L’édito du webzine. Il y a 90 ans, le Front populaire

En 2026, nous fêterons les 90 ans du Front populaire. Celui-ci reste dans la mémoire collective un moment singulier de notre histoire, une victoire électorale des forces de progrès et un mouvement social d’une ampleur sans précédent.

Cela a commencé par un sursaut démocratique et antifasciste. En effet, le 6 février 1934, un coup de force fasciste visant l’Assemblée nationale, orchestré par des ligues d’extrême droite, a fait vaciller la République. En Allemagne, Hitler avait pris le pouvoir l’année précédente, et 10 ans avant, Mussolini en avait fait de même en Italie.

Cette déflagration poussa à la réunification de la CGT et construisit l’union du PCF, de la SFIO et des radicaux. De tout cela naquit le Front populaire de l’engagement des forces associatives, culturelles, citoyennes… Cela fut un grand moment historique.

Les grandes grèves, les occupations d’usine ont permis d’arracher au patronat, en plus des augmentations de salaires, des conquêtes sociales inimaginable comme les congés payés, la semaine de 40h, les libertés syndicales..

Des actes pour de nouvelles conquêtes

Hormis le refus des socialistes et radicaux de porter secours à la République espagnole, l’expérience historique du Front populaire demeure une source d’inspiration à gauche. En 2024, après la dissolution de l’Assemblée nationale ordonnée par Macron, lorsque le risque de voir le RN entrer à Matignon était maximal, les gauches se sont entendues dans un Nouveau front populaire, barrant la route à l’extrême droite mais il n’aurait pas tenu longtemps face aux ambitions présidentielles qui empoisonnent la Ve République.

En France, il y a besoin aujourd’hui, non pas d’une référence verbale, mais des actes, poussés par un monde du travail conscient de ses intérêts. C’est le meilleur remède à l’extrême droite.

Dominique Gerbault

L’édito du webzine. Michelin, le philanthrope !

Les résultats de la commission d’enquête sénatoriale menée par Fabien Gay, sénateur communistes, sur les aides données par l’État aux entreprises du CAC 40 commence à porter leurs fruits.

Par leur détermination les salarié.es, leurs représentant.es, le travail des parlementaires communistes et celui mené avec détermination par la commission d’enquête sénatoriale ont fait craquer le groupe Michelin. Il va rembourser l’État de 4,3 millions d’euros

Les travaux de cette commission ont porté sur les aides qui ont coûté à l’État « 211 milliards d’euros » quasiment sans contreparties. Et de pointer notamment du doigt les grands groupes français et internationaux qui profitaient des crédits d’impôt pour augmenter leurs bénéfices et les dividendes versés à leurs actionnaires, plutôt que de réellement moderniser leurs moyens de production et créer de l’emploi.

La commission remettait sur la table la question de ces aides d’État perçues par les entreprises. La conclusion de son rapport condamnait les largesses accordées aux entreprises et exigeait des contrôles effectifs sur l’utilisation des fonds.

Une victoire du travail sur le capital

Pour éviter de parler de remboursement, le fabricant de pneumatique, philanthrope, donnera à l’État 4,3 millions d’euros, un montant équivalent aux crédits d’impôts perçus par le groupe pour moderniser son usine sur le site de La Roche-sur-Yon, usine qui a fermé ses portes en 2020.

« Une victoire communiste pour la justice et la responsabilité » déclare Fabien Roussel, secrétaire national du PCF dans un communiqué. Il poursuit en déclarant que « Le PCF avait permis aux citoyennes et citoyens, dans la foulée de cette commission, d’interpeller le Ministre de l’Économie pour que l’engagement de Michelin soit tenu. »

Et il conclut : « Ce remboursement démontre une chose essentielle : la conditionnalité des aides publiques n’est ni une utopie ni un slogan, mais une exigence démocratique, sociale et économique. L’argent public ne peut plus servir à financer les délocalisations, les fermetures de sites, les licenciements, les dividendes et les rachats d’actions. L’argent public doit servir l’emploi, l’industrie, les territoires et la transition écologique — pas les actionnaires. »

Sébastien Lecornu, le Premier ministre aurait mieux fait de s’inspirer des conclusions de la commission d’enquête sénatoriale sur les aides données par l’État aux entreprises pour équilibrer son budget au lieu de puiser toujours dans les poches des plus fragiles.

