L’édito du webzine. Marine Le Pen, la candidate délinquante

La cheffe de file du Rassemblement national vient d’être condamnée par la cour d’appel de Paris à trois ans de prison dont deux avec sursis et un an ferme sous bracelet électronique. Elle a annoncé se pourvoir en cassation, et donc, mener campagne pour l’élection présidentielle de 2027.

« Mains propres et tête haute » : tel était l’un des slogans phares du Front national lors des législatives de 1993, celui du père fondateur du parti d’extrême droite français, Jean-Marie Le Pen. Trente-six ans plus tard, sa fille, Marine Le Pen, malgré sa condamnation dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national, entend se présenter devant les français. La députée a été condamnée à trois ans de prison dont deux avec sursis et un an ferme sous bracelet électronique. Sa peine d’inéligibilité de 45 mois dont 30 avec sursis, a déjà été exécutée.

Elle va se pourvoir en cassation pour « suspendre les effets » de cette décision et ainsi « faire campagne sans bracelet électronique ». C’était la condition qu’elle s’était elle-même fixée pour mener cette quatrième campagne pour l’Élysée.

Mais le parti, fondé par des Waffen SS et des néonazis, n’est pas à une contradiction près. Le 5 avril 2013, interviewée sur le plateau de Public Sénat, sa championne réclamait « l’inéligibilité à vie » pour les élus condamnés pour « détournement de fonds publics ».

La cour de cassation devrait statuer début 2027. Si la haute juridiction confirme l’arrêt de la cour d’appel, celui-ci s’appliquerait immédiatement. Quelques semaines seulement avant le premier tour.

Une délinquante en col blanc

Pour la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Le Pen est une « privilégiée » qui a « bénéficié d’une grande mansuétude » de la part de la justice, tempête Marine Tondelier. « Elle est une délinquante, voilà la seule conclusion qu’on peut tirer de cette décision de justice », tacle le chef des députés socialistes Boris Vallaud. « Après, c’est à elle de poser la question de savoir si quand on est une délinquante, on se présente aux électeurs ». « Une telle condamnation, quel que soit l’aménagement de la peine, ne peut permettre de se présenter devant les Français. Il n’y a rien d’autre à dire », tranche le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel.

La présidente de la cour d’appel de Paris répète que « les faits sont graves ». L’avocat du Parlement européen confirme : « ils ont volé l’argent du contribuable et ça a été confirmé pour la deuxième fois ». Le préjudice est estimé à quelque 2,9 millions d’euros.

Madame Le Pen a volé l’argent public. Elle n’a pas honte de se présenter pour le gérer. C’est cela la moralité de l’extrême droite.

Dominique Gerbault

L’édito du Travailleur Catalan par Michel Marc. Hésitations et scrupules

Cet édito aurait dû évoquer la fête de notre journal. En toute logique. Trois pages y sont d’ailleurs consacrées, tant la richesse de ce qui s’y est passé est à mettre à l’honneur. Mais là, coup sur coup, une double actualité aussi affligeante qu’inquiétante s’impose.

La première actualité est celle de la canicule durable et de ses incendies associés dans le département et ailleurs. J’écoutais il y a deux ou trois jours, le cri de colère d’un éleveur de cochons de la plaine, du côté de Néfiach.

Il disait sa colère, son inquiétude, son soutien à ceux déjà touchés par les flammes et qui ont tout perdu. Tentant lui-même de gérer au mieux le phénomène destructeur dans son exploitation, nuits et jours, il accusait et disait à peu près ceci : « c’est des avions qu’il nous faut, en plus grand nombre. Au lieu d’abonder par milliards les financements pour le réarmement de la France, en mettre quelques-uns pour des équipements aéroportés supplémentaires qui, s’ils avaient été disponibles, auraient assurément réduit rapidement l’étalement de l’incendie à sa plus simple expression ». Qu’il entende notre solidarité sans faille.

Nicolas Garcia, dans un texte public « Gueule de bois », écrivait ceci : « Lutter contre les incendies difficiles à contrôler, les sécheresses, les canicules… nécessitera des investissements colossaux pour l’adaptation et dans le même temps il faut investir massivement dans la prévention c’est à dire la lutte contre ces bouleversements climatiques et le réchauffement qui va avec. En résumé acheter des camions de pompiers, des Canadairs, travailler les questions de l’eau et végétaliser, s’occuper des friches et de la forêt » et fustigeait les budgets militaires et le laxisme fiscal en rapport avec les ultrariches. Tout est dit. Saluons, malgré tout, l’immense élan solidaire spontané qu’il s’agira, dans les jours qui viennent, de bien organiser pour qu’il puisse agir en pleine puissance.

