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L’édito du webzine. Convergence des colères
Un appel lancé sur internet contre la flambée des prix des carburants a pris, en quelques jours, une tout autre dimension : celle d’une colère nationale. Jeudi, la carte collaborative du site 17octobregiletjaune.net recensait déjà plus de 1 000 actions.
Samedi 17 octobre, tout se mélange -et c’est précisément ce qui inquiète le pouvoir- manifestations en centre-ville, mais aussi ronds-points, ponts, stations-service, péages, raffineries, dépôts pétroliers. On est passé de 279 actions lundi à 768 mercredi, puis à 1 025 jeudi matin. La courbe dit l’état d’un pays.
Car derrière le carburant, c’est tout le reste qui affleure : le pouvoir d’achat en berne, les services publics attaqués, des lycées surpeuplés, des profs absents, Parcoursup, et surtout l’injustice fiscale et sociale, ingrédient le plus explosif du cocktail, après dix ans de macronisme.
La mèche est allumée
Ce sont les jeunes qui ont mis le feu : lycéens et étudiants, rejoints mardi par leurs organisations (USL, Union étudiante, Unef, Fage), appellent à faire « converger » les luttes. « Nous vous appelons massivement à rejoindre le mouvement des Gilets jaunes samedi pour enfin faire vivre cette convergence des luttes », a lancé Ryad Rani, président de l’USL. Retraités, agriculteurs -la Confédération paysanne est partante-, habitants des quartiers, défenseurs du climat : tout le monde est convié.
La CGT a saisi la balle au bond. Sophie Binet voit dans la mobilisation des jeunes « la cerise sur le gâteau » après une rentrée déjà agitée, et surtout un enjeu politique clair : « lancer une dynamique et mettre l’extrême droite en difficulté pour l’échéance électorale à venir ». Sa réponse au piège générationnel tendu par le gouvernement mérite d’être citée : on nous fait croire qu’il faudrait « prendre aux retraités pour améliorer la situation des jeunes, alors qu’ils prennent aux deux pour donner au capital ». Jeunes, actifs, retraités main dans la main : voilà la seule arithmétique qui échappe à l’ordre établi.
Rendez-vous est déjà pris pour la suite : jeudi 5 novembre, grève interprofessionnelle, pour les salaires, les conditions de travail, l’emploi et pour peser sur un débat budgétaire qui promet des coupes drastiques. Pendant ce temps, le RN rêve de 150 milliards d’euros de coupes et le Medef « fait beaucoup de politique ». « Il faut battre le fer tant qu’il est chaud », dit Sophie Binet.
Le message du 17 octobre est simple et sans appel : quand les colères convergent, ce n’est plus une manif… c’est un rapport de force. Les violences organisées ne changeront rien à la détermination du peuple de France.
Dominique Gerbault
L’appel du 17 septembre bascule dans la violence et le chaos (L’Indep)
La forte mobilisation, ce samedi en France, contre la vie chère -entre 500 000 et 800 000 personnes- a été éclipsée par la violence sans limites des casseurs qui ont pillé des magasins et attaque des bâtiments publics.
Scènes de chaos dans Paris, mairies brûlées et attaquées, magasins saccagés aux quatre coins de l’Hexagone : une vague de violence sans limite et de pillages a terni ce samedi la journée de mobilisation contre la vie chère qui a rassemblé des centaines de milliers de personnes dans toute la France. Les organisateurs affirment que 800 000 personnes ont manifesté dans le pays. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a fait état de son côté de 550 000 manifestants et plus de 400 interpellations à la suite de ce que le Premier ministre Sébastien Lecomu a qualifié de « violences d’une extrême intensité ».
La mobilisation nationale a très largement dépassé celle de l’épisode I des « gilets jaunes » en 2018 (290 000 manifestants à l’époque) mais ces chiffres sont balayés du premier plan par l’importance des dégâts occasionnés. Notamment à Paris, place de la République, où s’étaient rassemblés des centaines de « black blocs » qui ont ensuite sévi dans le quartier de La Madeleine, boulevard Magenta ou même sur les Champs Élysées. En province, la violence a frappé à Lyon, où l’office de tourisme a été incendié, ou encore à Marseille et Lille dont les mairies ont été dégradées. En fin d’après-midi, celle de Limoges, un bâtiment historique inspiré de l’hôtel de ville de Paris, a été en grande partie dévorée par les flammes après une intrusion de casseurs.
