Céret. Un train pour le retour du train (L’Indep)

Ce samedi 20 juin, l’association Osons le rail a organisé une nouvelle action symbolique afin de sensibiliser le public et les décideurs à la nécessité, selon elle, de rétablir le transport de voyageurs sur la ligne Céret-Le Boulou-Elne.

Pour cette nouvelle mobilisation, Osons le rail a choisi une formule originale : en partenariat avec la CGT, les membres du collectif ont fait circuler un TER fictif entre Saint-Jean-Pla-de-Corts et Céret, au niveau du butoir, en bout de voie, le long de la route d’Aubiry (parallèle à la D115). L’objectif n’était pas de faire rouler une rame réelle, mais de matérialiser ce que pourrait être demain le retour du train de voyageurs.

M. C.W. (L’Indépendant, le 21 juin 2026)

P.-О. : les syndicats alertent sur les conditions de transport (L’Indép)

La mobilité dans les Pyrénées-Orientales est un enjeu majeur pour les représentants syndicaux. Ces derniers réclament une LGV mixte, la modernisation des lignes locales et une meilleure cohérence entre train et bus pour dynamiser le territoire.

« La mobilité et le transport occupent une place essentielle dans la vie quotidienne des habitants des Pyrénées-Orientales », ont insisté à plusieurs reprises les représentants des différentes instances syndicales CGT lors d’une conférence de presse ce jeudi 18 juin. Aujourd’hui, il est essentiel selon eux de revoir l’avenir de ces mobilités, pour des questions à la fois « économiques, écologiques et sociales ».

La question du ferroviaire a premièrement été soulevée avec le projet de ligne à grande vitesse reliant Perpignan et Montpellier. « Nous sommes favorables à la LGV à condition qu’elle soit mixte, c’est-à-dire ouverte aux voyageurs comme au fret », ont-ils indiqué. Mais ils demandent également que les futurs TGV « desservent réellement Perpignan » et « répondent aux besoins des usagers du département ».

Parmi les revendications figure la modernisation des lignes existantes, notamment Perpignan-Villefranche, Perpignan-Cerbère et Perpignan-Narbonne, ainsi que la création de « nouvelles haltes ferroviaires ».

Les organisations défendent la réouverture de plusieurs lignes aujourd’hui fermées aux voyageurs, dont celles vers Céret et Quillan. « Dans un département marqué par un fort taux de chômage et de pauvreté, améliorer les transports est un levier essentiel pour permettre aux habitants de travailler, d’étudier ou d’accéder aux soins ».

Les associations ont également mis en avant la complémentarité entre le train et les bus. « Il ne s’agit pas d’opposer les modes de transport mais de construire un maillage cohérent du territoire ». Selon elles, la réouverture de certaines lignes ferroviaires doit s’accompagner d’une adaptation des dessertes routières afin de mieux relier les communes aux gares. « On se retrouve souvent sur des transports qui ne sont pas complémentaires en termes d’horaires. La ligne de Villefranche, par exemple, arrive 5 minutes après le départ des trains ».

Mais à cela s’ajoute une multiplication de la sous-traitance des dépôts. « L’un de nos collègues habite à Arles-sur-Tech et a été affecté au dépôt de Perpignan. Depuis, ses journées se sont considérablement allongées, il dispose de plusieurs heures de coupure mais ne peut pas se permettre de rentrer chez lui ». À cette situation qui « se répète », S’ajoute aussi le manque de climatisation dans les bus, dégradant un peu plus les conditions de travail.

Emma Lemaire (L’Indépendant, le 20 juin 2026)

Train : les défenseurs de retour sur les rails (L’Indép)

L’association Osons le rail, qui milite pour la réactivation de la ligne de transport de voyageurs Céret-Le Boulou-Elne, en plus du fret, organise une opération symbolique, ce samedi.

