L’édito du Travailleur Catalan par René Granmont. 14 juillet pour la liberté et la paix

Si, cette année, il fallait s’inscrire à l’avance et montrer patte blanche pour assister au traditionnel défilé du 14 juillet, il n’est pas inutile de rappeler qu’il y a 237 ans, le peuple de Paris n’avait pas demandé l’autorisation des puissants pour prendre la Bastille et inaugurer ainsi un bouleversement historique qui changera la face du monde.

De même n’est-il pas vain d’évoquer la gigantesque manifestation populaire organisée à l’occasion du 14 juillet 1936 par les forces du Front populaire. Des centaines de milliers de participants défilaient joyeusement pour « le pain, la paix, la liberté » et pour soutenir l’union réalisée qui avait permis de gagner de considérables avancées sociales.

À l’appel du Parti communiste, de la CGT et de mouvements de gauche, avec une interruption sous Vichy et l’occupation nazie, pour célébrer « les valeurs de la République », cette tradition des défilés populaires le 14 juillet se poursuivra jusqu’en 1953. Le 14 juillet 1953, la police française tirera intentionnellement et sans sommation sur le défilé, causant sept morts, dont six militants nationalistes algériens(*). C’est ce massacre qui servira de prétexte pour interdire ultérieurement les défilés populaires commémorant la prise de la Bastille…

Mais cette année, pour son ultime défilé militaire en tant que chef des armées, Emmanuel Macron a vu grand. Ce fut l’occasion de procéder à une démonstration de force d’une ampleur inédite depuis son arrivée au pouvoir : 6 800 soldats à pied, des blindés, des véhicules de combat, des avions de chasse, des drones, des camions lance-missiles, des hélicoptères… Ne manquaient sur les Champs-Élysées que le porte-avions Charles-de-Gaulle et des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.

À l’occasion, le président s’est surpassé dans la contradiction en appelant à défendre « la paix », « au prix du sang s’il le faut ». Il a ainsi marqué sa volonté d’opter pour l’intimidation de l’adversaire, désigné ou non. Et, partant, d’abandonner toute solution diplomatique… On peut actuellement mesurer, que ce soit en Ukraine ou au Moyen-Orient, combien ce choix exclusif de la force ne règle en rien les problèmes.

Ainsi les dix années de présidence Macron s’achèvent sous le signe d’une inquiétante course à la guerre et à l’armement. Des centaines de milliards dépensés pour détruire et tuer, qui seraient si utiles pour l’école, l’hôpital, le logement ou la lutte contre les incendies et le réchauffement climatique. En un mot pour la vie et la paix.

L’histoire jugera ceux qui ont choisi la force et en ont fait étalage ce 14 juillet. Mais il est frappant de constater, plus d’un siècle après, à quel point les mots cités par Jean Jaurès restent d’actualité : « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ».

(*) Lire Les Balles du 14 Juillet 1953 de Daniel Kupferstein (Éditions du Croquant)

L’édito du Travailleur Catalan par Michel Marc. Hésitations et scrupules

Cet édito aurait dû évoquer la fête de notre journal. En toute logique. Trois pages y sont d’ailleurs consacrées, tant la richesse de ce qui s’y est passé est à mettre à l’honneur. Mais là, coup sur coup, une double actualité aussi affligeante qu’inquiétante s’impose.

La première actualité est celle de la canicule durable et de ses incendies associés dans le département et ailleurs. J’écoutais il y a deux ou trois jours, le cri de colère d’un éleveur de cochons de la plaine, du côté de Néfiach.

Il disait sa colère, son inquiétude, son soutien à ceux déjà touchés par les flammes et qui ont tout perdu. Tentant lui-même de gérer au mieux le phénomène destructeur dans son exploitation, nuits et jours, il accusait et disait à peu près ceci : « c’est des avions qu’il nous faut, en plus grand nombre. Au lieu d’abonder par milliards les financements pour le réarmement de la France, en mettre quelques-uns pour des équipements aéroportés supplémentaires qui, s’ils avaient été disponibles, auraient assurément réduit rapidement l’étalement de l’incendie à sa plus simple expression ». Qu’il entende notre solidarité sans faille.

