Rivomala Rakotondravelo. « C’est un mépris à l’égard de la population de Mayotte » (La Marseillaise)

Rivomala Rakotondravelo, secrétaire départemental de la FSU-SNUIPP Mayotte, est sorti de garde-à-vue ce jeudi matin, après avoir été interpellé la vieille lors d’un rassemblement intersyndical à l’occasion de la visite du Premier ministre Sébastien Lecornu dans la capitale mahoraise.

La Marseillaise : Vous avez passé la nuit au commissariat de Mamoudzou où vous étiez placé en garde-à-vue après un rassemblement intersyndical. Que s’est-il passé ?

Rivomala Rakotondravelo : Les forces de l’ordre ne voulaient pas que le Premier ministre nous voit. Nous avions une audience prévue le lendemain avec ses conseillers mais rien n’interdit qu’il y ait des banderoles, des drapeaux ou un attroupement sur son passage. Nous avions fait les démarches, dans les règles et dans les temps. D’habitude, si ça ne convient pas, on nous appelle et on essaie de trouver une autre organisation, ça n’a pas été le cas. Ils nous ont déplacés une première fois, en nous soulevant. Quelques minutes après ils nous ont demandé que l’on se pousse à nouveau, on a refusé. J’ai dit aux copains « on ne recule pas ». À un moment j’ai entendu un ordre « lui, vous l’interpellez », j’ai été menotté et une fois arrivé au commissariat on m’a dit que j’avais agressé un policier. Je suis ressorti libre, j’attends de savoir si le gendarme en question a déposé plainte. Dès ma sortie, je suis reparti en manif’.

La Marseillaise : Que dire sur ces méthodes ?

Rivomala Rakotondravelo : C’est ce gouvernement. Nous avions reçu élisabeth Borne, et si je n’ai aucune considération pour cette dame-là, elle était venue, il y avait un millier de personnes dans la rue et tout s’est bien passé. Il n’y a pas eu d’escarmouches. D’autres ministres sont venus après et nous avions pu discuter, il n’y a pas eu de bousculades. Cette fois-ci, c’était très différent. M. Lecornu est venu avec son équipe de Paris et Mayotte avait l’obligation de suivre. Ou pas.

De toute façon, ils n’ont rien à dire. Il vaut mieux pour eux qu’on se taise et donc ils ne sont pas obligés de répondre. Ce jeudi s’est tenue une audience avec des conseillers du Premier ministre. On a tout fait pour que ça n’ait pas lieu comme ils le souhaitaient. On avait demandé une audience avec Sébastien Lecornu ou, au moins, un des ministres, vu qu’ils étaient six, il y avait l’embarras du choix ! Mais on n’a vu personne.

La Marseillaise : Quelles étaient vos revendications ?

Rivomala Rakotondravelo : On avait juste demandé qu’ils ouvrent des négociations pour l’augmentation de l’indexation des salaires et de renégocier la question de la convergence sociale. Mais ils n’avaient rien sous la dent. Le gouvernement pensait que nous applaudirions la foultitude de ministres en visite sur l’île…

La Marseillaise : La rentrée des classes reste marquée par le passage du cyclone Chido en décembre 2024. Quel est l’état des écoles ?

Rivomala Rakotondravelo : Il n’y a pas eu beaucoup de réparations. Si on était tatillon, on dirait qu’a minima 40 % des écoles devaient fermer, mais en réalité c’est toutes les écoles. Depuis le passage du cyclone, les normes de sécurité ne sont pas respectées. Quelques écoles n’ont toujours pas été réparées, si bien que ça génère des fonctionnements atypiques, comme, par exemple, un établissement qui accueille trois écoles. Avant Chido, on était à 50 % de rotation. Là, on est actuellement entre 65 et 70 %. Le système scolaire fonctionnait de façon dégradée avant ce drame. Nous avions beaucoup de retard. Le rectorat dit qu’il nous faudrait 1 700 nouvelles salles de classe pour pouvoir normaliser la situation. Nous ne contestons pas ces chiffres mais je pense que ça peut être bien plus.

La Marseillaise : Sébastien Lecornu, Édouard Philippe et Marine Le Pen ciblent l’immigration clandestine à Mayotte et occultent le reste ?

