L’édito du webzine. Des électeurs de gauche responsables

Le premier tour des élections municipales de 2026 a montré une abstention record, une résistance de la gauche et une progression de l’extrême droite.

L’abstention record (40 %) reflète une rupture démocratique profonde, notamment parmi les couches populaires. La gauche a bien résisté en conservant environ 12 000 mairies. La progression de l’extrême droite a été notamment alimentée par un transfert d’électeurs de droite et un ancrage croissant dans les classes populaires.

Ces résultats confirment un rejet des divisions internes à gauche. Là où la gauche était désunie, l’abstention a grimpé. Tout reste jouable pour la gauche dans les ccommunes où elle a su s’unir pour le second tour. Selon une enquête Toluna Harris Interactive, 52 % des électeurs de gauche soutiennent la fusion des listes pour contrer le RN et Reconquête !.

L’expérience du Nouveau Front populaire (NFP) lors des législatives de 2024 avait permis de remporter 178 sièges et de bloquer la majorité absolue du RN. Cela a contribué à renforcer cette aspiration à l’union. 61 % des socialistes et 58 % des écologistes sont désormais favorables à des alliances avec LFI.

Mettre fin aux égos

Pourtant, certains dirigeants persistent dans l’idée de « gauches irréconciliables ». Jean-Luc Mélenchon mise toujours sur un leadership exclusif, tandis que d’autres forces de gauche espèrent un affaiblissement du RN à leur profit. Ces stratégies risquent de détourner un électorat lassé des postures politiciennes et en quête de solutions concrètes à leurs difficultés.

Dépasser les ego et les divisions pour construire un projet commun pour éviter un scénario où l’extrême droite, soutenue par une partie de la droite, l’emporterait en 2027. Élaborer un programme unifié, capable de répondre aux attentes sociales et écologiques des Français. Proposer un pacte clair et assumé, fondé sur le progrès partagé et l’égalité. Tel devrait être l’objectif de toute la gauche.

Sans cette ambition, le risque est grand de voir se reproduire les dérives autoritaires observées ailleurs (Trump, Meloni, Orban, Poutine). L’urgence est à l’unité pour préserver la démocratie et les valeurs républicaines.

Dominique Gerbault

L’édito du TC par René Granmont. Vigilance contre l’extrême droite

« Quand les blés sont sous la grêle. Fou qui fait le délicat. Fou qui songe à ses querelles. Au cœur du commun combat »
Louis Aragon (1943)

Le premier tour des élections municipales, marqué par son lot de surprises, a dessiné un paysage politique inquiétant. Ce scrutin est celui qui est le plus proche de la vie quotidienne de tout un chacun. Le cadre de vie, la santé, l’éducation, la vie associative, la vie culturelle, sportive, la sécurité, … autant de domaines où, malgré la politique d’austérité que le gouvernement leur impose, un maire, son conseil municipal peuvent répondre aux besoins de la population. Et pourtant trop peu de Français se sont déplacés aux urnes à cette occasion.

C’est la terrible preuve que nombre de nos concitoyens ne croient plus en la capacité de la politique à changer leur quotidien. Il est évident que la non-prise en compte des résultats des dernières législatives par le pouvoir n’a fait que les confirmer dans cet état d’esprit. L’élection montre donc un peu plus la faillite du macronisme. Non seulement, d’un point de vue électoral, pour les candidats qui s’en réclament, mais plus largement quant à l’état de la société française. Après des années de présidence Macron, elle est plus fracturée que jamais.

Et l’extrême droite, elle, n’a jamais été aussi forte. Aussi, dès dimanche prochain, pour le second tour dans les communes où sont en lice des listes, avouées ou non, du Rassemblement national, tout électeur de gauche, tout démocrate, doit par son vote faire barrage à l’extrême droite.

La majorité des communes a déjà élu son maire dès le premier tour et l’immense majorité d’entre eux s’est présentée en affichant aucune étiquette politique. Mais qui choisiront-ils au moment des votes pour l’intercommunalité ? Pour qui voteront-ils au moment des élections cantonales ? Ces différents scrutins risquent forts d’être une mauvaise surprise pour certains électeurs… Car difficile de croire que l’absence d’étiquette ne cache pas, dans un certain nombre de cas, une sympathie, une proximité avec le Rassemblement national…

Face à cette montée de l’extrême droite, face à la droite qui lui ouvre de plus en plus les bras, l’ensemble des forces démocratiques, des forces de gauche et républicaines doit prendre ses responsabilités. Il est temps de dépasser les petits calculs politiciens pour se rassembler contre la menace brune. Et de participer massivement à la manifestation organisée à l’appel de Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes, samedi 21 mars à Perpignan.

L’édito du webzine. Voter, une responsabilité collective face au danger

En cette veille d’élections municipales, notre pays se trouve à un moment décisif de son histoire démocratique. L’extrême droite menace à pas feutré de nombreuses communes. Jamais l’avenir de la République n’a été aussi fragile. Le passé revient au grand galop.