La réouverture de la ligne ferroviaire Céret-Le Boulou-Elne au trafic voyageurs continue de mobiliser l’association Osons le rail, engagée, depuis plusieurs mois, dans une campagne de sensibilisation sur ce sujet. Après une série d’initiatives, déjà menées -distributions de tracts, rassemblements devant la sous-préfecture, opérations de nettoyage symbolique de portions de voie- les membres de l’association entendent poursuivre la dynamique.

« Un TER fictif »

En partenariat avec la CGT, une nouvelle action est annoncée, ce samedi 20 juin Il s’agira de faire circuler un TER fictif entre Saint-Jean-Pla-de-Corts et Céret. Le rendez-vous est fixé, à 10h30, au niveau du butoir, en bout de voie, le long de la route d’Aubiry (parallèle à la D115). Cette initiative se veut, avant tout, symbolique, avec pour objectif de maintenir l’attention sur un dossier que ses défenseurs estiment toujours d’actualité et qui répond, selon eux, à plusieurs enjeux : amélioration des déplacements du quotidien, réduction de la dépendance à la voiture individuelle et développement d’alternatives de transport plus durables. Déterminée, Osons le rail entend poursuivre ses actions, dans les prochains mois, afin de maintenir « la pression » autour de ce dossier. Tout en s’appuyant sur le soutien des élus et des collectivités locales.

M. C.W. (L’Indépendant, le 19 juin 2026)

« C’est une urgence absolue »… Après la mort de Lyhanna, des parents d’élèves de Perpignan agissent pour « faire bouger les choses » (L’Indep)

Depuis le 10 juin 2026, Ana Espinosa et l’association des parents d’élèves de l’école Jean-Jacques-Rousseau à Perpignan ont créé un carnet d’activités pour sensibiliser les familles à la prévention des violences sexuelles.

« Mon corps m’appartient ». C’est le nom du carnet d’activités mis en place par l’association des parents de l’école Jean-Jacques-Rousseau à Perpignan. Dans ce cahier d’une vingtaine de pages, des jeux informent les enfants sur leur corps et leur droit à l’intimité. Ana, une mère de deux enfants, est à l’initiative de ce carnet. « Il y a plusieurs années, j’ai assisté avec mon fils de 4 ans à une pièce de théâtre sur la prévention des violences sexuelles, au Mexique. À la suite de cette pièce de théâtre, j’ai fait une formation pour les parents sur la prévention des violences sexuelles. Ça permet d’apprendre à commencer à aborder le sujet avec des enfants. »

L’apprentissage par l’action

L’idée est donc claire : apprendre aux enfants comment réagir sous forme d’activités. « Vu que les enfants apprennent par le jeu, la façon la plus ludique de commencer à leur parler des violences sexuelles, c’est justement de faire des cahiers d’activités », explique Ana. Des systèmes ingénieux permettent de ne pas terrifier les enfants : un feu tricolore pour expliquer les parties intimes du corps, un labyrinthe qui mène vers des personnes de confiance, des mots croisés et enfin, un certificat qui félicite les enfants d’être allés jusqu’au bout du carnet. « Je pense que quand on fait réfléchir l’enfant par lui-même, c’est plus facile pour lui qu’il prenne ensuite des décisions », explique la créatrice du carnet.

Depuis sa création, il connaît un véritable succès : « Quand des parents utilisent cet outil, c’est aussi qu’ils sont un peu perdus pour savoir comment aborder cette question. Pour l’instant, on a eu de très bons retours, je suis contente ».

Une situation trop taboue

Selon Ana Espinosa, beaucoup de parents ne parlaient pas de ce sujet avec leurs enfants. « On a envie de les protéger de tout ce qu’il y a de plus difficile et moche dans le monde et donc, on évite de leur parler du sujet. Mais je me rends compte qu’en fait, on ne les protège pas du tout, parce qu’on est en train de faire comme si le problème n’existait pas. Les enfants sont donc encore plus vulnérables ».

