L’édito du Travailleur Catalan par Évelyne Bordet. Les enfants peuvent attendre…

La proposition de loi Vannier-Spillebout visant à « prévenir et lutter contre les violences en milieu scolaire », texte travaillé avec l’appui du ministère de l’éducation nationale, mais aussi des collectifs de victimes et de parents de l’enseignement catholique affirme dans son article premier la responsabilité de l’État dans ces maltraitances systémiques, et crée un fonds d’indemnisation national. Il veut aussi renforcer les moyens de contrôle de l’État sur les établissements privés.

Compte-tenu de l’ampleur du drame révélé par l’affaire Bétharram, une proposition de loi salutaire qui n’a visiblement pas réussi à convaincre les présidents des groupes de droite et d’extrême droite, malgré les signatures de 142 député·es venus de neuf groupes politiques différents. Soutenue par la gauche et les écologistes, elle a été balayée d’un revers de main grâce à l’abstention ahurissante de Gabriel Attal, président du groupe Ensemble pour la République et ex-ministre de l’Éducation nationale. Ces faits interrogent sur les priorités politiques et sur la place réservée à la lutte contre les violences en milieu scolaire. Ils mettent en lumière une forme de déni qu’on peut qualifier de criminel.

Dans un communiqué commun, une vingtaine de collectifs de victimes, dont celles de Bétharram, de Riaumont, de Notre-Dame-de-Garaison, de Sainte-Croix-des-Neiges, eux aussi perplexes, estiment qu’il est « difficilement compréhensible que d’autres textes aient été jugés prioritaires au regard de la gravité des violences qui touchent, chaque année, des milliers d’élèves ».

De toute évidence, la protection des enfants ne figure pas parmi les urgences du gouvernement qui bafoue au passage le travail approfondi mené par les parlementaires. Les efforts déployés, qu’il s’agisse d’une commission d’enquête, d’un rapport voté à l’unanimité ou d’une proposition de loi soutenue par une large majorité, sont ignorés ou relégués au second plan.

Après tout, pourquoi se soucier des plus vulnérables ?

L’édito du webzine. Le 1er-Mai : un symbole bafoué

Quand droite et extrême droite s’unissent contre le 1er-Mai dans une alliance de la honte pour s’attaquer à la Fête des travailleur•seuses.

Le 1er-Mai, jour férié et chômé conquis par de luttes sanglantes est historiquement un symbole de l’émancipation sociale. L’extrême droite et la droite préfèrent célébrer Jeanne d’Arc plutôt que de reconnaître cette conquête sociale, révélant leur hostilité envers les droits des salariés et les syndicats.

Vendredi 25 avril 2026, à l’Assemblée nationale, une alliance entre la majorité présidentielle (Ensemble), la droite et le Rassemblement national (RN) a permis d’éviter le débat sur un texte visant à faire travailler les salariés le 1er-Mai. Pour contourner l’opposition, les députés favorables au projet ont voté une motion de rejet de leur texte… renvoyant la discussion en commission mixte paritaire. Une manœuvre grossière pour passer en force dès la semaine suivante et imposer cette régression sociale dès 2026. Les 140 amendements déposés par la gauche n’ont même pas été discutés.

Le texte, porté par le macroniste Gabriel Attal, propose d’autoriser le travail le 1er-Mai dans certains commerces de proximité (boulangeries, pâtisseries, boucheries, fleuristes, cinémas, théâtres). Aujourd’hui, seuls les artisans peuvent ouvrir ce jour-là, avec l’aide de membres de leur famille non-salariés. La proposition étend cette possibilité aux salariés, sous couvert de « volontariat », une notion dénoncée comme illusoire par les syndicats.

Une mobilisation syndicale et politique

Face à cette attaque, la gauche (LFI, PS, PCF, Écologistes) a tenté de retarder le vote, allant jusqu’à entonner La Marseillaise et L’Internationale dans l’hémicycle. À l’extérieur, des dizaines de manifestants se sont rassemblés pour défendre le 1er-Mai(*). Le groupe communiste a annoncé le dépôt d’une motion de censure pour lundi.

