L’édito du Travailleur Catalan par Jacques Pumaréda. Les voix de l’Empire

Le coup de force ahurissant contre le Venezuela a donné lieu à des commentaires divers et variés dans les médias français. Attachons-nous à regarder de plus près les chaines d’info en continu. On sait combien certaines, propriété de milliardaires de droite ou d’extrême droite, diffusent l’idéologie de leur « patron » en bons serviteurs zélés. Mais ce qui est nouveau c’est l’angle d’approche des faits. Pendant des heures et des jours on nous a abreuvés de détails techniques sur les hélicoptères, les plans virtuels du lieu du kidnapping, les différents scénarios envisagés avec le chef suprême suivant en direct les évènements. Une vraie série Netflix, du spectacle hollywoodien, mais où est le fond ? Où sont passés les journalistes ? Où est l’analyse du rôle des États-Unis dans l’asphyxie économique du Venezuela ? Où est le rappel des sanctions, du sabotage financier, de l’étranglement méthodique d’un pays entier ? Où est la mise en perspective historique du chavisme, de ses contradictions, de ses dérives, certes réelles, mais aussi de ses origines sociales et populaires ? Les journalistes sont-ils réduits à commenter l’écume des choses, incapables de produire une synthèse, incapables de relier les faits, incapables de nommer les rapports de domination ? Sont-ils incultes à ce point ? Circulez, il n’y a rien à penser !

Certes me direz-vous, ne mettons pas tout le monde dans le même sac, d’accord, mais quand même n’assistons-nous pas au naufrage intellectuel d’un certain journalisme français ? Ce phénomène est moins visible dans la presse écrite dont la fonction première est de produire des analyses et des réflexions documentées. Les médias et la presse jouent un rôle essentiel dans une démocratie, celui d’informer les citoyens et de produire des analyses dans la diversité des approches idéologiques. La réflexion et le débat public permettant de se faire une opinion comme on dit. Mais si on évite au citoyen de penser, il ne faut pas s’étonner de voir les idées d’extrême droite progresser.

N’écoutons pas les voix de l’Empire.

L’édito du webzine. Le Mercosur, symbole d’une Europe à la croisée des chemins

L’Europe vient de tourner une page de son histoire agricole en validant l’accord UE-Mercosur. Les États membres ont scellé un pacte qui sonne comme un abandon pour des milliers d’agriculteurs français et européens.

« Colère totale des paysans » : l’expression, reprise en chœur par les syndicats, résume l’incompréhension et la révolte face à un texte qui sacrifie la souveraineté alimentaire sur l’autel du libre-échange. Les images parlent d’elles-mêmes : tracteurs bloquant les routes, œufs lancés contre les sièges des institutions.

La mobilisation, massive et déterminée, révèle un monde agricole au bord de l’asphyxie. Entre la hausse des coûts de production, les épizooties à répétition et une concurrence déloyale -où le soja OGM et les normes environnementales bâclées du Mercosur font office d’armes de guerre économique-, les paysans français ne demandent qu’une chose : survivre.

Un vote sous tension, une Europe divisée

Pour la première fois, un accord commercial européen est adopté sans unanimité. Cinq pays, dont la France, ont dit non. Un symbole fort, mais insuffisant. Car si l’Irlande, la Pologne ou l’Autriche ont résisté, la majorité qualifiée(*) a passé en force, révélant une fracture profonde : celle d’une Union européenne tiraillée entre ses idéaux et ses intérêts, entre la défense de ses producteurs et l’appel des sirènes du marché global.

Le Parlement européen, qui doit se prononcer le 21 janvier, détient désormais une responsabilité historique. Les 150 parlementaires de 20 nationalités prêts à saisir la justice européenne le rappellent : cet accord n’est pas une fatalité. Il est encore temps d’inverser la vapeur, de défendre un modèle agricole qui concilie performance et respect de l’environnement, plutôt que de céder à la loi du moins-disant social et écologique.

Relocaliser ou disparaître

Face à la grogne des agriculteurs, le gouvernement français promet des « annonces en leur faveur ». Mais les demi-mesures ne suffiront plus. Ce que réclament les paysans, c’est une politique ambitieuse : un moratoire sur les contrôles abusifs, la fin des abattages massifs de troupeaux, et surtout, une remise à plat des règles du jeu commercial. Car le vrai scandale du Mercosur, c’est son hypocrisie : on y exporte nos normes, mais on y importe des produits issus de pratiques que nous interdisons chez nous.

La question dépasse désormais le cadre agricole. Elle interroge le projet européen dans son ensemble : veut-on une Europe forte, maître de son destin alimentaire et industriel, ou une Europe diluée, otage des appétits des géants du Sud ? Les agriculteurs, en première ligne, ont choisi leur camp. À nous de les suivre.