Ce malheureux constat, la mère l’a souligné depuis la mort tragique de Lyhanna. « J’ai vu beaucoup de monde étonné que ça puisse arriver, même près d’ici, parce que Perpignan n’est pas très loin du Gers. Je me suis alors rendu compte que beaucoup de parents avaient tendance à éviter de penser à ça parce qu’ils ne veulent pas être confrontés à l’impensable ».

Depuis la mort de la jeune fille de 11 ans, cette mère et l’association de Jean-Jacques-Rousseau sont déterminées à agir « pour faire bouger les choses ». Pour eux, « c’est une urgence absolue. Parce qu’avant que cette petite fille ne se fasse tuer, il y avait beaucoup d’enfants, et il y en aura encore beaucoup qui se font agresser sexuellement ».

Ils espèrent donc maintenant pouvoir également aider de nombreuses familles, qui pourraient prévenir le danger avant qu’il se produise.

Noémie Becamel (L’Indépendant, le 18 juin 2026)

Le carnet est disponible gratuitement à cette adresse. Elle figure aussi dans la bio du compte Instagram de l’association @ape.jjrousseau66

Perpignan. Fin de la grève au collège Camus (L’Indep)

Hier en fin de matinée, après avoir été reçus à l’inspection académique, les professeurs du collège Camus, en grève depuis lundi matin, ont annonce qu’ils avaient obtenu le maintien du demi-poste de conseiller principal d’éducation (CPE) dont le rectorat leur avait annoncé la suppression pour la rentrée prochaine. Les enseignants reprennent le travail ce mercredi matin.

« On a ce qu’on voulait ! » Ce mardi ma-tin, peu avant 11 heures, la délégation d’enseignants qui a été reçue à l’inspection académique est sortie des locaux perpignanais de cette dernière sous les applaudissements des grévistes.

Les représentants des personnels ont finalement obtenu le maintien à temps plein de leurs deux conseillers principaux d’éducation à la rentrée prochaine. « Le demi-poste de conseiller principal d’éducation dont le rectorat nous avait annoncé la suppression est finalement renouvelé pour un an et un quart de poste d’assistant d’éducation (un surveillant, NDLR) nous est attribué du 1er octobre 2026 au 19 février 2027 », détaille l’une des porte-paroles des professeurs du collège. Ces derniers demandaient également l’augmentation du temps de présence sur l’établissement d’une assistante sociale et d’une psychologue. Sur ce point, ils sont toujours dans l’attente d’une décision. Leur principale revendication ayant été satisfaite, les grévistes n’en ont pas moins décidé de reprendre le travail dès ce mercredi matin. « Cependant, pour l’heure, ce demi-poste de CPE, c’est juste pour un an. L’objectif est qu’il soit pérennisé. Nous resterons vigilants l’an prochain », souligne le collectif des enseignants.

À la sortie de l’audience, les représentants des syndicats Snes-FSU et SE-Unsa qui ont accompagné les personnels lors de l’entretien ont salué une « mobilisation exemplaire », qui a permis « de débloquer en très peu de temps une situation particulièrement inconfortable ». Des responsables du Snalc, de la CGT et de Sud étaient également venus témoigner leur soutien aux personnels mobilisés. Tout comme la vice-présidente du conseil départemental Françoise Fiter, qui siège au conseil d’administration du collège Camus.

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 17 juin 2026)

Err. Le Pôle sanitaire cerdan fête ses 10 ans et pose la première pierre de son extension (L’Indep)

Ce vendredi, le Groupe de coopération sanitaire (GCS) Pôle sanitaire cerdan célébrait son dixième anniversaire, tout en franchissant une nouvelle étape de son développement, avec la pose symbolique de la première pierre de son extension. Le groupement réunit trois membres fondateurs : l’UGECAM Occitanie, l’association Joseph-Sauvy et le GECT hôpital de Cerdagne.

Depuis sa création, il œuvre au service de l’offre de soins du territoire en développant une prise en charge de proximité. Organisée en présence des représentants de l’État, de la Région, du Département, de l’intercommunalité, des communes, de l’Ugecam, de l’association Joseph-Sauvy, du GECT hôpital de Cerdagne et de Rose de Montella, cette cérémonie a marqué le lancement officiel des travaux d’agrandissement de l’établissement.

