L’édito du TC par Michel Marc. Les liaisons dangereuses

L’indécence le dispute aujourd’hui à la grossièreté, dans notre environnement médiatique et politique. Jusqu’à l’écœurement. Les attaques menées contre LFI frisent les campagnes idéologiques les plus ignobles que l’histoire a pu produire. « Antisémites, violents, et même anti-France ! ». On croit rêver. Rappelons les « sorcières », brûlées, « les protestants », massacrés, les « juifs » exterminés, les « communistes » dans certains pays avec « le couteau entre les dents », discriminés ou massacrés, des USA aux Philippines, et bien d’autres. Soyons clairs.

Cet élan agressif assez large traduit en réalité une volonté plus large d’affaiblir et de délégitimer toute parole progressiste dans le paysage français. Derrière les polémiques permanentes, les caricatures et les procès d’intention, c’est une certaine vision du progrès social, écologique et démocratique qui est visée. Véritablement, ce sont toutes les forces associatives, syndicales ou politiques, progressistes, qui sont visées. La RN mène cette danse macabre. C’est normal.

Les conservateurs du centre et de la droite y participent. On pouvait s’y attendre. L’effet d’aubaine est exploité dans ses grandes largeurs. Mais quand on peut lire ou entendre autant d’absurdités de la part de dirigeants sociaux-démocrates (PS et Place Publique), ou auto-déclarés comme tels, cela devrait nous alerter. Ces collusions sont dangereuses.

On peut ne pas être d’accord avec LFI. On ne peut pas les laisser seuls avec cette cible dans le dos sans réactions. Les paresseux du panel médiatique, les médiocres, les ultra-crépidariens de l’analyse politique et de la propagande doivent être combattus… Avec des arguments.

L’édito du webzine. Un Salon de l’agriculture sous le signe de la colère et de l’urgence

Le 62e Salon international de l’Agriculture s’ouvre dans un climat de tension extrême et de crise sans précédent du monde paysan. Pour la première fois, aucun bovin ne sera présent à Paris, en raison de l’épidémie de dermatose nodulaire, qui a décimé des cheptels entiers et traumatisé les éleveurs.

La colère des paysans est aussi alimentée par la signature de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, perçu comme une menace mortelle pour les agriculteurs français. Sans garde-fous solides, cet accord risque d’inonder le marché européen de produits à bas coût, tirant les prix vers le bas et mettant en péril des milliers d’exploitations. La Confédération paysanne a d’ailleurs annoncé le boycott de l’ouverture du Salon, refusant de « cautionner un spectacle désolant » où les promesses, comme celle d’Emmanuel Macron sur les prix planchers ou le blocage du traité, restent lettres mortes.

Les chiffres sont accablants : en 30 ans, le revenu net des agriculteurs a chuté de 40 %, tandis que les profits de l’agro-industrie ont explosé, passant de 3,1 à 7 milliards d’euros entre 2021 et 2023. Pendant ce temps, les prix de l’alimentaire ont augmenté de 70 % depuis 2000, illustrant un déséquilibre criant : les paysans sont écrasés par une chaîne de valeur où industriels et grande distribution fixent les prix dans l’opacité, les réduisant à une simple variable d’ajustement.

La régulation, une exigence vitale

Face à ce constat, la Confédération paysanne et d’autres acteurs appellent à une refonte du modèle agricole. Il s’agit de sortir du dogme de la compétitivité porté par des lois comme celle de Duplomb. Tout cela pousse à l’industrialisation, à la baisse des normes environnementales et sociales, et à la dépendance aux exportations.

À la place, ils défendent :

  • Une régulation des marchés pour éviter le dumping et protéger les petites exploitations.
  • Un changement de cap écologique, avec moins de pesticides et une production moins intensive.
  • Une politique sanitaire plus humaine, remettant en cause l’abattage systématique des troupeaux atteints de dermatose nodulaire, jugé « inhumain » et dicté par des logiques purement exportatrices.

Malgré l’absence des bovins et la colère ambiante, les syndicats comme la Confédération paysanne seront présents pour porter leurs revendications et dénoncer la « cogestion » entre la FNSEA et le gouvernement, accusée d’avoir mené l’agriculture dans une impasse. Leur message est clair : sans régulation, sans justice sociale et sans transition écologique, l’agriculture française court à sa perte.