Rivomala Rakotondravelo : Contrairement aux autres départements d’Outre-Mer, nous sommes un peu plus résilients, un peu plus accueillants et, un peu plus naïfs. Quand ils viennent ici, c’est pour redorer leur image. Sébastien Lecornu s’est rendu dans les Landes, ça a pété là-bas, et donc après ça, il vient à Mayotte. La question de l’immigration est tellement poussée ici que c’est du lait pour Marine Le Pen. Les gens ici ne sont pas foncièrement racistes, non. C’est qu’il y a des difficultés et des problèmes non gérés.

La Marseillaise : Comment jugez-vous l’attitude du gouvernement vis-à-vis des syndicats et de la population mahoraise dans sa globalité ?

Rivomala Rakotondravelo : C’est un mépris à l’égard des Mahorais, de la population qui vit à Mayotte. Il y a toujours eu un autre regard, historique de la France sur les Outre-Mer, mais Mayotte a l’outrecuidance, on va dire, d’être à 90 % musulmane.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 28 août 2026)

Le billet d’Yvon Huet. Si tu lis Bert, t’as rien !

Qui n’a pas eu dans sa famille ou ses relations un anarchiste « de droite » heureux de surfer au-dessus des convenances tout en ayant un portrait du Maréchal Pétain dans son couloir ? Moi, j’ai connu. C’était hier, mais ça recommence de plus belle. C’est bien cette tendance qui, actuellement, fait un carton dans de nombreuses chaumières, à droite comme à l’extrême droite certes, mais bien au-delà.

Au nom de la liberté, les fans d’un capitalisme « populaire » où toutes les barrières sont franchies pour remettre en cause l’État de droit au profit d’un état de profitabilité maximale ouvert à toutes les opportunités pour s’enrichir sur le dos des autres, avec le mot qui tue, « que le meilleur gagne », sont en ordre de marche sur notre planète. Ils ont marqué des points partout, en Amérique latine, aux USA, en Europe et en Asie. Ils sont soutenus par les plus puissants de la classe dominante mondiale, Elon Musk en tête. Ils soutiennent toutes les formes de pouvoir autocratique, les chasseurs de pauvres, de migrants et de partisans de la démocratie sociale, collés au mur pour « intelligence avec l’ennemi ». Qui, le communisme évidemment. Cette incitation à la peur du communisme qui avait fait des ravages dès 1945 aux débuts de la guerre froide est revenue sur le plateau des mises en scènes, Donald Trump en étant un chef d’orchestre parmi d’autres.

Contre cette tendance qui s’est imprégnée des pertes de repère que nous vivons actuellement, il va sans dire que ce n’est pas avec des pâquerettes qu’il faudra lutter mais dans l’action sociale et dans le combat politique le plus claire et offensif possible pour donner à la démarche alternative à gauche un nouvel élan. C’est dans ce sens que j’ai compris le discours de Fabien Roussel qui, si les communistes le permettent par leur vote, devra investir cette maudite élection présidentielle que nous n’aimons pas certes, mais qu’il faut bien affronter pour ne pas tomber dans le piège des « bonnes intention » de discussions de comptoir désespérées…

En ce début septembre, il faudra faire un choix. On en connaît le risque. Mais qui ne prend pas de risque sera certainement cloqué par les libertariens qui, comme les méduses, sont capables de brûler n’importe qui… Le mythe de l’unité pour l’unité ne sert à rien. C’est l’addition des forces qui devra recréer l’espoir à gauche, pas le repli sur une injonction d’urgence, d’où qu’elle vienne qui, loin de faire peur aux libertariens, ne peut que lui donner du grain à moudre.

Yvon Huet

L’édito du webzine. « Une France verte, libre et indépendante »

Ce week-end, lors de l’université d’été du PCF à Toulouse, Fabien Roussel a sonné la mobilisation communiste. Devant plus d’un millier de militants réunis, le secrétaire national du PCF a martelé le projet des communistes.

Il s’agit de constreuire une révolution sociale et écologique pour 2027, tout en lançant un défi à la gauche française : « Choisissez votre chemin. » Derrière les discours, c’est une question qui obsède : comment éviter le piège du Rassemblement National (RN), déjà aux manettes dans plusieurs villes ?

