L’édito du TC par Nicole Gaspon. Quelle année 2026 ?

Ces périodes de fêtes, pause salutaire de retrouvailles familiales et d’agapes, devraient générer joie de vivre et optimisme. C’est loin d’être le cas.

Cette année 2025 a connu une rare instabilité politique et une,succession de mauvais coups de la part d’un gouvernement qui ne dévie pas de sa ligne libérale. En ce mois de décembre, pour beaucoup de Françaises et de Français, le pouvoir d’achat est en berne et le budget cadeaux et gastronomie souvent réduit à la baisse. C’est dans l’incertitude et surtout l’inquiétude que les Françaises et les Français envisagent l’année qui va s’ouvrir. Difficile d’oublier l’austérité, les coupes budgétaires, les services publics amoindris, les menaces sur la protection sociale, sur les retraites.

Comment également faire l’impasse sur ce que subissent aujourd’hui les éleveurs ? Chez ceux-ci, c’est l’amertume et la douleur qui dominent face à l’abattage systématique, au refus du gouvernement d’entendre leurs propositions. Dans ces conditions très difficiles, ils restent cependant mobilisés.

Et ce n’est pas de l’Assemblée nationale que viendra l’embellie. Le blocage perdure, ce qui n’est pas étonnant, depuis les dernières élections législatives et l’obstination du président de la République à ignorer le verdict des urnes. Quant au Premier ministre en sursis, il tente de donner le change mais sur le fond refuse de revenir sur la politique de l’offre. Le budget de l’État en préparation ne prendra sûrement pas en compte les besoins et aspirations populaires. Et voilà qu’aujourd’hui des voix s’élèvent pour réclamer le 49.3 ! On croît rêver.

Première échéance électorale de 2026, les élections municipales devraient être l’occasion de s’exprimer sur les choix désastreux de la macronie avec l’aval de la droite et l’extrême droite. Souhaitons que l’électorat se saisisse de cette occasion, dans le rassemblement le plus large.

L’édito du webzine. Les revendications des agriculteurs ne peuvent plus attendre

Le gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est catastrophique pour les éleveurs. Le gouvernement doit agir maintenant !

L’abattage systématique du troupeau lorsqu’un cas est avéré poussent les agriculteurs à bout. On dénombrait, d’après le ministère de l’intérieur, 93 actions dans toute la France ce vendredi 19 décembre 2025. 4 000 agriculteurs et 900 engins agricoles mobilisés. Mais le Premier ministre reste sourd aux revendications !

L’autre revendication du monde agricole, la suppression de l’accord UE-Mercosur, reste capital. L’annonce de son report ne convainc pas. Cet accord passerait par dessus bord toutes les normes environnementales et sanitaires que l’Europe a mis en place sous la pression des associations de consommateurs.

La succession de rendez-vous avec le Premier ministre n’a pas apporté de réponse à la crise de la DNC. « On se retrouve dans une situation de blocage », regrette Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne, « l’accessibilité de la vaccination est limitée aux enjeux de l’exportation, on n’arrive pas à avancer là dessus », dénonce-t-il. Si le paysan concède « quelques ouvertures » de Sébastien Lecornu, il pointe une « défiance, une rupture de confiance lié au contexte social, économique et politique ». Le syndicat continue de réclamer « un élargissement de la vaccination et la possibilité d’avoir recours à l’abattage ciblée », pousse Nina Lejeune, l’un de ses secrétaires nationales.

La Conf’ à refusé de demander la fin des blocages dans le pays. La Coordination rurale, quant à elle, parle de « bienveillance » pendant les fêtes laissant la main à ses sections départementales.

FNSEA et JA en perte de vitesse

Arnaud Rousseau, représentant de l’industrie agro-alimentaire et président du premier syndicat agricole, la FNSEA, s’est clairement positionner du côté de la stratégie gouvernementale. Il a appelé à une « trêve ». Il s’est adressé à ses membres avec un « courrier » contenant « l’ensemble des intentions » du Premier ministre. Un nouveau rendez-vous est prévu autour du 8 janvier pour un travail sur « sa vision » et pour obtenir des « réponses d’ici au Salon de l’agriculture » sur la « crise viticole », la « production » (donc l’accès aux pesticides et à l’eau), mais aussi les engrais.

Les Jeunes agriculteurs (JA), alliés de la FNSEA, ont rejoint l’appel à la trêve. « À la rentrée on va se revoir (…) parce que le compte n’y est pas », a toutefois averti leur président Pierrick Horel.

L’enjeu sera de voir si cet appel tient sur le terrain puisque l’alliance FNSEA-JA, ayant perdu du terrain aux dernières élections syndicales agricoles, n’est pas à la barre des principaux blocages. CR et Conf’ ont amplifié leurs blocages ces derniers jours, rejoints localement par des JA et parfois des adhérents de la FNSEA.

