L’édito du webzine. Des villes pour toutes

En pleine campagne des municipales, la journée internationale de lutte pour les droits des femmes prend une teinte singulière. Les élections municipales des 15 et 22 mars sont un rendez-vous démocratique majeur, elle sont aussi la grande affaire des électrices, des citoyennes.

Y compris dans les plus petites communes la loi impose la parité sur les listes se présentant aux élections municipales, cela va t-il fait avancer les droits des femmes ? Tout est une question de choix politiques volontaristes car rien n’oblige les communes à agir. Si ce n’est la loi pour l’égalité professionnelle au sein de la fonction publique territoriale où la majorité des emplois est occupée par des femmes. Mais Peu de villes ont une adjointe ou un élu spécifiquement dédié aux droits des femmes, certaines grandes villes en sont même dépourvues.

Le rapport d’Oxfam « Pour des villes féministes », publié le 3 mars 2026, dresse un état des lieux de l’engagement des communes françaises en faveur de l’égalité femmes-hommes. Il a le mérite de mettre le sujet sur la table. L’enjeu central est celui de l’égalité et de la place des femmes dans la cité. Des mesures visibles, comme la création de délégation aux droits des femmes au sein des conseils municipaux font avancer les droits par des mesures concrètes, notamment dans la lutte contre les violences intrafamiliales et le harcèlement dans les transports et les lieux publics. Les villes peuvent aussi agir pour l’émancipation en créant des places en crèches, des logements dignes et accessibles, en ouvrant des recrutements dans la fonction publique territoriale, en soutenant les associations, la culture… Alors que l’extrême droite, qui a toujours honni l’émancipation, est aux portes du pouvoir et en premier lieu des pouvoirs locaux. S’engager pour les droits des femmes c’est agir pour l’égalité de tous.

Des villes plus égalitaires

Un tiers des grandes villes françaises n’ont aucun élu·e spécifiquement en charge des droits des femmes. Seulement 24,7 % des postes clés du pouvoir local sont occupés par des femmes, malgré la parité sur les listes électorales. Le budget national dédié à l’égalité femmes-hommes ne représente que 0,02 % du budget de l’État, et a même baissé en 2026 pour la première fois depuis cinq ans.

L’ONG appelle les candidat•es à s’engager à nommer plus de femmes aux postes clés de l’exécutif municipal et à soutenir les organisations féministes de première ligne. Certaines villes ont adopté une « budgétisation sensible au genre » pour évaluer l’impact des politiques publiques sur les inégalités femmes-hommes.

Oxfam souligne que ces élections sont une opportunité majeure pour féminiser durablement les exécutifs municipaux et intercommunaux, et pour faire de l’égalité une priorité des projets de coopération décentralisée.

Là où l’égalité progresse, c’est grâce à une volonté politique forte et à des moyens concrets. Il est urgent d’agir pour des villes plus égalitaires.

Dominique Gerbault

L’édito du Travailleur Catalan par Nicole Gaspon. Double peine

Une nouvelle guerre a démarré au Moyen-Orient. Trump et Netanyahou ont lancé une offensive de grande envergure contre la République islamique d’Iran. Certes, personne ne versera de larmes sur la mort d’Ali Khamenei, tué dès le premier jour. Le « guide suprême » était comptable, entre autres, de la mort de près de 40 000 manifestants en janvier dernier. Il était à la tête d’un gouvernement théocratique, sanguinaire et dictatorial, qui opprimait son peuple, au premier chef les femmes.

Mais rien n’assure que cette guerre débouchera sur l’instauration d’un régime démocratique. Peut-on imaginer qu’un déluge de bombes, avec son lot de victimes et de destructions, puisse apporter des réponses à l’immense besoin de liberté du peuple d’Iran ? En cette veille de la Journée internationale des droits des femmes, on a une pensée particulière pour les Iraniennes qui, dans le mouvement Femme, Vie, Liberté, ont pris tous les risques pour revendiquer la fin des discriminations qu’elles subissent. Qu’adviendra-t-il de ces aspirations dans un contexte de guerre, de chaos, au moment où les civils sont tués, fuient, sont déplacés, alors que demeurent les structures du régime, comme les gardiens de la Révolution ? Par une cruelle ironie du sort, c’est une centaine de fillettes qui ont été tuées lors des premières frappes contre l’Iran ! Les fauteurs de guerre, Trump et Netanyahou, ne s’embarrassent pas de considérations humanitaires. On le voit dans leurs propres pays, où ils assument sans complexe leur politique d’extrême droite : génocide des Palestiniennes et des Palestiniens pour Netanyahou ; chasse aux immigrés, aux féministes, aux LGBT… pour Trump. Cette guerre, lancée en dehors de toute concertation, en violation du droit international, venant après l’agression contre le Venezuela, est un pas de plus vers une organisation mondiale où prime la loi du plus fort. Un pas de plus vers un embrasement de la région, dont on ne peut aujourd’hui mesurer tous les dégâts.