« Cet anniversaire est aussi l’occasion de remercier l’ensemble du personnel », soulignait Gérard Majoral, président de l’association Joseph-Sauvy. « Force est de constater que le Pôle Sanitaire Cerdan se positionne comme un atout majeur du secteur médico-social du territoire », rappelait Didier Carponcin, sous-préfet de Prades.

Une extension de 1 350 m’

Cette extension de 1 350 m?, répartie sur trois niveaux de 450 m° chacun, représente un investissement de 3 millions d’euros hors taxes. Conçu par l’architecte Frédéric Bombardo, le projet permettra, notamment, la création d’un espace de balnéothérapie, d’un second plateau technique de rééducation et de réadaptation, ainsi que le développement du virage ambulatoire, avec le renforcement de l’hôpital de jour et des consultations externes.

« L’appel d’offres a privilégié des entreprises engagées dans la réduction de leur empreinte environnementale », précise Karine Guémon, codirectrice du GCS. Elle souligne également l’implication des équipes dans la conception des futurs espaces : « Il y a aura un véritable travail de coconstruction, avec nos professionnels, pour aménager les locaux. Cette démarche se poursuivra, avec la création d’espaces dédiés au bien-être, pensés à la fois pour les patients, les habitants du territoire et les professionnels. »

Cette extension, dont l’achèvement est prévu avant l’été 2027, doit permettre de renforcer l’offre de soins et de répondre aux besoins croissants du territoire.

L. H. (L’Indépendant, le 16 juin 2026)

La Poste : silence, des salariés se suicident (Blast)

La tentative d’immolation par le feu d’un syndicaliste dans les Pyrénées-Orientales, le 4 mai, rappelle que le management autoritaire de la direction de La Poste peut avoir des conséquences tragiques. Un autre facteur, qui a lui aussi tenté de s’immoler par le feu il y a un an, poursuit son employeur pour discrimination syndicale. Une audience au pénal se tiendra le 3 décembre. L’inspection du travail vient également de mettre en demeure La Poste de prendre des mesures de prévention à la suite du suicide d’un employé en 2019. Les syndicats appellent à la mobilisation les 10 et 20 juin prochains.

Lorsqu’ils prennent leur service ce matin-là, aux alentours de 7 heures, les facteurs de cet établissement des Pyrénées-Orientales se heurtent à une vision sordide : un de leurs collègues, hagard, erre dans un couloir, empestant les effluves de pétrole. L’homme, dans un état de semi-conscience, leur demande d’appeler les secours. Il leur explique qu’il s’est aspergé d’essence puis que, incommodé par les vapeurs d’hydrocarbures et gagné par la fatigue, il s’est évanoui avant de reprendre ses esprits. Sur lui, un briquet atteste du sérieux de ses intentions initiales. Pris en charge par les pompiers puis hospitalisé, il est plongé dans une forme de léthargie artificielle pendant une semaine.

L’homme est connu de ses collègues : postier depuis une trentaine d’années, c’est également un syndicaliste chevronné et combatif, mais aussi irréprochable : dans une entreprise où les syndicalistes les plus remuants sont régulièrement convoqués en conseil de discipline et mis à pied, lui n’a jamais fait l’objet de sanctions. Dans le local syndical où il s’est rendu dès 5 heures du matin pour se déverser un liquide inflammable sur le corps, des collègues découvrent une lettre qu’il a laissée. « Il disait qu’il n’en pouvait plus », explique le représentant de la CGT Alexandre Pignon, « qu’il subissait trop de pression. Il s’excusait pour son geste et nous demandait de ne pas faire comme lui et de continuer le combat ».