Dominique Gerbault

(*) 21 États sur 27 ont approuvé cet accord, représentant 68,55% de la population européenne. La majorité qualifiée est à 65%.

L’édito du TC par René Granmont. Refuser de se coucher devant les forbans !

L’attaque de l’armée américaine contre Caracas suivie du kidnapping du président Maduro est un séisme dont les répliques peuvent remodeler le monde de la pire des façons. Si les États-Unis ne s’étaient jamais privés de piétiner le droit international, ils le faisaient en camouflant leurs mauvais coups derrière des arguments fallacieux de lutte pour la paix ou la démocratie. Mais le terrorisme d’État est totalement assumé par la Maison Blanche, l’ argument de lutte contre le « narcoterrorisme » avancé par Donald Trump étant d’autant plus grotesque que ce dernier vient de gracier l’ex-président hondurien Juan Orlando Hernandez, baron de la drogue et allié fidèle des USA… Et il n’a pas hésité à fièrement annoncer sa volonté d’imposer un gouvernement à sa botte pour s’approprier les énormes réserves pétrolières de la patrie de Simon Bolivar. Cette opération arbitraire, illégale, ravive la doctrine Monroe affirmant la stricte tutelle des États-Unis sur le continent, du cap Horn au cap du Prince de Galles. Trump a explicitement proféré des menaces contre la Colombie, Cuba, le Mexique, le Brésil… Et demain, contre le Groenland et d’autres… Car le monde de l’internationale fasciste qu’il parraine est un monde où ne règne que la loi du plus fort et du fric après disparition du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Face à cette action criminelle, on aurait pu penser que, comme contre l’invasion de l’Irak en 2003, la France clamerait son indignation de voir nier les plus élémentaires règles du droit international. Que nenni ! C’est un véritable agrément qu’Emmanuel Macron a d’abord donné au forban de la Maison Blanche. Et son tardif rétropédalage ne fait qu’accentuer l’effet catastrophique de sa déclaration initiale. Quelle honte que cette diplomatie de girouette ! La vassalisation de notre pays, amorcée par Nicolas Sarkozy, n’en est apparue que plus flagrante. Quel poids pourra alors avoir la parole de la France face au nouvel ordre qui se met en place. L’ordre des droites extrêmes, fascistes, piétinant le droit international comme elles nient l’État de droit dans notre pays.Le droit international reste un terrain de confrontation entre le cynisme des puissants et l’exigence universelle de justice. Le laisser se déliter, c’est accepter le monde de la jungle. Le défendre, au contraire, c’est affirmer que l’ordre mondial ne doit pas être écrit uniquement par ceux qui ont les moyens de l’imposer. À nous de décider s’il restera une promesse trahie ou s’il redeviendra un combat à mener.

L’édito du webzine. Il y a 90 ans, le Front populaire

En 2026, nous fêterons les 90 ans du Front populaire. Celui-ci reste dans la mémoire collective un moment singulier de notre histoire, une victoire électorale des forces de progrès et un mouvement social d’une ampleur sans précédent.

Cela a commencé par un sursaut démocratique et antifasciste. En effet, le 6 février 1934, un coup de force fasciste visant l’Assemblée nationale, orchestré par des ligues d’extrême droite, a fait vaciller la République. En Allemagne, Hitler avait pris le pouvoir l’année précédente, et 10 ans avant, Mussolini en avait fait de même en Italie.

Cette déflagration poussa à la réunification de la CGT et construisit l’union du PCF, de la SFIO et des radicaux. De tout cela naquit le Front populaire de l’engagement des forces associatives, culturelles, citoyennes… Cela fut un grand moment historique.

Les grandes grèves, les occupations d’usine ont permis d’arracher au patronat, en plus des augmentations de salaires, des conquêtes sociales inimaginable comme les congés payés, la semaine de 40h, les libertés syndicales..

Des actes pour de nouvelles conquêtes

Hormis le refus des socialistes et radicaux de porter secours à la République espagnole, l’expérience historique du Front populaire demeure une source d’inspiration à gauche. En 2024, après la dissolution de l’Assemblée nationale ordonnée par Macron, lorsque le risque de voir le RN entrer à Matignon était maximal, les gauches se sont entendues dans un Nouveau front populaire, barrant la route à l’extrême droite mais il n’aurait pas tenu longtemps face aux ambitions présidentielles qui empoisonnent la Ve République.

En France, il y a besoin aujourd’hui, non pas d’une référence verbale, mais des actes, poussés par un monde du travail conscient de ses intérêts. C’est le meilleur remède à l’extrême droite.

Dominique Gerbault

L’édito du webzine. Michelin, le philanthrope !