Nicolas Garcia, dans un texte public « Gueule de bois », écrivait ceci : « Lutter contre les incendies difficiles à contrôler, les sécheresses, les canicules… nécessitera des investissements colossaux pour l’adaptation et dans le même temps il faut investir massivement dans la prévention c’est à dire la lutte contre ces bouleversements climatiques et le réchauffement qui va avec. En résumé acheter des camions de pompiers, des Canadairs, travailler les questions de l’eau et végétaliser, s’occuper des friches et de la forêt » et fustigeait les budgets militaires et le laxisme fiscal en rapport avec les ultrariches. Tout est dit. Saluons, malgré tout, l’immense élan solidaire spontané qu’il s’agira, dans les jours qui viennent, de bien organiser pour qu’il puisse agir en pleine puissance.

La deuxième, qui n’est pas sans importance, concerne le RN. Deux « coupables de détournements d’argent public », Marine Le Pen et Louis Aliot, restent qualifiés dans le jeu politique dit « républicain », et ils font les marioles.

Consternant et triste !

L’édito du webzine. La fraîcheur volée

L’été s’installe comme une menace. On nous dit que c’est le destin, que le climat se dérègle, que c’est la fatalité. Mais la fatalité, c’est une invention de ceux qui ne veulent rien changer.

Depuis cinquante ans, les scientifiques hurlent dans le désert : chaque gramme de CO₂ rejeté est une braise de plus sur le brasier. L’Arctique fond, l’Europe étouffe, et demain sera pire. Pourtant, dans les salons feutrés, on discute encore de croissance, de profits, de forages à relancer. On nous propose des brumisateurs comme on jette des miettes aux pigeons.

Les chiffres, eux, ne mentent pas. Cinq cents mille morts par an dans le monde, cinq mille en France en 2022. Des vies fauchées par la canicule, et toujours les mêmes qui trinquent : les vieux, les pauvres, celles et ceux que le système a déjà écrasés une première fois. Les corps souffrent, les esprits se brisent, les logements deviennent des étuves. Les hôpitaux craquent, les forêts brûlent, les rivières ne sont plus que des cicatrices dans la terre. Les abeilles tombent, les vaches suffoquent, les trains déraillent, les centrales s’arrêtent. Tout se dérègle, tout se fissure. Et dans leurs bureaux climatisés, les bien-pensants nous parlent d’adaptation, comme si l’on pouvait négocier avec la fin du monde.

Pourtant, il y a ceux qui refusent de baisser les bras. À New York, à Londres, à Delhi, à Montréal, une même exigence monte, têtue, nécessaire : le droit à la fraîcheur. Pas comme une aumône, pas comme un privilège, mais comme un dû, au même titre que l’eau, le pain ou la dignité. Car de quoi parle-t-on, au fond ? De notre capacité à vivre sur cette Terre sans y laisser notre peau. Et ce droit, il ne viendra pas tout seul. Il faudra le conquérir.

Le Plan climat Empreinte 2050 du PCF : une nécessité

C’est là que le Plan climat Empreinte 2050 du PCF prend tout son sens. Parce que ce plan, ce n’est pas seulement une liste de mesures, c’est une vision. Une vision où la transition écologique n’est pas une punition, mais une libération. Où l’on ne se contente pas de réduire les émissions chez nous, mais où l’on s’attaque à notre empreinte carbone globale, y compris celle, invisible, de nos importations. Où l’on comprend enfin que le climat et la justice sociale sont les deux faces d’une même pièce.

Imaginez : des villes où l’on respire, où les transports en commun sont gratuits, où les logements sont isolés, où les rues sont des forêts et non des fournaises. Imaginez une économie qui ne tourne plus pour une poignée de milliardaires, mais pour le bien-être de toutes et tous. Où l’on travaille moins, où l’on travaille mieux, où l’on mange sain sans se ruiner. Où les usines ne crachent plus leur venin, où les champs ne sont plus des déserts chimiques, où l’eau n’est pas une marchandise mais un bien commun. Imaginez une France qui, au lieu de donner des leçons au monde, tend la main aux pays du Sud pour construire ensemble une sortie de crise. Ce n’est pas un rêve. C’est Empreinte 2050.

Ce plan, c’est la preuve que l’on peut faire autre chose que subir. Qu’on peut bâtir plutôt que de gérer. Qu’on peut exiger une sécurité sociale écologique, comme on a exigé la Sécu après la guerre. Qu’on peut mettre fin à l’austérité qui étouffe les budgets verts, qu’on peut taxer les superprofits des pollueurs pour financer la transition, qu’on peut arrêter de bétonner les terres agricoles et de détruire les jardins partagés. Qu’on peut, enfin, prendre le pouvoir sur notre destin.