La deuxième, qui n’est pas sans importance, concerne le RN. Deux « coupables de détournements d’argent public », Marine Le Pen et Louis Aliot, restent qualifiés dans le jeu politique dit « républicain », et ils font les marioles.

Consternant et triste !

L’édito du webzine. 40e congrés du PCF. Un communisme de conquêtes

Les débats du 40e congrès du PCF, qui s’est tenu à Lille du 3 au 5 juillet ont rapidement basculé vers un enjeu majeur : la montée de l’extrême droite et la préparation des échéances de 2027.

La présidentielle est au cœur des discussions. Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, a lancé un appel sans détour : « À celles et ceux qui hésitent encore, à ceux qui tergiversent ou voudraient repousser la décision, je dis : il faut y aller maintenant. Chaque semaine qui passe doit servir à mener ce combat. Nous ne pouvons pas nous retrouver dans une impasse comme en 2017. »

La nécessité pour le PCF de présenter un candidat se dresse devant nous. « Nous sommes les seuls à avoir une telle cohérence dans notre programme. Assumons-le et allons le défendre devant les Français ! », a martelé Fabien Roussel, réaffirmant la volonté de « battre l’extrême droite et offrir une alternative crédible ». Pour y parvenir, il mise sur un travail de conviction auprès des abstentionnistes pour redonner de l’élan à la gauche.

Face aux appels à une primaire à gauche, le premier secrétaire du PCF est catégorique : « La primaire n’aura pas lieu. » Une position qui alimente les tensions entre ceux qui prônent l’union de toute la gauche pour contrer le « risque de souffle » d’une victoire du Rassemblement National, et ceux qui défendent la singularité communiste. Une gauche qui abandonne les questions du travail pour se contenter de discours moralisateurs, cela fait le lit à l’extrême droite.

Les congressiste ont tranché sur l’opportunité d’une candidature de rassemblement issue de leurs rangs, en prévoyant un vote des militants le 6 septembre. Ils ont repoussé à une large majorité la « clause de revoyure » que certains voulaient imposer pour janvier 2027.

Préserver l’unité du Parti

Le premier secrétaire du PCF a insisté sur la nécessité de préserver l’unité du PCF. « Des orientations différentes se sont exprimées, avec plusieurs textes et des attentes qu’il faudra prendre en compte », a-t-il reconnu. Trois ans après le congrès de Marseille, marqué par la mobilisation contre la réforme des retraites, il se félicite que le parti n’ait pas lâché ce sujet, ni sur le terrain ni à l’Assemblée. « Contrairement à d’autres forces de gauche, nous plaçons au centre de nos préoccupations le travail, l’emploi et un salaire décent pour vivre dignement », a-t-il rappelé, citant les campagnes menées. Les 7 800 nouvelles adhésions enregistrées sont un bon point de départ pour le renforcement du PCF et le développement de son audience.

Les canicules successives ont remis à l’ordre du jour le « Plan climat empreinte 2050 » porté par Amar Bellal, il a été également question des timides avancées sur la protection de l’enfance où l’actualité montre que le compte n’y est pas. La relance de l’industrie française a été centrale dans les débats avec la nécessité de récupérer et de développer les outils de production. L’exemple de Mittal qui veut produire de l’acier hors d’Europe le montre. « Qu’il parte ! » Nous on veut récupérer et investir avec notre savoir-faire.

Sur la scène internationale, la défense d’une solution à deux États en Palestine a permis au PCF de devenir un « interlocuteur privilégié de l’OLP » dans un contexte complexe. Les cinq conteneurs d’aide humanitaire envoyés à Cuba ont été aussi évoqué. Un appel a été lancé pour renforcer la solidarité avec le peuple cubain. Les 27 délégations étrangères présentes au congrès montrent que l’internationalisme du PCF n’est pas un vain mot.