Les peuples n’ont rien à y gagner, les femmes encore moins, car pour elles avec la guerre, c’est la double peine.

L’édito du webzine. Trump, l’autoritarisme et ses relais en Europe

Donald Trump vient de contourner une décision de la Cour suprême invalidant une partie de ses hausses de taxes douanières en augmentant les droits de douane de 10 % à 15 %. C’est un coup de force, une dérive autoritariste et un mépris pour l’État de droit.

Les associations d’industriels et de commerçants estiment les pertes à 110 milliards d’euros et réclament des compensations. Les ménages populaires subissent une hausse des prix à la consommation, tandis que la baisse d’impôts promise n’a profité qu’aux plus riches.

En accusant la Chine d’influencer la Cour suprême, Trump se vautre dans l’absurdité puisque la majorité des juges sont conservateurs donc proches de son camp. L’objectif est simple : il veut détourner l’attention en désignant un ennemi extérieur.

Trump mise sur la puissance économique des États-Unis pour imposer ses diktats aux « partenaires » et maintenir l’hégémonie américaine. Cela génère une incertitude mondiale, fragilisant les équilibres géopolitiques et économiques. Cette stratégie promeut des modèles autoritaires et libertariens.

En France aussi

L’ambassadeur américain, en France Charles Kushner, a violé les usages diplomatiques en commentant publiquement la mort du néofasciste Quentin Deranque à Lyon, accusant la gauche de menacer la sécurité publique. Il a été jusqu’à ignorer une convocation du Quai d’Orsay, affichant un mépris pour les autorités françaises.

Ni la droite (LR) ni l’extrême droite (RN) n’ont réagi à cette ingérence. Certains, comme Laurent Wauquiez (LR), ont instrumentalisé la mort de Deranque en affichant son portrait sur l’hôtel de région, tandis que d’autres reprennent des slogans pétainistes (« Travail, Famille, Patrie »).

Ces actes révèlent une normalisation des références d’extrême droite et une tentative de rapprochement électoral avec le RN.

Il s’agit d’une danse macabre autour du drame de Lyon, où la mort d’un jeune néofasciste est récupérée politiquement pour servir des intérêts partisans. Cette instrumentalisation marque un tournant : la droite et l’extrême droite s’alignent sur des rhétoriques autoritaires et antidémocratiques, tandis que les garde-fous républicains s’affaiblissent.

On assiste à une convergence dangereuse entre le trumpisme, l’autoritarisme et les forces politiques européennes qui, par leur silence ou leur complicité, sapent les fondements démocratiques. La mort de Quentin Deranque devient le prétexte d’une offensive idéologique, où la droite et l’extrême droite réhabilitent des références fascistes et normalisent l’ingérence étrangère.

Dominique Gerbault

L’édito du TC par Michel Marc. Les liaisons dangereuses

L’indécence le dispute aujourd’hui à la grossièreté, dans notre environnement médiatique et politique. Jusqu’à l’écœurement. Les attaques menées contre LFI frisent les campagnes idéologiques les plus ignobles que l’histoire a pu produire. « Antisémites, violents, et même anti-France ! ». On croit rêver. Rappelons les « sorcières », brûlées, « les protestants », massacrés, les « juifs » exterminés, les « communistes » dans certains pays avec « le couteau entre les dents », discriminés ou massacrés, des USA aux Philippines, et bien d’autres. Soyons clairs.

Cet élan agressif assez large traduit en réalité une volonté plus large d’affaiblir et de délégitimer toute parole progressiste dans le paysage français. Derrière les polémiques permanentes, les caricatures et les procès d’intention, c’est une certaine vision du progrès social, écologique et démocratique qui est visée. Véritablement, ce sont toutes les forces associatives, syndicales ou politiques, progressistes, qui sont visées. La RN mène cette danse macabre. C’est normal.

