Jean-Baptiste Guégan. « C’est clairement la Coupe du monde de Donald Trump » (La Marseillaise)

Auteur de « La géopolitique du sport, une autre explication du monde » et « La France n’est pas un pays de sport ? », le géopolitologue du sport et journaliste Jean-Baptiste Guégan décrypte les enjeux de la Coupe du monde de football qui a débuté jeudi 11 juin et qui va se dérouler dans trois pays : Mexique, Canada et États-Unis.

La Marseillaise : Est-ce le Mondial de Donald Trump ?

Jean-Baptiste Guégan : C’est clairement la Coupe du monde de Donald Trump pour plusieurs raisons. D’abord parce que sans lui, les États-Unis, le Mexique et le Canada ne l’obtiennent pas. En 2018, face au Maroc, la candidature américaine bénéficie de la pression du président qui avait été mis à l’écart jusque-là. Il publie un tweet où il dit, vous êtes avec moi ou vous êtes contre moi. Quand Joe Biden était président, personne ne parlait de la Coupe du monde de Biden. Aujourd’hui, c’est donc une Coupe du monde qui met en scène Trump version deuxième mandat. Ça avait commencé avec la Coupe du monde des clubs l’été dernier (photo), où on l’a vu faire son sketch autour du podium. Il a voulu aller avec les joueurs de Chelsea pour soulever le trophée puis il a demandé s’il pouvait garder le trophée. Certains disent même qu’il l’a gardé et que Chelsea est reparti avec une copie. Il voudra être omniprésent sur tous les sujets, mais c’est sa stratégie politique habituelle. Ce sera d’autant plus la Coupe du monde de Trump que, comme tous les événements sportifs d’ampleur nationale et internationale, il va s’en servir comme caisse de résonance pour sa vision du monde et comme moyen de polariser son électorat, en vue des Midterms de novembre. En gros, pour lui, c’est une sorte de gigantesque moyen de montrer qu’il applique sa politique. C’est pour ça qu’il a durci le ton sur la politique migratoire.

La Marseillaise : Le meilleur arbitre africain ne peut pas se rendre aux États-Unis, des membres du staff non plus et certains joueurs ont eu des problèmes de visa. Ce sont ces exemples qui lui permettent de prouver la réussite de sa politique migratoire ?

Jean-Baptiste Guégan : Pour nous, ça donne l’impression d’une désorganisation, d’une radicalité de l’administration. Pour Trump, c’est au contraire la confirmation de sa politique. Tout son deuxième mandat s’est construit sur le fait de reprendre le contrôle des frontières. Et aujourd’hui, il s’attaque aux officiels, aux spectateurs et aux équipes. Il y a aussi le cas de l’attaquant qui a marqué le but décisif pour l’Irak, qui se retrouve bloqué pendant sept heures par la douane américaine. Il y a un véritable zèle, il y a des consignes qui ont été données de durcissement, et au moindre doute, on suspend et on interdit l’accès au territoire. En plus, il faut ajouter l’instrumentalisation autour de la sélection iranienne pour montrer qu’on a une position inflexible et qu’on sait que l’Iranien est fondamentalement méchant, Ajoutez à cela le discours vis-à-vis des Africains, avec les shithole countries [pays merdique, Ndlr], les travel ban [interdiction de voyager], et la suspension de toutes les formes de naturalisation et obtention de visa et on obtient le discours typique qui sert l’arrière-plan de la Coupe du monde, pour faire entendre sa politique. De toute façon, à chaque occasion qui lui permettra de valider ou de faire valider ses idées, sa vision du monde et sa radicalité durant ce Mondial, il s’en servira.

La Marseillaise : Pourquoi la Fifa ne réagit-elle pas ?

Jean-Baptiste Guégan : En général, la Fifa fait l’intermédiaire et essaie de détendre les choses, parce qu’elle a un lien direct avec les deux partis, mais là, ça ne marche pas. Gianni Infantino [le patron de la Fifa, Ndlr] est très lénifiant et quasi absent sur cette question. Il sait que s’il braque Trump, ce sera encore pire. Il est dans une posture où il n’y a que la flatterie qui fonctionne. Pourquoi est-il systématiquement aligné avec Trump ? Pour des questions de business, d’ego, et de rêve américain. Mais il est censé montrer un peu d’indépendance et qu’on ne fait pas n’importe quoi avec le football.