Núnez accuse « l’ultra-gauche »
Les manifestations elles mêmes, associant « gilets jaunes », lycéens et étudiants, organisations syndicales et partis de gauche pour dénoncer la vie chère ou encore le manque de moyens de l’Éducation nationale, se sont dans l’ensemble déroulées sans incident, y compris à Paris. Les débordements et pillages se sont généralement produits à l’issue de ces rassemblements. « L’affrontement semble être le but de cette stratégie de maintien de l’ordre », a fustigé sur X Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, rejetant implicitement la responsabilité des débordements sur l’attitude des forces de l’ordre. Des voix se sont aussi élevées pour critiquer un dispositif policier sous-dimensionné.
« Je m’inscris en faux contre ces accusations », a réagi Laurent Núnez. « Si les manifestations ont pu se dérouler dans le calme, c’est grâce au sang froid des forces de l’ordre. » Le ministre de Intérieur a clairement accusé « La mouvance ultra-gauche radicale » d’être responsable des attaques ciblées commises contre les bâtiments publics, mairies et commissariats notamment.
60 policiers ont été blessés selon le ministre. Un jeune homme de 22 ans s’est jeté du haut de l’Arc de Triomphe ce samedi « et a été déclaré décédé à 15h05 », selon le parquet. « À ce stade, aucun lien n’apparaît avec les manifestations », indique-t-on.
À Bordeaux, la préfecture a aussi été l’objet d’attaques. En revanche, les nombreux pillages de magasins commis un peu partout à Paris, Lyon, Nice, Nice, Nantes, Toulouse, Rennes, Montpelier… « sont l’œuvre de délinquants d’opportunité », selon le ministre. Souvent plus jeunes que des lycéens selon les images de ces saccages de magasins Selon le ministre de l’Intérieur, 90 % des personnes interpellées sont néanmoins des majeurs.
« Aucune place pour la violence dans notre République. Ceux qui ont cassé, attaqué les préfectures comme les commerces, pillé jusqu’à nos mairies, seront poursuivis et punis », a écrit Emmanuel Macron sur X.
Quel écho le 5 novembre ?
Né sur les réseaux sociaux, l’appel à manifester ce 17 octobre avait été relayé par les syndicats lycéens qui se mobilisent depuis la mi septembre pour obtenir de meilleures conditions d’enseignement. Des syndicats comme la CGT, Solidaires ou la Confédération paysanne se sont joints au mouvement. Des revendications rendues ce samedi totalement inaudibles par le déchaîne ment de violence périphérique qui a pourri le message des manifestants. La question qui se pose, vu l’ampleur nationale de la mobilisation, c’est de savoir ce que donnera l’acte II, annonce le 5 novembre.
L’Indépendant, le 18 octobre 2026
De Nîmes à Toulouse, en passant par Montpellier ou Béziers, les manifestations qui ont commencé dans une ambiance festive se sont mal terminées.
À Montpellier
« Ambiance de fin du monde sur la place de la Comédie dans une nuée de gaz lacrymogènes. » Voici comment nos journalistes de la rédaction de Montpellier décrivaient cette fin de mobilisation. Environ 35 000 personnes ont défilé dans les rues, selon la préfecture, en majorité des lycéens et des étudiants venus exprimer leur ras-le-bol. Mais la manifestation a viré au chaos et des magasins emblématiques de place de la Comédie et du centre ville (Monoprix, Foot Locker, etc.) ont été saccagés, pillés. Des vitrines ont été brisées.
Dans un communiqué, la préfète de l’Hérault Chantal Mauchet, qui avait autorisé le rassemblement jusqu’à 19h, a appelé les manifestants à rentrer chez eux « en raison des risques de troubles à l’ordre public liés à la présence de manifestants hostiles, habillés en noir, cagoulés, munis de tir de mortiers et de matériel pouvant servir d’armes par destination et dont l’intention est l’affrontement avec les forces de l’ordre ».
