L’édito du webzine. L’urgence d’un pacte face au pyrocène

Les flammes dévorent tout. Forêts, cultures, villages, vies. Les méga-feux, ces monstres tentaculaires, défient les lances des pompiers et les limites humaines. Ils encerclent des familles, réduisent en cendres des décennies de labeur.

Ces incendies ne sont pas des catastrophes naturelles. Ils sont le symptôme d’un système malade, le capitalocène, où la nature et les humains sont surexploités au profit d’une minorité. Les 10 % les plus riches émettent 47 % des gaz à effet de serre, tandis que la moitié la plus pauvre en produit à peine 10 %. Pendant que la Terre se consume, les puissants, dans leurs tours climatisées, comptent leurs dividendes. On enrage !

Les choix politiques aggravent la crise. Les budgets des services d’incendie stagnent à 5,5 milliards d’euros – moins que les profits semestriels de Total. L’Office national des forêts a perdu 5 000 agents en vingt ans. Pendant ce temps, 436 milliards sont engloutis dans la loi de programmation militaire. Les priorités sont inversées. Les Canadair manquent, les casernes ferment, et les véhicules blindés, conçus pour réprimer, arrosent les manifestants plutôt que les flammes.

L’urgence d’un autre choix de société

Pourtant, une lueur persiste. Pompiers, soignants, paysans, élus locaux : une solidarité active se dresse face au chaos. Leur courage sauve des vies, des paysages, une part de notre humanité. Mais quand leurs efforts seront-ils reconnus au-delà des discours creux ? Quand cesserons-nous de sacrifier le vivant sur l’autel du profit ?

La NASA l’alerte : les méga-feux pourraient devenir un phénomène mondial. Le dérèglement climatique attise les températures, assèche les sols, et crée un cercle vicieux où chaque incendie aggrave la crise. Il est temps d’agir. Une conférence internationale pourrait réorienter les recherches, désarmer les conflits, et financer un fonds mondial contre les feux. Un projet qui s’oppose aux nationalismes et au capitalisme prédateur.

Le vivant -humain et non humain- doit être au cœur de nos priorités. Repenser l’aménagement du territoire, démocratiser les services publics, briser la logique de la rentabilité à tout prix : voici les défis d’un nouveau contrat social. Un pacte pour l’émancipation, la paix, et la survie de notre civilisation.

Dominique Gerbault

L’édito du Travailleur Catalan par Évelyne Bordet. La macronie brûle… et gouverne au chalumeau

Au cœur de l’été, alors que les Français suffoquent et que six mille personnes ont perdu la vie ce dernier mois pour cause de canicule, alors que des incendies devenus incontrôlables ravagent le pays et font des « réfugiés climatiques » dans nos départements, alors que des pompiers meurent au combat, que fait le Pouvoir ? Avec une constance presque clinique, il empile les décisions toxiques : réhabiliter les pesticides, préparer la privatisation de l’eau, puis recycler l’idée glaçante d’un « permis de tuer » pour les policiers. La brutalité comme méthode…

Même logique, même mépris : assassiner la culture, installer un défenseur des droits visiblement fâché avec les droits humains, laisser exploser les prix de la nourriture, de l’électricité et du gaz, pendant qu’à la pompe les automobilistes continuent de verser leur tribut aux groupes pétroliers.

Le tout, naturellement, avec la bénédiction du RN. À ce niveau-là, ce n’est plus une dérive : c’est une répétition générale. S’il fallait préparer son arrivée au pouvoir, la macronie ne s’y prendrait pas autrement… D’ailleurs, on apprend que Matignon négocie avec les banques françaises pour qu’elles acceptent de financer la campagne de Marine Le Pen, condamnée pour avoir pillé les deniers publics pendant plus de dix ans. Le Premier ministre étant disposé à ce que ce prêt soit partiellement garanti par l’État (Le Monde). C’est un cauchemar…

Alors, dans ce contexte mortifère pour la démocratie, quelles perspectives ?

Quand le feu sera enfin maîtrisé, quels enseignements en tirerons-nous ? « Qui aurait pu prédire ? » demandait avec indécence le président de la République le 31 décembre 2022 après les incendies qui avaient déjà ravagé la Gironde. Depuis ? Rien….

Aujourd’hui, le président se mue en psychologue de la Nation et nous explique comment « gérer l’éco-anxiété ». De son côté, le ministre de l’Intérieur, reconnaissant lui-même le caractère totalement inédit de la situation, appelle à éviter toute « polémique ». Et les ministres de défiler dans les médias pour nous servir, avec les mêmes éléments de langage, la soupe macroniste devenue totalement indigeste !

Nous sommes pourtant en droit d’attendre autre chose que des consignes de résignation face à une catastrophe annoncée et d’autres à venir. Il ne s’agit plus seulement de supporter l’inévitable, mais d’exiger des décisions à la hauteur de l’urgence.