Pour la première fois, Laurent (le prénom a éré changé) avait subi les foudres de sa direction et s’apprêtait à passer en conseil de discipline. L’affaire remonte à février dernier. Quelques jours après Mardi gras, Laurent participe avec d’autres collègues, dont Alexandre Pignon de la CGT, au pot de départ d’un autre postier syndiqué à SUD-PTT, Samuel Toutain, licencié en janvier dernier. La fête prend la forme d’un carnaval festif et potache, organisé sur le parking devant un établissement postal, où la hiérarchie est tournée en ridicule. Une sorte de séance de catharsis collective, dont plusieurs participants reconnaissent volontiers le caractère parfois lourd et peu subtil. «  Mais ce n’était ni sur le lieu de travail ni pendant notre temps de travail, et nous avions prévenu la police de l’événement  », explique un participant.

Cependant la direction, à l’affût du moindre écart susceptible de constituer un grief contre les participants, fait venir un huissier pour prendre des photos. Dans cette ambiance joviale et décontractée, certains postiers se lâchent. Mal leur en prend : constat d’huissier à l’appui, la direction leur reproche des gestes insultants et dégradants. Laurent, Alexandre et deux autres facteurs apprennent qu’ils vont passer en conseil de discipline. Au vu de leurs antécédents, Alexandre et Laurent risquent la révocation. Moins de trois mois plus tard, Laurent est retrouvé hagard et imprégné d’odeurs d’essence sur son lieu de travail.

Contactée, La Poste s’est bornée à une déclaration de principe, sans annoncer de mesures concrètes ni engager de réflexion pour prévenir ce type de drame.

Des syndicalistes régulièrement sanctionnés, voire licenciés

Comme l’a documenté Blast, les syndicalistes jugés trop vindicatifs sont régulièrement sanctionnés, parfois pour de simples prises de parole ou des visites d’établissements pourtant parfaitement légales dans le cadre de leur mandat syndical. D’autres fois, les motifs paraissent plus fantaisistes, comme des accusations invérifiables de harcèlement envers un supérieur hiérarchique.

Dernier exemple en date : Samuel Toutain, délégué Solidaires à Thuir (Pyrénées-Orientales), a été licencié en janvier après une série de sanctions aux motifs parfois absurdes : être venu travailler en tongs ou avoir envoyé un courriel jugé trop tardif à un supérieur.

Le 28 avril dernier -date qui correspondait aussi, ironie malicieuse du calendrier, à la Journée mondiale de la santé et de la sécurité au travail- Didier Rochette, syndicaliste SUD-PTT à Marseille, était convoqué en conseil de discipline. Sa direction l’accuse d’avoir maltraité psychologiquement une de ses supérieures, mais la plainte déposée contre lui a été classée sans suite par la justice. Didier Rochette affirme au contraire avoir lui-même subi du harcèlement moral de la part de sa hiérarchie, et des collègues seraient prêts à témoigner en sa faveur, selon son syndicat. Il a malgré tout écopé de douze mois de mise à pied. En clair, il ne travaillera pas à La Poste et ne percevra aucun salaire pendant un an.

Un procès au pénal suite à une autre tentative de suicide par immolation

Les tribunaux donnent régulièrement tort à La Poste. En mars 2024, la cour d’appel de Paris a annulé dix années de sanctions infligées à Vincent Fournier, élu CGT puis SUD-PTT dans les Yvelines -onze mois de mise à pied et dix procédures disciplinaires- et a condamné l’entreprise à lui verser 40 000 euros. Le 29 avril dernier, le Conseil d’État a annulé le licenciement d’un syndicaliste du Calvados et ordonné sa réintégration.

Les nuages judiciaires s’accumulent par ailleurs sur l’entreprise et prendre une tournure plus inquiétante pour la direction. Le 3 décembre prochain, c’est au pénal que La Poste devra répondre de ses actes. Elle est poursuivie pour harcèlement syndical par un délégué de SUD-PTT.