Vers 19h30, malgré les tirs de gaz lacrymogènes, les manifestants -voire les émeutiers- ne voulaient toujours pas se disperser, visant, selon nos journalistes présents sur place, les forces de l’ordre avec des tirs de mortiers d’artifice. Une première charge a été donnée près du Corum, alors que sur la place de la Comédie et dans les rues adjacentes, des cris, des sifflements, des tirs de gaz lacrymogènes se faisaient entendre et que, partout, les déchets s’accumulaient. Des feux ont été allumés, faits de boites de chaussures venues du Foot Locker dévalisé ou des planches censées protéger les vitrines.
À Nîmes
La manifestation était initialement annoncée contre la vie chère. Mais près de 3 000 personnes (1 500, selon le cabinet de la préfète du Gard) se sont rassemblées en cœur de ville pour exprimer des revendications diverses. Au sein de ce cortège bien ordonné, « gilets jaunes », lycéens et étudiants, actifs en galère, puis retraités. Mais, à 15h30, des manifestants ont improvisé la prolongation de la mobilisation du jour. Et ils ont au sens propre changé de visage. Tandis que les sourires disparaissaient, L’heure était manifestement à la casse, de la part de jeunes hommes, quasi exclusivement, le visage dissimulé.
À Béziers
Entre 1200 et 1 500 personnes ont manifesté dans un mouvement marqué par le soutien aux lycéens et la convergence de revendications sociales. L’après-midi, un second rassemblement, plus restreint, s’est déroulé dans une ambiance plus tendue, avec l’usage de gaz lacrymogènes.
À Toulouse
Jusqu’à 32 000 personnes, selon la préfecture de la Haute-Garonne, ont défilé. La manifestation qui devait réunir anciens « gilets jaunes », lycéens, étudiants, militants écologistes ou opposants à la vie chère a basculé progressivement dans une succession de dégradations, de pillages et d’affrontements avec les forces de l’ordre. Dès le départ du cortège, plusieurs centaines d’individus vêtus de noir, le visage dissimulé, avaient pris les devants. La préfecture a estimé ce groupe à près de 500 personnes « préparées pour se confronter aux forces de l’ordre ». Ainsi, plusieurs commerces ont été pillés et des vitrines brisées. À 19h30, 53 personnes avaient été interpellées et huit policiers blessés.
À Perpignan
La situation a dérapé, alors que des familles, des retraités, des étudiants, des lycéens et des « gilets jaunes » étaient venus pour une mobilisation qui avait pour mot d’ordre la convergence des luttes, celle-ci a fini par devenir hors de contrôle en début de soirée. Selon nos confrères de L’Indépendant, 20 personnes, mineures pour la plupart, ont été interpellées. Les vitrines du Séphora ont été brisées, des produits y auraient été volés. Les Galeries Lafayette ont également été attaquées par des casseurs. Les forces de l’ordre ont fait l’objet de jets de sacs-poubelles, de détritus, de pétards, mais aussi de poubelles en feu et de pierres.
L’Indépendant, le 18 octobre 2026
L’actu de la CGT (n° du 16 octobre 2026)
Il est urgent de répondre aux revendications de celles et ceux qui sont l’avenir du pays
17/10 et 05/11 : toutes et tous ensemble
Après plus d’un million de manifestant·es mobilisé·es les 6, 8 et 13 octobre, la CGT réaffirme son soutien aux luttes des lycéen·nes et étudiant·es et aux mobilisations du 17 octobre pour les salaires, les pensions, le pouvoir d’achat et les services publics.
Elle appelle à amplifier la mobilisation en préparant, dans les entreprises et les services, la grande journée unitaire et interprofessionnelle de grève et de manifestations du 5 novembre, autour des revendications des travailleur·ses.
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Le 5 novembre, grandes grèves intersyndicales dans tout le pays !
Avec les budgets de l’État et de la Sécurité sociale pour 2027, le Gouvernement veut encore faire payer les salarié·es, les retraité·es, et les malades, plutôt que les grandes entreprises et les ultra-riches.
Le 5 novembre, grandes grèves intersyndicales dans tout le pays !