Les résultats de la commission d’enquête sénatoriale menée par Fabien Gay, sénateur communistes, sur les aides données par l’État aux entreprises du CAC 40 commence à porter leurs fruits.

Par leur détermination les salarié.es, leurs représentant.es, le travail des parlementaires communistes et celui mené avec détermination par la commission d’enquête sénatoriale ont fait craquer le groupe Michelin. Il va rembourser l’État de 4,3 millions d’euros

Les travaux de cette commission ont porté sur les aides qui ont coûté à l’État « 211 milliards d’euros » quasiment sans contreparties. Et de pointer notamment du doigt les grands groupes français et internationaux qui profitaient des crédits d’impôt pour augmenter leurs bénéfices et les dividendes versés à leurs actionnaires, plutôt que de réellement moderniser leurs moyens de production et créer de l’emploi.

La commission remettait sur la table la question de ces aides d’État perçues par les entreprises. La conclusion de son rapport condamnait les largesses accordées aux entreprises et exigeait des contrôles effectifs sur l’utilisation des fonds.

Une victoire du travail sur le capital

Pour éviter de parler de remboursement, le fabricant de pneumatique, philanthrope, donnera à l’État 4,3 millions d’euros, un montant équivalent aux crédits d’impôts perçus par le groupe pour moderniser son usine sur le site de La Roche-sur-Yon, usine qui a fermé ses portes en 2020.

« Une victoire communiste pour la justice et la responsabilité » déclare Fabien Roussel, secrétaire national du PCF dans un communiqué. Il poursuit en déclarant que « Le PCF avait permis aux citoyennes et citoyens, dans la foulée de cette commission, d’interpeller le Ministre de l’Économie pour que l’engagement de Michelin soit tenu. »

Et il conclut : « Ce remboursement démontre une chose essentielle : la conditionnalité des aides publiques n’est ni une utopie ni un slogan, mais une exigence démocratique, sociale et économique. L’argent public ne peut plus servir à financer les délocalisations, les fermetures de sites, les licenciements, les dividendes et les rachats d’actions. L’argent public doit servir l’emploi, l’industrie, les territoires et la transition écologique — pas les actionnaires. »

Sébastien Lecornu, le Premier ministre aurait mieux fait de s’inspirer des conclusions de la commission d’enquête sénatoriale sur les aides données par l’État aux entreprises pour équilibrer son budget au lieu de puiser toujours dans les poches des plus fragiles.

Dominique Gerbault

L’édito du TC par Nicole Gaspon. Quelle année 2026 ?

Ces périodes de fêtes, pause salutaire de retrouvailles familiales et d’agapes, devraient générer joie de vivre et optimisme. C’est loin d’être le cas.

Cette année 2025 a connu une rare instabilité politique et une,succession de mauvais coups de la part d’un gouvernement qui ne dévie pas de sa ligne libérale. En ce mois de décembre, pour beaucoup de Françaises et de Français, le pouvoir d’achat est en berne et le budget cadeaux et gastronomie souvent réduit à la baisse. C’est dans l’incertitude et surtout l’inquiétude que les Françaises et les Français envisagent l’année qui va s’ouvrir. Difficile d’oublier l’austérité, les coupes budgétaires, les services publics amoindris, les menaces sur la protection sociale, sur les retraites.

Comment également faire l’impasse sur ce que subissent aujourd’hui les éleveurs ? Chez ceux-ci, c’est l’amertume et la douleur qui dominent face à l’abattage systématique, au refus du gouvernement d’entendre leurs propositions. Dans ces conditions très difficiles, ils restent cependant mobilisés.

Et ce n’est pas de l’Assemblée nationale que viendra l’embellie. Le blocage perdure, ce qui n’est pas étonnant, depuis les dernières élections législatives et l’obstination du président de la République à ignorer le verdict des urnes. Quant au Premier ministre en sursis, il tente de donner le change mais sur le fond refuse de revenir sur la politique de l’offre. Le budget de l’État en préparation ne prendra sûrement pas en compte les besoins et aspirations populaires. Et voilà qu’aujourd’hui des voix s’élèvent pour réclamer le 49.3 ! On croît rêver.

Première échéance électorale de 2026, les élections municipales devraient être l’occasion de s’exprimer sur les choix désastreux de la macronie avec l’aval de la droite et l’extrême droite. Souhaitons que l’électorat se saisisse de cette occasion, dans le rassemblement le plus large.

L’édito du webzine. Les revendications des agriculteurs ne peuvent plus attendre

Le gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est catastrophique pour les éleveurs. Le gouvernement doit agir maintenant !

