L’actu de la CGT (n° du 23 janvier 2026)

Grand meeting pour les libertés syndicales le 4 février à Montreuil
Alors que la répression syndicale atteint un niveau inédit, la CGT lance sa campagne pour les libertés syndicales avec un grand meeting à son siège de Montreuil.
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Victoire : les députés n’ont pas pu s’attaquer au 1er mai !
Hier l’Assemblée nationale n’a pas pu adopter la proposition de loi s’attaquant au 1er mai, c’est une première victoire arrachée grâce à la mobilisation syndicale.
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Actualités

« Nous voulons un autre budget »
Sophie Binet était l’invitée de France info TV, l’occasion de revenir sur le projet de loi de finances, le travail le 1er mai, les PSE en hausse et la menace de l’IA sur l’emploi.
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Prime d’activité : ce sont les salaires qu’il faut augmenter
L’augmentation de la prime d’activité que propose le gouvernement ne répond pas au problème de fond : ce n’est pas à l’État de compenser l’insuffisance des salaires versés par les entreprises.
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Communiqués de presse

Pour une stratégie industrielle efficace, communiqué de presse intersyndical
Les organisations syndicales, CFDT, CGT, FO, CFE-CGC et CFTC, membres du collège des salariés de l’industrie au sein du CNI, partagent le constat d’une situation critique pour l’industrie européenne, et plus encore pour l’industrie française.
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Procès Sépur – Procès des vendanges de la honte
Le 19 janvier 2026, devait se tenir au tribunal judiciaire de Versailles, un procès pour complicité d’emploi de personnes sans autorisation de travail visant l’entreprise SEPUR (récupération de déchets triés).
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PLF 2026 : le recours au 49.3, une impasse pour le pays et le monde du travail
En plein débat sur le projet de loi de finances 2026, le Premier ministre a annoncé hier le recours à l’article 49.3, affirmant que le pays irait « dans une impasse » autrement. Pour la CGT, la véritable impasse est celle dans laquelle le gouvernement enferme le pays, en persistant à imposer un budget austéritaire qui ne répond ni aux besoins de la population, ni au financement des services publics, déjà fragilisés.
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Camps de la Retirada. Les dessins de Bartoli à La Jonquera (L’Indep)

Artiste prolifique, républicain espagnol engage, le Catalan Josep Bartoli, a témoigné de la guerre, de l’exil et des camps d’internement français dans une série de dessins aujourd’hui exposés en Catalogne, à La Jonquera.

Après avoir été exposées au Mémorial de Rivesaltes de 2021 à 2022, les œuvres de Josep Bartoli traversent cette année la frontière pour témoigner de l’exil à La Jonquera, au MUME, le Musée mémorial de l’exil de la petite commune catalane. Cette nouvelle exposition, baptisée « Dessiner, c’est combattre », s’annonce itinérante.

« Des armes fragiles mais redoutables »

Josep Bartoli (1910-1995) a dû quitter son pays en février 1939 devant l’avancée des troupes franquistes. Comme un demi-million de ses compatriotes, il fut interné dans les camps de la Retirada, au Barcarés, dans les Pyrénées-Orientales, et à Bram, dans l’Aude.

De ses séjours forcés, il a témoigné avec son talent de dessinateur, en croquant le quotidien particulièrement difficile des premiers réfugiés espagnols en France. Des dessins qui prennent à témoin ceux qui les regardent, et qui traversent les générations grâce au travail de son neveu, le photo-reporter Georges Bartoli.

Infatigable promoteur du travail de son oncle, il soulignait ce 17 janvier 2026, lors du vernissage de l’expo à La Jonquera : « Ce n’est pas la première fois que Josep revient en Catalogne mais il revient de plus en plus souvent ». Témoin lui aussi, derrière son objectif, des blessures de son temps, Georges Bartoli a tenu à faire le rapprochement entre deux époques : « Chaque scène dessinée ici peut se retrouver aujourd’hui, à Gaza, en Ukraine, en Iran ou parmi le sort des réfugiés que l’on rejette ».