Là où le RN gère les affaires, le RN frappe les pauvres, les syndicats, les opposants. La gauche doit se réveiller. À huit mois de la présidentielle, l’urgence est de taille. Si on veut contrer le RN, il faut savoir parler au monde du travail, savoir parler à la jeunesse.

Être à l’offensive

Dans son discours de clôture de l’université d’été, Fabien Roussel a balayé les doutes. « Nous ne sommes pas là pour nous excuser d’être communistes, mais pour prendre le pouvoir », a-t-il tonné, visant les « ruines sociales » laissées par Macron. Le programme des communistes ? Une France « verte, respirable, indépendante », avec des salaires plutôt que des allocations, une France rompant avec l’Europe fédérale.

Sur la forme, le secrétaire national du PCF assume : « Chez nous, c’est carré… avec la démocratie en plus ». Le 6 septembre, le résultat du vote des communistes pourra officialiser la candidature de Fabien Roussel. « Aux autres de choisir leur chemin ». La gauche doit « parler programme ».

Dominique Gerbault

Communiqué de presse de la CGT. Limiter l’indexation des pensions de retraites sur l’inflation : c’est non !

L’approche des discussions budgétaires pour 2027 est l’occasion pour le gouvernement d’agiter un nouveau chiffon rouge : il menace de limiter l’indexation des pensions des retraité·es aisé·es sur l’inflation. En clair, c’est une baisse des pensions de retraite, en commençant par « les plus hautes », en réalité celles situées au-dessus de la moyenne, déjà basse. Le ministre de l’Economie Roland Lescure veut ainsi ouvrir une brèche et éviter à tout prix d’aller chercher l’argent dans les caisses du patronat et des grandes fortunes.

Au lieu de faire les poches des salarié·es et des retraité·es, le gouvernement doit répondre aux besoins sociaux et environnementaux. L’urgence, c’est de rétablir la retraite à 60 ans et d’abroger la réforme des retraites 2023, toujours rejetée par deux tiers des Français·es. L’urgence, c’est d’augmenter les pensions de retraites dont la moyenne s’élève à 1 705 euros bruts, hors paiement de la CSG. C’est aussi de lutter contre les inégalités systémiques de salaires et donc de pensions entre les femmes et les hommes : elles touchent en moyenne des pensions inférieures de 36% à celles des hommes.

Plutôt que d’agiter la menace de la dette, le gouvernement doit arrêter la distribution d’aides aux grandes entreprises, attribuées sans aucune contrepartie. Ce ne sont pas les coupes budgétaires dans les services publics ou le gel du point d’indice et des pensions qui rempliront les caisses publiques. La CGT exige par exemple la fin des exonérations et exemptions de cotisations dites « patronales » qui font perdre des recettes considérables au système solidaire de Sécurité sociale.

Alors que le gouvernement veut poursuivre une politique de casse des solidarités, la CGT revendique au contraire une autre répartition des richesses : par l’investissement massif dans les services publics, dans les moyens humains et matériels pour faire face à la hausse des besoins, au changement climatique, aux crises qui se multiplient, par la hausse des salaires, du point d’indice et des pensions de retraite.

La CGT travaillera à construire les mobilisations nécessaires, notamment contre les attaques portant sur le niveau des pensions, et à gagner sur toutes ses revendications.

Montreuil, le 17 août 2026

Guillaume Roubaud-Quashie : « L’Université d’été du PCF, pour aborder cette année avec ambition » (La Marseillaise)

Guillaume Roubaud-Quashie, directeur de l’Université d’été du PCF et membre du Conseil national présente l’événement qui débute ce vendredi à Toulouse.

La Marseillaise : Quels seront les temps forts de cette université d’été du PCF à Toulouse ?

