L’édito du webzine. La CGT unie et en ordre de bataille

Concluant le 54e congrès confédéral de la CGT, Sophie Binet, sa secrétaire générale réélue, trace la voie d’une syndicalisme offensif après un congrès historique.

« Nous sommes en pleine forme, nous sommes rassemblés ! » Le message de Sophie Binet a résonné comme un coup de tonnerre sous les applaudissements de plus de 1 000 militants réunis à Tours. Après cinq jours de débats parfois vifs mais toujours constructifs, le congrès s’est achevé dans l’unité et la combativité, marquant un tournant pour la centrale syndicale.

En 2023, Sophie Binet avait hérité d’un syndicat divisé, marqué par les tensions autour de la succession de Philippe Martinez. Son mandat : rassembler. Mission accomplie. Le bilan de son action a été approuvé par un score inédit de 82 % et sa stratégie pour les années à venir a recueilli 75 % des suffrages. « Ce congrès fera date. La CGT est debout, rassemblée, déterminée », a-t-elle martelé lors de son discours de clôture, devant une forêt de drapeaux rouges.

Des décisions fortes pour l’avenir

Les congressistes ont validé plusieurs orientations structurantes pour la CGT :

  • Lutte contre les déserts syndicaux : Un outil opérationnel a été mis en place en collaboration avec les syndicats professionnels de territoire. Objectif : renforcer la présence syndicale, notamment dans les entreprises du CAC 40, où les ingénieurs, cadres et techniciens restent sous-représentés.
  • Une « maison commune » avec la FSU : Un cadre de coordination permanent va être instauré entre la CGT et la FSU destinée à peser face au pôle réformiste emmené par la CFDT.
  • Féminisme et égalité : La CGT a intégré à ses statuts un cadre commun d’action contre les violences sexistes et sexuelles, concrétisant son engagement en faveur d’un « féminisme de lutte des classes ».
  • Front contre l’extrême droite : La centrale ptomeut une « internationale ouvrière » contre la montée des extrêmes. « On ne gagne pas contre l’extrême droite sans perspectives sociales. La recette du Front Populaire, dont on fête les 90 ans, c’est unité, mobilisation, alternative sociale »

Un plan de bataille contre le patronat et le gouvernement et des défis à relever

Sophie Binet n’a pas ménagé ses critiques envers le patronat et le gouvernement libéral. « J’ai une très mauvaise nouvelle pour Patrick Martin et Sébastien Lecornu : nous sommes en pleine forme ! », a-t-elle lancé, sous les ovations. La CGT entend s’impliquer activement dans le débat présidentiel de 2027, en faisant de la défense de la Sécurité sociale et des services publics une priorité stratégique. « Nous avons adopté des orientations fortes. Ce congrès restera historique par ses décisions », a-t-elle affirmé.

Malgré cette unité retrouvée, la route reste semée d’embûches. La CGT devra décupler ses efforts pour unir le monde du travail face à la précarisation, l’ubérisation et les mutations liées à l’IA ; contrer les divisions exploitées par l’extrême droite (clivages d’origine, de religion, de couleur de peau) ; renforcer sa présence dans les secteurs clés de l’économie, notamment auprès des cadres et ingénieurs.

« Nous avons décidé d’un plan de bataille clair. La CGT est de retour, et elle compte bien le faire savoir », a-t-elle poursuivi, sous une salve d’applaudissements avant de conclure sur un ton combatif : « Ce sont de mauvaises nouvelles pour ceux qui rêvent d’une CGT affaiblie. ».

Comment cette unité nouvelle se traduira-t-elle sur le terrain, face aux enjeux sociaux et politiques des mois à venir ? Une chose est sûre : la CGT entend jouer un rôle central dans les luttes à venir.

Dominique Gerbault

L’édito du Travailleur Catalan par René Granmont. Stop à la folie guerrière de Netanyahou

« La guerre ! ». Le gouvernement de Benyamin Netanyahou n’a que ce mot à la bouche. C’est ainsi que dimanche dernier, l’armée israélienne a annexé la forteresse de Beaufort qui surplombe le fleuve Litani au Liban. Pour justifier la reprise des bombardements intensifs dans la banlieue sud de Beyrouth, le ministre israélien de l’Éducation a rappelé qu’« il n’y a pas de cessez-le-feu dans le nord (d’Israël), il y a une guerre ! ». Le ministre de la Défense, Israël Katz, a confirmé la volonté israélienne de contrôler une vaste partie du Liban du Sud, jusqu’à Beyrouth : « la banlieue sud de Beyrouth n’est pas différente des localités du nord d’Israël : s’il n’y a pas de calme dans le nord (d’Israël), il n’y aura pas de calme à Beyrouth. » En fait, ce que visent les suprémacistes qui règnent à Tel Aviv, c’est d’aller jusqu’aux frontières rêvées de « Eretz Israël », cette notion religieuse qui pousse à coloniser et chasser les habitants toujours plus avant.