Serons-nous capables d’imposer à ce gouvernement de légiférer pour protéger nos vies et nos territoires ou le laisserons-nous présenter, comme il s’apprête à le faire, un budget placé sous le signe de l’austérité — sauf pour les armées ?

L’été de tous les dangers, c’est maintenant…

L’édito du webzine. Le tourisme français à l’épreuve du climat

Le ministre du Tourisme, Serge Papin, vient de se féliciter d’une saison estivale « au beau fixe », malgré les crises internationales et les canicules répétées. « Les clignotants sont au vert sur tous les registres, géographiques et clientèles, du camping au palace », a-t-il déclaré à l’AFP. Pourtant, les professionnels du secteur dressent un constat moins reluisant.

Avec 102 millions de visiteurs internationaux en 2025 (contre 100 millions en 2024), la France a battu des records de recettes, atteignant 77,5 milliards d’euros. L’objectif ? 100 milliards en 2030. Mais cette ambition se heurte à une réalité climatique de plus en plus pressante. Les prévisions de Météo-France pour 2030 annoncent une multiplication des journées de fortes chaleurs et des nuits tropicales, un scénario bien éloigné des +2°C visés par l’Accord de Paris. La France a même défini en 2023 une Trajectoire de réchauffement de référence préparant le pays à un réchauffement de +4°C d’ici 2100.

L’Occitanie sera la région la plus touchée. Selon une note de l’Agence d’Attractivité et de Développement d’Occitanie, 55 % des professionnels du tourisme y ont constaté une activité « dégradée » en juin 2026, contre 45 % de satisfaits. Une canicule historique et précoce (du 17 au 30 juin), avec des températures jusqu’à +8°C au-dessus des normales et 8 nuits tropicales consécutives à Toulouse a entraîné annulations de séjours, baisse de fréquentation et fermetures partielles d’établissements mal équipés.

Les professionnels pointent aussi d’autres facteurs : la flambée des prix du carburant et la baisse du pouvoir d’achat. « Les réservations avaient bien démarré, mais tout s’est effondré après le conflit au Moyen-Orient et la hausse des carburants », témoigne un gérant de gîte rural..

Un avenir incertain

Pire, ces perturbations ne sont qu’un avant-goût. Une étude de l’Insee Occitanie (novembre 2024) révèle que 72 % des lits touristiques de la région seront exposés à plus de 35 journées à +30°C ou 50 nuits tropicales par an d’ici 2050. Aujourd’hui, seulement 2 % du territoire régional subissait des fortes chaleurs fréquentes (1976-2005). En 2030, ce sera 12 %, puis 50 % en 2050. Les touristes se tournent déjà vers des destinations plus fraîches, comme le littoral atlantique.

Face à ce constat, l’urgence est double : réduire les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter pour préserver un secteur qui génère jusqu’à 180 000 emplois en été. Sans action, le pilier économique qu’est le tourisme en Occitanie pourrait s’effriter, emporté par les vagues de chaleur.

La question n’est plus de savoir si le climat impactera le tourisme, mais comment y faire face. Entre records économiques et réalités climatiques, la France devra innover pour concilier attractivité et durabilité. Un défi de taille, alors que les canicules, autrefois exceptionnelles, deviennent la norme.

Dominique Gerbault

L’édito du webzine. La Révolution noyée sous l’armement

Ce 14 juillet 2026, notre fête nationale a été pris en otage par le grondement des chars, le vrombissement des avions de chasse et l’étalage des drones et des armes. Les Champs-Élysées, transformés en vitrine militaro-industrielle, ont réduit au silence la promesse de 1789, cette exigence d’abolir les privilèges, de conquérir l’égalité et la fraternité.

Un 14 juillet a célèbré l’économie de guerre, la course aux armements, la politique de la force. Un président proclame la primauté des budgets de défense sur les droits sociaux, comme si la santé, l’éducation, la sécurité sociale ou l’urgence écologique n’étaient que des accessoires négligeables.

La République puise sa raison d’être dans les idéaux de 1789, prolongés en 1848 et lors de la Commune de Paris. C’est un ensemble d’institutions, de droits et de devoirs qui forment la démocratie. Aujourd’hui, elle est malmenée, menacée. Les inégalités explosent, les privilèges des plus riches deviennent indécents, et l’extrême droite se présente désormais comme une alternative crédible au pouvoir, prête à aggraver les injustices du système.

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 a été un cri pour la liberté, pour l’égalité, pour la fraternité, pour la souveraineté du peuple, pour le droit à la révolte contre l’oppression. Après l’abolition des privilèges et l’avènement de la souveraineté nationale, la Révolution a ouvert la voie à des conquêtes majeures : la citoyenneté pour tous, l’accès de tous aux fonctions publiques, le divorce, les droits des enfants naturels, le suffrage universel, l’abolition de l’esclavage et à une éducation gratuite et obligatoire pour tous.