Guillaume Roubaud-Quashie : C’est une université un peu particulière parce qu’elle arrive juste après le 40e Congrès du Parti Communiste. C’est, pour nous, le premier événement public majeur, important, national, depuis. Il s’inscrit dans un contexte bien connu, qui est celui, du macronisme finissant mais qui n’est pas encore parti puisqu’ils sont dans la préparation d’un prochain budget et envoient des signaux assez inquiétants. Parmi les temps forts de cette année, on a voulu donner une place importante aux enjeux climatiques et environnementaux. Cela se traduira notamment par la présence dès l’ouverture d’un responsable syndical des Sdis. On a aussi voulu apporter un éclairage particulier sur la question des enjeux de l’intelligence artificielle. On aura toute une série de rendez-vous autour des questions internationales, avec le retour de la délégation du PCF qui s’est rendue au Proche-Orient, un temps fort aussi autour de Cuba face au danger trumpiste qui ne cesse de grandir, et une séquence consacrée à l’évolution de la domination états-unienne dans la période. Dans les temps forts politiques, Fabien Roussel donnera son allocution de rentrée ce samedi soir, un débat est organisé dimanche entre Léon Deffontaines et le Haut-Commissaire à la Stratégie et au Plan Clément Beaune sur la question de la planification démocratique. Nous avons également organisé une rencontre entre les différentes formations politiques de gauche, avec socialistes, écologistes, insoumis et communistes bien sûr, ainsi qu’une rencontre avec le monde du travail, en présence de Caroline Chevé secrétaire générale de la FSU et Fabienne Rouchy, secrétaire confédérale de la CGT.

La Marseillaise : Vous prendrez part à une conférence intitulée « Antifascisme et politique de masse », pouvez-vous la présenter ?

Guillaume Roubaud-Quashie : C’est une thématique qui est importante pour nous parce qu’il y a la question de la nature de la menace d’extrême droite qui est devant nous et beaucoup d’ateliers seront consacrés à cette question, avec, notamment, Bernard Pudal qui a sorti un livre très important sur le sujet. On a voulu construire avec la jeunesse communiste un projet d’échange qui marie leurs réflexions en cours d’un côté, et de l’autre, un ancrage historique. C’est à ce titre-là que je vais intervenir dans cet atelier, parce que cette question de l’extrême droite, il faut évidemment la regarder à la lumière précise du présent, mais elle n’est pas neuve. On a déjà été confrontés à cette question et à des moments d’affirmation de l’extrême droite, et il y a eu des réponses des communistes dont on peut juger qu’elles sont adaptées pour le présent, qu’elles ne le sont plus, qu’elles l’ont été, qu’elles n’ont pas été, peu importe. En tout cas l’idée est de proposer aux communistes de ne pas réfléchir comme si rien n’avait jamais été pensé et tenté par le passé, si je puis dire. Le propos qui sera le mien sera surtout centré sur les réflexions et les expériences des communistes dans les années 1930, au moment où justement l’extrême droite en France était aux portes du pouvoir. Et, finalement, il faudra la victoire de Hitler pour que l’extrême droite, qui a cessé de progresser et n’avait pas réussi à obtenir le pouvoir, l’obtienne dans le bagage de l’armée nazie par ce rapport de force là. Donc l’idée c’est de voir un petit peu des éléments de réflexion et de parallèles avec aujourd’hui.

La Marseillaise : Pourquoi ce moment est-il important pour le parti, les militants, les cadres et les élus ?

Guillaume Roubaud-Quashie : C’est-à-dire qu’on sait tous qu’on va aborder une année importante et qu’on l’aborde avec esprit d’ambition absolument, mais tout en sachant qu’elle n’est pas facile d’avance. C’est-à-dire que le pire n’est pas du tout certain mais le meilleur n’arrivera pas par hasard. Donc, si on veut que le meilleur advienne et que le pire n’advienne pas, alors, il est impératif de prendre le temps de la réflexion au-delà des postures et des pensées courtes. Il faut creuser un certain nombre de sujets sur lesquels l’université va justement travailler à la veille de cette rentrée 2026-2027.

La Marseillaise : L’allocution de Fabien Roussel est prévue ce samedi soir. Est-ce un lancement de campagne présidentielle, tout en sachant que le vote des militants pour déterminer si oui ou non il sera candidat, est attendu le 6 septembre prochain ?

G.R.-Q. : Évidemment, au Parti communiste, ce sont les adhérents qui décident de leur orientation. En même temps il est certain que le 40e Congrès, au terme d’un processus démocratique, a déjà donné une certaine orientation. Le discours de Fabien Roussel ne pourra pas être celui du candidat, puisque ça, c’est aux communistes de le décider souverainement début septembre. Néanmoins, il s’inscrira dans la perspective qui a été tracée démocratiquement par le 40e congrès. Il aura une tonalité offensive pour attaquer l’année dans le contexte présent.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 21 août 2026)