L’affaire est sordide et rappelle celle de Laurent. Le 17 juin 2019, au centre de tri Paul Vaillant-Couturier de Levallois-Perret, un syndicaliste s’asperge d’essence et tente de s’immoler par le feu. Il est sauvé par ses collègues puis pris en charge par les pompiers. Considéré par ses supérieurs comme l’un des leaders de la grève de quinze mois qui venait de s’achever, il avait été pris en grippe par sa hiérarchie. Cette mobilisation s’opposait à la réorganisation des bureaux de poste, mais aussi justement aux sanctions infligées aux grévistes.

Épuisé par ce long conflit, l’homme avait demandé -et obtenu selon SUD-PTT- une mutation avec promotion comme chef d’équipe dans une filiale de la Poste, Docapost. Mais au dernier moment, la direction a fait volte-face : le poste ne peut finalement pas lui être attribué. Selon La Poste, cette décision n’a aucun lien avec son activité syndicale : « En raison d’une baisse d’activité, sa demande n’a pu aboutir », fait valoir la direction.

Sauf que SUD-PTT a obtenu un enregistrement d’une discussion entre cadres de La Poste, qui expliquent que tout était prêt pour cette mutation, jusqu’à ce qu’ils préviennent la filiale du militantisme du salarié.

Blast a récupéré la retranscription de l’enregistrement par l’inspection du travail. Extraits  accablantspour l’entreprise : « J’ai quand même appelé Christophe M. [dirigeant de Docapost] […]. Parce que j’ai appris que Docapost n’était pas au courant du statut… [inaudible]. Du coup c’était pas possible, tu vois […]. Je ne pouvais pas ne pas leur dire ». Les autres acquiescent. « Pour l’établissement, c’est pas forcément… [rires]. En plus c’est un poste d’encadrant ». Approbation générale, sauf de la part de l’un des cadres qui se demande si la mutation ne peut pas quand même se faire, en des termes assez étonnants : « Sinon, il est malsain, naturellement ? Il n’est pas retournable pour l’entreprise à ton avis ? Pour le peu que tu le connais ? ». L’interlocuteur répond par la négative. « Et donc du coup ça va pas se faire ? », demande un autre participant à la réunion. Réponse sarcastique de l’homme ayant alerté la filiale du profil revendicatif su salarié : « Ben… [rires] Docapost est au courant. Parce qu’ils l’avaient validé. Il suffisait de caler la date ». Le syndicaliste disait donc vrai : la promotion lui avait été accordée dans un premier temps puis retirée une fois le patron de la filiale mis en garde contre le profil contestataire du candidat. Rien à voir avec une quelconque baisse d’activité.

L’audience s’annonce donc difficile pour La Poste, d’autant qu’elle ravivera sans doute de douloureux souvenirs. En 2018, une enquête choc d’« Envoyé spécial » révélait une vague de suicides liée au mal-être au travail dans l’entreprise. L’affaire avait provoqué un scandale. La Poste avait alors promis de renforcer la prévention mais, contrairement à ce qui s’est produit à France Télécom, confronté à un phénomène similaire, aucune poursuite judiciaire n’avait été engagée.

« En réalité, l’entreprise n’a pas fait grand-chose, estime un syndicaliste. Elle a un temps fait profil bas en ce qui concerne les sanctions contre les syndicalistes et la pression sur les salariés, mais depuis, c’est reparti de plus belle, jusqu’à provoquer de nouvelles tentatives de suicide. »

Alexandre Pignon, secrétaire général de la CGT FAPT des Pyrénées-Orientales, se souvient notamment d’une factrice de Rivesaltes qui avait tenté de se mettre fin à ses jours pendant sa tournée. « Mais sous prétexte qu’elle avait quitté son itinéraire habituel pour tenter de se pendre dans un cabanon au milieu d’un champ, la direction avait refusé de considérer l’événement comme un accident du travail », explique-t-il. De mémoire, il évoque également deux autres tentatives de suicide dans la région.