La trentaine de dessins, présentés dans une scénographie de qualité au cœur du MUME, sont en effet autant de cris contre l’injustice faite aux plus faibles d’une époque. Celles et ceux de la Retirada ont vécu la brutalité de l’internement, après celle de la dictature qui s’installait de l’autre côté des Pyrénées.

Ces dessins, « des armes fragiles mais redoutables », souligne la directrice du Mémorial de Rivesaltes, Céline Sala-Pons, représentée à La Jonquera par Greg Tuban, responsable scientifique du Mémorial.

En plus des dessins, de nombreux documents éclairent sur Josep Bartoli et sa folle vie, de Barcelone à New-York ou Mexico.

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 23 janvier 2026)

Nyer. Le maire André Argilès annonce sa candidature lors des vœux (L’Indep)

La cérémonie des vœux de la municipalité s’est déroulée en présence de nombreux habitants, élus et représentants institutionnels. Le maire André Argilès a dressé le bilan d’un mandat qu’il a qualifié « de particulièrement exigeant, marqué par la crise sanitaire, les difficultés du monde agricole et une forte instabilité politique et budgétaire ».

Malgré ce contexte, la commune a poursuivi ses projets et investissements, notamment dans le logement communal, la gestion de l’eau et l’amélioration du cadre de vie. Parmi les réalisations marquantes figure l’installation d’une tyrolienne à l’aire de jeux, née d’une initiative citoyenne portée par de jeunes habitantes du village.

Le maire a rappelé l’importance de la vie associative, du bénévolat et du travail des agents communaux, piliers de la vitalité locale. Il a également souligné les enjeux liés à l’eau et à la préservation du patrimoine communal. En conclusion, il a annoncé sa candidature aux prochaines élections municipales, tout en exprimant sa volonté de préparer l’avenir et la transmission, avant de souhaiter à l’ensemble des habitants une belle année 2026.

L’Indépendant, le 23 janvier 2026

Vallée de l’Agly. Les recours contre la double lignes à haute tension rejetés (L’Indep)

En juin 2023, une association écologiste et plusieurs vignerons avaient attaqué les arrêtés préfectoraux validant le chantier de double ligne haute tension (2 X 90 000 volts), qui était en train de débuter entre Baixas et Saint-Paul-de-Fenouillet. Ce mardi, la cour d’appel administrative a rejeté leurs recours.

La décision intervient alors que cela fait environ un an que le chantier de double ligne haute tension est terminé. En juin 2023, lorsque les plaignants (des écologistes et des vignerons notamment inquiets de l’impact paysager) ont entamé leurs procédures, ils avaient en premier lieu demandé la suspension du chantier. Mais le tribunal administratif avait rejeté leur demande au mois de juillet suivant. Les travaux avaient donc pu se poursuivre. Ils se sont achevés début 2025.

Cependant, les procédures engagées en parallèle sur le fond de l’affaire se poursuivaient devant la justice. C’est dans ce cadre que la cour administrative d’appel de Toulouse vient de rendre, ce mardi 20 janvier 2026, une décision qui « confirme l’utilité publique du renforcement de la ligne électrique aéro-souterraine sur les communes de Baixas, Calce, Estagel, Tautavel, Maury et Saint-Paul-de-Fenouillet.

Dans le communiqué annonçant sa décision, la juridiction insiste notamment sur le fait que la nouvelle infrastructure « a pour objet de renforcer la ligne existante (…) en raison de l’excédent annuel d’une cinquantaine de mégawatts de la production électrique […) par rapport à la consommation de la zone, du fait d’un fort développement des énergies renouvelables ».

La cour souligne aussi que « ces travaux doivent permettre l’acheminement de la production excédentaire vers les zones de consommation de Carcassonne et de Perpignan ».

Les magistrats ont également estimé que le projet ne portait pas atteinte « aux objectifs et enjeux définis par la charte du parc naturel régional Corbières-Fenouilledes » et que « son impact sur l’activité viticole et sur les paysages est limité ».