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Contre une nouvelle loi européenne antisociale, rendez-vous à Strasbourg le 20 octobre !
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Actualités
« Les jeunes sont ce que nous avons de plus précieux »
Il faut arrêter d’envoyer des CRS sur des mineurs qui se mobilisent. 7 000 jeunes ont été interpellés un peu partout en France entre le 17 septembre et le 11 octobre. C’est du jamais-vu, c’est gravissime. Sophie Binet était face à Roland Lescure, ministre de l’Économie dans l’émission Franc-jeu sur France inter / FranceTV.
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Visuels et pancartes
Visuels et pancartes « Tout augmente, sauf mon salaire »
En préparation de la grève et des manifestations du 5 novembre 2026, une série de visuels réseaux sociaux et de pancartes à imprimer pour les cortèges.
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Communiqués de presse
Agirc-Arrco: le patronat provoque l’affrontement avec les retraité·es
Ce mercredi 14 octobre, se tenait le conseil d’administration de l’Agirc Arrco qui verse les retraites complémentaires des travailleuses et travailleurs ayant tout ou partie de leur carrière dans le secteur privé. Ce sont près de 14 millions de personnes déjà pensionnées, tandis que la majorité du monde du travail est concernée, avec de plus en plus de carrières hybrides public privé. La complémentaire peut représenter entre 20 et 70% du montant de la retraite totale.
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Victoire d’étape pour la lutte contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants : la loi intégrale à l’Assemblée Nationale est adoptée
La CGT salue l’adoption par l’Assemblée nationale de la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Cette première étape est le résultat de longues années de mobilisation du mouvement féministe, auquel la CGT prend toute sa part.
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Élections fonction publique du 3 au 10 décembre
—> En savoir plus
Les élections fonction publique auront lieu du 3 au 10 décembre 2026.
La CGT a mis en place un site pour accéder à l’ensemble des informations sur la campagne et à vos droits.
Élections fonction publique : accéder au site Je vote CGT
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Des lycéens aux « gilets jaunes », va-t-on assister à une convergence des luttes ? (L’Indep)
Analyse avec la politiste Emmanuelle Reungoat, maitresse de conférences a Université de Montpellier, co-réalisatrice du film Des goûts de lutte.
Des lycéens et étudiants souhaitent se mobiliser samedi, le jour de l’appel à la résurgence des « gilets jaunes », peut-il y avoir une agrégation des colères ?
C’est une vraie question, mais on voit que le mouvement des « gilets jaunes » est devenu, dans l’espace des luttes sociales, une référence à laquelle on va revenir, ou dont on va endosser la légitimité. Ça donne à voir la marque mémorielle que le mouvement a laissée, comme une des luttes sans doute les plus importantes de ces dernières décennies. C’est lié au fait qu’elle proposait une forme de protestation très frontalement confrontationnelle. Il y a là un effet du mouvement des « gilets jaunes » sur la manière d’envisager la protestation et c’est peut-être aussi un appel symbolique. Il sera intéressant de voir qui sera là le 17 octobre.
Le mouvement des « gilets jaunes » peut-il renaître ?
Il a déjà eu lieu, il ne se reproduira pas de la même manière. Certains se sont politisés ou ont continué à se mobiliser, parfois sur les ronds-points, souvent plutôt en soutien à d’autres causes ou dans des collectifs, des jardins partagés, des pratiques de maraudes, de solidarité. D’autres ont rangé le gilet et sont rentrés chez eux. C’est un mouvement très hétérogène, les trajectoires le sont aussi. Il a duré très longtemps, mais il a rencontré des conflits internes, il a subi une forte répression, c’est aussi pour cela qu’il ne reviendra pas sous la même forme. Des « gilets jaunes » peuvent se remobiliser, mais ce sera un autre mouvement.
« Bloquons tout » avait fait long feu, il y a un an…
Tout à fait, tous les ans, j’ai des échanges avec des journalistes qui me demandent si le mouvement des « gilets jaunes » va revenir, souvent à l’automne, parce que le pouvoir d’achat est toujours faible, le prix de l’essence très fort, ce ne sont jamais les raisons qui manquent, on est dans des sociétés très inégalitaires, mais ça ne fait pas forcément une mobilisation. Avec « Bloquons tout », il y avait les mêmes enjeux. Le mouvement lycéen, ce n’est pas tout à fait la même sociologie, pas les mêmes profils, pas tout à fait les mêmes revendications, c’est aussi un mouvement qui est un peu plus homogène idéologiquement.