Le Salon de l’Agriculture 2026 est le miroir d’un secteur en crise, où se jouent des enjeux vitaux : survie économique des paysans, souveraineté alimentaire, et choix de société. Entre désespoir et détermination, une question s’impose : quel modèle agricole voulons-nous pour demain ?

Dominique Gerbault

L’édito du TC par Jacques Pumaréda. Ecouter Noé

On sait que Noé déploya des efforts considérables pour convaincre ses congénères incrédules de l’imminence du déluge. Chaque jour le patriarche s’appliqua à « ouvrir les yeux des aveugles et crier dans les oreilles des sourds ». Après il fut trop tard.

Depuis des décennies des voix s’élèvent en France et dans le monde entier pour prévenir de l’imminence de la vague d’extrême-droite tant aux USA, qu’en Europe ou même en France. Les contextes socio-économiques induisent de la part du Capital des orientations dangereuses pour les valeurs humanistes et d’émancipation humaine.

La mort de Quentin, un étudiant de 23 ans passé à tabac à Lyon, est inexcusable. L’indispensable combat contre les idées de haine propagées par les forces fascistes n’autorise en rien la mise à mort d’un jeune homme. L’affrontement politique avec l’extrême droite implique une rupture sans ambiguïté avec sa rhétorique de guerre civile, sa logique d’escalade, ses penchants virilistes, ses méthodes criminelles. La mort de Quentin donne lieu, sans surprise, à une cynique exploitation politique. De Marine Le Pen à Gérald Darmanin, on instruit déjà le procès de « l’ultra-gauche assassine ».

Leur but : parachever la banalisation de l’extrême droite en désignant à la vindicte toutes celles, tous ceux qui lui résistent. Seul un mouvement ample, populaire, organisé peut aujourd’hui faire refluer les courants identitaires, ultra-nationalistes et xénophobes prêts à mettre le feu au pays pour s’emparer du pouvoir.

Les élections municipales sont l’occasion de contrer démocratiquement la poussée du RN et dans ce département, il y a de quoi faire. Il est à regretter qu’à Perpignan certaines forces de gauche ne mesurent pas « l’imminence du déluge ». Les stratégies nationales ont pris le dessus sur les constructions locales de rassemblement. C’est une faute lourde de conséquences pour les habitants de Perpignan. La délégation de pouvoir à des instances parisiennes est suicidaire, c’est en bas que se construisent les rassemblements progressistes. Les élections municipales sont un cadre adéquat pour une démocratie vivante qui tient sur des valeurs et des convictions humanistes pour rassembler avec tout le monde, se battre pour le logement social, la santé et la citoyenneté, autant de formes de résistance à la folie pré-fasciste ambiante.

L’édito du webzine. Perpignan, quand l’identité catalane devient un combat politique

Depuis 2020, avec Louis Aliot (RN), Perpignan n’est plus « la Catalane ». Les panneaux d’entrée de ville ont été remplacés par « Perpignan la rayonnante », et les subventions aux associations catalanistes ont été purement et simplement supprimées.

Tout a commencé avec la marque « Perpignan la Catalane », déposée dans les années 1990 par Jaume Roure, figure historique du catalanisme local. La mairie a refusé de renouveler son enregistrement, et engagé une procédure judiciaire pour « dépôt frauduleux », accusant Jaume Roure de nuire à l’image de la ville. Résultat : plus de 6 000 euros de frais d’avocats pour ce dernier. « L’idée est de nous taper au portefeuille », dénonce-t-il. Mais au-delà de l’aspect financier, c’est bien l’identité même de Perpignan qui est en jeu.

Les associations qui promeuvent la langue et la culture catalane ont payé le prix fort. L’association La Bressola, qui milite pour la « récupération de la langue et la culture catalane », a perdu 60 000 euros de subventions. D’autres, comme Òmnium Cultural Catalunya Nord, refusent désormais de demander des aides à la mairie, par principe. « On ne veut pas blanchir la politique d’effacement du RN », explique Guillem Dalmau, son président. Les cours de catalan, suivis par 700 élèves, sont devenus déficitaires, et l’avenir de ces structures est menacé.

Des deux côtés de la frontière

Les liens avec Barcelone se sont raréfiés, les célébrations en catalan sont interdites, et les projets éducatifs immersifs, comme celui de La Bressola, ont été bloqués par des manœuvres administratives. « Ce qui gêne le RN, c’est que le catalanisme est transfrontalier », analyse Brice Lafontaine, ancien conseiller municipal. Pour le RN, il s’agit de tracer une limite géographique claire : ici, on est roussillonnais, donc français. Point final.

