L’édito du Travailleur Catalan par Évelyne Bordet « Taisez-vous ! »

Non, Monsieur Macron, nous ne nous tairons pas. Nous refusons de faire silence sur vos renoncements et vos responsabilités.

Lyhanna est morte parce que le système judiciaire a failli. Elle est morte parce que, depuis près de dix ans, votre politique démolit méthodiquement les tribunaux, affaiblit les commissariats, épuise les hôpitaux, abandonne l’école et étouffe les services sociaux. Ce drame n’est pas un accident isolé : il est le produit direct de votre aveuglement. Maélys, Estelle, Fiona, Marina, Typhanie, Enzo, Aliya, Dylan, Jason, Elias, Grégory et tant d’autres révèlent une vérité insupportable : la France que vous gouvernez n’a pas su protéger ses enfants.

Nous ne nous tairons pas, parce que vos choix politiques montrent un cynisme assumé. Les chiffres suffisent à vous accuser : 5 € par habitant pour la justice, 751 € par citoyen pour les dépenses militaires.

Ces écarts ne relèvent pas d’un choix budgétaire : ils constituent un acte d’abandon politique. Votre déni saute aux yeux et vous rend illégitime à exiger quoi que ce soit du Peuple français.

Votre ministre de la Justice passe ses journées à éructer, dans les médias, un discours sécuritaire, répressif et accusateur. À force de saturer l’espace public de postures martiales, sa parole ne convainc plus personne.

À cette indécence s’ajoute la violence infligée aux victimes et à leurs familles. Elle ne répare rien, elle aggrave encore le discrédit d’un pouvoir qui hausse le ton quand il a manifestement renoncé à protéger.

Le vide sidéral du discours ministériel, ajouté à votre injonction présidentielle au silence, ouvre un espace politique aux thèses les plus sordides.

Surenchère punitive, castration voire peine de mort : ces dérives prospèrent là où le pouvoir abdique sa responsabilité, mettant ainsi en danger notre démocratie.

Nous continuerons donc à crier pour exiger que l’État protège ses enfants. Ce pays tient malgré vous, contre vous !

L’édito du webzine. La guerre est un business

Alors que les discours politiques se parent des oripeaux de la « défense nationale » et de la « dissuasion », les marchés, eux, ne s’y trompent pas : la guerre est devenue le placement le plus lucratif du siècle.

Entre 2017 et 2025, le budget militaire français a bondi de 50 %, passant de 32,7 à 50,5 milliards d’euros par an. Et ce n’est qu’un début. D’ici 2027, il frôlera les 64 milliards, une somme colossale prélevée sur les contribuables, tandis que l’État nous serinera, sans ironie, que la réduction des déficits reste une « priorité ».

Pendant que les citoyens s’interrogent sur leur pouvoir d’achat ou l’avenir des services publics, les actionnaires, eux, comptent leurs plus-values. Thales, spécialiste des radars et de la cybersécurité militaire, a vu son cours de Bourse s’envoler de 80 % en 2025. Dassault Aviation, porté par les ventes du Rafale, affiche un chiffre d’affaires en hausse de 20 % et une action en progression de 70 % en un an. Même Exail Technologies, plus discrète mais tout aussi vorace, a doublé sa valorisation.

Et que dire des géants américains ? Les six premiers jours du conflit entre les États-Unis et l’Iran ont englouti 9,7 milliards de dollars de fonds publics. Résultat : Northrop Grumman (fabricant du bombardier B-2) a grimpé de 46 %, RTX (ex-Raytheon, producteur des missiles Patriot) de 45 %. Chaque missile tiré, chaque drone détruit, chaque obus explosé se transforme en nouvelle commande publique en dividende juteux.

La mécanique infernale

Le système est implacable : lorsqu’un conflit éclate ou menace d’éclater, les États dépensent sans compter pour « se défendre », les industriels de l’armement empochent les contrats, gonflent leurs marges, et reversent des dividendes à leurs actionnaires, les marchés applaudissent, les cours flambent, et la boucle est bouclée.

Cela se traduit pour les États :par un endettement croissant, des services publics asphyxiés, une sociétés fracturées et pour les industriels par des carnets de commandes pleins à craquer, des actionnaires ravis, des perspectives radieuses.

Voilà le vrai enjeu de la prochaine élection présidentielle. Quel candidat osera briser cette spirale mortifère ? Qui aura le courage de dire que la sécurité ne se mesure pas en milliards de dépenses militaires, mais en diplomatie, en coopération, en désarmement ? La paix se négocie, la guerre se vend.