Cette alliance de la honte entre droite et extrême droite préfigure une majorité réactionnaire possible en 2027, si la gauche ne parvient pas à s’unir et à convaincre. L’extrême droite et la droite macroniste montrent clairement leur camp : celui du patronat, de la régression sociale et de la négation des conquêtes des travailleurs.

C’est une manœuvre parlementaire anti-démocratique pour supprimer le caractère chômé du 1er-Mai, symbole des luttes sociales. Cette alliance entre macronistes, droite et RN révèle une volonté commune de régression, tandis que la gauche et les syndicats résistent. La bataille pour 2027 s’annonce décisive.

Dominique Gerbault

(*) Continuer à signer et faire signer la pétition « Non au passage en force sur le 1er mai ! »

L’édito du Travailleur Catalan par Nicole Gaspon. Taxer les compagnies pétrolières

Un rapport de l’ONG Greenpeace révèle que la guerre contre l’Iran profite largement aux compagnies pétrolières celles-ci réalisent ainsi 80 millions de sur-profits par jour, dont 11,6 en France !

Sarah Roussel, de l’ONG, fait ce constat révoltant : « pendant que des personnes meurent au Moyen-Orient, les compagnies pétrolières se remplissent les poches avec des profits d’aubaine totalement indécents ».

Pourtant, cette guerre illégale menée par les USA et Israël contre l’Iran aggrave la crise économique et les ponctions sur le pouvoir d’achat en Europe. Ce numéro du Travailleur Catalan s’en fait l’écho dans les pages Événement.

Il serait logique que ces sur-profits des compagnies pétrolières soient taxés. C’est d’ailleurs ce que viennent de demander l’Espagne et trois autres pays de l’Union européenne (Autriche, Allemagne, Italie). Ils ont appelé à la mise en place d’une taxe sur les bénéfices exceptionnels des entreprises énergétiques, en réponse à la hausse des prix des carburants liée à la guerre au Moyen-Orient, a indiqué samedi le ministre espagnol de l’Économie, Carlos Cuerpo. Les ministres ont rappelé qu’une taxe d’urgence similaire avait été mise en place en 2022 pour faire face à la flambée des prix de l’énergie à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

On se demande pourquoi la France ne s’est pas associée à cette démarche, cela témoigne du peu de cas que fait l’exécutif macroniste des difficultés que rencontrent nombre de professionnels et de ménages en raison des augmentations colossales des prix du pétrole et du gaz. Un même état d’esprit conduit le gouvernement à refuser la moindre aide aux particuliers comme baisser les taxes sur les carburants.

L’édito du webzine. Le monde en feu, la France en crise

Donald Trump et Benjamin Netanyahu méprisent les règles internationales, ils mettent le monde en feu. Pendant ce temps la France s’enfonce dans la crise, quelques lueurs d’espoir perdurent.

La situation internationale est explosive : au Moyen-Orient, la guerre s’étend (Iran, Israël, Liban, Palestine), avec des milliers de morts. Depuis fin février, Donald Trump et Benjamin Netanyahu mènent une offensive « foudroyante » contre l’Iran, sans succès décisif. Le régime iranien résiste, tandis que la répression contre les démocrates s’intensifie. En Israël, une loi instaurant la peine de mort contre les « terroristes » (ciblant en réalité les Palestiniens) est dénoncée comme un pas vers l’apartheid, s’ajoutant au génocide à Gaza et à la colonisation de la Cisjordanie.

Un néofascisme émerge, bafouant le droit international et les droits humains. Le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole et du gaz mondial, provoque une hausse des prix, une inflation galopante et un ralentissement économique, aggravant chômage et pauvreté. Pendant ce temps, les compagnies pétrolières françaises réalisent des bénéfices records (11 millions d’euros supplémentaires par jour), sans réaction du gouvernement.

À la tête de leurs multinationales, les grands patrons enchainent en France des fermetures massives d’entreprises (Alinea, ArcelorMittal, Cap Gemini…), entraînant dans leur sillage moult PME et TPE provoquant des milliers de suppressions d’emplois.

Pendant ce temps, Emmanuel Macron, toujours le premier pour aider les riches, laisse une Éducation en péril provoquant des fermetures de classes, 19,4 millions d’heures de cours non assurées en 2023-2024, et 80 % des parents inquiets pour l’avenir scolaire de leurs enfants.