En ce qui concerne les effets sur la faune et la flore, la cour juge « que des mesures d’évitement et de réduction suffisantes sont prévues ». S’ils le souhaitent, les plaignants peuvent encore se pourvoir devant le Conseil d’État.

Cependant, plusieurs d’entre eux indiquent d’ores et déjà qu’ils ne le feront pas. « Vu ce qui est pris en compte, on peut être sûrs que le Conseil d’État rejetterait notre requête. L’énergie reste l’une des priorités de ce pays », analyse pas exemple Joseph Genebrier, de la Fédération pour les espaces naturels et l’environnement (Frene).

« De toute façon, aujourd’hui la ligne est terminée et même si on allait au Conseil d’État elle ne serait pas démontée », rajoute Charles Domier, du Clos des vins d’amour. « Mais on continue de penser qu’il est absurde d’avoir mis une ligne en majeure partie aérienne alors qu’on aurait pu l’enterrer intégralement. Tout le monde peu aujourd’hui constater l’impact visuel. Si un tel projet s’était fait sur le littoral, il aurait été enfoui. »

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 23 janvier 2026)

Lettre d’information du groupe CRCE.K au Sénat (n° du 22 janvier 2026)

« L’impérialisme est entrée dans une crise aigüe »
Débat sur le rôle de la France dans la prévention et la résolution des crises politiques internationales, notamment au Venezuela
Monsieur le Premier ministre, je tiens d’abord à saluer l’organisation de ce débat. Un débat que j’ai solennellement demandé dès le 5 janvier, avec mon collègue Stéphane Peu, président du groupe GDR à l’Assemblée nationale, tant il nous paraissait indispensable que la représentation nationale se (…)
—> Lire l’intervention de Cécile Cukierman

« Pour ceux qui, condamnés par la maladie, ne veulent pas être condamnés à l’agonie »
Droit à l’aide à mourir et égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs
Ces deux textes, étudiés séparément, constituent un même socle pour prendre en charge la douleur dans le respect et la dignité de chacun.
Depuis des années, la question traverse notre société.
La proposition de loi Soins palliatifs répond à un constat simple et sans appel : selon un rapport (…)
—> Lire l’intervention de Silvana Silvani

Drame de Camélia : « Écoutez-vous », « protégez-nous »
Question d’actualité au Gouvernement
Je suis sénatrice de Seine-et-Marne. J’habite à Mitry-Mory et j’y suis élue. Et c’est avec émotion que je m’exprime aujourd’hui. Mardi 13 janvier, Camélia, jeune lycéenne de 17 ans, s’est suicidé… Un ciel de plomb s’est abattu sur notre ville.
Sa maman, ses parents, sa famille et ses (…)
—> Lire l’intervention de Marianne Margaté

« Une politique qui loge les gens avant de rapporter à quelques-uns »
Explication de vote sur la proposition de loi visant à conforter l’habitat, l’offre de logements et la construction
Parler logement, c’est aligner des chiffres. Des chiffres qu’on devrait avoir honte de prononcer. Parce que derrière chaque chiffre, quelqu’un a décidé. Et derrière chaque décision, quelqu’un a profité.
On nous dit qu’il n’y a pas d’argent pour le logement social. Le logement a rapporté 100 (…)
—> Lire l’intervention de Marianne Margaté

Les autres interventions

Les questions orales : « Il faut plus d’humanité dans les services publics »
Services publics – Dématérialisation des services publics et non accès aux droits – 21 janv. 2026

Les questions orales : « Le Gouvernement entend-il enfin agir pour empêcher que des entreprises quittent notre territoire ? »
Économie – Fermeture du site de l’entreprise Arlanxeo à Lillebonne – par Céline Brulin – 21 janv. 2026

Les questions écrites : Augmenter les temps de décharge des directrices et directeurs d’école
Éducation et recherche – par Marie-Claude Varaillas – 19 janv. 2026

Menaces néonazies contre le PCF. Le PCF saisit la Procureure de la République de Paris

Suite à l’enquête publiée par StreetPress, le Parti communiste français a décidé de saisir la Procureure de la République de Paris, au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale.

