était pas comme ça il y a 30 ans ou 40 ans. C’est beaucoup plus facile pour un dictateur de gouverner ses sujets s’ils sont ignorants.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 27 octobre 2026)

Brésil. Les raisons de la victoire surprise de Lula à la présidentielle (L’Indep)

Donné perdant à l’issue du premier tour, Luiz Inácio Lula da Silva a été réélu à la tête de l’État, renversant la vapeur pour l’emporter au second tour, en profitant des erreurs de son adversaire, Flávio Boisonaro.

« On a battu le père, et maintenant on bat le fils ! C’est la deuxième fois que Lula sauve la démocratie ! » Euphorique sur une place de Rio de Janeiro où les soutiens du vainqueur se sont regroupés, Felipe n’arrive pas à y croire. Lula l’a emporté avec 51,79 % des voix, contre 48,21 % à Flávio Bolsonaro, au terme d’une élection à surprise pour la présidence du Brésil.

La « remontada » est historique, jamais un candidat devancé au premier tour n’avait pu rattraper son retard. Lula a encore déjoué les pronostics et a su rameuter 10 millions d’électeurs supplémentaires à sa bannière. Il a renversé la tendance dans un État clé, tout en réduisant partout l’avantage de son adversaire, jusqu’au cœur des bastions bolsonaristes.

Paraissant imperméable aux scandales émaillant sa campagne, Flávio Bolsonaro avait abordé la journée de dimanche en toute confiance. Mais trop sûr de sa victoire après le premier tour, le candidat a péché par orgueil, parlant ouvertement de « modifier la Constitution » ou ne parvenant pas à rassurer sur le maintien de programmes sociaux. Quand son parti a déclaré vouloirs s’emparer de la présidence des deux chambres du Congrès, les occupants des deux postes ont fait alliance avec Lula, lui permettant de faire passer sur le fil une réforme très populaire de baisse du temps de travail.

Moins d’abstentionnistes

Le Parti des travailleurs est dans le même temps parvenu à mobiliser en jouant sur les craintes d’un retour du clan, disputant à l’extrême droite le terrain digital, malgré des suspicions de favoritisme de Meta en faveur du camp Bolsonaro. « L’armée de Lula », un groupe WhatsApp aux 10 millions d’inscrits, a été essentielle. « Le grand marqueur de la victoire est la diminution des abstentionnistes, des votes blancs et nuis, qui était l’un des objectifs des lulistes.

« Même si le bolsonarisme reste très implanté, l’électeur a envoyé un message fort, il ne veut pas de la famille Boisonaro au pouvoir », analyse Creomar de Souza, directeur de Dharma Politics. Trois millions de personnes supplémentaires se sont rendues aux urnes et le réveil militant a bousculé des institutions partisanes atones, les forçant à une réorganisation urgente. « Nous, les étudiants, avons réussi à réveiller tout le monde au lendemain du premier tour en descendant dans la rue », se gargarise Carlos Junior, au milieu des célébrations.

Après son incarcération en 2018-2019, Lula plus méfiant, a restreint son circuit de conseillers, jusqu’à s’isoler de plus en plus, tout en se montrant moins têtu, plus ouvert au digital. Il a changé son équipe et son discours. Il assure avoir « appris dans ce second tour une grande leçon de vie: quand le gouvernant ne sait pas quoi faire, il doit écouter son peuple. »

La journée du vote a cependant été tumultueuse. Une confusion autour du report de la fermeture des bureaux de vote a servi de justification à Flávio Bolsonaro pour ne pas reconnaitre sa défaite, alors même qu’il avait lui aussi souhaité ce report. « Nous allons demander l’annulation de ces élections », a-t-il déclaré, perpétuant la tradition familiale de contestation des résultats.

Un quatrième mandat qui s’annonce compliqué

Si l’écart de votes devrait limiter l’écho de ses réclamations, elles pourraient servir à d’éventuelles initiatives de Donald Trump pour mettre la pression sur le gouvernement brésilien.