La stratégie de Louis Aliot est claire : normaliser Perpignan en gommant son identité catalane, ou du moins en la réduisant à un folklore inoffensif. Les Dragons catalans ou les feux de la Saint-Jean peuvent être mis en avant, mais les cours de catalan, les écoles immersives ou les liens avec la Catalogne espagnole sont des cibles.

Cette politique interroge : jusqu’où ira l’effacement de l’identité régionale au profit d’un nationalisme étriqué ? À Perpignan, la résistance s’organise, mais le combat est inégal. Les associations catalanistes, privées de moyens, tentent de survivre. Les citoyens, attachés à leur langue et leur culture, refusent de voir leur histoire réécrite. Il est donc important de déchoir le RN de son piedestal perpignanais pour sauver la catalanité.

Dominique Gerbault

L’édito du Travailleur Catalan par René Granmont Apolitique ?

À l’approche du scrutin municipal, fleurissent les listes dites « apolitiques », « sans étiquette ». S’il est vrai que, dans certaines des plus petites communes, les listes se sont construites à partir de bonnes volontés, sans regarder de trop près les penchants politiques de telle ou tel, le plus souvent, elles n’en demeurent pas moins très politiques.

Car les élections municipales ne sont pas des élections apolitiques.

Déjà, au soir des résultats, tous les partis politiques, et en priorité le ministre de l’Intérieur, vont faire les comptes pour savoir qui de la gauche ou de la droite, du macronisme à l’extrême droite, a gagné ou perdu…

D’autre part, les maires jouent un rôle éminemment politique, que ce soit en votant pour les élections sénatoriales (savez-vous pour qui vote votre maire ?) ou, pour certains, en votant pour le président de la communauté urbaine (votera-t-il pour ou contre l’extrême droite ?).

Enfin, gérer une commune, quelle qu’en soit son importance, nécessite de faire des choix … qui sont rarement neutres et sont alors très politiques. Face à l’austérité imposée aux collectivités locales, sacrifiera-t-on la politique sociale, l’aide aux associations ou la construction de telle réalisation de prestige ? Privilégiera-t-on la mixité sociale face aux promoteurs qui veulent implanter un habitat haut de gamme ? Se battra-t-on pour les services publics en refusant de privatiser à outrance ?

Alors pourquoi tant de listes sans étiquette ? En regardant de plus près, on s’aperçoit que, très souvent, c’est pour cacher qu’elles sont de droite, voire de droite extrême. Pour cacher qu’elles souscrivent aux choix politiques d’Emmanuel Macron. Pour cacher qu’elles soutiennent, peu ou prou, le système de la caste des tout-puissants dont les frasques, les atteintes aux droits élémentaires, la corruption, écœurent nombre de nos concitoyens.

Aussi, pour être clair, pas question de voter pour des listes qui parfois osent se réclamer de la gauche… en cachant en leur sein, comme à Perpignan, une conseillère départementale élue en 2021 en étant unie à un sénateur LR partisan d’une union de troisième tour avec le RN, et une candidate, en 2020, de la liste de Jean-Marc Pujol , lui qui n’a cessé de rendre hommage à l’OAS. Mais votons pour les listes qui affichent clairement, franchement qu’elles se situent dans la lutte contre l’extrême droite et dans le combat progressiste pour la solidarité, la fraternité , la liberté.

L’édito du webzine. Reconstruire un avenir pour la jeunesse

La jeunesse française étouffe. Elle.est prise en étau entre un discours militaire qui la sacrifie et un discours patronal qui la précarise. Pourtant, elle aspire à un avenir juste, écologique et émancipateur.

Dans une tribune publiée dans L’Humanité, Fabien Roussel, le secrétaire national du PCF, dénonce deux messages récents adressés à la jeunesse française, aussi brutaux que révélateurs. D’un côté, le chef d’état-major des armées, Fabien Mandon, affirme que la France doit « accepter de perdre ses enfants » dans un éventuel conflit. De l’autre, le MEDEF propose un « CDI révocable » payé au SMIC, un contrat taillé pour une main-d’œuvre docile et jetable. Entre mourir sur un champ de bataille et survivre dans la précarité, voici l’horizon dessiné pour les jeunes générations.