Les succès parlementaires ont également été salués avec les travaux de Fabien Gay sur les 211 milliards d’aides aux entreprises, ou encore la menace de censure de Stéphane Peu pour faire reculer le gouvernement sur la remise en cause du 1er Mai. Les victoires aux municipales ont été citées comme des signes encourageants, même si le parti reste conscient des défis à relever.

Dominique Gerbault

L’édito du webzine. La fraîcheur volée

L’été s’installe comme une menace. On nous dit que c’est le destin, que le climat se dérègle, que c’est la fatalité. Mais la fatalité, c’est une invention de ceux qui ne veulent rien changer.

Depuis cinquante ans, les scientifiques hurlent dans le désert : chaque gramme de CO₂ rejeté est une braise de plus sur le brasier. L’Arctique fond, l’Europe étouffe, et demain sera pire. Pourtant, dans les salons feutrés, on discute encore de croissance, de profits, de forages à relancer. On nous propose des brumisateurs comme on jette des miettes aux pigeons.

Les chiffres, eux, ne mentent pas. Cinq cents mille morts par an dans le monde, cinq mille en France en 2022. Des vies fauchées par la canicule, et toujours les mêmes qui trinquent : les vieux, les pauvres, celles et ceux que le système a déjà écrasés une première fois. Les corps souffrent, les esprits se brisent, les logements deviennent des étuves. Les hôpitaux craquent, les forêts brûlent, les rivières ne sont plus que des cicatrices dans la terre. Les abeilles tombent, les vaches suffoquent, les trains déraillent, les centrales s’arrêtent. Tout se dérègle, tout se fissure. Et dans leurs bureaux climatisés, les bien-pensants nous parlent d’adaptation, comme si l’on pouvait négocier avec la fin du monde.

Pourtant, il y a ceux qui refusent de baisser les bras. À New York, à Londres, à Delhi, à Montréal, une même exigence monte, têtue, nécessaire : le droit à la fraîcheur. Pas comme une aumône, pas comme un privilège, mais comme un dû, au même titre que l’eau, le pain ou la dignité. Car de quoi parle-t-on, au fond ? De notre capacité à vivre sur cette Terre sans y laisser notre peau. Et ce droit, il ne viendra pas tout seul. Il faudra le conquérir.

Le Plan climat Empreinte 2050 du PCF : une nécessité

C’est là que le Plan climat Empreinte 2050 du PCF prend tout son sens. Parce que ce plan, ce n’est pas seulement une liste de mesures, c’est une vision. Une vision où la transition écologique n’est pas une punition, mais une libération. Où l’on ne se contente pas de réduire les émissions chez nous, mais où l’on s’attaque à notre empreinte carbone globale, y compris celle, invisible, de nos importations. Où l’on comprend enfin que le climat et la justice sociale sont les deux faces d’une même pièce.

Imaginez : des villes où l’on respire, où les transports en commun sont gratuits, où les logements sont isolés, où les rues sont des forêts et non des fournaises. Imaginez une économie qui ne tourne plus pour une poignée de milliardaires, mais pour le bien-être de toutes et tous. Où l’on travaille moins, où l’on travaille mieux, où l’on mange sain sans se ruiner. Où les usines ne crachent plus leur venin, où les champs ne sont plus des déserts chimiques, où l’eau n’est pas une marchandise mais un bien commun. Imaginez une France qui, au lieu de donner des leçons au monde, tend la main aux pays du Sud pour construire ensemble une sortie de crise. Ce n’est pas un rêve. C’est Empreinte 2050.

Ce plan, c’est la preuve que l’on peut faire autre chose que subir. Qu’on peut bâtir plutôt que de gérer. Qu’on peut exiger une sécurité sociale écologique, comme on a exigé la Sécu après la guerre. Qu’on peut mettre fin à l’austérité qui étouffe les budgets verts, qu’on peut taxer les superprofits des pollueurs pour financer la transition, qu’on peut arrêter de bétonner les terres agricoles et de détruire les jardins partagés. Qu’on peut, enfin, prendre le pouvoir sur notre destin.

Parce que le droit à la fraîcheur, c’est bien plus qu’un thermomètre qui baisse. C’est le droit de ne plus être les otages d’un système qui nous étouffe. C’est le droit de vivre, tout simplement. Et ce droit, on ne nous le donnera pas. Il faudra le prendre. Avec Empreinte 2050, le PCF nous montre le chemin. À nous de le parcourir.