La Marseillaise : Quelle sera la situation des Iraniens ?

Jean-Baptiste Guégan : Les Iraniens ne sont pas au même niveau de traitement, puisqu’ils n’auront pas le droit de reconnaître le terrain la veille des matchs. Ils vont arriver le jour même et ils vont repartir juste après le match. Ce sera aussi la première fois qu’un régime est incapable d’assurer la sécurité d’une sélection. La question c’est : que se passera-t-il s’ils sont qualifiés en huitièmes de finale et qu’ils affrontent les États-Unis ? C’est donc pour toutes ces raisons que c’est la Coupe du monde la plus géopolitique et politique qu’on ait connue dans l’histoire. C’est la plus politique au sens détestable du terme puisqu’elle est très matérialiste. Personne ne parle de jeu mais tout le monde parle d’enjeux.

La Marseillaise : Ce Mondial peut-il rapprocher le Canada et le Mexique des États-Unis ?

Jean-Baptiste Guégan : Il y a un an, Trump proposait au Canada de devenir le 51e État américain et il proposait de bombarder le Mexique. Depuis quelques mois, les tensions se sont tout de même calmées parce que le Mexique a collaboré pour l’arrestation de trafiquants de drogue et Trump ne parle plus d’annexer le Canada ou le Groenland. Mais la défiance des Canadiens envers les États-Unis est toujours présente et il n’y a jamais eu autant de départs de Mexicains des États-Unis. Les personnes en situation opérationnelle vont arriver à travailler ensemble mais ce n’est pas cette Coupe du monde qui permettra de les rapprocher, bien au contraire.

La Marseillaise : Cette Coupe du monde sera-t-elle rentable ?

Jean-Baptiste Guégan : Beaucoup d’enquêtes sortent pour montrer que le Canada va être perdant. Pour le Mexique aussi ce ne sera pas une bonne opération. Aux États-Unis, le coût des transports, des infrastructures et des billets a explosé. Le logement est extrêmement cher parce qu’on est sur un marché dérégulé. Il y a une baisse des réservations partout de 20% sur l’ensemble des villes concernées. Financièrement, ça va être un fiasco. Ça va coûter très cher aux fédérations, c’est d’ailleurs pour cela que la Fifa a augmenté ses dotations. Le coût pour les supporters et pour les familles des joueurs est énorme. Après, pour la Fifa, ce sera une très belle opération avec au moins 11 milliards d’euros de retombées potentielles et probablement plus. Ce sera aussi intéressant pour des entreprises qui vont tester des technologies et vont vouloir se mettre en scène.

La Marseillaise : Cette situation politique joue-t-elle sur l’engouement autour de la compétition ?

Jean-Baptiste Guégan : Étonnamment, je trouve que le volume de critiques et d’appels au boycott ou de réactions politisées est quand même très limité. Il y en a beaucoup moins que contre le Qatar il y a quatre ans parce que personne n’a payé des agences de relations publiques pour démonter les États-Unis parce qu’on n’affronte pas l’administration Trump en frontale. Personne ne traite de la question environnementale comme c’était le cas avec le Qatar. Pourtant, la compétition se déroule dans trois pays, sur six fuseaux horaires, avec des distances entre les stades colossales. Le coût environnemental va être énorme. Aucune compensation n’est prévue. Il y a aussi la question des transports et toutes les difficultés logistiques autour. Donc c’est vrai qu’il n’y a pas l’enthousiasme habituel. La politique américaine dicte littéralement le tempo et l’enthousiasme de cette Coupe du monde. La figure de Trump écrase l’engouement. J’espère que ça va changer quand la compétition va débuter. L’enthousiasme viendra surtout des diasporas et des touristes qui auront réussi à venir. Au Mexique, la situation devrait tout de même être différente.

Entretien réalisé par Tristan Arnaud (La Marseillaise, le 12 juin 2026)

Les syndicats accusent la Poste de « répression antisyndicale » (L’Indep)

Depuis le mois de février 2026, 5 syndicalistes (3 Sud Poste et 2 CGT) sont attaqués par la direction de La Poste suite à une action de soutien au délégué syndical Sud Poste 66, licencié le 20 février dernier devant le centre courrier de Thuir. Le motif ? « La Poste leur reproche d’avoir effectué un Haka, un spectacle sur la voie publique parodiant soi-disant des membres de la direction, d’avoir accroché un drapeau palestinien, et diffuser leurs opinions politiques… », explique Alexandre Pignon, secrétaire général de la CGT activités postales des Pyrénées-Orientales.