Des contenus diffusés sur les réseaux sociaux par un militant d’extrême droite, engagé dans des opérations armées en Ukraine, mettent en scène un entraînement au tir sur des cibles faisant explicitement référence à des forces politiques, dont le PCF, le Nouveau Front populaire et La France insoumise.

Au-delà de ces images, c’est une réalité inquiétante qui se dessine : la structuration d’unités de combattants français revendiquant leur proximité idéologique avec le nazisme et le fascisme, constituant une menace sérieuse pour la sécurité de notre pays.

Nous alertons aussi sur le danger que représentent ces groupes pour l’ensemble des militantes et militants, responsables syndicaux, associatifs et élus de la République, déjà visés par des menaces et violences.

👉 La République ne peut pas rester passive.
La démocratie doit être protégée. La justice doit agir.

Bertrand Badie. « Une très forte tension entre aspiration à la paix et populisme » (La Marseillaise)

Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po Paris est l’auteur de « Par-delà la puissance et la guerre. La mystérieuse énergie sociale »(*).

La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur ce conseil de paix créée de toutes pièces par Donald Trump ?

Bertrand Badie : C’est assez sidérant. Penser qu’un conseil de paix puisse être présidé de manière très autoritaire et unilatérale par le président d’une des puissances qui sont les plus impliquées dans la guerre, ce serait comme si on demandait à Al Capone de présider un conseil de lutte contre la mafia ! C’est un défi d’abord au multilatéralisme, dans le prolongement immédiat de propos extrêmement hostiles tenus à l’encontre des Nations Unies qui sont pourtant en grande partie une invention étasunienne. On entre dans un temps de subjectivation des normes internationales qui ne transcenderaient plus les logiques de puissance, mais seraient dans leur prolongement, ce qui est la négation même du droit. C’est ignorer ce qu’est la nature présente des nouveaux conflits internationaux qui ne sont pas liés à leur origine mais à un phénomène très préoccupant de décomposition sociale, économique, institutionnelle, donc qui implique, au contraire, une mobilisation des instruments de sécurité humaine. Dans ces conditions, on ne s’étonnera pas que les premiers à se précipiter ont été Victor Orban, le roi du Maroc, le ministre des Affaires étrangères de Biélorussie et maintenant Netanyahu.

La Marseillaise : Groenland, Venezuela, Iran : les appétits de Trump sont qualifiés d’impérialistes ou de néocolonialistes mais vous jugez ces termes inadaptés. Pourquoi ?

Bertrand Badie : Je me méfie toujours du recyclage des vieux mots qui avaient été forgés pour décrire des situations historiques tout à fait différentes. Il était un temps où l’interventionnisme américain se comprenait dans le contexte de la rivalité Est/Ouest. C’était l’époque de la bipolarité et de la guerre froide. On intervenait au Vietnam pour contenir indirectement la menace venant du camp soviétique. Puis, lorsque le mur est tombé, on intervenait en Irak pour changer le régime, le convertir aux vertus de la démocratie et du libéralisme : ces fameuses guerres de conversion. Aujourd’hui, la puissance est auto-finalisée. On intervient non pas dans un but précis, comme le prescrivait en son temps Clausewitz, mais tout simplement pour montrer sa puissance. Chacun sait que ni l’intervention indirecte à Gaza, directe au Venezuela, potentielle au Groenland, ne correspondent à des visions stratégiques ou de démocratisation des systèmes politiques concernés. On découvre une forme nouvelle de puissance, qui est nue, complètement coupée du droit et des valeurs. Elle n’a pour fonction que de faire écho à une crise de la société américaine qui se sent régresser, dépossédée, victime de la mondialisation et d’en faire un instrument de gouvernement en soi, indépendamment d’autres préoccupations. C’est devenu la puissance pour la puissance.

La Marseillaise : Vous soulignez dans votre livre(*) que ces puissances ne gagnent plus les guerres qu’elles mènent.

