Un acte Il sous tension mais sans débordements majeurs (L’Indep)

Près de 800 000 personnes se sont mobilisées en France, selon la CGT, 410 000, selon le ministère de l’Intérieur. Des heurts entre black blocs et forces de l’ordre ont émaillé les fins de cortège dans plusieurs villes, dont Paris.

Une nouvelle journée de manifestations contre la vie chère et pour l’amélioration des conditions d’étude des lycéens et étudiants s’est déroulée globalement dans le calme samedi une semaine après les violences et les pillages survenus dans de nombreuses villes en marge des cortèges.

En fin d’après-midi, le ministère de l’Intérieur a fait état de 410 000 manifestants dans toute la France, dont 110 000 à Paris. La plupart des cortèges se sont déroulés dans le calme mais des heurts ont éclaté à la fin des rassemblements dans la plupart des grandes villes entre des black blocs et les forces de l’ordre.

La CGT avance, elle, le chiffre de 800 000 personnes dans toute la France, dont 250 000 pour le seul rassemblement à Paris. À Marseille, la préfecture comptait 17 000 personnes présentes lors de la manifestation, alors que la CGT estimait de son côté qu’il y avait environ 50 000 manifestants.

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a fait état d’un millier d’interpellations à 19h30, soit lors d’affrontements avec les forces de sécurité et d’exactions constatées en fin de cortèges, soit lors des multiples contrôles organisés sur les voies d’accès aux rassemblements, avec saisie de « matériel destiné à être utilisé comme arme par destination ». Un chiffre appelé à augmenter dans la soirée, pour laquelle l’important dispositif policier était maintenu.

« De nombreux pillages évités »

Quelque 70 000 membres des forces de sécurité intérieure, soit environ 10 000 de plus que la semaine dernière, dont des unités spécialisées comme le GIGN, la BRI et le Raid, étaient ainsi mobilisées pour l’acte Il de ce mouvement. Qui ne s’est finalement pas avéré aussi chaotique que son premier chapitre du 17 octobre. Et la préfecture de police de Paris pouvait annoncer à 20h que la manifestation dans la capitale était entièrement dispersée. Après l’évacuation des derniers belligérants du côté de la Porte de Vincennes.

« À Paris, la manifestation s’est déroulée dans le calme. Des groupes radicaux et d’ultra-gauche sont venus en fin de cortège pour attaquer le barrage de police, dont 500 casseurs déterminés à s’en prendre à la police et à faire des pillages », a expliqué Laurent Nunez. Selon qui, « dans au moins deux villes, des militants d’ultra-droite ont cherché des affrontements avec l’ultra-gauche », a-t-il précisé. Et de citer Nice et Montpellier. Car si dans leur grande majorité, les cortèges ont effectivement pu défiler dans le calme et sans incidents majeurs, c’est en fin de manifestations, au moment des dispersions, que les accrochages et confrontations les plus agitées se sont matérialisés.

Laurent Nuñez a ainsi assuré dans la soirée que, cette fois, « de nombreux pillages ont été évités. Il n’y a pas eu, grâce à l’intervention des forces de l’ordre, d’attaques dirigées, comme le 17 octobre, vers des bâtiments publics, qu’il s’agisse de mairies (…), de commissariats ». Mais « on déplore néanmoins dans certaines villes quelques dégradations ou pillages de commerces », a regretté le ministre, qui avait présenté sa démission la semaine dernière.

Il a également souligné que leur ampleur était bien moindre que lors du 17 octobre. Ces tensions en fin de cortèges et d’après-midi ont donc été observées à Paris, mais aussi à Strasbourg ou à Nantes, comme l’a constaté l’AFP, où la situation s’était rapidement tendue entre forces de l’ordre et les manifestants quand certains de ces derniers ont réussi à rallier le centre-ville, un périmètre interdit par la préfecture.

Deux blessés sérieux, à Toulouse et Poitiers

À Grenoble, en marge du cortège, des groupes de jeunes ont brisé quelques vitrines de banques ou d’agences immobilières. Les forces de l’ordre ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène, et avec des grenades assourdissantes, aux tirs de mortiers et d’autres projectiles qu’on leur opposait. D’autres tensions ont été relevées à Rennes et Clermont-Ferrand, entre autres. On signalera encore que deux blessés graves étaient à déplorer à l’issue de cette journée: un manifestant de 20 ans grièvement blessé à la main à Toulouse et un autre touché à un œil à Poitiers.

Enfin, les « gilets jaunes » ont d’ores et déjà appelé samedi à une nouvelle journée de mobilisation pour, selon leurs propres termes, « la défense des libertés publiques », qui se déroulerait le samedi 31 octobre. Avec, déjà prévus et annoncés, des rassemblements et un sit-in devant l’Assemblée nationale et les mairies françaises, afin de dénoncer ce qu’ils qualifient de « dérive autoritaire » du gouvernement.

