Sous pression, le gouvernement déploie 3 000 enseignants remplaçants (L’Indep)

Le mouvement des lycéens se poursuit.

Le gouvernement fait un pas de plus vers les lycéens. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé jeudi soir, sur TF1, la mobilisation de « 3 000 professeurs » qui vont rejoindre les établissements en situation « très problématique » et ce, « dans les prochaines heures », entre vendredi et mardi. « Grâce à un logiciel que j’ai demandé il y a un an, on a pu, en ce début d’année -c’est la première fois qu’on le déploie-, identifier les établissements qui sont dans des situations que je qualifierais de très problématiques Il y a 114 lycées dont je dirais qu’ils sont rouges et 400 qui sont orange », a-t-il expliqué sur le plateau du 20 Heures. Le ministre autorise également « les recteurs à recruter davantage d’enseignants que le nombre actuellement autorisé, soit des « centaines » de professeurs supplémentaires », souligne-t-il. Il propose, par ailleurs, un « pacte enseignant » aux proviseurs qui pourront procéder à des remplacements de courte durée grâce aux heures supplémentaires de professeurs volontaires. Cela représentera des « centaines de milliers d’heures supplémentaires », a assuré M. Geffray.

Ces mesures d’urgence sont loin de répondre, cependant, aux revendications. Les élèves et étudiants qui bloquent leurs établissements dénoncent aussi des emplois du temps surchargés et demandent, entre autres, 250 000 places en plus à l’université, une rénovation du bâti et la suppression de la sélection par Parcoursup. « On n’arrêtera pas tant qu’il n’y aura pas 10 milliards sur la table », a affirmé, mardi, Sabrine Kharbach, porte parole de l’Union étudiante.

Cette annonce intervient, de plus, à peine 24 heures après une prise de parole du Premier ministre, signe que l’exécutif est aux abois, alors que l’intersyndicale étudiante et professionnelle appelle à une nouvelle journée de mobilisation unitaire mardi prochain. Lors d’une courte allocution, mercredi soir, le chef du gouvernement s’est dit à l’écoute des « angoisses » des jeunes, mais a remis à fin octobre ses principales décisions.

De nouvelles violences

En attendant, lycéens et étudiants maintiennent la pression sur l’exécutif à Paris, Marseille, Montpellier, Nantes ou encore Strasbourg 71500 personnes ont manifesté jeudi à travers la France, dont 24 500 clans la capitale, selon le ministère de l’intérieur, qui en a recensé également 55 000 devant les établissements scolaires 375 d’entre eux étaient partiellement ou totalement fermés, d’après le ministère de l’Éducation. Place de la Bastille, à Paris, des incidents ont éclaté en fin de rassemblement, avec des jets de pavés et de mortier sur les policiers. Une vingtaine de black blocs auraient également jeté du mobilier urbain sur les forces de l’ordre. Dans ce climat de tensions, 504 interpellations ont été réalisées dans la journée et 48 policiers et gendarmes ont été blessés, annonce le ministère de Intérieur qui note « une augmentation des violences urbaines ».

L’Indépendant, le 9 octobre 2026

Les professionnels de la petite enfance ont eux aussi fait entendre leur colère, jeudi, pointant une dégradattion des conditions d’accueil.

Déclaration CGT à la Commission des Comptes de la Sécurité sociale

Je suis déjà étonné d’être à Bercy et pas avenue Duquesne, aux Ministères du travail, de la santé et des affaires sociales.

Il est vrai qu’il n’y a toujours pas de salle Ambroise Croizat 80 ans après la création par ce ministre de la Sécurité sociale.

La Sécurité sociale, construite au lendemain de la Seconde Guerre mondiale sur la base du programme du CNR se base sur un principe fondamental : chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins.

Comme le pointe Monsieur le député Viry sur les risques démocratiques, faisons attention avec les principes, c’est dangereux de passer de graves mesures par décret.

Aujourd’hui, cette véritable conquête ouvrière est mise en danger par le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027, un PLFSS qui vise à ramener artificiellement le déficit de 21,8 milliards d’euros en 2026 à 12,7 milliards d’euros en 2027 en faisant peser l’effort sur les malades, les retraités et les familles, en épargnant pour l’essentiel les grosses entreprises qui ont pourtant servi 61 Md de dividendes rien que pour le 1er semestre.