Les chiffres de l’INSEE et d’autres études dressent un tableau sombre : près de 20 % des jeunes sont au chômage, 110.000 quittent chaque année le système éducatif faute de moyens, et 1,4 million de 18-24 ans vivent sous le seuil de pauvreté. Parler de sacrifice ou d’emplois au rabais relève d’une déconnexion coupable avec les réalités vécues par la jeunesse.

Le MEDEF, enfermé dans son objectif de gonfler toujours plus les dividendes, propose de baisser encore ce qu’il appelle « le coût du travail ». Les 221 milliards d’aides publiques entrainant la distribution de 107 milliards d’euros aux actionnaires ne lui suffissent pas. Pendant ce temps, l’appareil productif français s’affaiblit, et les familles peinent à offrir une éducation digne à leurs enfants.

Le mépris face au projet de société des jeunes

Quant à l’appel au « sacrifice » de Fabien Mandon, l’histoire montre que la jeunesse française a toujours répondu présente : à Valmy, pendant la 1ère guerre mondiale pour sauver la République, dans la Résistance pour repousser l’occupant nazi pendant la seconde guerre mondiale. Mais aujourd’hui, la jeunesse refuse l’absurde. Selon le Credoc et l’Institut national de la jeunesse, les jeunes restent attachés au travail mais exigent une rémunération juste avec un équilibre personnel et une utilité sociale et écologique.

Les jeunes se heurtent à un système fondé sur l’enrichissement individuel, la surconsommation et la compétition permanente. L’école ne remplit plus sa mission avec des diplômes tout puissants devenus des vecteurs de disqualification sociale entrainant la montée du lepenisme.

Face à ce constat, Fabien Roussel et d’autres appellent à faire de la jeunesse la grande cause nationale des deux prochaines décennies. La gauche a obligation de relever le défi de transformer ses aspirations en un projet de société concret, avant que le désespoir ne l’emporte. Pour cela sortir de « la loi du plus fort » et de viser « le meilleur du meilleur » : meilleures écoles, universités, formations, et voies éducatives innovantes, en phase avec les réalités sociales et culturelles.

Dominique Gerbault

L’édito du TC par Evelyne Bordet. À bas bruit… sournoisement !

À l’approche des municipales, dans notre département, impossible d’ignorer Perpignan qui rafle toute l’attention médiatique. La ville est le trophée du Rassemblement national, bien décidé à y replanter son drapeau !

Mais, au-delà de Perpignan, les villages ne sont pas oubliés ! Là, le RN troque son costume officiel pour une pelisse d’invisibilité. Finie l’affiche « extrême droite », bienvenue aux « sans étiquettes » et autres « apolitiques » … Parfait pour rassurer les électeurs en leur faisant croire à des candidatures neutres, alors que dès que l’on regarde les listes de plus près, on y retrouve des proches du RN. La stratégie est claire : on avance masqué, on repeint son logo en gris pâle. Les listes « apolitiques » poussent comme des champignons. L’objectif ? Séduire les méfiants, contourner la défiance et s’ancrer tranquillement dans le paysage local. L’histoire nous l’a appris : les basculements politiques ne s’annoncent pas toujours par des fracas spectaculaires. Ils passent souvent par des glissements progressifs. L’extrême droite s’installe, construisant patiemment des réseaux d’élus et de cadres, à bas bruit, sournoisement. « Nous entendons peser comme jamais dans notre histoire sur le scrutin local », a annoncé Jordan Bardella le 12 janvier lors de ses vœux à la presse. Son parti compte remporter « des dizaines de villes ». Alors, dans les communes rurales, chaque mairie conquise, chaque implantation locale renforcera la capacité du RN à se projeter vers les échéances nationales. La lutte entre démocratie et fascisme ne se joue pas dans un futur hypothétique : elle se joue aujourd’hui, partout, jusque dans nos villages ! La porte est grande ouverte, quand l’État fait sauter une à une les digues préservant l’État de droit. Une odeur putride s’installe dans le débat public, portée par des discours politiques et médiatiques qui font du racisme une opinion comme une autre, banalisant ainsi des positions qui rejettent la diversité et usent du refus de la différence comme un véritable levier politique. Ce glissement insidieux façonne un climat où l’exclusion devient non seulement tolérée, mais aussi valorisée, participant à une dangereuse transformation du paysage politique.

Les dynamiques de progrès, d’égalité et de liberté peuvent disparaître, ici, maintenant, si elles ne sont pas défendues avec conviction. C’est l’enjeu de ces municipales, partout, dans chaque village !