Un suicide reconnu comme lié à la souffrance au travail

« Avec la pression, les cadences infernales et des tournées de plus en plus chargées (1), de plus en plus de postiers craquent sur leur lieu de travail, dénonce Pignon. À chaque fois, la direction met en avant des problèmes personnels pour nier tout lien avec le travail. »

Cet argumentaire consistant à décorréler les drames de la souffrance au travail deviennent toutefois de plus en plus difficiles à soutenir. La Poste a ainsi récemment subi un revers judiciaire qui pourrait constituer un tournant. L’affaire faisait suite au suicide d’un facteur de Yerres (Essonne), qui a mis fin à ses jours au siège de la direction régionale après avoir appris une nouvelle suppression de tournée.

Coïncidence ou geste symbolique, les faits se sont produits le 28 avril 2025, là encore lors de la Journée mondiale pour la santé et la sécurité au travail. Une enquête de l’inspection du travail a conclu que ce suicide résultait d’une situation dangereuse constatée dans l’établissement où le salarié était affecté. Le 6 mars dernier, l’inspection a reconnu ce suicide comme un accident professionnel et mis en demeure La Poste de prendre des mesures de prévention « effectives, pertinentes et suffisantes » pour éviter que de telles situations se reproduisent.

Après le scandale des suicides à France Télécom, une nouvelle affaire des suicides à La Poste est-elle en train d’émerger ? En attendant, les syndicats CGT et SUD-PTT appellent à deux manifestations à Paris, les 10 et 20 juin.

Thierry Vincent (Blast, le 26 mai 2026)

(1) Lorsque l’on sait qu’un facteur dispose théoriquement de 70 secondes pour distribuer un recommandé, on comprend mieux pourquoi certains usagers retrouvent des avis de passage mentionnant « absent du domicile » alors qu’ils étaient présents…

Grève annoncée au collège Camus (L’Indep)

Alors que le nombre de conseils de discipline au sein de l’établissement est passe de 11 à 43 par an entre 2023 et aujourd’hui, les enseignants du collège Camus viennent d’apprendre qu’ils vont perdre un demi-poste de conseiller principal d’éducation (CPE) à la rentrée prochaine. Un groupe de professeurs a décidé de se mettre en grève dès ce lundi.

La colère gronde parmi les enseignants du collège Albert-Camus de Perpignan. A la suite de la suppression annoncée d’un demi-poste de conseiller principal d’éducation (CPE) chargé d’organiser la vie scolaire, collectif de professeurs a décidé de se mettre en grève et de bloquer l’établissement dès 7h30 ce lundi 15 juin.

Il faut dire qu’à Camus, la situation en matière de discipline semble déjà difficile à gérer avec les effectifs actuels : « Après plusieurs courriers et une entrevue avec la direction des services départementaux de l’Éducation nationale pour l’alerter sur la situation du collège, nous venons d’apprendre que l’établissement perd des moyens de vie scolaire: de deux CPE à temps plein, nous passons à un CPE un à temps plein et un CPE à mi-temps. Or, nous faisons face à des conditions de travail de plus en plus difficiles. Cette année, sur 402 élèves, il y a eu 43 conseils de discipline pour des faits graves alors qu’en 2023-2024, il n’y en avait eu que 11. »

Le collectif évoque également « des faits de violence physique et verbale commis par certains parents ». Selon les professeurs : « Dans ce contexte, le rôle des CPE est vital pour le bon fonctionnement de l’établissement, le suivi et la sécurité des élèves. Nous qui sommes motivés par la réussite de nos élèves ne voulons pas être complices et victimes de cette dégradation des moyens alors que se jouent l’égalité des chances et l’apprentissage des valeurs de la République par nos élèves. »

Les enseignants précisent qu’ils avaient commencé à écrire à l’inspection dès février pour plaider en faveur du maintien de ce demi-poste de CPE dont ils appréhendaient la suppression. Ils soulignent par ailleurs avoir prévenu les parents d’élèves de leur action. « Nombre d’entre eux nous ont dit qu’ils nous soutenaient, assure une professeure investie dans la contestation. Certains nous ont même annoncé qu’ils comptaient venir avec nous lundi sur le parvis du collège. »