Face à cette situation, voter n’est pas un simple droit : c’est une responsabilité collective. Méfiez-vous des discours mensongers et trompeurs portés par le Rassemblement national, Reconquête et Identité-Libertés. Leurs votes à l’Assemblée nationale comme au Parlement européen sont en contradiction avec leurs déclarations publiques. Refusez toute banalisation de ces discours.

Ces candidatures n’ont pour effet que de diviser le pays et de promouvoir un projet politique inspiré des dérives populistes observées ailleurs, notamment aux États-Unis sous l’ère trumpiste.

L’histoire nous l’enseigne avec force : lorsque les démocrates se divisent ou se taisent, les forces extrémistes avancent. Ce mécanisme est constant depuis les années 1930, des idées historiquement portées par l’extrême droite deviennent « acceptables », banalisées ou reprises par des forces politiques traditionnelles. Nous assistons actuellement, en France, à ce glissement progressif d’une partie de la droite républicaine vers les thèses de l’extrême droite.

Préserver la démocratie, c’est refuser toute complaisance avec ces extrêmes, c’est défendre l’universalisme contre le repli identitaire, la loi contre l’arbitraire, la vérité historique contre sa falsification.

L’histoire nous alerte

Face au danger, notre histoire est sans ambiguïté. Pendant la seconde Guerre mondiale, au cœur de l’Occupation nazie, des femmes et des hommes de gauche, du centre et de droite ont su dépasser leurs divergences pour résister ensemble au nazisme. Ils s’appelaient Lucie Aubrac, Jacques Chaban-Delmas, Marie-Jo Chombard de Lauwe, Geneviève De Gaulle, Père Jean Cardonnel, Georges Guingouin, Jean Matteoli, Pierre Sudreau, Raymonde Tillon, et beaucoup d’autres.

Ils ont sauvé l’essentiel : la République et ses valeurs démocratiques. Ils n’avaient pas les mêmes origines, ni les mêmes parcours, ni les mêmes convictions. Mais tous furent persécutés par un système totalitaire fondé sur la haine, la peur et la négation de l’humain.

Rappeler cette histoire, ce n’est pas figer le passé. C’est honorer toutes les mémoires -résistante, politique, juive, tsigane, homosexuelle- sans jamais les opposer. C’est faire vivre une mémoire commune qui demeure une leçon universelle contre le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie, le fascisme et toutes les formes d’exclusion.

Aujourd’hui encore, la République a besoin de vigilance, de courage et d’unité. L’abstention, le vote blanc et la division sont toujours des alliées objectives des forces qui contestent les fondements mêmes de la démocratie.

Ne laissez pas votre avenir être confisqué. Votez et faites voter pour des candidats républicains fidèles aux valeurs démocratiques.

Dominique Gerbault

L’édito du webzine. Des villes pour toutes

En pleine campagne des municipales, la journée internationale de lutte pour les droits des femmes prend une teinte singulière. Les élections municipales des 15 et 22 mars sont un rendez-vous démocratique majeur, elle sont aussi la grande affaire des électrices, des citoyennes.

Y compris dans les plus petites communes la loi impose la parité sur les listes se présentant aux élections municipales, cela va t-il fait avancer les droits des femmes ? Tout est une question de choix politiques volontaristes car rien n’oblige les communes à agir. Si ce n’est la loi pour l’égalité professionnelle au sein de la fonction publique territoriale où la majorité des emplois est occupée par des femmes. Mais Peu de villes ont une adjointe ou un élu spécifiquement dédié aux droits des femmes, certaines grandes villes en sont même dépourvues.

Le rapport d’Oxfam « Pour des villes féministes », publié le 3 mars 2026, dresse un état des lieux de l’engagement des communes françaises en faveur de l’égalité femmes-hommes. Il a le mérite de mettre le sujet sur la table. L’enjeu central est celui de l’égalité et de la place des femmes dans la cité. Des mesures visibles, comme la création de délégation aux droits des femmes au sein des conseils municipaux font avancer les droits par des mesures concrètes, notamment dans la lutte contre les violences intrafamiliales et le harcèlement dans les transports et les lieux publics. Les villes peuvent aussi agir pour l’émancipation en créant des places en crèches, des logements dignes et accessibles, en ouvrant des recrutements dans la fonction publique territoriale, en soutenant les associations, la culture… Alors que l’extrême droite, qui a toujours honni l’émancipation, est aux portes du pouvoir et en premier lieu des pouvoirs locaux. S’engager pour les droits des femmes c’est agir pour l’égalité de tous.

Des villes plus égalitaires

Un tiers des grandes villes françaises n’ont aucun élu·e spécifiquement en charge des droits des femmes. Seulement 24,7 % des postes clés du pouvoir local sont occupés par des femmes, malgré la parité sur les listes électorales. Le budget national dédié à l’égalité femmes-hommes ne représente que 0,02 % du budget de l’État, et a même baissé en 2026 pour la première fois depuis cinq ans.

L’ONG appelle les candidat•es à s’engager à nommer plus de femmes aux postes clés de l’exécutif municipal et à soutenir les organisations féministes de première ligne. Certaines villes ont adopté une « budgétisation sensible au genre » pour évaluer l’impact des politiques publiques sur les inégalités femmes-hommes.