Mais il y a parfois des désectorisations.
Oui, c’est ce qui peut contribuer à ce qu’un mouvement devienne très important, l’idée que des gens issus de milieux très différents vont se mobiliser ensemble ou côte à côte. En 1968, il ya eu d’abord les étudiants, plutôt de la classe moyenne, puis une énorme mobilisation ouvrière. C’est l’enjeu souvent de la convergence des luttes, que les gens puissent se retrouver sur des modes d’action qui sont les mêmes, avec des intérêts au moins compatibles. Est-ce que cela aura lieu ? Je n’en sais rien. Mais le mouvement des lycéens rejoint une partie des revendications portées par d’autres secteurs sociaux, notamment la demande de l’intervention de l’État, de plus de budget, du maintien des services publics et de la réduction des inégalités. Il y a aussi un ancrage dans des va-leurs, des discours de l’univers de la gauche, avec un positionnement antifasciste.
Le mouvement lycéen a été émaillé de violences, d’accusations d’un recours à la force disproportionné pour le maintien de l’ordre, sont-elles équivalentes ce qu’on a pu connaître lors de la crise des « gilets jaunes » ?
On peut l’inscrire dans une forme de continuité. On note une évolution, sur les dernières décennies, vers des formes de brutalisation du maintien de l’ordre. Cela s’applique d’abord aux émeutes de banlieue en 2005, puis lors des manifestations contre la loi travail à partir de 2016. C’est un choix politique et c’est lié aussi aux réformes, à l’organisation de la police, dans les années 2000, il y a des restrictions budgétaires, la mise en place de la politique du chiffre, une diminution de moyens, on n’a pas assez d’effectifs, donc on va avoir recours à des unités qui ne sont pas formées au maintien de l’ordre. La doctrine traditionnelle, c’était de maintenir à distance, alors que la Bac, sa mission, c’est de faire du « saute dessus » et des interpellations. Il y a aussi l’usage d’armes qui produisent des mutilations, c’est lié à des choix répressifs, avec une culture gouvernementale qui est d’illégitimer les mouvements sociaux et focaliser l’attention médiatique sur les violences manifestantes, plutôt que sur les revendications, ça c’est très classique. Le Monde a comparé le nombre de gardes à vue (7950 au 13 octobre, NDLR), sur une durée à peu près similaire, il y en a eu davantage dans le mouvement des lycéens que pour les « gilets jaunes ». Il y a aussi un usage de l’appareil judiciaire, on l’a vu avec les « gilets jaunes », il y a eu beaucoup de comparutions immédiates.
Les mouvements qui surgissent ainsi en dehors du cadre syndical sont-ils, dans le même temps, devenus plus violents ?
La domination du champ de la protestation par le mouvement syndical a été très importante jusqu’à la première moitié du XXe siècle. Dans les années 60, les mouvements féministes, environnementaux sortent du cadre syndical, puis les altermondialistes à la fin des années 90, début des années 2000. Ensuite, tous les mouvements post-2008 qui suivent la crise économique et sont plutôt, en Europe et aux Etats-Unis, des mobilisations citoyennes d’occupation de l’espace public (Occupy, les Indignés, Nuit debout, « gilets jaunes »). Ce sont des mouvements effectivement difficiles à gérer parce qu’ils sont très horizontaux. Ils gagnent souvent en violence, en radicalité, en interaction avec l’attitude des gouvernements. Or il y a une doctrine qui a été suivie par pas mal de gouvernements ces dernières années, qui est plutôt de ne pas donner satisfaction aux revendications, ça contribue à ringardiser la manif. C’était l’objectif, que les gens se disent que manifester, ça ne sert à rien, mais ça produit aussi des recours à la désobéissance civile ou à la violence. Le mouvement des « gilets jaunes », sil fait référence, c’est aussi parce que les gens ont l’impression qu’il a obtenu des choses. Le gouvernement, pour le mouvement lycéen, a mis du temps à répondre aux revendications. En général, soit ça essouffle le mouvement, soit ça produit une montée en radicalité ou une expansion.