Du côté du gouvernement libanais, le premier ministre Nawaf Salam a parlé samedi d’une « politique de la terre brûlée et de punition collective » menée par Israël dans son pays, et dénoncé avec le président Joseph Aoun « les pratiques condamnables d’Israël » et la « poursuite des bombardements et de la destruction au bulldozer des habitations et des sites historiques ». Depuis mars, début de l’attaque contre le Liban, Israël a tué 3 371 personnes et en a blessé plus de 10 000, tandis que plusieurs centaines de milliers de familles sont toujours sans abri après avoir fui le sud du pays, où Israël détruit méthodiquement toute trace de vie.

« Rien ne peut justifier la prolongation des opérations militaires israéliennes au Liban », a affirmé dimanche le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Et, suite à une demande française, une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies a eu lieu lundi 1er juin.

Mais les déclarations de principe ne suffisent pas tandis qu’au Liban, comme à Gaza, hommes, femmes et enfants continuent de périr sous les balles et les bombes israéliennes. Qu’attend la communauté internationale, et en particulier l’Union européenne, dont la France, pour prendre, comme cela a été mis en œuvre conte la Russie après l’agression contre l’Ukraine, des sanctions vigoureuses contre le gouvernement génocidaire de Tel Aviv ?

L‘édito du TC par Jacques Pumaréda. Le bâillon

Le mouvement social à Saint-Pierre comme à Médipôle marquera durablement le paysage départemental par sa durée et l’intransigeance du groupe Elsan. Les menaces n’ont pas manqué, allant jusqu’à envisager la fermeture de la clinique Médipôle. A l’arrivée les grévistes actent le maintien d’un certain nombre de primes sans garantie pour la suite. Une intransigeance de la direction soutenue par le Préfet, bien timoré sur les revendications. Pas touche aux bénéfices du groupe Elsan et aux actionnaires, telle est la règle d’or et malheur aux revendications syndicales.

Dans une situation économique et sociale très tendue, alors que la question du pouvoir d’achat est au centre des préoccupations quotidiennes de nos concitoyens, le patronat et le gouvernement s’appliquent à maintenir le couvercle sur une marmite en ébullition. Alors on dégaine l’arme répressive, on cible Sophie Binet secrétaire générale de la CGT, mise en examen une nouvelle fois pour diffamation publique pour avoir dénoncé la « répression patronale violente » chez le fabricant d’articles culinaires Tefal. Fabien Gay, directeur de publication du journal l’Humanité est également mis en examen. En décembre 2025, Sophie Binet avait fait l’objet d’une première mise en examen pour injure publique après une plainte de Sophie de Menthon, présidente du mouvement patronal Ethic. Au 30 mars, la CGT dénombrait 550 plans sociaux sur plus de 400 sites. Ainsi un signal de répression est lancé dans tout le pays. La liberté d’expression comme les libertés syndicales sont aujourd’hui en danger. Plus de 1000 militants et cadres sont inquiétés par des poursuites judiciaires ou disciplinaires dont cinq dirigeants confédéraux. La Confédération internationale des syndicats a déposé plainte devant l’Organisation internationale du Travail (OIT) pour « dénoncer une procédure bâillon et les atteintes aux droits syndicaux en France. »

L’édito du Travailleur Catalan par Nicole Gaspon. La pieuvre

Le risque de la venue au pouvoir de l’extrême droite en 2027 est une préoccupation majeure des progressistes et démocrates de France. Le sujet est également au cœur des débats au sein du Parti communiste dans le cadre de la préparation de son 40e congrès. Il ne s’agit malheureusement pas d’une question théorique, des signes avant-coureurs ont tendance à se multiplier dans la dernière période.

Ainsi, une enquête de la fondation Jean Jaurès montre que 45% des électeurs déclarent une probabilité de 50 % à voter pour le RN lors des prochaines échéances électorales. Avec, parfois, cette remarque affligeante : « on ne les a pas essayés » !

Une remarque qui mérite réflexion, car dans les années 40, on les a essayés, de même beaucoup plus récemment dans nombre pays de par le monde dont en Europe. On les a essayés et on a vu.

Restons dans la France d’aujourd’hui où Bolloré, milliardaire d’extrême droite est en train de faire main basse sur tout ce qui fait la vie culturelle dans notre pays. Édition, audiovisuel, presse… rien ne peut échapper à la prédation bolloreienne. Qui dit possession dit droit de regard, l’épisode de la tribune « Zappez Bolloré » signée par 600 professionnels du cinéma fait froid dans le dos. Ces derniers sont désormais black listés, interdits de travail. On peut imaginer le même sort pour les auteurs en partance de chez Grasset, pour les journalistes indépendants… Dans le pays des droits de l’homme la liberté d’expression n’a plus cours. On se croirait revenu aux jours sombres du maccartysme.

Pour parachever cette inquiétante entreprise, certains s’ingénient à brouiller le message, la porosité droite extrême droite est une pièce dans le dispositif, comme le flirt RN MEDEF, comme ces chroniqueurs (dont récemment Luc Ferry ancien ministre de l’Éducation nationale) pour qui le RN n’arien à voir avec ses origines… Un parti fréquentable, en somme.