« Malgré ce triomphe surprise qui lui évite une fin de carrière mélancolique, le quatrième mandat de Lula sera compliqué », estime Creomar de Souza : « Avec un quart de la chambre des députés et un tiers du Sénat aux mains des bolsonaristes, Lula aura besoin d’élargir ses alliances et de maintenir la mobilisation de ses militants pour pouvoir gouverner. »

De notre correspondant à Rio, Jean-Mathieu Albertini (L’Indépendant, le 27 octobre 2026)

Lycées : le gouvernement sort un carnet de chèques virtuel

Une série d’annonces ont été faites ce lundi, mais certaines ne vaudront que pour 2028.

Le gouvernement a annoncé lundi des mesures pour tenter de satisfaire les demandes du mouvement lycéen et étudiant qui exige depuis plus d’un mois de meilleures conditions d’enseignement.

Les lycéens demandent depuis plusieurs semaines une aide pour rénover le bâti scolaire, une modification des rythmes scolaires ainsi que l’abrogation de Parcoursup, l’une des principales cibles de cette contestation qui s’est traduite par le blocage d’établissements scolaires et des manifestations. Les ministres de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, et de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, ont détaillé les mesures arrêtées lors d’une conférence de presse. Invité de France 2 lundi soir, Édouard Geffray a évoqué la question de sa potentielle démission : « Que ça m’ait traversé l’esprit, la réponse est oui » mais « je considère que ma responsabilité est de servir l’intérêt général ».

1 Suppression de Parcoursup en 2028

Voici les principales mesures annoncées par le gouvernement: la première d’entre elles consiste à réformer Parcoursup en 2027 avant son remplacement en 2028. Les formations de l’enseignement supérieur devront justifier leur refus des candidatures et les critères de sélection feront l’objet de davantage de transparence. La nouvelle mouture de 2028 sera un « nouveau système, plus simple, construit à partir des conclusions du comité et du débat parlementaire », précise le ministère de l’Éducation.

2 Des places et des postes

Le gouvernement annonce l’ouverture à la rentrée 2027 de 15 000 places dans l’enseignement supérieur – 10 000 en BTS, 4 000 en IUT et 1 000 pour les filières de santé. Le gouvernement a annoncé une jauge maximale de 28 élèves par classe de seconde pour les lycées les plus défavorisés dès la rentrée 2027. Cette mesure devrait s’appliquer au reste des établissements à la rentrée 2028. Le nombre d’élèves sera également réduit dans les groupes les plus chargés en première et terminale. L’exécutif s’est engagé à annuler des suppressions de postes envisagées et même à débloquer 500 postes supplémentaires à la rentrée prochaine.

3 Prêt de 4 milliard pour les régions

Le gouvernement a annoncé le prêt de 4 milliards d’euros à taux réduit pour la rénovation du bâti scolaire ainsi que le déblocage d’un milliard d’euros supplémentaire pour les bâtiments universitaires. Mais le principe d’un prêt coince déjà, le financement, in fine, incombant aux régions.

4 La réaction des lycéens

Avant la conférence de presse, le Premier ministre Sébastien Lecomu avait reçu les organisations lycéennes et étudiantes. Une partie des syndicats lycéens a salué des mesures concrètes de l’exécutif mais appelle tout de même à poursuivre la mobilisation le 31 octobre et 5 novembre. « On peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Tout n’est pas encore satisfait et nous irons au bout. Nous satisferons les revendications des lycéens et des lycéennes et nous appelons à la mobilisation le 5 novembre et le 31 octobre », a déclaré Louis Letoublon, vice-président de l’organisation Les Lycéens !, à la sortie de la réunion.

L’Indépendant, le 27 octobre 2026

Selon un sondage Odoxa pour la presse régionale, 68 % des Français pensent que le mouvement des lycéens est justifié (94 % des sympathisants LFI et écologistes, 80 % PS, 60 % RN, 58 % Renaissance et 51 % LR) mais seulement 36 % souhaitent qu’il se poursuive après les vacances de la Toussaint.