Bertrand Badie : Absolument. Les États-Unis ont été vaincus dans toutes les guerres qu’ils ont menées depuis 1945, sauf celles menées en 1991 sous mandat des Nations Unies. Ils ont été battus au Vietnam, Afghanistan, en Irak, en Somalie. Trump lui-même en tire les conséquences en s’agitant sur la scène internationale, en menaçant, en faisant de la musculation diplomatico-militaire, mais en évitant d’envoyer, comme on dit en anglais, « boots on the ground », c’est-à-dire des hommes sur le terrain.

La Marseillaise : Emmanuel Macron qui affirme « pour être libre, il faut être craint ». Que vous inspire cette rhétorique ?

Bertrand Badie : Ce n’est plus actuel, ni pertinent. Aujourd’hui, on a montré que la puissance n’impressionnait plus. Et de façon d’autant plus remarquable, que le plus souvent c’est le faible qui gagne sur le fort. Ce qui importe, ce n’est pas d’être craint, c’est d’être crédible. Dans notre monde tel qu’il est, toutes les forces et toutes les puissances brutes ne sont plus nécessairement craintes. En revanche, une force crédible, l’est à deux égards. Car, d’une part, il faut savoir convaincre que l’on a une proposition raisonnable de paix qui puisse susciter la confiance de l’adversaire, et ça, c’est ce qui manque à la diplomatie européenne. D’autre part, il faut montrer que l’on a une capacité d’action qui soit adaptée aux données et aux paramètres nouveaux des conflits, ce qui est loin d’être le cas.

La Marseillaise : Face à cela, quel est le rôle de cette « mystérieuse énergie sociale » ?

Bertrand Badie : Pendant des siècles, les sociétés étaient tenues en dehors des relations internationales qui étaient, comme disait Raymond Aron, l’affaire du diplomate et du soldat. Or aujourd’hui, et depuis que la mondialisation est en marche, que la communication sociale s’est généralisée, on assiste progressivement à une appropriation sociale des relations internationales. De plus en plus, les forces sociales entrent sur la scène internationale et pèsent un poids remarquable sur celle-ci. La résilience sociale du peuple ukrainien a été l’un des facteurs majeurs d’échec de l’armée russe qui n’a pas réussi à conquérir Kiev au bout de quatre ans. Pour Gaza, l’opinion publique internationale s’est très fortement mobilisée, notamment sur les campus, la thématique palestinienne s’est insérée dans les revendications sociales des personnes, obligeant les gouvernements d’Europe occidentale à reconnaître l’État de Palestine, les États-Unis et même Israël, à mettre fin à une boucherie qui avait atteint pourtant déjà les 100 000 morts. C’est l’avenir des relations internationales : cette capacité de créer de l’empathie, de voir s’unir, se confondre les souffrances internationales.

La Marseillaise : Les réseaux sociaux favorisent cela ?

Bertrand Badie : C’est l’explication de cette insertion fulgurante de la nouvelle génération, la Gen Z, dans les affaires politiques mondiales. D’abord au Sri Lanka, au Bangladesh, au Népal, puis ensuite à Madagascar et au Maroc, tout ça renvoie à une nouvelle génération qui ne ressemble pas aux précédentes, qui est surconnectée. Vous avez dans le monde 3 milliards d’individus qui sont connectés, y compris jusque dans les bidonvilles africains. Il y a une visibilité du monde qui suscite l’empathie, l’intérêt pour des causes extérieures et quelquefois lointaines, qu’autrefois, les individus n’auraient même pas connu.

La Marseillaise : Le sondage Ifop publié ce jour témoigne des tensions qui traversent notre société…

Bertrand Badie : Vous avez dans la société une très forte tension entre une aspiration à la paix qui est puissante, transhistorique, que vous retrouviez même à l’époque de la guerre froide et, simultanément, une vague néopopuliste qui se construit autour d’une peur de la mondialisation, d’un sentiment croissant de rétraction nationale et identitaire. Elle s’exprime notamment par une hostilité à l’égard de la migration, du commerce mondial, une volonté protectionniste, souverainiste, de repli national. Cela conduit, paradoxalement, à rendre très impopulaire un personnage comme Donald Trump, mais à le rendre également fascinant, avec le désir secret de faire la même chose chez soi. C’est tout le danger du national-populisme aujourd’hui que de créer en même temps un appétit de paix et une demande sociale de puissance pour se rassurer face aux incertitudes imaginées de la mondialisation.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 22 janvier 2026)