Oxfam souligne que ces élections sont une opportunité majeure pour féminiser durablement les exécutifs municipaux et intercommunaux, et pour faire de l’égalité une priorité des projets de coopération décentralisée.

Là où l’égalité progresse, c’est grâce à une volonté politique forte et à des moyens concrets. Il est urgent d’agir pour des villes plus égalitaires.

Dominique Gerbault

L’édito du Travailleur Catalan par Nicole Gaspon. Double peine

Une nouvelle guerre a démarré au Moyen-Orient. Trump et Netanyahou ont lancé une offensive de grande envergure contre la République islamique d’Iran. Certes, personne ne versera de larmes sur la mort d’Ali Khamenei, tué dès le premier jour. Le « guide suprême » était comptable, entre autres, de la mort de près de 40 000 manifestants en janvier dernier. Il était à la tête d’un gouvernement théocratique, sanguinaire et dictatorial, qui opprimait son peuple, au premier chef les femmes.

Mais rien n’assure que cette guerre débouchera sur l’instauration d’un régime démocratique. Peut-on imaginer qu’un déluge de bombes, avec son lot de victimes et de destructions, puisse apporter des réponses à l’immense besoin de liberté du peuple d’Iran ? En cette veille de la Journée internationale des droits des femmes, on a une pensée particulière pour les Iraniennes qui, dans le mouvement Femme, Vie, Liberté, ont pris tous les risques pour revendiquer la fin des discriminations qu’elles subissent. Qu’adviendra-t-il de ces aspirations dans un contexte de guerre, de chaos, au moment où les civils sont tués, fuient, sont déplacés, alors que demeurent les structures du régime, comme les gardiens de la Révolution ? Par une cruelle ironie du sort, c’est une centaine de fillettes qui ont été tuées lors des premières frappes contre l’Iran ! Les fauteurs de guerre, Trump et Netanyahou, ne s’embarrassent pas de considérations humanitaires. On le voit dans leurs propres pays, où ils assument sans complexe leur politique d’extrême droite : génocide des Palestiniennes et des Palestiniens pour Netanyahou ; chasse aux immigrés, aux féministes, aux LGBT… pour Trump. Cette guerre, lancée en dehors de toute concertation, en violation du droit international, venant après l’agression contre le Venezuela, est un pas de plus vers une organisation mondiale où prime la loi du plus fort. Un pas de plus vers un embrasement de la région, dont on ne peut aujourd’hui mesurer tous les dégâts.

Les peuples n’ont rien à y gagner, les femmes encore moins, car pour elles avec la guerre, c’est la double peine.

L’édito du webzine. Trump, l’autoritarisme et ses relais en Europe

Donald Trump vient de contourner une décision de la Cour suprême invalidant une partie de ses hausses de taxes douanières en augmentant les droits de douane de 10 % à 15 %. C’est un coup de force, une dérive autoritariste et un mépris pour l’État de droit.

Les associations d’industriels et de commerçants estiment les pertes à 110 milliards d’euros et réclament des compensations. Les ménages populaires subissent une hausse des prix à la consommation, tandis que la baisse d’impôts promise n’a profité qu’aux plus riches.

En accusant la Chine d’influencer la Cour suprême, Trump se vautre dans l’absurdité puisque la majorité des juges sont conservateurs donc proches de son camp. L’objectif est simple : il veut détourner l’attention en désignant un ennemi extérieur.

Trump mise sur la puissance économique des États-Unis pour imposer ses diktats aux « partenaires » et maintenir l’hégémonie américaine. Cela génère une incertitude mondiale, fragilisant les équilibres géopolitiques et économiques. Cette stratégie promeut des modèles autoritaires et libertariens.

En France aussi

L’ambassadeur américain, en France Charles Kushner, a violé les usages diplomatiques en commentant publiquement la mort du néofasciste Quentin Deranque à Lyon, accusant la gauche de menacer la sécurité publique. Il a été jusqu’à ignorer une convocation du Quai d’Orsay, affichant un mépris pour les autorités françaises.

Ni la droite (LR) ni l’extrême droite (RN) n’ont réagi à cette ingérence. Certains, comme Laurent Wauquiez (LR), ont instrumentalisé la mort de Deranque en affichant son portrait sur l’hôtel de région, tandis que d’autres reprennent des slogans pétainistes (« Travail, Famille, Patrie »).

Ces actes révèlent une normalisation des références d’extrême droite et une tentative de rapprochement électoral avec le RN.

Il s’agit d’une danse macabre autour du drame de Lyon, où la mort d’un jeune néofasciste est récupérée politiquement pour servir des intérêts partisans. Cette instrumentalisation marque un tournant : la droite et l’extrême droite s’alignent sur des rhétoriques autoritaires et antidémocratiques, tandis que les garde-fous républicains s’affaiblissent.

On assiste à une convergence dangereuse entre le trumpisme, l’autoritarisme et les forces politiques européennes qui, par leur silence ou leur complicité, sapent les fondements démocratiques. La mort de Quentin Deranque devient le prétexte d’une offensive idéologique, où la droite et l’extrême droite réhabilitent des références fascistes et normalisent l’ingérence étrangère.

Dominique Gerbault