Nous nous étonnons d’un choix de chiffre d’inflation à 1,7 %, alors que l’inflation mesurée par l’Insee est à 3 %.

Premier problème : votre projet prévoit surtout des baisses de droits, alors même que la Cour des comptes pointe le manque de recettes.

Pour orchestrer cette cure d’austérité budgétaire, le gouvernement choisit d’abord de fixer la progression de l’ONDAM à seulement 2,1%, pour un montant de 278,7 milliards d’euros. Alors que les besoins de santé augmentent naturellement au moins de 3,4 % par an, et que la Fédération CGT de la Santé et de l’Action sociale estime le besoin réel à 10 % pour sauver l’hôpital public.

Le pouvoir exige 5 milliards d’euros d’économies sur la santé. Derrière ce chiffre, ce sont des milliards pris sur les patients et les assurés, avec notamment 2 milliards d’euros d’économies imposées sur les arrêts de travail. Une politique qui conduit à réduire brutalement les droits, en ramenant par exemple de trois ans à un an la durée maximale d’indemnisation des ALD non exonérantes.

La hausse des arrêts maladie est due à au moins 2 phénomènes : le recul de l’âge de départ et la violence des conditions de travail, ATMP qui explosent, encore plus avec sous déclaration et nous n’avons pas encore les effets des canicules.

Même sur les franchises médicales, le Gouvernement passe outre l’opposition du Conseil de la CNAM : alors que le projet initial prévoyait de doubler le plafond annuel, de 50 à 100 €, le texte finalement publié le fixe à 70 €. Une nouvelle hausse de la participation financière des assurés, qui vient s’ajouter à une politique générale de réduction des remboursements et de transfert des dépenses vers les patients et les complémentaires santé.

Les revenus de remplacement des salariés sont directement frappés puisque les indemnités journalières subiront une fiscalisation de 50 % pour les affections de longue durée ALD non exonérantes et de 100 % pour les ATMP accidents du travail et maladies professionnelles. À cela, s’ajoutent 3 milliards d’économies sur les médicaments et équipements, le recul de la prise en charge des transports sanitaires, une convergence tarifaire par le bas en radiothérapie qui pénalise l’hôpital public, ainsi que le maintien de la surtaxe de 2,05 % sur les mutuelles qui fera encore exploser leurs tarifs.

Cette offensive austéritaire s’en prend avec la même dureté aux retraités et aux familles pour dégager 5,5 milliards d’euros d’économies sur les pensions.

Ça doit être le pendant : taper sur les jeunes, ce que fait le gouvernement (dans tous les sens du terme) et taper sur les personnes âgées !

Le gouvernement bloque la revalorisation des retraites supérieures au MICO, à 2 034 euros, et instaure une sous-indexation et un gel des pensions supérieures à 1 260 € par mois, ciblant 2/3 des retraités qui vont dès lors connaitre une perte de niveau de vie irréversible sur le long terme. Pour les femmes, cette mesure aggrave une paupérisation structurale, alors que les pensions des salariés non-cadres ont déjà diminué de 6,5 % en euros constants entre 1999 et 2024 selon la DREES. Pour prendre un exemple chiffré, une retraitée percevant une pension globale de 1 500 €/mois subissant un gel au lieu d’une revalorisation à 1,7 % perd 25 €/mois, soit 300 € dès la 1ère année. Cette perte est définitive et cumulative, les revalorisations futures repartant du niveau gelé à 1 500 €.

De plus, le PLFSS 2027 entérine le recentrage de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) prévu par décret pour générer une économie de 250M€ sur les dépenses d’APA à domicile soit environ 5.3 % de la dépense totale. Pour une personne âgée vivant à domicile avec 2 300 € de revenu et 500 € de plan d’aide, la mesure entraîne une hausse du reste à charge de 36 € par mois, soit 432 € par an.

Dans le même temps, la branche Famille se voit siphonnée de 1,3 milliard d’euros pour financer les indemnités maternité de la branche maladie, tandis que l’Allocation de rentrée scolaire est amputée de 600 millions d’euros et que les prestations familiales sont gelées.