Mais depuis quelques semaines ce sont désormais 6 militants qui sont visés par des procédures disciplinaires pouvant aller jusqu’au licenciement ou révocation. Ainsi, les 13 syndicats départementaux CGT FAPT d’Occitanie ont saisi les procureurs de la République de Perpignan et Toulouse, mettant en copie les préfets respectifs.

Autre fait : au début du mois de mai, l’un des postiers qui fait l’objet de procédures disciplinaires, avait tente de s’immoler dans les locaux de La Poste situés à Torremila. L’information avait été révélée le 19 mai 2026 lors d’un tractage devant plusieurs bureaux de vote du département par le comité de défense citoyen en soutien aux syndicalistes. « Depuis fin 2023, 5 suicides ou tentatives ont été recensés en Occitanie, et deux dans les Pyrénées-Orientales », évoque Alexandre Pignon.

« Face à la répression syndicale », une action sera organisée aujourd’hui devant le centre de courrier de Perpignan dès 9h par le comité de soutien des postiers avec l’objectif de rencontrer la direction de La Poste pour lui remettre les 1 500 signatures récoltées sur la pétition. Le samedi 20 juin, un rassemblement national contre les répressions antisyndicales interprofessionnelles sera organisé à Paris, une délégation départementale se retrouvera devant la préfecture des Pyrénées-Orientales. Enfin, le 30 juin marquera le jour du passage en conseil de discipline d’Alexandre Pignon. Un appel à la grève départementale de tous les postiers est lance avec un rassemblement devant le centre de Perpignan à Torremila.

Laura Morales (L’Indépendant, le 12 juin 2026)

Contactée, la direction de La Poste n’a pas souhaité apporter de commentaires.

Lettre d’information du groupe CRCE.K au Sénat (n° du 11 juin 2026)

Lyhanna : briser la loi du silence demande des moyens
Question d’actualité au Gouvernement
Je veux d’abord apporter notre soutien à la famille de Lyhanna face à ce meurtre abject. Je veux saluer la hauteur des propos tenus par les élus locaux du Gers dont beaucoup devraient s’inspirer.
L’horreur, la compassion ne peuvent nous faire taire la réalité.
Votre garde des Sceaux a (…)
—> Lire l’intervention de Cécile Cukierman

Pour la création d’une délégation sénatoriale aux droits de l’enfant
Courrier officiel au Président du Sénat
Depuis de nombreuses années, le groupe que j’ai l’honneur de présider aujourd’hui mène un combat permanent pour le respect des droits des enfants.
—> Lire l’intervention

« Ceux qui soutenaient il y a trois ans une réforme des retraites pour économiser 7 milliards d’euros voudraient aujourd’hui augmenter les dépenses militaires de 14 milliards ! »
Loi de programmation militaire 2024 à 2030
Nous avons vécu un moment parlementaire singulier. Alors que le groupe CRCE-K était bien seul à dénoncer une fuite en avant et une programmation insincère, voilà que la majorité sénatoriale a joint ses voix aux nôtres pour supprimer l’article 2 !
Mais pour des raisons opposées : nous (…)
—> Lire l’intervention de Michelle Gréaume

« Soutenir sans mythifier, pérenniser sans sous-financer, intégrer sans dénaturer »
Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD)
Nous sommes favorables, comme beaucoup ici, à la pérennisation des TZCLD, qui ont montré leur utilité.
Pour celles et ceux qui sont durablement privés d’emploi, qui ont connu des parcours heurtés, ou présentent un handicap, cet outil de réparation ciblé, territorialisé, peut être décisif. (…)
—> Lire l’intervention de Céline Brulin

Il faut maintenant un budget rectificatif !
Courrier au ministre des finances pour demander un projet de loi de finances rectificative
À la suite du drame de Lyhanna, dont les circonstances soulèvent de graves interrogations quant à notre capacité collective à protéger les enfants victimes de violences, nous souhaiterions que notre commission puisse procéder à l’audition du ministre de l’Éducation nationale.
—> Lire l’intervention