Dominique Gerbault

L’édito du TC par Nicole Gaspon. Quelle année 2026 ?

Ces périodes de fêtes, pause salutaire de retrouvailles familiales et d’agapes, devraient générer joie de vivre et optimisme. C’est loin d’être le cas.

Cette année 2025 a connu une rare instabilité politique et une,succession de mauvais coups de la part d’un gouvernement qui ne dévie pas de sa ligne libérale. En ce mois de décembre, pour beaucoup de Françaises et de Français, le pouvoir d’achat est en berne et le budget cadeaux et gastronomie souvent réduit à la baisse. C’est dans l’incertitude et surtout l’inquiétude que les Françaises et les Français envisagent l’année qui va s’ouvrir. Difficile d’oublier l’austérité, les coupes budgétaires, les services publics amoindris, les menaces sur la protection sociale, sur les retraites.

Comment également faire l’impasse sur ce que subissent aujourd’hui les éleveurs ? Chez ceux-ci, c’est l’amertume et la douleur qui dominent face à l’abattage systématique, au refus du gouvernement d’entendre leurs propositions. Dans ces conditions très difficiles, ils restent cependant mobilisés.

Et ce n’est pas de l’Assemblée nationale que viendra l’embellie. Le blocage perdure, ce qui n’est pas étonnant, depuis les dernières élections législatives et l’obstination du président de la République à ignorer le verdict des urnes. Quant au Premier ministre en sursis, il tente de donner le change mais sur le fond refuse de revenir sur la politique de l’offre. Le budget de l’État en préparation ne prendra sûrement pas en compte les besoins et aspirations populaires. Et voilà qu’aujourd’hui des voix s’élèvent pour réclamer le 49.3 ! On croît rêver.

Première échéance électorale de 2026, les élections municipales devraient être l’occasion de s’exprimer sur les choix désastreux de la macronie avec l’aval de la droite et l’extrême droite. Souhaitons que l’électorat se saisisse de cette occasion, dans le rassemblement le plus large.

L’édito du TC par Jacques Pumaréda. Où vont nos sociétés ?

Serons-nous encore des Homo sapiens dans quelques décennies ?

Les cerveaux de nos enfants et de nos jeunes sont l’objet d’une attention particulière de tous ces idéologues libertariens et autres anarcho-capitalistes ou micro-nationalistes qui dessinent un avenir voué entièrement au marché libre. L’offensive est sérieuse et d’importance. Évidemment l’école est au cœur de la cible. En même temps qu’on détruit pièce par pièce l’école républicaine, celle de la promotion sociale, de l’égalité, de l’émancipation par le savoir, on développe toute sorte de nouvelles écoles. Les écoles privées confessionnelles ou pas, sous contrat ou pas, font leur beurre sur les décombres de l’école publique. Mieux que ça, l’enseignement à la maison se développe toujours au nom des libertés individuelles. Mais qui sont ces apprentis sorciers ? Une poignée d’intellectuels et surtout des grands patrons, des chefs politiques et des figures discrètes de groupuscules plus radicaux. Un carrefour « là où l’or, la boue et le sang s’entremêlent » comme disait Marx.

L’extrême droite et ses alliés sont à la manœuvre. Des hommes d’affaires comme Pierre-Édouard Stérin « qui a bâti avec son équipe le plus gros incubateur de projets incroyables que l’Europe a jamais connu » dixit le patron de l’institut de formation politique situé à l’extrême droite. Vincent Bolloré, patron d’un empire en Afrique et en France avec la main mise sur de nombreux médias qui façonnent jour après jour une contre-révolution en marche. Une nébuleuse de fondations comme la fondation Kairos d’Anne Coffinier (voir l’enquête de l’Humanité du 8 décembre) préparent le régime scolaire rêvé par l’extrême droite. L’abrutissement des cerveaux n’est pas une fatalité, c’est un objectif politique. Les forces progressistes sont au pied du mur pour reconstruire sans attendre une école républicaine qui accueille tous les enfants dans la diversité sociale et pour en faire des citoyens avisés.

L’édito du TC par Michel Marc. Contrastes

Le PLFSS a été voté à l’assemblée nationale et nous aurons très vite le verdict pour le PLF (projet de loi de finance). Quelques concessions assez minimes donc, un financement nettement insuffisant, et des mauvais coups portés qui restent en l’état. Ce n’est donc pas un bon budget de la Sécu.