Recueilli par Manuel Cudel (L’Indépendant, le 16 octobre 2026)
Les menaces sur le site ferroviaire de Cerbère et ses 37 emplois se précisent, les syndicats ne lâchent pas l’affaire (L’Indep)
Les syndicats français et espagnols se sont réunis ce jeudi 15 octobre à Cerbère pour réclamer le maintien du site de fret ferroviaire frontalier. L’actuel gestionnaire du chantier envisage de licencier ses 37 salariés locaux dans le cadre d’un plan social qui vient d’être signé, mais que la direction du travail doit encore valider.
La menace se précise. Selon les délégués syndicaux de DB Cargo Iberia Axle Change, ce mardi 13 octobre 2026, les négociations autour du plan social que l’entreprise a lancé sur son site ferroviaire de Cerbère ont abouti à une signature. Il appartient désormais à la direction du travail de valider ou non le projet. Celui-ci prévoit le licenciement des 37 salariés qui procèdent au changement d’essieux des trains de marchandises transitant entre la France et l’Espagne. Une opération rendue obligatoire par la différence d’espacement des rails entre les réseaux des deux pays.
C’est dans ce contexte que le Conseil syndical transfrontalier (Csir) Pyrénées-Méditerranée, qui regroupe huit syndicats français et espagnols, a organisé ce jeudi 15 octobre à Cerbère un rassemblement de soutien suivi d’une réunion destinée à présenter les enjeux du dossier. Alors qu’en parallèle, cinq entreprises auraient répondu à l’appel à manifestation d’intérêt que la SNCF a lancé pour tenter de trouver un repreneur à l’espace industriel. Nul ne peut cependant dire pour l’instant si ces sociétés iront jusqu’au bout, ni en quoi consiste exactement leur projet.
« Bien que DB Cargo Iberia, à qui appartient le site de Transfesa, soit une entreprise de droit privé, on considère qu’elle assure un service public », souligne le responsable transports du Csir, Pierre Place, de la CGT. « Si la fermeture du site était actée, ce serait inacceptable. L’Espagne a annoncé au mois d’août à la Commission européenne qu’elle garderait 70 % de son réseau à l’écartement ibérique. La seule solution, c’est de passer par les équipements de Transfesa. Par ailleurs, le système de levage peut également servir à faire de la maintenance. »
À l’instar de Pierre Place, Jean-François Virama et Pierre Grousset, de l’Unsa, craignent l’impact de la fermeture du site ferroviaire sur l’autoroute A9/AP7 et le village de Cerbère. « Il y a déjà 14 000 camions par jour qui passent au Perthus. Au-delà de l’aspect humain, si le fret s’arrête sur cette ligne, l’autoroute va être saturée, alertent-ils. Et derrière les emplois supprimés, il y a des familles. La fermeture de Transfesa impacterait l’école, la vie sociale et les commerces de Cerbère. »
De leur côté, les délégués syndicaux de DB Cargo Iberia Axle Change, Antoine Calero (FO), et Sébastien Auzou (CFTC), font grise mine. « Ici, c’est un cimetière de wagons, déplorent-ils. Le site devrait fermer entre le 31 octobre et le 31 décembre. Tout le monde va être licencié. Le trafic a d’ores et déjà été détourné sur Hendaye. Nous sommes en train de dépolluer le site. »
Concernant l’appel à manifestation d’intérêt, les syndicalistes soulignent que « même si une société était retenue, elle ne serait pas obligée de reprendre le personnel ».
Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 16 octobre 2026)
Lettre d’information du groupe CRCE.K au Sénat (n° du 15 octobre 2026)
« Aucune grenade assourdissante ne pourra étouffer le tumulte d’une jeunesse privée d’espérance »
Question d’actualité au Gouvernement
Le sang des guerres, la sueur des canicules et les larmes de Parcoursup, voilà l’avenir destiné à notre jeunesse.