Et si on régulait aussi l’installation des médecins ?
Lutte contre les déserts médicaux
Il s’agit d’une proposition de loi issue d’un travail transpartisan de plusieurs années de nos collègues de l’Assemblée nationale, afin de permettre d’avancer sur le sujet de la régulation de l’installation des médecins, apportant une pierre à l’édifice beaucoup plus large que nous devons (…)
—> Lire l’intervention de Silvana Silvani

Faire payer la spéculation pour sauver le bâti rural
Proposition de loi visant à remobiliser le bâti rural
On a coutume de parler de « déprise », comme d’une marée qui se retire : un phénomène naturel, contre lequel nul ne pourrait rien. Je veux d’emblée récuser ce mot. Nos bourgs ne se sont pas vidés tout seuls.
Cette situation est le fruit de décennies de choix qui ont concentré les moyens du (…)
—> Lire l’intervention de Marie-Claude Varaillas

« Devoir payer pour sauver un proche est scandaleux ! »
Garantir la neutralité financière du don d’organes par les vivants
En France, le don d’organes et de tissus est acte de générosité et de solidarité. Il permet à plus de 70 000 patients de rester en vie.
En 2025, 6 148 greffes ont été réalisées pour 23 000 patients en attente. La liste d’attente représente quatre fois le nombre de greffes réalisées, et cet (…)
—> Lire l’intervention de Céline Brulin

« Le travail créatif est un travail qui doit être rémunéré »
Proposition de loi relative au contrat d’édition
Cette proposition de loi traite de la reconnaissance et de la juste rémunération du travail de création.
Nombre d’auteurs peinent à vivre de leur travail. La précarité progresse, surtout chez les primo-auteurs et les traducteurs. La concentration du secteur se renforce autour de quelques (…)
—> Lire l’intervention de Pierre Barros

Une belle avancée pour les moniteurs stagiaires
Moniteurs de ski stagiaires
Un dispositif de solidarité intergénérationnelle qui fonctionne, une mutualisation du travail vertueuse, voilà de quoi nous inspirer !
Revenons sur ce système intelligent. Les moniteurs de ski sont plus de 17 000 dans notre pays. Pendant la haute saison, on a besoin de tout le monde ; pendant (…)
—> Lire l’intervention de Cécile Cukierman

Les autres interventions

Affaires sociales : Les maladies cardiovasculaires frappent d’abord les plus modestes Santé et protection sociale – Accélérer la prévention cardio-neuro-vasculaire – par Silvana Silvani – 11 juin 2026

Les questions écrites :

Il faut sauver « 60 millions de consommateurs ». Économie – Situation de l’Institut national de la consommation et du journal 60 Millions de consommateurs – par Michelle Gréaume – 11 juin 2026

Finances : N’engageons pas le patrimoine de l’État dans une logique commerciale. Budget et fiscalité – gestion du patrimoine immobilier de l’État – par Pierre Barros – 11 juin 2026

Les courriers officiels :

Lyhanna : demande d’audition du ministre de l’Éducation nationale par le groupe CRCE-K. Éducation et recherche – Courrier au président de la commission de l’éducation – 10 juin 2026

Les questions écrites :

Transports : Il est nécessaire de maintenir et de développer des solutions innovantes adaptées aux lignes de desserte fine du territoire Transport – Projet de navette rail-route Flexy – par Marianne Margaté – 5 juin 2026

Comité de défense de La Poste des Pyrénées-Orientales

La direction de La Poste des Pyrénées-Orientales a décidé de sanctionner 5 syndicalistes pour avoir, en dehors des locaux postaux, organisé un carnaval parodique et burlesque mettant en scène les relations entre la direction et les employés et pour dénoncer le licenciement d’un collègue, qui malgré les avis défavorables de l’inspection du travail, a été validé par le Ministère du travail.

La direction départementale de La Poste parle d’une atteinte à son image et à celle de certains personnels (cadres). La loi française protège la liberté d’expression, y compris les formes de parodie et de satire visant à imiter et à tourner en dérision des œuvres artistiques ou à critiquer la société. C’est un droit fondamental issu de l’article 11 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

C’est une atteinte de plus de cette même direction pour criminaliser les activités syndicales et les syndicalistes (déjà de nombreux antécédents) en infraction avec le code du travail (article L1132-1)

À l’heure où le service public de La Poste est de plus en plus menacé, où les bureaux de poste sont fermés dans un grand nombre de communes, ne permettant plus l’accès aux citoyens-es que nous sommes, de bénéficier de ce service, et où le courrier subit régulièrement des retards (car de réorganisations en désorganisations, des tournées sont supprimées surchargeant les tournées restantes), cela pour favoriser les entreprises privées de distribution, nous, citoyens-es, militant-e-s, nous élevons contre cet abus de pouvoir de la direction de La Poste contre le droit de critique de tout citoyen, y compris contre le mode de management du personnel et demandons l’abandon immédiat de ces nouvelles procédures disciplinaires.