La paix n’est pas un luxe. C’est un investissement. Et il est grand temps de désinvestir de la guerre.

Dominique Gerbault

L’édito du Travailleur Catalan par Michel Marc. « l’information », avec un grand i

Les quatre grandes chaînes TV d’information continue, dont l’une d’entre elles est publique, se ressemblent de plus en plus. On y privilégie un ou deux sujets majeurs, qui remplissent le temps d’antenne 24h sur 24, plusieurs jours. On y répète mille fois les mêmes analyses, jamais contredites et très peu nuancées, et, contre toute attente, on y utilise l’unique logiciel socio-économique pour traiter les sujets. Pour aller vite, les fameux 211 milliards n’existent pas, les 50 milliards d’exonération de cotisations sociales ne font pas partie de l’hypothèse économique admise, les profits mêmes des actionnaires, en dizaines de milliards, pourtant connus de tous, n’apparaissent plus dans les équations économiques que posent les « journalistes » sur les plateaux. Les « toutologues » professionnels et autres « ultracrépidariens » commentent, se bousculent et encaissent en même temps un petit billet pour leurs médiocres prestations. Comment faire autrement ? La question est posée.

Depuis plusieurs jours, il y a Bruel en continu, le décès de la petite Lyhanna. Il est bien entendu que ces sujets doivent être traités. Les questions posées méritent informations, débats et réflexions. Ces questions sociétales sont très importantes. On est bien d’accord. Mais…

Est-ce l’effet du hasard ? Plusieurs constats m’ont interpellé, cette semaine. D’abord, le congrès de la CGT s’est tenu, avec ses délégués élus de tous les syndicats. Il a fait un bilan et le syndicat s’est projeté sur l’avenir. Ce sujet m’apparaît important. Rien ou quasiment rien sur ces chaînes info. Ensuite, un édito sur France Info, à propos de Cuba. Pas un mot sur le blocus qui prive l’île d’énergie et qui tue. C’est un comble. On a pu y entendre des critiques d’un autre temps à propos de la politique cubaine elle-même. Cela signifiait : « Monsieur Trump, vous pouvez y aller. Vous ferez œuvre utile ! ». Écœurant. Enfin, les nouveaux chômeurs de plus de 55 ans vont perdre entre 3 et 6 mois d’indemnités chômage, après un vote de la droite et de son extrême à l’Assemblée nationale. Vous n’en saurez rien. Le problème devient majeur.

L’édito du webzine. La CGT unie et en ordre de bataille

Concluant le 54e congrès confédéral de la CGT, Sophie Binet, sa secrétaire générale réélue, trace la voie d’une syndicalisme offensif après un congrès historique.

« Nous sommes en pleine forme, nous sommes rassemblés ! » Le message de Sophie Binet a résonné comme un coup de tonnerre sous les applaudissements de plus de 1 000 militants réunis à Tours. Après cinq jours de débats parfois vifs mais toujours constructifs, le congrès s’est achevé dans l’unité et la combativité, marquant un tournant pour la centrale syndicale.

En 2023, Sophie Binet avait hérité d’un syndicat divisé, marqué par les tensions autour de la succession de Philippe Martinez. Son mandat : rassembler. Mission accomplie. Le bilan de son action a été approuvé par un score inédit de 82 % et sa stratégie pour les années à venir a recueilli 75 % des suffrages. « Ce congrès fera date. La CGT est debout, rassemblée, déterminée », a-t-elle martelé lors de son discours de clôture, devant une forêt de drapeaux rouges.

Des décisions fortes pour l’avenir

Les congressistes ont validé plusieurs orientations structurantes pour la CGT :

  • Lutte contre les déserts syndicaux : Un outil opérationnel a été mis en place en collaboration avec les syndicats professionnels de territoire. Objectif : renforcer la présence syndicale, notamment dans les entreprises du CAC 40, où les ingénieurs, cadres et techniciens restent sous-représentés.
  • Une « maison commune » avec la FSU : Un cadre de coordination permanent va être instauré entre la CGT et la FSU destinée à peser face au pôle réformiste emmené par la CFDT.
  • Féminisme et égalité : La CGT a intégré à ses statuts un cadre commun d’action contre les violences sexistes et sexuelles, concrétisant son engagement en faveur d’un « féminisme de lutte des classes ».
  • Front contre l’extrême droite : La centrale ptomeut une « internationale ouvrière » contre la montée des extrêmes. « On ne gagne pas contre l’extrême droite sans perspectives sociales. La recette du Front Populaire, dont on fête les 90 ans, c’est unité, mobilisation, alternative sociale »

Un plan de bataille contre le patronat et le gouvernement et des défis à relever

Sophie Binet n’a pas ménagé ses critiques envers le patronat et le gouvernement libéral. « J’ai une très mauvaise nouvelle pour Patrick Martin et Sébastien Lecornu : nous sommes en pleine forme ! », a-t-elle lancé, sous les ovations. La CGT entend s’impliquer activement dans le débat présidentiel de 2027, en faisant de la défense de la Sécurité sociale et des services publics une priorité stratégique. « Nous avons adopté des orientations fortes. Ce congrès restera historique par ses décisions », a-t-elle affirmé.