Aucune violence n’est acceptable, d’où qu’elle vienne. Mais aucune grenade assourdissante ne pourra étouffer le tumulte d’une jeunesse privée d’espérance.
Ces lycéens, que l’on (…)
—> Lire l’intervention de Pierre Ouzoulias
« Nous, sénatrices et sénateurs du groupe CRCE-K… »
Élections sénatoriales : Déclaration politique des groupes 2026-2029
Depuis des décennies, la France traverse une crise économique, sociale, écologique et démocratique profonde qui ne cesse de s’aggraver.
Aux promesses non tenues et aux espoirs déçus se sont en effet succédés ces dernières années des choix politiques néfastes et agressifs, contraires aux (…)
—> Lire l’intervention
Face à l’extrême droite, nous appelons les sénatrices et les sénateurs à ne rien céder
Communiqué de presse des 3 groupes de gauche au Sénat
Les trois groupes de gauche et écologiste au Sénat appellent à combattre le nouveau groupe d’extrême droite désormais constitué « sur le fond comme sur la forme, dans le débat d’idées comme dans l’organisation de nos travaux ».
—> Lire l’intervention
Finances des communes rurales : desserrer l’étau !
Proposition de loi créant une dérogation à la participation minimale pour la maîtrise d’ouvrage pour les communes rurales
Voilà deux ans et demi, en première lecture, nous alertions sur la dégradation des finances publiques locales et la situation des communes.
Peu de temps auparavant, le groupe CRCE-K demandait une exonération totale de participation financière pour les communes rurales désireuses de rénover (…)
—> Lire l’intervention de Marie-Claude Varaillas
Prescription pénale : attention aux réponses législatives de circonstance
Proposition de loi réformant la prescription de l’action publique en matière criminelle et actualisant la notion d’obstacle insurmontable
Ce texte réforme l’action publique en matière criminelle en actualisant la notion d’obstacle insurmontable.
Le revirement du rapporteur pour sauver ce texte montre combien la version initiale n’était pas juridiquement cohérente. Elle aurait conduit à créer une imprescriptibilité de fait en (…)
—> Lire l’intervention de Cécile Cukierman
Radio : la transition numérique ne doit laisser personne sur le bord de la route
Proposition de loi relative à la modernisation de la radio
À l’heure où l’information circule de plus en plus par les plateformes numériques, où les algorithmes déterminent ce que nous voyons ou entendons, ne sous-estimons pas l’importance de la radio, média gratuit, accessible à toutes et tous. Elle accompagne près de 40 millions d’auditeurs en France. (…)
—> Lire l’intervention de Jérémy Bacchi
Médecine nucléaire : l’espoir thérapeutique ne doit pas être un privilège
Proposition de loi visant à accélérer le développement de la médecine nucléaire thérapeutique en oncologie
Selon Santé publique France, le nombre de nouveaux cas de cancer a doublé entre 1990 et 2024. Nos pensées vont aux personnes touchées. Nous avons toutes et tous dans notre entourage un frère ou une soeur, un ami ou un parent concerné.
La RIV fait ses preuves depuis plusieurs années. C’est une (…)
—> Lire l’intervention de Cathy Pourceau-Poly
Pénuries de médicaments : moins de contraintes pour l’industrie, moins de garanties pour les patients
Proposition de loi révisant le dispositif des stocks de sécurité des médicaments
Dans le texte initial, la dérogation était prévue sur simple notification, sans justification ; la commission a encadré le dispositif, mais nous ne pouvons nous en satisfaire.
Les ruptures d’approvisionnement entraînent des pertes de chances pour les patients. Ainsi de la nitrendipine, (…)
—> Lire l’intervention de Céline Brulin
De la désindustrialisation à l’extrême droite : l’Europe doit changer de cap
Débat préalable au Conseil européen des 15 et 16 octobre 2026
Le 6 septembre dernier, l’AfD a obtenu 44 % des voix dans le Landtag de Saxe-Anhalt. Ce parti occupe la première place des intentions de vote pour les élections fédérales, très loin devant les partis traditionnels.