Dominique Gerbault

L’édito du TC par Jacques Pumaréda. Où vont nos sociétés ?

Serons-nous encore des Homo sapiens dans quelques décennies ?

Les cerveaux de nos enfants et de nos jeunes sont l’objet d’une attention particulière de tous ces idéologues libertariens et autres anarcho-capitalistes ou micro-nationalistes qui dessinent un avenir voué entièrement au marché libre. L’offensive est sérieuse et d’importance. Évidemment l’école est au cœur de la cible. En même temps qu’on détruit pièce par pièce l’école républicaine, celle de la promotion sociale, de l’égalité, de l’émancipation par le savoir, on développe toute sorte de nouvelles écoles. Les écoles privées confessionnelles ou pas, sous contrat ou pas, font leur beurre sur les décombres de l’école publique. Mieux que ça, l’enseignement à la maison se développe toujours au nom des libertés individuelles. Mais qui sont ces apprentis sorciers ? Une poignée d’intellectuels et surtout des grands patrons, des chefs politiques et des figures discrètes de groupuscules plus radicaux. Un carrefour « là où l’or, la boue et le sang s’entremêlent » comme disait Marx.

L’extrême droite et ses alliés sont à la manœuvre. Des hommes d’affaires comme Pierre-Édouard Stérin « qui a bâti avec son équipe le plus gros incubateur de projets incroyables que l’Europe a jamais connu » dixit le patron de l’institut de formation politique situé à l’extrême droite. Vincent Bolloré, patron d’un empire en Afrique et en France avec la main mise sur de nombreux médias qui façonnent jour après jour une contre-révolution en marche. Une nébuleuse de fondations comme la fondation Kairos d’Anne Coffinier (voir l’enquête de l’Humanité du 8 décembre) préparent le régime scolaire rêvé par l’extrême droite. L’abrutissement des cerveaux n’est pas une fatalité, c’est un objectif politique. Les forces progressistes sont au pied du mur pour reconstruire sans attendre une école républicaine qui accueille tous les enfants dans la diversité sociale et pour en faire des citoyens avisés.

L’édito du webzine. Des ports performants pour la France !

La compétitivité des ports du sud de la France ne vaut certainement pas de passer par-dessus bord les droits des travailleurs, de niveler par le bas leurs salaires et de déséquilibrer l’économie des territoires.

La fédération CGT des Ports et Docks appelait à un large rassemblement jeudi 11 décembre à Port-la-Nouvelle pour protester contre l’ouverture aux pratiques low-cost qui mettent en périls les emplois avec la mise en place d’une ligne confiée à un opérateur grec. Tirer les coûts vers le bas, c’est accepter l’inacceptable : le non-respect du pavillon français.

De plus, le développement des activités portuaires ne peut se réaliser en jouant la concurrence entre les ports français. Certains opérateurs jouent sans vergogne cette carte pour attirer des clients au détriment des autres places portuaires. Mettre en concurrence Marseille, Sète et Port-la-Nouvelle relève d’un calcul à très court terme, où seul l’accumulation de l’argent domine au détriment de l’équilibre économique de toute la façade méditerranéenne.

Ne pas baisser pavillon

Ce sont des personnels de tous les ports de France, très inquiets face à un redoublement de l’offensive libérale, qui se sont mobilisés à Port-la-Nouvelle, craignant que le port audois devienne « une zone de non-droit pratiquant une concurrence déloyale ». La gestion des ports s’organise sans contrôle sur le trafic et on laisse s’implanter des entreprises qui ne respectent pas les statuts des travailleurs. Les Régions et l’État doivent être interpelés sur leur stratégie de développement du trafic maritime et industrialo-portuaire.

L’occitanie ferait office de cheval de Troie de la « low-costisation » des ports en utilisant le dumping social. La présidente de la Région Occitanie, Carole Delga (PS), proposant de « jouer la complémentarité et faire pack », n’a pas eu l’heur de rassurer les portuaires. Ils exigent aujourd’hui : « La question de la gouvernance opaque de ce port doit être éclaircie, alors que des projets de loi sur l’avenir des ports sont en cours de discussion. »

La mobilisation des travailleurs portuaires est d’intérêt général. Ils attendent aussi de l’État et des collectivités des engagements forts au service des ports.

Dominique Gerbault

L’édito du TC par Michel Marc. Contrastes

Le PLFSS a été voté à l’assemblée nationale et nous aurons très vite le verdict pour le PLF (projet de loi de finance). Quelques concessions assez minimes donc, un financement nettement insuffisant, et des mauvais coups portés qui restent en l’état. Ce n’est donc pas un bon budget de la Sécu.