Poursuivre le 14 juillet 1789

Mais la Révolution n’a pas tout résolu. L’esclavage a mis un demi-siècle à être aboli. La liberté de conscience a souvent été bafouée. Les femmes, les ouvriers, les colonisés ont dû attendre des décennies, voire des siècles, pour que leurs droits soient reconnus.

Faire du 14 juillet un simple défilé militaire, c’est oublier que la pauvreté, le racisme, la xénophobie et l’ignorance sont les pires ennemis de la démocratie. Rien n’est jamais acquis. Chaque avancée progressiste est le fruit d’un processus long, difficile, toujours menacé. Aujourd’hui, alors que des monstres nouveaux se profilent à l’horizon -crises climatiques, prolifération des armes, montée des autoritarismes-, des mouvements émancipateurs émergent partout : les femmes luttent pour leur égalité pleine et entière, les jeunes se mobilisent pour le climat, des paysans et des chercheurs défendent la biodiversité, des ouvriers réclament le pouvoir sur leur travail, des prolétaires du clic ou de la logistique cherchent à s’unir au-delà des frontières, des militants de la paix exigent que l’argent des bombes soit redirigé vers la vie.

La République de demain doit être une civilisation nouvelle. Dans un pays aussi riche que la France, l’urgence est de rassembler. Deux cent trente-sept ans après 1789, la même question se pose à nous : alors que le capitalisme est à bout de souffle et menace l’avenir de l’humanité, n’est-il pas temps d’ouvrir la voie du post-capitalisme ? D’inventer un processus communiste adapté à notre époque ?

La soif d’émancipation ne peut être étouffée sous les bruits des défilés militaires, qui ne disent rien de l’esprit de 1789. La Révolution française reste une source d’inspiration inépuisable. À nous de la faire vivre.

Dominique Gerbault

L’édito du Travailleur Catalan par René Granmont. 14 juillet pour la liberté et la paix

Si, cette année, il fallait s’inscrire à l’avance et montrer patte blanche pour assister au traditionnel défilé du 14 juillet, il n’est pas inutile de rappeler qu’il y a 237 ans, le peuple de Paris n’avait pas demandé l’autorisation des puissants pour prendre la Bastille et inaugurer ainsi un bouleversement historique qui changera la face du monde.

De même n’est-il pas vain d’évoquer la gigantesque manifestation populaire organisée à l’occasion du 14 juillet 1936 par les forces du Front populaire. Des centaines de milliers de participants défilaient joyeusement pour « le pain, la paix, la liberté » et pour soutenir l’union réalisée qui avait permis de gagner de considérables avancées sociales.

À l’appel du Parti communiste, de la CGT et de mouvements de gauche, avec une interruption sous Vichy et l’occupation nazie, pour célébrer « les valeurs de la République », cette tradition des défilés populaires le 14 juillet se poursuivra jusqu’en 1953. Le 14 juillet 1953, la police française tirera intentionnellement et sans sommation sur le défilé, causant sept morts, dont six militants nationalistes algériens(*). C’est ce massacre qui servira de prétexte pour interdire ultérieurement les défilés populaires commémorant la prise de la Bastille…

Mais cette année, pour son ultime défilé militaire en tant que chef des armées, Emmanuel Macron a vu grand. Ce fut l’occasion de procéder à une démonstration de force d’une ampleur inédite depuis son arrivée au pouvoir : 6 800 soldats à pied, des blindés, des véhicules de combat, des avions de chasse, des drones, des camions lance-missiles, des hélicoptères… Ne manquaient sur les Champs-Élysées que le porte-avions Charles-de-Gaulle et des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.

À l’occasion, le président s’est surpassé dans la contradiction en appelant à défendre « la paix », « au prix du sang s’il le faut ». Il a ainsi marqué sa volonté d’opter pour l’intimidation de l’adversaire, désigné ou non. Et, partant, d’abandonner toute solution diplomatique… On peut actuellement mesurer, que ce soit en Ukraine ou au Moyen-Orient, combien ce choix exclusif de la force ne règle en rien les problèmes.

Ainsi les dix années de présidence Macron s’achèvent sous le signe d’une inquiétante course à la guerre et à l’armement. Des centaines de milliards dépensés pour détruire et tuer, qui seraient si utiles pour l’école, l’hôpital, le logement ou la lutte contre les incendies et le réchauffement climatique. En un mot pour la vie et la paix.

L’histoire jugera ceux qui ont choisi la force et en ont fait étalage ce 14 juillet. Mais il est frappant de constater, plus d’un siècle après, à quel point les mots cités par Jean Jaurès restent d’actualité : « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ».

(*) Lire Les Balles du 14 Juillet 1953 de Daniel Kupferstein (Éditions du Croquant)