Pire encore, l’article 37 conditionne l’accès aux prestations familiales à au moins un an de détention d’un titre de séjour pour les travailleurs étrangers extra-UE, reprenant ainsi une mesure xénophobe de préférence nationale directement inspirée du programme du RN. Si elle est votée, cette disposition concernerait 110 000 personnes dont 30 000 enfants. Pour un rendement dérisoire (1,8 M€ sur les allocations familiales et 60 M€ sur les APL), elle romprait avec le principe d’universalité de la Sécurité sociale.

En plus de l’impasse sur la jeunesse, il y a donc impasse sur la perte d’autonomie : un des échecs de ces dernières années, ce sera l’absence de véritable politique prenant en charge la perte d’autonomie.

Pendant que l’on traque le moindre euro dans la poche des assurés, le patronat reste pleinement préservé. L’intégration des compléments de rémunération comme la participation et l’intéressement dans le calcul des allègements garantit un pactole de près de 80 Milliards, seulement rogné de 3,7 milliards d’euros d’exonérations aux employeurs, tandis que l’État détourne 5,6 milliards d’euros de recettes de TVA destinées jusqu’à présent à la Sécurité sociale.

Face à cette détérioration organisée, la CGT rappelle que le manque de financement n’est pas une fatalité mais un choix politique libéral.

Ainsi, nous revendiquons une Sécurité sociale intégrale financée à 100 % par du salaire socialisé et gérée par et pour les travailleur•euses , la fin des exonérations de cotisations sociales et l’augmentation générale des salaires, notamment pour parvenir à l’égalité entre femmes et hommes.

Le 06/10/2026

Le temps de dialogue irrite proviseurs et lycéens (L’Indep)

Mardi, le Premier ministre a annoncé la mise en place d’une demi-journée d’échanges avec les lycéens dans chaque établissement. Mesure impossible à mettre en place dans le contexte actuel selon les proviseurs.

Une demi-journée consacrée à la démocratie lycéenne sous forme d’échanges, à mettre en place dans chaque établissement d’ici la fin de la semaine : la mesure, sortie du chapeau par le Premier ministre Sébastien Lecornu lui-même, mardi après-midi, n’a pas vraiment eu d’effets magiques sur l’ambiance qui règne autour et dans les lycées.

Au lendemain de manifestations massives en région, un calme relatif était revenu ce mercredi dans de nombreux établissements de l’académie de Montpellier. Cela n’empêche pas les proviseurs de brandir la sécurité comme objection numéro un à la mise en place de cette demi-journée en forme d’AG interne.

« Cette annonce totalement hors-sol traduit une méconnaissance totale de la vie des établissements et de la réalité du terrain », s’emporte Florent Martin, proviseur du lycée Arago de Perpignan et secrétaire académique du syndicat SNPDEN-Unsa.

« Intenable dans un timing aussi serré »

Le chef d’établissement y voit d’abord un risque majeur pour la sécurité : « Cela va rallumer les braises de la contestation et organiser un tel type d’échange revient à déréguler les règles de sécurité au sein de l’établissement, sans savoir ce qu’il va vraiment s’y passer si certains élèves viennent y participer avec des intentions belliqueuses. »

Le proviseur catalan estime aussi que « cette injonction est intenable dans un timing aussi serré. Ce n’est pas possible à organiser du jour au lendemain. Il faut du temps pour donner du sens à cet échange et l’organiser dans un moment plus pacifié pour permettre de le détacher de toute stratégie, d’un côté comme de l’autre. »

Même scepticisme du côté des enseignants qui redoutent de se retrouver en tenaille entre les atermoiements de l’institution et la colère des élèves. « Dégager un temps de parole, écouter les élèves, c’est souhaitable, mais pas dans ces conditions, en recevant des messages à 11h le soir pour mettre des choses en place le lendemain », résume Jessica Boyer, vice-présidente académique du Snalc. « Encore faut-il que ces échanges soient suivis de mesures. Si c’est pour faire comme les Grenelles qui n’ont abouti à aucun moyen, je n’en vois pas l’intérêt. »

L’enseignante se dit aussi inquiète « par le risque de récupération et de politisation du mouvement par les étudiants. Cela nous met mal à l’aise par rapport à la neutralité qui doit avoir cours à l’école. Il va y avoir d’ailleurs des choses à recadrer à ce niveau. Il est essentiel que le mouvement des lycéens reste indépendant », ajoute-t-elle.