Pas ou très peu de recettes nouvelles. Ce budget ne pourra pas, à l’évidence, répondre aux besoins de santé. Les débats se poursuivent et font croire à un pays ruiné, écrasé par la fiscalité. Alors, parlons-en, justement, de la ruine. Avec quelques exemples. C’est le moment des versements des dividendes. C’est bientôt Noël ! Arcelor, le 3/12, 234 millions (en hausse) ; LVMH, le 4/12, 2.737 millions (stable) ; Orange, le 4/12, 798 millions (stable) ; Thalès le 4/12, 195 millions (en hausse) ; Total Énergie le 5/01/26, 1935 millions (en hausse)… N’en jetez plus ! On se gave.

D’un autre côté, la misère s’étend. Des voisins, des membres de nos propres familles, des étudiants la vivent, durement. Ce numéro tente d’en cerner les contours locaux, page 4 et 5. Des dizaines de bénévoles, organisés dans des associations s’activent, et font ce qu’ils peuvent pour subvenir aux besoins élémentaires de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes démunis économiquement. La banque alimentaire donc, qui collecte dans les grandes surfaces des centaines de tonnes de produits, le secours populaire (12.000 bénéficiaires par an), le secours catholique et les Restos du cœur (1.200.000 repas par an distribués dans les P.-O.). Le nombre de demandeurs augmente dangereusement (Plus 25 % en un an pour les Restos du cœur). Que dire de plus ?

L’édito du webzine. Les rats quittent le navire

Les rats ont ceci de particulier : ils détestent qu’on les nomme notamment celui du navire qu’ils quittent au premier signe de menace. Sophie Binet, secrétaire nationale de la CGT utilise cet adage pour dénoncer ces patrons qui agitent le chantage fiscal.

Les patrons viennent de déclarer : « Taxez-nous davantage et nous quitterons la France. » Une manière de faire pression au moment où l’État cherche des solutions aux déficits abyssaux. Alors que les budgets sociaux sont déjà sacrifiés sur l’autel d’une austérité durcie, le grand patronat, lui, refuse tout effort.

Bernard Arnault a prophétisé une vague de délocalisations si, au regard des bénéfices réalisés, une contribution supplémentaire venait à être exigée. L’homme est coutumier des manœuvres dès qu’il s’agit de préserver les profits que lui rapportent ses 173 000 salariés.

Donald Trump a lancé sa guerre douanière tout en invitant les entreprises étrangères à produire aux États-Unis, son ami, Arnault, a aussitôt répondu présent. Résultat : plus de 20 millions d’euros investis dans une usine de maroquinerie au Texas. Et il n’est pas le seul à avoir fait allégeance au caïd de Washington.

Le groupe pharmaceutique Sanofi prévoit au moins 17 milliards d’investissements aux États-Unis d’ici 2030. Le constructeur automobile Stellantis promet plus de 10 milliards pour moderniser ses usines et lancer de nouveaux modèles là-bas. Le transporteur maritime CMA-CGM annonce un plan de 17 milliards pour construire terminaux et infrastructures logistiques… La liste pourrait encore s’allonger.

Le coup de gueule de Sophie Binet

Ces groupes s’achètent un environnement fiscal plus clément, des réglementations plus souples et des aides publiques généreuses. Ce qui n’était qu’une menace devient soudain une source de profits supplémentaires.

Le patriotisme ? Balayé. Peu importe que le navire industriel France prenne l’eau, manque d’investissements dans la recherche, l’innovation ou la production. Peu importe que l’État leur ait offert des talents formés, des infrastructures de qualité, des services publics performants et 211 milliards d’aides diverses notamment 2023 comme l’a révélé le sénateur communiste Fabien Gay. Ils n’ont même pas la reconnaissance du ventre.

Prenons Stellantis : depuis 2013, le groupe a bénéficié de 14 catégories d’aides publiques – crédits d’impôt recherche, subventions locales… Entre 2020 et 2024, ces soutiens représenteraient près de 400 millions d’euros. Et pourtant ? Cette année, 1 100 postes ont été supprimés. Dans le même temps, les actionnaires touchent 2 milliards d’euros pour l’exercice 2024-2025, et l’ex-PDG Carlos Tavares part avec 34 millions d’euros d’indemnités. Et ce n’est qu’un exemple. Dans ce monde-là, ceux qui quittent le navire ne partent ni les mains vides ni le ventre creux.

Pour avoir rappelé ces faits et utilisé une expression populaire, Sophie Binet se retrouve aujourd’hui sous le coup d’une plainte pour injure public. Cette intimidation judiciaire n’effacera ni les faits ni leurs conséquences pour le pays et pour ses citoyens.

La secrétaire nationale de la CGT est notre voix, elle mérite notre soutien.(*)

Dominique Gerbault

(*) Signez et faites signer la pétition : Soutenir Sophie Binet face à sa mise en examen.