L’abattage systématique du troupeau lorsqu’un cas est avéré poussent les agriculteurs à bout. On dénombrait, d’après le ministère de l’intérieur, 93 actions dans toute la France ce vendredi 19 décembre 2025. 4 000 agriculteurs et 900 engins agricoles mobilisés. Mais le Premier ministre reste sourd aux revendications !

L’autre revendication du monde agricole, la suppression de l’accord UE-Mercosur, reste capital. L’annonce de son report ne convainc pas. Cet accord passerait par dessus bord toutes les normes environnementales et sanitaires que l’Europe a mis en place sous la pression des associations de consommateurs.

La succession de rendez-vous avec le Premier ministre n’a pas apporté de réponse à la crise de la DNC. « On se retrouve dans une situation de blocage », regrette Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne, « l’accessibilité de la vaccination est limitée aux enjeux de l’exportation, on n’arrive pas à avancer là dessus », dénonce-t-il. Si le paysan concède « quelques ouvertures » de Sébastien Lecornu, il pointe une « défiance, une rupture de confiance lié au contexte social, économique et politique ». Le syndicat continue de réclamer « un élargissement de la vaccination et la possibilité d’avoir recours à l’abattage ciblée », pousse Nina Lejeune, l’un de ses secrétaires nationales.

La Conf’ à refusé de demander la fin des blocages dans le pays. La Coordination rurale, quant à elle, parle de « bienveillance » pendant les fêtes laissant la main à ses sections départementales.

FNSEA et JA en perte de vitesse

Arnaud Rousseau, représentant de l’industrie agro-alimentaire et président du premier syndicat agricole, la FNSEA, s’est clairement positionner du côté de la stratégie gouvernementale. Il a appelé à une « trêve ». Il s’est adressé à ses membres avec un « courrier » contenant « l’ensemble des intentions » du Premier ministre. Un nouveau rendez-vous est prévu autour du 8 janvier pour un travail sur « sa vision » et pour obtenir des « réponses d’ici au Salon de l’agriculture » sur la « crise viticole », la « production » (donc l’accès aux pesticides et à l’eau), mais aussi les engrais.

Les Jeunes agriculteurs (JA), alliés de la FNSEA, ont rejoint l’appel à la trêve. « À la rentrée on va se revoir (…) parce que le compte n’y est pas », a toutefois averti leur président Pierrick Horel.

L’enjeu sera de voir si cet appel tient sur le terrain puisque l’alliance FNSEA-JA, ayant perdu du terrain aux dernières élections syndicales agricoles, n’est pas à la barre des principaux blocages. CR et Conf’ ont amplifié leurs blocages ces derniers jours, rejoints localement par des JA et parfois des adhérents de la FNSEA.

Dominique Gerbault

L’édito du TC par Jacques Pumaréda. Où vont nos sociétés ?

Serons-nous encore des Homo sapiens dans quelques décennies ?

Les cerveaux de nos enfants et de nos jeunes sont l’objet d’une attention particulière de tous ces idéologues libertariens et autres anarcho-capitalistes ou micro-nationalistes qui dessinent un avenir voué entièrement au marché libre. L’offensive est sérieuse et d’importance. Évidemment l’école est au cœur de la cible. En même temps qu’on détruit pièce par pièce l’école républicaine, celle de la promotion sociale, de l’égalité, de l’émancipation par le savoir, on développe toute sorte de nouvelles écoles. Les écoles privées confessionnelles ou pas, sous contrat ou pas, font leur beurre sur les décombres de l’école publique. Mieux que ça, l’enseignement à la maison se développe toujours au nom des libertés individuelles. Mais qui sont ces apprentis sorciers ? Une poignée d’intellectuels et surtout des grands patrons, des chefs politiques et des figures discrètes de groupuscules plus radicaux. Un carrefour « là où l’or, la boue et le sang s’entremêlent » comme disait Marx.

L’extrême droite et ses alliés sont à la manœuvre. Des hommes d’affaires comme Pierre-Édouard Stérin « qui a bâti avec son équipe le plus gros incubateur de projets incroyables que l’Europe a jamais connu » dixit le patron de l’institut de formation politique situé à l’extrême droite. Vincent Bolloré, patron d’un empire en Afrique et en France avec la main mise sur de nombreux médias qui façonnent jour après jour une contre-révolution en marche. Une nébuleuse de fondations comme la fondation Kairos d’Anne Coffinier (voir l’enquête de l’Humanité du 8 décembre) préparent le régime scolaire rêvé par l’extrême droite. L’abrutissement des cerveaux n’est pas une fatalité, c’est un objectif politique. Les forces progressistes sont au pied du mur pour reconstruire sans attendre une école républicaine qui accueille tous les enfants dans la diversité sociale et pour en faire des citoyens avisés.