Les conservateurs du centre et de la droite y participent. On pouvait s’y attendre. L’effet d’aubaine est exploité dans ses grandes largeurs. Mais quand on peut lire ou entendre autant d’absurdités de la part de dirigeants sociaux-démocrates (PS et Place Publique), ou auto-déclarés comme tels, cela devrait nous alerter. Ces collusions sont dangereuses.

On peut ne pas être d’accord avec LFI. On ne peut pas les laisser seuls avec cette cible dans le dos sans réactions. Les paresseux du panel médiatique, les médiocres, les ultra-crépidariens de l’analyse politique et de la propagande doivent être combattus… Avec des arguments.

L’édito du webzine. Un Salon de l’agriculture sous le signe de la colère et de l’urgence

Le 62e Salon international de l’Agriculture s’ouvre dans un climat de tension extrême et de crise sans précédent du monde paysan. Pour la première fois, aucun bovin ne sera présent à Paris, en raison de l’épidémie de dermatose nodulaire, qui a décimé des cheptels entiers et traumatisé les éleveurs.

La colère des paysans est aussi alimentée par la signature de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, perçu comme une menace mortelle pour les agriculteurs français. Sans garde-fous solides, cet accord risque d’inonder le marché européen de produits à bas coût, tirant les prix vers le bas et mettant en péril des milliers d’exploitations. La Confédération paysanne a d’ailleurs annoncé le boycott de l’ouverture du Salon, refusant de « cautionner un spectacle désolant » où les promesses, comme celle d’Emmanuel Macron sur les prix planchers ou le blocage du traité, restent lettres mortes.

Les chiffres sont accablants : en 30 ans, le revenu net des agriculteurs a chuté de 40 %, tandis que les profits de l’agro-industrie ont explosé, passant de 3,1 à 7 milliards d’euros entre 2021 et 2023. Pendant ce temps, les prix de l’alimentaire ont augmenté de 70 % depuis 2000, illustrant un déséquilibre criant : les paysans sont écrasés par une chaîne de valeur où industriels et grande distribution fixent les prix dans l’opacité, les réduisant à une simple variable d’ajustement.

La régulation, une exigence vitale

Face à ce constat, la Confédération paysanne et d’autres acteurs appellent à une refonte du modèle agricole. Il s’agit de sortir du dogme de la compétitivité porté par des lois comme celle de Duplomb. Tout cela pousse à l’industrialisation, à la baisse des normes environnementales et sociales, et à la dépendance aux exportations.

À la place, ils défendent :

  • Une régulation des marchés pour éviter le dumping et protéger les petites exploitations.
  • Un changement de cap écologique, avec moins de pesticides et une production moins intensive.
  • Une politique sanitaire plus humaine, remettant en cause l’abattage systématique des troupeaux atteints de dermatose nodulaire, jugé « inhumain » et dicté par des logiques purement exportatrices.

Malgré l’absence des bovins et la colère ambiante, les syndicats comme la Confédération paysanne seront présents pour porter leurs revendications et dénoncer la « cogestion » entre la FNSEA et le gouvernement, accusée d’avoir mené l’agriculture dans une impasse. Leur message est clair : sans régulation, sans justice sociale et sans transition écologique, l’agriculture française court à sa perte.

Le Salon de l’Agriculture 2026 est le miroir d’un secteur en crise, où se jouent des enjeux vitaux : survie économique des paysans, souveraineté alimentaire, et choix de société. Entre désespoir et détermination, une question s’impose : quel modèle agricole voulons-nous pour demain ?

Dominique Gerbault

L’édito du TC par Jacques Pumaréda. Ecouter Noé

On sait que Noé déploya des efforts considérables pour convaincre ses congénères incrédules de l’imminence du déluge. Chaque jour le patriarche s’appliqua à « ouvrir les yeux des aveugles et crier dans les oreilles des sourds ». Après il fut trop tard.

Depuis des décennies des voix s’élèvent en France et dans le monde entier pour prévenir de l’imminence de la vague d’extrême-droite tant aux USA, qu’en Europe ou même en France. Les contextes socio-économiques induisent de la part du Capital des orientations dangereuses pour les valeurs humanistes et d’émancipation humaine.