(*) « C’est l’avenir des relations internationales : cette capacité de créer de l’empathie » aux éditions Odile Jacob

Sondage IFOP : Le regard des Français sur la menace atomique et l’engagement de la France dans le Traité sur l’interdiction de l’arme nucléaire

Sondage IFOP / le Mouvement de la Paix / Planète Paix / L’Humanité / La Marseillaise

Éléments d’Analyse

Inquiets par l’utilisation volontaire ou accidentelle des armes atomiques, une grande majorité de Français se déclarent favorables à l’engagement de la France dans le processus de leur élimination.

Ce jeudi 22 février marque le 5ème anniversaire de l’entrée en vigueur du TIAN, le traité d’interdiction des armes nucléaires [1]. A cette occasion, le Mouvement de la Paix a commandé une étude d’opinion à l’institut IFOP, en partenariat avec les quotidiens L’Humanité et La Marseillaise ainsi que le mensuel Planète Paix.

Cette étude a été réalisée les 6 et 7 janvier auprès d’un échantillon de 1000 personnes représentatives de la population française, selon la méthode des quotas par questionnaire auto-administré. Elle fait suite à deux précédentes études menées en 2012 et 2018, avec des items similaires.

Les Français inquiets de l’utilisation de l’arme atomique

Force est de constater que la théorie de la dissuasion a du plomb dans l’aile puisque 79% des personnes interrogées se déclarent inquiètes de l’utilisation accidentelle ou volontaire d’une arme nucléaire, dont la moitié « Oui, tout à fait ». Cette inquiétude se trouve renforcée par la probabilité de son utilisation mesurée à 64%. Si ces angoisses sont moins marquées chez les plus jeunes, la répartition est homogène dans toutes les couches de la population.80 ans après les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, la réalité des bombes atomiques refait surface. C’est ce qui a motivé la Tournée des Hibakusha [2] – Prix Nobel de la Paix 2024 en PACA et Occitanie en novembre [3].

Un contexte anxiogène qui alimente des aspirations contradictoires

Ce sondage est réalisé après plusieurs séquences politiques qui tendent à inhiber le débat citoyen sur la sécurité et les moyens de défense. L’augmentation du budget militaire est ainsi régulièrement présentée comme une évidence, et sa sanctuarisation comme partagée par l’ensemble de l’échiquier politique.

Dans ce contexte, l’adhésion des Français à différentes propositions sur la stratégie de défense montre des contradictions fortes entre la perception des menaces et la réalité d’y faire face. L’absence de réel débat démocratique, comme l’omerta médiatique de ce sujet participent à enfermer cette contradiction.

Le multilatéralisme plébiscité

Les Français demeurent attachés au multilatéralisme et aux outils internationaux de règlements des différents et de régulation des armements. La proportion de soutien à la participation de la France aux opérations de maintien de la Paix avec l’ONU reste à un niveau élevé de 71%, le plus haut mesuré dans ces études [4]. Il était de 66% en 2012 et de 70% en 2018. C’est dans l’électorat d’Emmanuel Macron et des Républicains que l’on trouve le plus de soutien.

Ce soutien augmente avec l’âge et se trouve renforcé en Ile-de-France à 80%. Au plan politique, on voit que c’est dans la majorité présidentielle que celui-ci s’exprime avec le plus de force, alors que la France s’affiche dans un atlantisme de plus en plus assumé. C’est parmi les électeurs du Rassemblement national que le décrochage avec le soutien de l’ONU est le plus marqué, même s’il demeure majoritaire à 58%.

Pour l’engagement de la France dans le processus d’élimination des armes atomiques

De même l’engagement de la France dans le processus d’élimination contrôlé des armes tels que prévu par l’ONU – c’est-à-dire le Traité d’interdiction des armes nucléaires – recueille près de 2/3 tiers des Français avec 64% de réponses favorables. Là encore les électorats de droite et macronistes y sont les plus favorables, en contradiction avec les prises de position des forces politiques de ce côté de l’échiquier politique.