Pas ou très peu de recettes nouvelles. Ce budget ne pourra pas, à l’évidence, répondre aux besoins de santé. Les débats se poursuivent et font croire à un pays ruiné, écrasé par la fiscalité. Alors, parlons-en, justement, de la ruine. Avec quelques exemples. C’est le moment des versements des dividendes. C’est bientôt Noël ! Arcelor, le 3/12, 234 millions (en hausse) ; LVMH, le 4/12, 2.737 millions (stable) ; Orange, le 4/12, 798 millions (stable) ; Thalès le 4/12, 195 millions (en hausse) ; Total Énergie le 5/01/26, 1935 millions (en hausse)… N’en jetez plus ! On se gave.

D’un autre côté, la misère s’étend. Des voisins, des membres de nos propres familles, des étudiants la vivent, durement. Ce numéro tente d’en cerner les contours locaux, page 4 et 5. Des dizaines de bénévoles, organisés dans des associations s’activent, et font ce qu’ils peuvent pour subvenir aux besoins élémentaires de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes démunis économiquement. La banque alimentaire donc, qui collecte dans les grandes surfaces des centaines de tonnes de produits, le secours populaire (12.000 bénéficiaires par an), le secours catholique et les Restos du cœur (1.200.000 repas par an distribués dans les P.-O.). Le nombre de demandeurs augmente dangereusement (Plus 25 % en un an pour les Restos du cœur). Que dire de plus ?

L’édito du TC par Évelyne Bordet. Il bouge encore !

Martial, les jeunes au garde à vous en fond d’écran, Macron tente de redevenir audible sur la scène intérieure : « former au maniement des armes, au chant, à la marche au pas… » Tel est son projet pour la jeunesse, formulé à la base militaire de Varces, en Isère, le 27 novembre. La mise scène ne se borne pas à une simple opération de communication politique, c’est un signal inquiétant qui alimente le climat anxiogène entretenu par le chef de l’État. Cette volonté de former la jeunesse à la discipline des armes, au chant et à la marche au pas, apparaît comme une provocation pour celles et ceux qui refusent l’idée d’un avenir placé sous le signe de la logique guerrière. Une orientation qui inquiète les organisations de jeunesse et acteurs de l’éducation populaire. « C’est un projet destiné à faire avancer un agenda guerrier contre la Russie, dans un contexte où Macron n’a rien d’autre à proposer à la jeunesse », analyse Assan Lakehoul, secrétaire général du Mouvement jeunes communistes de France.

« Ce que prépare Macron, c’est une mise au pas de la jeunesse », juge Trystan Dupont, porte-parole de Solidaires étudiant·es. Selon lui, le pouvoir « essaye de fabriquer un avenir pour la jeunesse dans la guerre, faute de pouvoir en offrir un dans la société ». Alors que le projet de loi de finances se dessine, où les jeunesses sont les grandes oubliées, où tous les moyens qui devraient soutenir leur avenir sont rabotés et redirigés vers les armées, il y a matière à s’inquiéter… C’est une attaque frontale contre une jeunesse déjà fort maltraitée. Le chef de l’État ne recule devant rien pour imposer sa vision. Il manie la peur comme une arme, brandissant la menace d’une guerre qui reste pourtant évitable, pour masquer l’absence d’alternatives et affirmer son autorité. Ce choix ne relève pas d’une posture mais témoigne d’une fuite en avant dangereuse, où l’angoisse d’un conflit armé est présentée comme unique horizon, au mépris de la paix, de la justice et de l’engagement citoyen véritable. Le président ouvre ainsi la porte à des dérives autoritaires inquiétantes. Sous prétexte de « dangerosité », il cherche à soutenir un pouvoir atrophié, testant sans vergogne les limites d’une présidence qui se rêve encore toute-puissante. Oui, il bouge encore et cette saillie iséroise interroge notre capacité collective à résister face à la confiscation progressive de nos droits et de notre avenir. Alors, Salomé Hocquard, vice-présidente de l’UNEF formule comme une évidence : « à quel moment va-t-on enfin demander aux jeunes ce qu’ils veulent vraiment ? »