Autant d’éléments qui nécessitent qu’on s’y intéresse pour les démonter et mettre en place des pare feu. Particulièrement en cette année 2026, année anniversaire du Front populaire riche d’enseignements pour aujourd’hui.

L’édito du Travailleur Catalan par Évelyne Bordet. Assez de mépris, assez de profits !

Une grève reconduite depuis trois semaines met en lumière une réalité que les communiqués peinent à masquer : des équipes épuisées, des salaires sous pression et des services désorganisés, pendant que les actionnaires continuent d’être servis. Face à la direction du groupe Elsan, la mobilisation s’amplifie et cherche désormais à élargir le rapport de force.

Loin d’un « coup de colère » isolé, le mouvement réunit soignants, brancardiers, personnels de ménage et de cuisine, administratifs, jusqu’à des médecins salariés. Quand autant de métiers convergent, ce n’est plus un « dysfonctionnement » : c’est un système qui craque.

Les grévistes dénoncent des dividendes en hausse, tandis que les salaires décrochent face à l’inflation et au SMIC. Ils rappellent aussi une participation aux bénéfices ramenée à zéro en 2025. Message limpide : la rentabilité est protégée, la reconnaissance du travail méprisée.

À l’arrière-plan, les mêmes symptômes : effectifs en baisse malgré la charge, précarité, formation rognée, dotations jugées insuffisantes en matériel et médicaments.

Face à cela, les revendications n’ont rien d’extravagant. Ce sont les conditions mêmes qui rendent possible un soin sûr, digne et humain. Juste la demande de soigner dignement et vivre de son travail.

Ce conflit s’inscrit dans un paysage plus large : un hôpital public affaibli et, en miroir, un privé qui gagne du terrain. Quand la santé est traitée comme un marché, patients et personnels finissent par payer la facture de la rentabilité.

Dans ce mouvement, la solidarité entre cliniques n’est pas un slogan : c’est une stratégie. Empêcher la direction d’amortir la grève, c’est empêcher le conflit d’être vidé de sa substance. C’est aussi refuser que chaque site se batte seul, jusqu’à l’épuisement.

L’ARS et les pouvoirs publics ne peuvent rester spectateurs : les impliquer, c’est exiger qu’ils assument une responsabilité politique, car si l’État organise la pénurie côté public, puis regarde les groupes privés restructurer le paysage à marche forcée, il se rend complice d’un système où la santé se négocie au prix fort et où le soignant devient une variable d’ajustement.

Ce conflit n’est pas qu’une négociation salariale : il pose une question de société. Accepte-t-on des lieux de soin pilotés comme des espaces de profit, ou impose-t-on que la santé reste un droit, organisé autour des besoins ?

Reprendre la main sur les lieux de soin, mettre soignants et patients au centre n’est pas une utopie : c’est la condition essentielle pour que le soin reste un soin.

L’édito du webzine. Le pari risqué de Jean-Luc Mélenchon pour 2027

En avril 2022, Jean-Luc Mélenchon avait annoncé qu’il ne serait pas candidat à la présidentielle de 2027 après trois échecs successifs. Pourtant, le 3 mai 2026, il déclare sa candidature malgré des sondages défavorables. Même qualifié au second tour, il plafonnerait à moins de 35 % face à un candidat RN.

En 2022, Mélenchon avait dépassé les pronostics profitant d’un vote contestataire contre Macron et d’un report des voix de gauche pour faire barrage au RN. Il s’imagine incontournable dans une gauche divisée qu’il contribue à fragmenter. Il espère un ralliement anti-RN au second tour, incluant une partie des macronistes.

Mais 2027 n’est plus 2022, le contexte a changé, l’enjeu n’est plus seulement de battre Macron ou de faire barrage au RN, mais de répondre à une anxiété économique et sociale croissante, qui profite au RN.

2027 n’est plus 2022

Le RN est en position de force, il a le soutien des élites économiques. Il est perçu comme un rempart pour la « paix civile ». Le RN bénéficie d’un traitement médiatique favorable et les sempiternelles dérapages de Mélenchon sont amplifiés. Résultat : 54 % des Français veulent empêcher Mélenchon d’accéder au second tour contre 37 % pour Bardella.

Mélenchon refuse toute union de la gauche préférant miser sur un ralliement forcé des autres partis. Si son électorat, notamment urbain, se renforce, c’est au détriment des autres composantes de gauche. L’assise totale de la gauche stagne à 30 % des intentions de vote.

L’ancien trotskiste semble oublier les avertissements de son mentor, Léon Trotski. Dans une lettre aux communistes allemands avant les élections générales de 1933, il mettait en garde contre le refus d’alliance avec les sociaux-démocrates : « C’est vrai, vous progressez… mais le parti national-socialiste (celui de Hitler) progresse plus vite que vous. » On connaît la suite…

Dominique Gerbault