La Santé est également en souffrance : L’hôpital public est au bord de la rupture. Se soigner devient un luxe. Plutôt que d’améliorer les conditions de travail, le gouvernement préfère fliquer médecins et patients.

Une lueur d’espoir avec les résultats des municipales

Les communiistes reste la troisième force après la droite et le PS en nombre d’élus. Au total, 39 des 100 plus grandes villes du pays sont désormais dirigées par un maire socialiste, communiste, écologiste ou insoumis. La France de gauche, à forte propension unitaire, s’est incarnée dans les nombreuses fusions réalisées durant l’entre-deux-tour.

L’exemple de Nîmes est révélateur : dans ce bastion de la droite depuis 25 ans, la liste « Nîmes en commun », menée par le communiste Vincent Bouget, a battu le RN. Une victoire obtenue par un travail de terrain patient, sans stratégie d’appareil, et soutenue par une coalition populaire (PCF, PS, Place publique). Seul LFI ne s’y est pas associé, récoltant moins de 6 % des voix.

Dans notre département Alènya et Cabestany gardent leur maire communiste et c’est Vernet-les-Bains qui se dote d’un maire communiste. À Prades, l’équipe à Castex est battue, elle fait place à une jeune femme conseillère départementale apparentée socialiste prenant aussi à la droite la ccommunauté de commune Canigó-Conflent.

Cela prouve que rien n’est jamais écrit d’avance. Des coalitions locales émergent, prouvant que des victoires inattendues sont possibles.

Dominique Gerbault

L’édito du Travailleur Catalan par Michel Marc. RN. Des symboles et des actes

Pour ce qui est des symboles, les exemples récents et théâtralisés du maire de Carcassonne et de la maire de Canohès nous éclairent sur leurs intentions idéologiques. Réaffirmer un nationalisme de pacotille supposé, qu’ils appellent « patriotisme », et accuser, au fond, l’Europe de tous nos maux sociaux et économiques. La crise du capitalisme n’y est pour rien. C’est l’Europe ! Le maire audois y ajoute, toujours dans le domaine symbolique, un arrêté « Trumpiste » d’interdiction de la mendicité, avec caméras et photographes et une grosse signature. L’intelligence et l’humanité n’ont pas été convoquées à la cérémonie. Du vent et des symboles, en quelques sorte.

Cela pourrait nous faire sourire lorsque l’on sait qu’il a été lui-même un grand bénéficiaire des primes de le PAC, plus de 200 000€ /an, et que son parti a piqué allègrement dans la caisse de l’Europe plus de quatre milliards d’euros.

Il y a aussi des actes. Passons vite sur l’ensemble des votes émis à l’Assemblée nationale, tous défavorables au peuple, aux salariés, aux femmes, aux services publics, au « vivre-ensemble ». Aucun de ces votes ne s’attaque aux inégalités et aux milliardaires. Dormez tranquille, messieurs les capitalistes. Évoquons, à propos de l’immigration, le « Nouveau règlement retour », adopté le 26 mars de cette année, au Parlement européen, par une majorité de droite et par l’ensemble de l’extrême droite et qui fera force de loi dès juin 2026. Il fallait les voir se congratuler après cette « énorme
victoire ! »
. Et l’humanité recule encore. Les « Hubs de retour » sont créés, invitant les pays de la communauté européenne à tisser des partenariats d’expulsion avec d’autres pays et pour créer des centres de rétention, sans aucune précision concernant la durée et les conditions de détention. Y compris pour les demandeurs d’asile. La loi s’imposera à tous les pays. Le pouvoir de nuisance du RN est bien là. Le mauvais temps s’installe. À chacun d’agir.

L’édito du webzine. Enrayer la machine du mensonge de l’impérialisme

La guerre américano-israélienne fait rage en Iran, au Liban et dans les territoires palestiniens. Cela relève toujours du même schéma impérialiste : mensonges, guerres pour les ressources, mépris du droit international.