Malgré cette unité retrouvée, la route reste semée d’embûches. La CGT devra décupler ses efforts pour unir le monde du travail face à la précarisation, l’ubérisation et les mutations liées à l’IA ; contrer les divisions exploitées par l’extrême droite (clivages d’origine, de religion, de couleur de peau) ; renforcer sa présence dans les secteurs clés de l’économie, notamment auprès des cadres et ingénieurs.

« Nous avons décidé d’un plan de bataille clair. La CGT est de retour, et elle compte bien le faire savoir », a-t-elle poursuivi, sous une salve d’applaudissements avant de conclure sur un ton combatif : « Ce sont de mauvaises nouvelles pour ceux qui rêvent d’une CGT affaiblie. ».

Comment cette unité nouvelle se traduira-t-elle sur le terrain, face aux enjeux sociaux et politiques des mois à venir ? Une chose est sûre : la CGT entend jouer un rôle central dans les luttes à venir.

Dominique Gerbault

L’édito du Travailleur Catalan par René Granmont. Stop à la folie guerrière de Netanyahou

« La guerre ! ». Le gouvernement de Benyamin Netanyahou n’a que ce mot à la bouche. C’est ainsi que dimanche dernier, l’armée israélienne a annexé la forteresse de Beaufort qui surplombe le fleuve Litani au Liban. Pour justifier la reprise des bombardements intensifs dans la banlieue sud de Beyrouth, le ministre israélien de l’Éducation a rappelé qu’« il n’y a pas de cessez-le-feu dans le nord (d’Israël), il y a une guerre ! ». Le ministre de la Défense, Israël Katz, a confirmé la volonté israélienne de contrôler une vaste partie du Liban du Sud, jusqu’à Beyrouth : « la banlieue sud de Beyrouth n’est pas différente des localités du nord d’Israël : s’il n’y a pas de calme dans le nord (d’Israël), il n’y aura pas de calme à Beyrouth. » En fait, ce que visent les suprémacistes qui règnent à Tel Aviv, c’est d’aller jusqu’aux frontières rêvées de « Eretz Israël », cette notion religieuse qui pousse à coloniser et chasser les habitants toujours plus avant.

Du côté du gouvernement libanais, le premier ministre Nawaf Salam a parlé samedi d’une « politique de la terre brûlée et de punition collective » menée par Israël dans son pays, et dénoncé avec le président Joseph Aoun « les pratiques condamnables d’Israël » et la « poursuite des bombardements et de la destruction au bulldozer des habitations et des sites historiques ». Depuis mars, début de l’attaque contre le Liban, Israël a tué 3 371 personnes et en a blessé plus de 10 000, tandis que plusieurs centaines de milliers de familles sont toujours sans abri après avoir fui le sud du pays, où Israël détruit méthodiquement toute trace de vie.

« Rien ne peut justifier la prolongation des opérations militaires israéliennes au Liban », a affirmé dimanche le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Et, suite à une demande française, une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies a eu lieu lundi 1er juin.

Mais les déclarations de principe ne suffisent pas tandis qu’au Liban, comme à Gaza, hommes, femmes et enfants continuent de périr sous les balles et les bombes israéliennes. Qu’attend la communauté internationale, et en particulier l’Union européenne, dont la France, pour prendre, comme cela a été mis en œuvre conte la Russie après l’agression contre l’Ukraine, des sanctions vigoureuses contre le gouvernement génocidaire de Tel Aviv ?