Quant aux principaux intéressés, les élèves, ils trouvent la ficelle un peu grosse. « Aujourd’hui, toutes instances sont au courant de nos revendications. Je ne vois pas ce que ce temps d’échange peut apporter de plus. Je pense que c’est une manœuvre du gouvernement pour gagner du temps sans répondre véritablement aux lycéens », résume Maëlle, 16 ans, meneuse du mouvement au lycée Clemenceau de Montpellier. Elle se dit par ailleurs « déçue par les réunions d’échanges avec le rectorat et la Région qui n’ont rien donné ».

En clair, les lycéens ont l’impression qu’on les renvoie dans leurs lycées poliment sans leur avoir apporter de réponses concrètes.

Richard Gougis (avec J. M.) (L’Indépendant, le 8 octobre 2026)

L’édito du Travailleur Catalan par René Granmont. La jeunesse em… le Rassemblement national !

Jusqu’à maintenant, le traitement réservé par le gouvernement à des jeunes qui demandent simplement de vivre et étudier dignement a été la répression brutale. Car lorsque des heurts se produisent entre policiers et manifestants, c’est l’État qui définit le niveau de la violence ! Et le gouvernement Lecornu a délibérément choisi d’étouffer dans l’œuf la mobilisation des lycéens et des étudiants en créant les conditions d’un étalage de la violence… bien aidé en cela par des médias bien plus friands de feux de poubelles que de débats sur la validité des revendications de la jeunesse.

Pourtant, la grande majorité des lycéennes et lycéens qui étaient dans la rue mardi, accompagnés par des enseignants, des parents, des militants syndicaux, ont démontré leur sens des responsabilités. Il suffisait, pour s’en convaincre de lire les multiples pancartes qui étaient brandies et réclamaient, parfois avec humour, des professeurs supplémentaires, des moyens humains, des classes moins surchargées, des établissements moins vétustes,…

Loin d’être aveuglés par une légitime colère, ils ont clamé haut et fort que « la jeunesse em…. le Rassemblement national ! » Car ils ont bien compris qu’il n’y avait rien de bon à attendre de ce côté-là.

Rien de bon pour la liberté d’expression et de création comme le prouve la décision du maire d’Elne ou les éructations de celui de Carcassonne. Rien de bon au niveau économique et social comme le prouve le contre-budget présenté par Marine Le Pen. Non seulement, rien ne changerait si, par malheur, elle entrait à l’Elysée, mais ce serait pire. Elle propose une austérité record de 140 milliards d’euros pour 2032. Et, comme elle se refuse totalement de toucher aux privilèges des ultra-riches et des entreprises du CAC 40, il faudra imposer une cure drastique à tous les autres. Par exemple en baissant, en 2031, de plus de 36 milliards le budget de la Sécurité
sociale, à coups de déremboursements, de cure d’amaigrissement de l’hôpital public. Ou encore en frappant fort le logement social et ses locataires… C’est-à-dire, pour parler clair en aggravant encore plus, si c’est possible, la politique d’Emmanuel Macron.

Non, la jeunesse n’a vraiment rien de bon à attendre d’un parti qui plonge ses racines dans la vieille droite pétainiste –est-il nécessaire de rappeler que ce sont d’anciens Waffen-SS qui ont porté le Front national sur les fonts baptismaux ?– Donc antisémite aussi comme viennent de le révéler les messages de son président, qui garde néanmoins toute la confiance de la cheffe du RN.

À l’heure où ces lignes sont écrites, nul ne sait quelle sera la suite de la lutte des étudiants et des lycéens. Mais il reste une certitude : l’irruption de cette jeunesse dans la vie politique du pays peut laisser espérer un futur moins sombre que ce que les augures laissaient entrevoir…