Cette guerre soutenue par Reza Pahlavi (fils de l’ancien shah) est condamnée par l’opposition iranienne en exil. Elle s’inscrit dans une logique impérialiste où le mensonge justifie l’agression. L’impérialisme prend habitude de cette politique pour déclarer la guerre aux régimes qui vont à l’encontre de ses intérêt comme en 1964 au Vietnam ou en 2003 en Irak, où des prétextes fallacieux (attaques imaginaires, armes de destruction massive) avaient servi à déclencher des conflits meurtriers.

Le mensonge sert d’argument à Trump et Netanyahu recyclant des falsifications historiques pour légitimer leurs actions : Trump affirme que l’Iran est « proche de la bombe atomique », une allégation démentie par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Une logique économique mortifère

Netanyahu revendique la Palestine au nom d’un lien historique de 3 000 ans, ignorant que ces terres étaient occupées bien avant par les Natoufiens, ancêtres des Palestiniens. Une rhétorique similaire à celle de Charles X en 1830, qui prétendait que l’Algérie « n’appartenait à personne ».

En réalité l’objectif d’Israël est de s’étendre territorialement et d’affaiblir ses voisins, celui de Trump est de contrôler les flux énergétiques mondiaux. Le blocage du détroit d’Ormuz permet aux États-Unis -premier producteur mondial de pétrole et de gaz-, de spéculer sur les prix et d’imposer leurs exportations aux Européens, privés de gaz russe.

La guerre sert les intérêts d’une oligarchie économique qui s’enrichit grâce à la crise, tandis que les Européens sont contraints d’acheter du gaz américain à prix d’or. Cette dynamique rappelle les seigneurs de guerre du passé où le profit prime sur les vies humaines.

Il s’agit d’une mécanique implacable : fabriquer un ennemi, frapper, et justifier la violence par des mensonges. Face à cette répétition tragique de l’histoire, la question se pose : jusqu’où iront ces logiques de domination, et à quel prix les populations civiles sont condamnées au silence ?

Il s’avère indispensable de déjouer cette répétition du schéma impérialiste. D’avoir une réflexion sur la responsabilité collective face à l’histoire qui « bégaie ».

Dominique Gerbault

L’édito du Travailleur Catalan par Jacques Pumaréda. Du local au mondial

Fuyons ce vacarme médiatique sur les résultats des élections municipales où tout le monde a gagné et tout le monde a perdu.

Prenons la machine à remonter le temps pour nous projeter dans cette période de l’industrialisation à la fin du XIXe siècle et au début du XXème. « Les municipalités sont le foyer naturel du prolétariat. C’est là dans un premier temps qu’il affirmera sa force » soutient Seymour Stedman en 1904. Pour ce socialiste de l’Illinois, la ville peut-être le lieu privilégié d’une lutte efficace contre le capitalisme. Après la commune de Paris, les élus socialistes conquièrent des centaines de mairies. Les prolétaires de plus en plus nombreux se concentrent dans certains quartiers. La population des banlieues parisiennes passe de 400 000 habitants à plus de deux millions constituant l’électorat de la ceinture rouge.

Le communisme municipal se construit au sein d’un vaste réseau sur trois continents. Au congrès de la IIéme internationale à Paris en 1900, une résolution recommande d’élaborer des programmes autour de la municipalisation des services essentiels. C’est donc un socialisme à la fois local et international qui se construit après les années 1880. Après plusieurs crises de la vie chère, on municipalise des réseaux comme l’eau, le gaz, l’électricité ou les transports publics.

En Belgique, en France comme en Italie on propose des programmes envers les plus démunis. D’âpres débats traversent le mouvement ouvrier, le clivage entre réformistes qui soutiennent les initiatives municipales et les marxistes « orthodoxes » qui expriment leur méfiance se retrouve dans plusieurs pays. On ira jusqu’à parler de « socialisme des égouts, du gaz et de l’eau ». Plus récemment la victoire de Bernie Sanders à Burlington en 1981 ou la victoire de « Barcelone en commun » en 2015 ne résultent pas d’une stratégie coordonnée. La question reste posée de la pertinence de l’échelon local dans la construction du socialisme. Point d’appui pour les luttes locales les élus communistes sont aussi solidaires des luttes émancipatrices de par le monde, comme un héritage historique.