Nous décidons de nous constituer en comité de soutien des militants poursuivis en vue de sanctions, et appelons tous les citoyens-es et toutes les organisations démocratiques et citoyens-es à rejoindre ce comité.

Manuel Minervini. « Pour gagner Molfetta, nous avons conjugué radicalité et enracinement » (La Marseillaise)

Manuel Minervini (Rifondazione comunista) vient d’être élu avec 67,5% des suffrages, maire de Molfetta, un port industriel de la côte adriatique qui compte 60 000 habitants. Une première pour un communiste italien depuis l’auto-dissolution du PCI.

La Marseillaise : Quelle est votre première réaction à votre élection comme maire de Molfetta ?

Manuel Minervini : C’est bien sûr une réaction de joie, de grande satisfaction. C’est le fruit du travail collectif réalisé par ma coalition progressiste durant des semaines. Nous avons investi les places de la ville pour écouter les attentes des citoyens et dire la nécessité de porter aux responsabilités des élus déterminés à agir pour une ville plus juste, plus inclusive, plus verte, une ville attentive à l’importance d’une croissance soutenable, capable de donner un cap politique constructif au monde du travail.

La Marseillaise : C’est une première depuis des décennies pour un membre de Rifondazione comunista. Quelle est selon vous la clé de votre succès ?

Manuel Minervini : Le secret de cette victoire réside très certainement dans la capacité de notre parti à être bien implanté sur le territoire avec un siège physique, des militants très actifs et d’avoir réussi, par un travail de longue durée, à mettre en responsabilité une nouvelle génération à laquelle j’appartiens. Je ne suis pas un cas isolé, je suis entouré de nombreuses jeunes femmes et hommes fortement engagés et qui ont étudié le terrain pour être efficaces. En résumé, nous avons conjugué radicalité et enracinement car les deux ne peuvent pas être séparés. Si on fait un travail de pur marketing, aucune victoire ne peut être envisagée. Il est nécessaire, y compris quand le vent souffle dans la direction opposée, de tenir bon dans la durée. C’est ce qui aide à être prêts et organisés dans les moments plus favorables.

La Marseillaise : Dans un pays dont le gouvernement est héritier du fascisme, quel rôle peuvent jouer des municipalités progressistes ?

Manuel Minervini : Les communes peuvent faire beaucoup. Elles peuvent mettre en œuvre des politiques publiques pour une ville plus accessible qui n’oublie pas les personnes les plus fragiles, le droit au logement, le droit à une vie digne. Elles peuvent réunir les conditions nécessaires à la revitalisation d’un tissu productif créateur d’emplois mais aussi soutenir l’amélioration des conditions de travail et les aspirations à avoir un salaire décent, à avoir accès à des lieux publics qui soient des espaces de respiration. Je pense notamment aux parcs publics et aux plages qui ont été très privatisées dans notre ville. Les communes peuvent aussi mettre en œuvre des politiques d’égalité des droits pour les personnes handicapées. Les communes sont capables de nouer des coopérations entre elles et travailler en lien avec les Régions. Elles peuvent faire beaucoup à condition de partir des besoins des citoyens. Pour que cela ne reste pas une simple déclaration d’intention, il faut créer des cadres de participation citoyenne. Par exemple, dans la campagne, nous avons proposé une grande consultation des comités de quartiers pour que chacun puisse s’exprimer mais surtout s’impliquer dans la chose publique.

La Marseillaise : Quelles seront vos premières mesures ?