Parce que le droit à la fraîcheur, c’est bien plus qu’un thermomètre qui baisse. C’est le droit de ne plus être les otages d’un système qui nous étouffe. C’est le droit de vivre, tout simplement. Et ce droit, on ne nous le donnera pas. Il faudra le prendre. Avec Empreinte 2050, le PCF nous montre le chemin. À nous de le parcourir.

Dominique Gerbault

L’édito du Travailleur Catalan par Nicole Gaspon. L’exemple de Marc Bloch

Mardi 23 juin, Marc Bloch, historien, résistant est entré au Panthéon ainsi que sa femme Simone Vidal. Si beaucoup de Français connaissent Jean Moulin beaucoup moins, sans doute, connaissent Marc Bloch, prenons donc cette panthéonisation pour une occasion de réparation. Le parcours de cet intellectuel brillant et critique est pourtant admirable. Vétéran de 14-18, historien médiéviste, enseignant, Marc Bloch était juif et résistant. En 1940 il est révoqué de la fonction publique parce que juif, ses livres sont pillés, il perd tout. Ce père de six enfants, antifasciste, s’engage dans la Résistance, il sera torturé et fusillé en juin 1944. Aujourd’hui, tous les historiens soulignent son apport exceptionnel à la science historique, à la connaissance de notre époque.

Il faut aussi souligner la force de son engagement, son humanisme, les valeurs qu’il portai. À l’opposé des idées nauséabondes qui aujourd’hui envahissent l’espace public. À l’opposé du projet d’une extrême droite dopée, se voyant déjà au pouvoir. La famille de Marc Bloch a clairement demandé que l’extrême droite « sous toutes ses formes » soit exclue de la cérémonie. Il est essentiel qu’Emmanuel Macron, qui a décidé de l’entrée de Marc Bloch au Panthéon, fasse respecter cette exigence. Macron, loin d’être clair par rapport à l’extrême droite, d’un côté il propose la panthéonisation de Manouchian, de Bloch, de l’autre il ne cesse de donner des gages au RN pour se maintenir au pouvoir.

La panthéonisation de Marc Bloch ne doit pas être seulement un moment de mémoire, et encore moins de récupération politicienne, mais surtout l’affirmation des valeurs qui fondent la République, valeurs que Marc Bloch a défendues jusqu’au bout.

L’édito du Travailleur Catalan par Évelyne Bordet « Taisez-vous ! »

Non, Monsieur Macron, nous ne nous tairons pas. Nous refusons de faire silence sur vos renoncements et vos responsabilités.

Lyhanna est morte parce que le système judiciaire a failli. Elle est morte parce que, depuis près de dix ans, votre politique démolit méthodiquement les tribunaux, affaiblit les commissariats, épuise les hôpitaux, abandonne l’école et étouffe les services sociaux. Ce drame n’est pas un accident isolé : il est le produit direct de votre aveuglement. Maélys, Estelle, Fiona, Marina, Typhanie, Enzo, Aliya, Dylan, Jason, Elias, Grégory et tant d’autres révèlent une vérité insupportable : la France que vous gouvernez n’a pas su protéger ses enfants.

Nous ne nous tairons pas, parce que vos choix politiques montrent un cynisme assumé. Les chiffres suffisent à vous accuser : 5 € par habitant pour la justice, 751 € par citoyen pour les dépenses militaires.

Ces écarts ne relèvent pas d’un choix budgétaire : ils constituent un acte d’abandon politique. Votre déni saute aux yeux et vous rend illégitime à exiger quoi que ce soit du Peuple français.

Votre ministre de la Justice passe ses journées à éructer, dans les médias, un discours sécuritaire, répressif et accusateur. À force de saturer l’espace public de postures martiales, sa parole ne convainc plus personne.

À cette indécence s’ajoute la violence infligée aux victimes et à leurs familles. Elle ne répare rien, elle aggrave encore le discrédit d’un pouvoir qui hausse le ton quand il a manifestement renoncé à protéger.

Le vide sidéral du discours ministériel, ajouté à votre injonction présidentielle au silence, ouvre un espace politique aux thèses les plus sordides.

Surenchère punitive, castration voire peine de mort : ces dérives prospèrent là où le pouvoir abdique sa responsabilité, mettant ainsi en danger notre démocratie.

Nous continuerons donc à crier pour exiger que l’État protège ses enfants. Ce pays tient malgré vous, contre vous !