Cela doit nous alerter, tant son programme politique radical est antithétique (…)
—> Lire l’intervention de Pierre Ouzoulias
Pas de raccourci numérique face au manque de moyens humains
Proposition de loi visant à dématérialiser l’état civil des bénéficiaires de la protection internationale
Obtenir un acte de naissance, de mariage ou autre, n’est jamais une simple formalité administrative. Pour ceux qui ont dû fuir leur pays, ces documents sont indispensables ; ils constituent une première étape pour retrouver la stabilité.
Or leur délai de reconstitution par l’Ofpra peut (…)
—> Lire l’intervention de Marianne Margaté
Les autres interventions
Les questions écrites :
Il faut confirmer la légitimité des organisations historiques validées par l’État
Institutions, élus et collectivités – Application restrictive de la réforme de la fiscalité énergétique du 1e janvier 2023 – par Marianne Margaté – 14 oct. 2026
Les questions écrites :
Remédier aux dérives documentées du système d’alternance
Éducation et recherche – Difficultés croissantes des jeunes à trouver une alternance – par Marianne Margaté – 14 oct. 2026
Les questions écrites :
L’humanité a besoin de transformer les épées en charrues pas de transformer les trains en chars
Industrie – Cession par Alstom de son site de Kassel (Allemagne) – par Marianne Margaté – 9 oct. 2026
Les questions écrites :
Contrecarrer une censure économique de fait
Culture et médias – Conditions d’envoi de publications de presse vers les États-Unis – par Marianne Margaté – 9 oct. 2026
L’édito du Travailleur Catalan par René Granmont. La lutte continue…
Avec près de 480 000 manifestants mardi 13 octobre, l’essoufflement du mouvement des lycéens et des étudiants attendu par Matignon n’a pas eu lieu. Ils continuent de demander des heures de cours, de meilleures conditions de travail, des locaux dignes de la sixième puissance mondiale, la fin de Parcoursup, ce système de sélection opaque transformé en loterie anxiogène.
À l’aide d’une répression policière d’un niveau rarement atteint contre des jeunes, à coups de matraquages médiatiques, à coups de fausses concertations et de promesses plus vides les unes que les autres, le gouvernement aura tout tenté pour étouffer ce mouvement qui combat les inégalités, le dynamitage des contenus et l’idéologie néolibérale du « marché scolaire ». Mais, son coup a manqué : les enseignants qui retrouvent dans les demandes lycéennes leurs propres revendications, les parents qui veulent protéger leurs enfants, les syndicats qui combattent la même politique austéritaire sont descendus dans la rue aux côtés d’une jeunesse qui ne s’en laisse plus compter. Car les jeunes ne sont pas les seules victimes de la politique mise en œuvre par les gouvernements depuis des années. De toutes parts résonne le fracas d’une société qui craque : pompiers désarmés devant les flammes, soignants débordés dans des urgences saturées, collectivités locales mises à la diète, recherche scientifique asphyxiée, transition environnementale sacrifiées. Nos infrastructures cèdent : établissements scolaires délabrés, routes dégradées, rail accumulant les retards, justice exsangue… La pauvreté ne cesse de s’accroitre : salaires de misère, loyers inabordables, hausse de l’énergie et des carburants…
Tout ceci est imposé au nom d’une dette brandie comme un totem pour faire accepter tous les sacrifices aux travailleurs, aux retraités, aux chômeurs, pendant que les parasites du dividende engrangent plus de 60 milliards d’euros. Pendant que rien n’est demandé aux privilégiés de la fortune, à ces 500 plus grandes fortunes de France dont le patrimoine culmine à 1 076 milliards d’euros –égal au tiers du PIB du pays–. Cette insolente accumulation est le fruit d’une exploitation forcenée du travail, du pillage des ressources et d’exonérations fiscales massives.
C’est parce que les richesses s’accumulent à un pôle de la société que l’immense majorité bascule dans l’incertitude du lendemain. Ce divorce entre ceux qui produisent la richesse et ceux qui la confisquent n’est plus seulement une injustice économique, c’est une violence de classe, un étouffement démocratique.
Face à cette entreprise de démolition sociale, l’heure est aujourd’hui à la lutte.
À l’image de cette jeunesse qui n’entend pas abandonner son combat.
Et cela dès le 17 octobre prochain…