Manuel Minervini : Nous avons porté une mesure essentielle durant ces dernières semaines : nous allons bloquer un projet de construction délirant sur le port de Molfetta qui boucherait l’horizon et serait en contradiction avec la vocation de notre port. Nous allons aussi rapidement mettre en sécurité les plages de notre ville qui ont subi une privatisation du littoral de très grande ampleur tandis que les espaces publics accessibles à tous ont été abandonnés sans aménagement ni police. Nous avons également en tête l’idée d’organiser un événement culturel pour l’été qui soit décentralisé dans les quartiers périphériques de Molfetta et qui implique les acteurs culturels locaux. Nous héritons d’une politique culturelle avec des événements peu nombreux mais de grande taille qui sont confiés à des opérateurs extérieurs à la ville alors qu’elle recèle une grande diversité et une grande vitalité culturelles qui doivent pouvoir s’exprimer. Ce sera aussi pour nous une manière de « faire ville ensemble ».

Propos recueillis et traduits par Léo Purguette (La Marseillaise, le 11 juin 2026)

Mondial de Foot. Pascal Boniface : « Trump espère être au centre du monde le temps de la compétition » (La Marseillaise)

Pascal Boniface, directeur et fondateur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), critique la passivité de la FIFA vis-à-vis de Donald Trump et de sa politique raciste.

La Marseillaise : Dans quel contexte s’ouvre cette Coupe du monde ?

Pascal Boniface : Le Canada regrette d’avoir candidaté parce qu’ils ont 13 matchs et aucun d’importance. La FIFA leur a imposé des conditions vraiment draconiennes dont l’interdiction d’organiser des spectacles pendant l’arrivée des matchs. Le Mexique a le match d’ouverture mais il n’a aussi que 13 matchs donc c’est avant tout une compétition aux États-Unis. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que lorsque le dossier de candidature a été déposé, Trump était déjà au pouvoir et il y avait déjà des relations très compliquées entre les pays. Depuis c’est pire, puisqu’il a carrément menacé d’annexer le Canada. Il faut aussi se rappeler qu’en 2019, lors de l’attribution de la compétition, Trump avait menacé de sanctions ceux qui ne votaient pas sa candidature. C’est la première fois dans l’histoire de la Coupe du Monde qu’un chef d’État menaçait les autres s’ils ne votaient pas pour lui. Et la FIFA n’avait pas réagi.

La Marseillaise : Trump n’est pas fan de football. Pourquoi a-t-il tant tenu à accueillir cette compétition ?

Pascal Boniface : Trump n’aime pas le football, ce n’est pas un fan, mais il aime bien les caméras. Il sait que le football, et la Coupe du Monde particulièrement, attirent les caméras donc il espère pouvoir être au centre du monde le temps de la compétition. Il risque de l’être pour des raisons négatives qui sont contraires à l’esprit du sport.

La Marseillaise : La politique de son administration sur la délivrance des visas illustre son racisme ?

Pascal Boniface : Il a voulu envoyer un message à son électorat, en disant que même s’il avait perdu la main en Iran et que les choses n’allaient pas aussi bien qu’il le disait et le voulait, il restait ferme sur la question des migrants. Et donc, il refoule un arbitre somalien, il refuse des supporters d’autres équipes, il accueille dans des conditions tout à fait épouvantables l’équipe du Sénégal qui a subi une fouille très intrusive sur le tarmac, qui n’aurait certainement pas été réservée à une équipe européenne.

La Marseillaise : Et la FIFA reste passive ?

Pascal Boniface : Son attitude est proprement scandaleuse. C’est un arbitre référent qui a été désigné par la FIFA comme le meilleur arbitre africain pour l’année passée. Le refus de Trump de le laisser rentrer est à la fois une insulte à la FIFA et à tout le continent africain. C’est la première fois dans l’histoire de la Coupe du Monde que le pays organisateur refuse l’arrivée d’un arbitre envoyé par la FIFA. C’est quelque chose qui est tout à fait hors normes que la FIFA n’aurait jamais dû accepter sans protester. Elle n’a même pas fait semblant d’être ulcérée par cette mesure qui est proprement raciste. On ne reproche rien de précis à cet homme sauf d’être somalien donc c’est bien en fonction de ce qu’il est et non pas de ce qu’il a fait qu’on lui refuse un visa. Trump avait tenu des propos extrêmement négatifs et vexatoires à propos de la Somalie en disant que c’est un pays horrible, particulièrement arriéré, dans lequel il n’y avait rien d’autre que des gens qui se battaient.

La Marseillaise : Certaines places affichent des prix exorbitants, ce qui contraste avec un sport censé être populaire ?