Dominique Gerbault

L’édito du Travailleur Catalan par Nicole Gaspon. L’exemple de Marc Bloch

Mardi 23 juin, Marc Bloch, historien, résistant est entré au Panthéon ainsi que sa femme Simone Vidal. Si beaucoup de Français connaissent Jean Moulin beaucoup moins, sans doute, connaissent Marc Bloch, prenons donc cette panthéonisation pour une occasion de réparation. Le parcours de cet intellectuel brillant et critique est pourtant admirable. Vétéran de 14-18, historien médiéviste, enseignant, Marc Bloch était juif et résistant. En 1940 il est révoqué de la fonction publique parce que juif, ses livres sont pillés, il perd tout. Ce père de six enfants, antifasciste, s’engage dans la Résistance, il sera torturé et fusillé en juin 1944. Aujourd’hui, tous les historiens soulignent son apport exceptionnel à la science historique, à la connaissance de notre époque.

Il faut aussi souligner la force de son engagement, son humanisme, les valeurs qu’il portai. À l’opposé des idées nauséabondes qui aujourd’hui envahissent l’espace public. À l’opposé du projet d’une extrême droite dopée, se voyant déjà au pouvoir. La famille de Marc Bloch a clairement demandé que l’extrême droite « sous toutes ses formes » soit exclue de la cérémonie. Il est essentiel qu’Emmanuel Macron, qui a décidé de l’entrée de Marc Bloch au Panthéon, fasse respecter cette exigence. Macron, loin d’être clair par rapport à l’extrême droite, d’un côté il propose la panthéonisation de Manouchian, de Bloch, de l’autre il ne cesse de donner des gages au RN pour se maintenir au pouvoir.

La panthéonisation de Marc Bloch ne doit pas être seulement un moment de mémoire, et encore moins de récupération politicienne, mais surtout l’affirmation des valeurs qui fondent la République, valeurs que Marc Bloch a défendues jusqu’au bout.

L’édito du webzine. La FFF, l’anti-protection de la jeunesse

Kylian Mbappé, buteur de l’équipe de France contre le Sénégal, vient de s’insurger contre la Fédération française de football (FFF) pour l’utilisation non autorisée de son image dans une publicité pour Betclic, partenaire officiel de l’équipe de France.

Lors d’une séance photo à Clairefontaine, terrain d’entraînement de l’équipe de France, des joueurs ont été photographiés sans être informés que ces clichés serviraient à promouvoir un site de paris sportifs. Mbappé, déjà critique envers les bookmakers -qu’il accuse de ravages dans les quartiers populaires- a réagi vivement. Pourtant, les dirigeants de la FFF, comme Noël Le Graët ou Philippe Diallo, ont validé ce partenariat lucratif, estimé à plus de 30 millions d’euros.

Les paris sportifs, portés par le numérique et un matraquage publicitaire (avec des stars comme Messi, Neymar ou Cantona), connaissent une croissance exponentielle. Pour la Coupe du monde 2026, les mises devraient dépasser 1,2 milliard d’euros (contre 290 millions en 2014). En France, le marché a atteint 17,9 milliards d’euros en 2024, avec une hausse de 19 % en un an, boostée par l’Euro et les JO de Paris. 3,9 millions de joueurs en ligne sont recensés, dont 1,2 million de 18-24 ans (30 % des parieurs).

Un opium pour laa jeunesse

Pire : les mineurs ne sont pas épargnés. Une enquête révèle que 42,6 % des 15-17 ans ont déjà joué en 2025, et 11,4 % ont pratiqué les paris sportifs. 10,5 % d’entre eux sont considérés comme des joueurs problématiques, soit près de 250 000 adolescents exposés à l’endettement, l’anxiété ou l’échec scolaire. Les mécanismes (paris en direct, notifications incessantes) rendent cette pratique plus addictive que les autres jeux d’argent, selon les experts.

En s’associant à Betclic, la FFF ne se contente pas d’encaisser des revenus : elle devient l’ambassadrice des paris sportifs, alors même que sa mission de service public l’oblige à protéger la jeunesse. Comment concilier promotion des jeux d’argent et protection des mineurs ? Il faudrait que la ministre des Sports s’explique.

Dominique Gerbault