L’édito du webzine. TotalEnergies : entre superprofits, mobilisations et défis climatiques

L’assemblée générale de TotalEnergies a mis en lumière les fractures entre le géant pétrolier, la classe politique et la société civile. Avec 4,96 milliards d’euros de bénéfices au premier trimestre 2026 (+51 % par rapport à l’année précédente), le groupe est devenu l’épicentre d’un débat national

Une trentaine de militants communistes, menés par le sénateur Fabien Gay, ont défilé sous une banderole exigeant la « nationalisation de Total, Engie et EDF ». « Nous proposons depuis longtemps la nationalisation de tout le secteur énergétique », a déclaré Gay. « On ne peut plus accepter de vivre de crise en crise tous les trois ans. »

Dans le même temps, des militants d’Attac, Avaaz, 350.org et Action Justice Climat Paris ont installé une installation symbolique : un pipeline en carton alimenté en faux billets, dénonçant les « projets mortifères de TotalEnergies en Afrique » et réclamant une taxe sur les superprofits. « Ces bénéfices indécents sont le résultat d’une flambée des prix de l’énergie qui frappe les ménages, tout en enrichissant les actionnaires », ont-ils souligné.

Dopé par la flambée des prix des hydrocarbures, TotalEnergies affiche des résultats financiers qui font grincer des dents. Le bénéfice net de 4,96 milliards d’euros au premier trimestre a relancé le débat sur l’opportunité de taxer les superprofits des entreprises énergétiques. Après une proposition de loi portée par le Parti Socialiste, le sénateur Yannick Jadot (Europe Écologie Les Verts) et son groupe ont annoncé jeudi le dépôt d’un nouveau texte visant le retour de l’État au capital du groupe. « Il s’agit de protéger notre souveraineté énergétique et de garantir que les ressources servent l’intérêt général », a-t-il expliqué.

Entre superprofits et greenwashing

TotalEnergies est vivement critiqué par les ONG et les scientifiques pour son manque d’ambition climatique. Malgré les alertes répétées du GIEC sur l’urgence à réduire les émissions de gaz à effet de serre, le groupe poursuit des projets d’expansion dans les énergies fossiles. « Total ne cesse de diminuer la part de ses investissements dans les énergies bas-carbone et l’électricité intégrée », a dénoncé Antoine Bouhey, coordinateur de la campagne Defund TotalEnergies pour Reclaim Finance.

La pression sur le groupe s’est encore lorsque trois associations (Les Amis de la Terre France, ClientEarth et Notre Affaire à Tous) ont saisi l’Autorité des marchés financiers (AMF) et son homologue européenne. Elles accusent TotalEnergies de greenwashing.

Au-delà des chiffres et des mobilisations, c’est un modèle économique et social qui est remis en question. Faut-il taxer les superprofits pour redistribuer les richesses ? Nationaliser le secteur énergétique pour garantir la souveraineté française ? Et imposer des contraintes réglementaires plus strictes pour accélérer la transition écologique ?

Alors que la canicule s’installe en France, rappelant brutalement les conséquences du réchauffement climatique, TotalEnergies se trouve au cœur d’un débat de société. Entre rentabilité actionnariale et responsabilité environnementale.

Dominique Gerbault

L‘édito du TC par Jacques Pumaréda. Le bâillon

Le mouvement social à Saint-Pierre comme à Médipôle marquera durablement le paysage départemental par sa durée et l’intransigeance du groupe Elsan. Les menaces n’ont pas manqué, allant jusqu’à envisager la fermeture de la clinique Médipôle. A l’arrivée les grévistes actent le maintien d’un certain nombre de primes sans garantie pour la suite. Une intransigeance de la direction soutenue par le Préfet, bien timoré sur les revendications. Pas touche aux bénéfices du groupe Elsan et aux actionnaires, telle est la règle d’or et malheur aux revendications syndicales.

Dans une situation économique et sociale très tendue, alors que la question du pouvoir d’achat est au centre des préoccupations quotidiennes de nos concitoyens, le patronat et le gouvernement s’appliquent à maintenir le couvercle sur une marmite en ébullition. Alors on dégaine l’arme répressive, on cible Sophie Binet secrétaire générale de la CGT, mise en examen une nouvelle fois pour diffamation publique pour avoir dénoncé la « répression patronale violente » chez le fabricant d’articles culinaires Tefal. Fabien Gay, directeur de publication du journal l’Humanité est également mis en examen. En décembre 2025, Sophie Binet avait fait l’objet d’une première mise en examen pour injure publique après une plainte de Sophie de Menthon, présidente du mouvement patronal Ethic. Au 30 mars, la CGT dénombrait 550 plans sociaux sur plus de 400 sites. Ainsi un signal de répression est lancé dans tout le pays. La liberté d’expression comme les libertés syndicales sont aujourd’hui en danger. Plus de 1000 militants et cadres sont inquiétés par des poursuites judiciaires ou disciplinaires dont cinq dirigeants confédéraux. La Confédération internationale des syndicats a déposé plainte devant l’Organisation internationale du Travail (OIT) pour « dénoncer une procédure bâillon et les atteintes aux droits syndicaux en France. »