La mort de Quentin, un étudiant de 23 ans passé à tabac à Lyon, est inexcusable. L’indispensable combat contre les idées de haine propagées par les forces fascistes n’autorise en rien la mise à mort d’un jeune homme. L’affrontement politique avec l’extrême droite implique une rupture sans ambiguïté avec sa rhétorique de guerre civile, sa logique d’escalade, ses penchants virilistes, ses méthodes criminelles. La mort de Quentin donne lieu, sans surprise, à une cynique exploitation politique. De Marine Le Pen à Gérald Darmanin, on instruit déjà le procès de « l’ultra-gauche assassine ».

Leur but : parachever la banalisation de l’extrême droite en désignant à la vindicte toutes celles, tous ceux qui lui résistent. Seul un mouvement ample, populaire, organisé peut aujourd’hui faire refluer les courants identitaires, ultra-nationalistes et xénophobes prêts à mettre le feu au pays pour s’emparer du pouvoir.

Les élections municipales sont l’occasion de contrer démocratiquement la poussée du RN et dans ce département, il y a de quoi faire. Il est à regretter qu’à Perpignan certaines forces de gauche ne mesurent pas « l’imminence du déluge ». Les stratégies nationales ont pris le dessus sur les constructions locales de rassemblement. C’est une faute lourde de conséquences pour les habitants de Perpignan. La délégation de pouvoir à des instances parisiennes est suicidaire, c’est en bas que se construisent les rassemblements progressistes. Les élections municipales sont un cadre adéquat pour une démocratie vivante qui tient sur des valeurs et des convictions humanistes pour rassembler avec tout le monde, se battre pour le logement social, la santé et la citoyenneté, autant de formes de résistance à la folie pré-fasciste ambiante.

L’édito du webzine. Perpignan, quand l’identité catalane devient un combat politique

Depuis 2020, avec Louis Aliot (RN), Perpignan n’est plus « la Catalane ». Les panneaux d’entrée de ville ont été remplacés par « Perpignan la rayonnante », et les subventions aux associations catalanistes ont été purement et simplement supprimées.

Tout a commencé avec la marque « Perpignan la Catalane », déposée dans les années 1990 par Jaume Roure, figure historique du catalanisme local. La mairie a refusé de renouveler son enregistrement, et engagé une procédure judiciaire pour « dépôt frauduleux », accusant Jaume Roure de nuire à l’image de la ville. Résultat : plus de 6 000 euros de frais d’avocats pour ce dernier. « L’idée est de nous taper au portefeuille », dénonce-t-il. Mais au-delà de l’aspect financier, c’est bien l’identité même de Perpignan qui est en jeu.

Les associations qui promeuvent la langue et la culture catalane ont payé le prix fort. L’association La Bressola, qui milite pour la « récupération de la langue et la culture catalane », a perdu 60 000 euros de subventions. D’autres, comme Òmnium Cultural Catalunya Nord, refusent désormais de demander des aides à la mairie, par principe. « On ne veut pas blanchir la politique d’effacement du RN », explique Guillem Dalmau, son président. Les cours de catalan, suivis par 700 élèves, sont devenus déficitaires, et l’avenir de ces structures est menacé.

Des deux côtés de la frontière

Les liens avec Barcelone se sont raréfiés, les célébrations en catalan sont interdites, et les projets éducatifs immersifs, comme celui de La Bressola, ont été bloqués par des manœuvres administratives. « Ce qui gêne le RN, c’est que le catalanisme est transfrontalier », analyse Brice Lafontaine, ancien conseiller municipal. Pour le RN, il s’agit de tracer une limite géographique claire : ici, on est roussillonnais, donc français. Point final.

La stratégie de Louis Aliot est claire : normaliser Perpignan en gommant son identité catalane, ou du moins en la réduisant à un folklore inoffensif. Les Dragons catalans ou les feux de la Saint-Jean peuvent être mis en avant, mais les cours de catalan, les écoles immersives ou les liens avec la Catalogne espagnole sont des cibles.

Cette politique interroge : jusqu’où ira l’effacement de l’identité régionale au profit d’un nationalisme étriqué ? À Perpignan, la résistance s’organise, mais le combat est inégal. Les associations catalanistes, privées de moyens, tentent de survivre. Les citoyens, attachés à leur langue et leur culture, refusent de voir leur histoire réécrite. Il est donc important de déchoir le RN de son piedestal perpignanais pour sauver la catalanité.

Dominique Gerbault