On peut noter une baisse sensible de ce soutien qui demeure cependant largement majoritaire dans toutes les couches de la population marquant une adéquation entre les aspirations populaires et les acteurs pacifistes, pourtant largement évacués et invisibilisés du débat public.

Soutien contradictoire à la modernisation des armements

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant de voir le soutien à la modernisation des armements en hausse à 69% des opinions exprimées. Cette évolution apparaît cependant en totale contradiction avec un soutien à la réduction des dépenses militaires qui ne faiblit pas, et reste au même taux de 43% qu’il y a 6 ans. On peut y voir là un grand écart moral entre le refus de voir davantage de richesses dilapidées dans des œuvres de mort et la volonté de maintenir une capacité de protection qui passe encore par les armements.

On retrouve dans ces items un clivage gauche / droite plus traditionnel avec un soutien moins marqué à la modernisation des armements parmi les électeurs de gauche. A noter également sur cet item, un écart de réponse important entre les hommes (78%) et les femmes (60 %).

Le soutien au TIAN reste majoritaire

Plus de 7 ans après la signature du traité d’interdiction des armes nucléaires, et 5 ans après son entrée en vigueur, le soutien au traité d’interdiction des armes nucléaires reste majoritaire à 56% bien qu’inférieur à la volonté d’engagement de la France dans un processus d’élimination des armes. Alors que le soutien à ce traité se renforce sur le plan international [5], force est de constater que l’opinion publique française n’a sans doute pas suffisamment connaissance de son contenu et de sa portée. Cette étude ne rentre pas dans ces détails.

Cette mesure doit inciter le mouvement abolitionniste et notamment la campagne ICAN, initiée en France par le Mouvement de la Paix, à intensifier les actions d’éducation populaire autour de la connaissance et du contenu de ce traité.

Le poids de la bataille de l’opinion

Avec le matraquage politique et médiatique visant à disqualifier toute personne, tout expert, toute organisation, qui ose développer un concept de sécurité autre que strictement militaire, on aurait pu s’attendre à une chute libre du soutien à la réduction des dépenses militaires.

Il y a de toute manière là du grain à moudre pour les promoteurs de la culture de la Paix.

Ce sondage intervient après plusieurs années de guerre en Ukraine, après la recrudescence des actes de guerre en Palestine à la suite de l’attaque du 7 octobre 2023, et au moment où Donald Trump kidnappe le président Vénézuélien tout en menaçant d’intervenir en Iran et d’annexer le Groenland. Les solutions pacifiques, pacifistes et politiques s’inscrivant dans le droit international et le fonctionnement démocratique des institutions internationales n’apparaissent pas encore suffisamment comme pouvant répondre à des enjeux immédiats.

Malgré de réelles contradictions, les solutions pacifistes demeurent cependant largement soutenues par l’opinion publique. Il appartient au mouvement pacifiste, et notamment au Mouvement de la Paix, de développer son implantation et ses actions pour que la Culture de la Paix soit considérée comme le seul carburant durable des transformations du monde.

Le slogan « Si tu veux la Paix, … prépare la Paix » est plus que jamais d’actualité.

Contact : Pierre VILLARD 06 82 92 29 46

[1] Le Traité d’interdiction des armes nucléaires a été adopté à l’ONU le 7 juillet 2017. Il est entré en vigueur le 22 janvier 2021, 90 jours après la ratification du 50ème état.
[2] Nom attribué aux victimes des bombardements atomiques
[3] Du 20 au 30 novembre, 19 communes de 7 départements du sud de la France ont accueilli les associations japonaises Hidankyo (Prix Nobel de la Paix 2024) et Gensuikyo.
[4] Précédents sondages en 2012 et 2018
[5] Le TIAN est actuellement ratifié par 74 pays. 25 autres ont engagé des procédures de ratification. Au total 127 états ont exprimé leur soutien.