De son côté, l’inspection indique que la situation est liée au fait que « les moyens du plan tranquillité (qui avait permis la création du demi-poste de CPE au cœur du litige, NDLR) vont pour partie et progressivement être redéployés ». L’administration ajoute que dès l’origine, « ces moyens étaient annoncés comme une mesure provisoire ». Avant de conclure : « L’Éducation nationale est bien consciente de la situation et c’est donc l’attribution d’autres moyens qui sont actuellement à l’étude pour qu’au final, le volet médico-social et vie scolaire des établissements ne soit pas du tout impacté. »

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 14 juin 2026)

Hôpital de Cerdagne. La double imposition toujours pas résolue (L’Indep)

Statu quo trois ans après. Le Conseil Syndical Interrégional Pyrénées Méditerranée dénonce : « Trois ans après, le conflit de double imposition à l’hôpital de Cerdagne n’est toujours pas totalement résolu. Six salariées attendent encore le remboursement des sommes indûment réclamées par l’administration fiscale espagnole », Cette double imposition a affecté au total 32 salariés de l’établissement de soins basé à Puigcerdá. « L’affaire n’est toujours pas complètement réglée », insiste le CSIR, bien qu’en novembre 2025, les ministères des Finances espagnol et français soient parvenus à un accord favorable aux personnes concernées, reconnaissant que les sommes réclamées par l’Agence fiscale espagnole l’avaient été à tort, six salariées n’ont toujours pas récupéré les montants qui leur sont dus.

« Le conflit trouve son origine dans la demande de paiement de l’Impôt sur le Revenu des Non-Résidents (IRNR) adressée à des travailleuses et travailleurs résidant en Haute-Cerdagne. Cette interprétation allait à l’encontre du régime fiscal applicable aux travailleurs frontaliers prévu par la convention fiscale franco-espagnole, selon laquelle ces personnes doivent être imposées exclusivement dans leur état de résidence, en l’occurrence la France », rappelle le CSIR.

« Cette affaire met une nouvelle fois en évidence les difficultés persistantes des administrations à reconnaître et à appliquer correctement le statut particulier de l’Hôpital de Cerdagne, unique établissement hospitalier transfrontalier d’Europe », conclut-il.

L’Indépendant, le 12 juin 2026

Comité de défense de La Poste des Pyrénées-Orientales

La direction de La Poste des Pyrénées-Orientales a décidé de sanctionner 5 syndicalistes pour avoir, en dehors des locaux postaux, organisé un carnaval parodique et burlesque mettant en scène les relations entre la direction et les employés et pour dénoncer le licenciement d’un collègue, qui malgré les avis défavorables de l’inspection du travail, a été validé par le Ministère du travail.

La direction départementale de La Poste parle d’une atteinte à son image et à celle de certains personnels (cadres). La loi française protège la liberté d’expression, y compris les formes de parodie et de satire visant à imiter et à tourner en dérision des œuvres artistiques ou à critiquer la société. C’est un droit fondamental issu de l’article 11 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

C’est une atteinte de plus de cette même direction pour criminaliser les activités syndicales et les syndicalistes (déjà de nombreux antécédents) en infraction avec le code du travail (article L1132-1)

À l’heure où le service public de La Poste est de plus en plus menacé, où les bureaux de poste sont fermés dans un grand nombre de communes, ne permettant plus l’accès aux citoyens-es que nous sommes, de bénéficier de ce service, et où le courrier subit régulièrement des retards (car de réorganisations en désorganisations, des tournées sont supprimées surchargeant les tournées restantes), cela pour favoriser les entreprises privées de distribution, nous, citoyens-es, militant-e-s, nous élevons contre cet abus de pouvoir de la direction de La Poste contre le droit de critique de tout citoyen, y compris contre le mode de management du personnel et demandons l’abandon immédiat de ces nouvelles procédures disciplinaires.

Nous décidons de nous constituer en comité de soutien des militants poursuivis en vue de sanctions, et appelons tous les citoyens-es et toutes les organisations démocratiques et citoyens-es à rejoindre ce comité.