Pascal Boniface : C’est devenu la tradition qu’il y ait des places extrêmement cher payées par des gens qui ont les moyens ou par des sponsors. Mais il y a également une tradition qu’il y ait des places à des prix abordables, ce qui n’est pas du tout le cas là. À cela s’ajoute le prix des hôtels qui a augmenté ainsi que celui des transports urbains : il faut compter 100 dollars [au lieu de 12,90$, Ndlr.] pour aller de New York aux matchs à New Jersey. C’est l’offre et la demande, selon les règles du libéralisme américain. Ce capitalisme sauvage a pour conséquence des chambres d’hôtels vides et des stades où tous les sièges ne sont pas remplis, ce qui n’est pas étonnant.

La Marseillaise : Des stades autour desquels l’ICE menace ?

Pascal Boniface : Il y a d’une part des supporters de certaines équipes venant de pays considérés comme inamicaux ou suspects de la part de Trump qui n’ont pas eu leur visa. Et puis il y a effectivement notamment les Latino-Américains passionnés de football qui risquent de ne pas venir au stade de peur de subir des rafles de l’ICE comme ça s’est fait dans les compétitions nationales américaines.

La Marseillaise : C’est déjà arrivé que l’un des pays organisateurs d’une Coupe du monde soit partie prenante d’une guerre ?

Pascal Boniface : Jamais, parce que généralement quand il y a des guerres on arrête les compétitions. Le fait que le pays organisateur soit en guerre avec un pays qualifié, c’est là aussi une très grande première.

La Marseillaise : Trump espérait trouver un accord avant la cérémonie d’ouverture ?

Pascal Boniface : Il l’aurait certainement souhaité, mais il n’a pas la maîtrise des événements et il est dépassé par ces derniers. Il aimerait effectivement montrer qu’il a bien mérité le prix de la paix de la FIFA, en mettant fin à une guerre qui a lui-même déclenché par ailleurs.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 11 juin 2026)

L’édito du Travailleur Catalan par Michel Marc. « l’information », avec un grand i

Les quatre grandes chaînes TV d’information continue, dont l’une d’entre elles est publique, se ressemblent de plus en plus. On y privilégie un ou deux sujets majeurs, qui remplissent le temps d’antenne 24h sur 24, plusieurs jours. On y répète mille fois les mêmes analyses, jamais contredites et très peu nuancées, et, contre toute attente, on y utilise l’unique logiciel socio-économique pour traiter les sujets. Pour aller vite, les fameux 211 milliards n’existent pas, les 50 milliards d’exonération de cotisations sociales ne font pas partie de l’hypothèse économique admise, les profits mêmes des actionnaires, en dizaines de milliards, pourtant connus de tous, n’apparaissent plus dans les équations économiques que posent les « journalistes » sur les plateaux. Les « toutologues » professionnels et autres « ultracrépidariens » commentent, se bousculent et encaissent en même temps un petit billet pour leurs médiocres prestations. Comment faire autrement ? La question est posée.

Depuis plusieurs jours, il y a Bruel en continu, le décès de la petite Lyhanna. Il est bien entendu que ces sujets doivent être traités. Les questions posées méritent informations, débats et réflexions. Ces questions sociétales sont très importantes. On est bien d’accord. Mais…

Est-ce l’effet du hasard ? Plusieurs constats m’ont interpellé, cette semaine. D’abord, le congrès de la CGT s’est tenu, avec ses délégués élus de tous les syndicats. Il a fait un bilan et le syndicat s’est projeté sur l’avenir. Ce sujet m’apparaît important. Rien ou quasiment rien sur ces chaînes info. Ensuite, un édito sur France Info, à propos de Cuba. Pas un mot sur le blocus qui prive l’île d’énergie et qui tue. C’est un comble. On a pu y entendre des critiques d’un autre temps à propos de la politique cubaine elle-même. Cela signifiait : « Monsieur Trump, vous pouvez y aller. Vous ferez œuvre utile ! ». Écœurant. Enfin, les nouveaux chômeurs de plus de 55 ans vont perdre entre 3 et 6 mois d’indemnités chômage, après un vote de la droite et de son extrême à l’Assemblée nationale. Vous n’en saurez rien. Le problème devient majeur.

À lire dans Le Travailleur Catalan (n° 4120 – vendredi 12 juin 2026)

L’édito de Michel Marc. « L’information » avec un grand I
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Fête du TC – Débats

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