L’Indépendant, le 25 octobre 2026

Emmanuel Négrier. « Une impasse dans laquelle se trouve Emmanuel Macron » (L’Indep)

Pour le politologue montpelliérain, « C’est grave quand un président de la République en arrive à cette difficulté de compréhension ».

Comment décryptez-vous ces derniers jours et ces dernières heures l’attitude du chef de l’État ?

C’est la démonstration d’une impasse dans laquelle se trouvent la majorité actuelle et Emmanuel Macron en particulier, qui consiste à avoir beaucoup de mal à comprendre par en haut ce qui se passe dans la société d’en bas ; ce qui se passe de la part d’adultes bien inscrits dans la société vis-à-vis de jeunes qui ont les plus grandes difficultés à s’insérer dans cette même société… Et ce qu’il s’agisse de l’énorme majorité des jeunes qui proteste dans des conditions politiquement parfaitement classiques ou de ceux qui essaient de tirer parti de ce mouvement pour le parasiter sur des objectifs opportunistes en allant casser des vitrines pour voler.

Est-ce qu’il y a encore un pilote dans l’avion au sommet de l’État ?

Non, parce que c’est persister dans une erreur aussi monumentale que d’accompagner les services de sécurité à l’opposé de la stratégie habituelle des forces de l’ordre qui s’appelait la stratégie de pacification, sur la base d’un aveu qui est celui de l’incompréhension. C’est grave quand un président de la République en arrive à cette difficulté de compréhension. La réponse qui consiste à fermer toute possibilité d’expression démocratique prend parfois des allures de ridicule. L’interdiction ce samedi 24 octobre du festival de la Soupe à Florac est totalement scandaleuse. C’est extrêmement étonnant dans un pays démocratique qui se pique d’être le pays des droits de l’homme de voir, dans une petite sous-préfecture qui n’a pas connu de manifestation le 17 octobre, interdire un festival au motif qu’il y aurait peut-être une possibilité de manifestation non autorisée. On arrive à des logiques de pays qui ne sont pas des logiques de démocraties occidentales.

N’y a-t-il pas un grand écart à reconnaître avoir mis trop peu de moyens policiers le 17 octobre et en réponse interdire massivement… Trop après le pas assez, en somme.

Cet excès dans la réponse dit bien le fait que l’exécutif est totalement désemparé. Le problème remonte à 2008 avec l’abandon de la police de proximité, dont on paye le prix très lourdement aujourd’hui. On a tourné le dos à une relation apaisée, au quotidien, entre les forces de l’ordre et les jeunes des quartiers populaires, mais on a aussi privé la police de capacités de renseignement qui lui font défaut désormais. La police, même l’armée qui viendrait avec, n’a pas la possibilité d’affronter un mouvement aussi massif, aussi composite, aussi contradictoire. Cela ne peut se faire que sur un registre d’extrême violence et je crains beaucoup une situation comme celle-là. Par hypothèse, la police arrive, avec des interdictions qui pleuvent, à condamner le mouvement social mais en apportant une réponse policière à une question politique. Ce n’est pas notre tradition démocratique. Ou alors, seconde hypothèse, les mouvements persistent, la police échoue et apporte des réponses de plus en plus violentes et de plus en plus excédées -je plains les policiers dans cette situation-là- et on bascule dans autre chose, tout ça faisant le miel d’une réponse d’extrême droite d’opportunité.

Quel message envoie cette décision d’interdictions massives du chef de l’État ?

Cela revient à dire que ce sont des groupes violents, une partie infinitésimale de ceux qui se sont manifestés, qui donnent le la du mouvement social. C’est à cette partie-là, ultra-minoritaire dans les rues, que le pouvoir répond pour ne pas répondre à l’essentiel.

Est-ce que tout cela vous semble constitutionnel ?

Je ne suis pas constitutionnaliste mais j’ai un doute raisonnable. Ce que je sais, c’est que l’utilisation de l’article 16 par le général De Gaulle dans le cadre des mouvements pendant la guerre d’Algérie avait été considérée comme extrêmement limite déjà. On avait parlé de coup d’État institutionnel. Aujourd hui, les conditions ne sont pas réunies pour un black-out total au motif qu’il y aurait des risques de violences. Nous ne sommes pas dans un contexte insurrectionnel.

Recueilli par Arnaud Boucomont (L’Indépendant, le 24 octobre 2026)

Nouvelle journée d’action ce samedi, le dispositif sécuritaire renforcé (L’Indep)

70 000 membres des forces de sécurité sont mobilisés, 10 000 de plus que la semaine dernière.

La France se préparait vendredi à une nouvelle journée de manifestations à hauts risques ce samedi, une semaine après les violences et les pillages survenus en marge de défilés pour les conditions d’enseignement détériorées et contre la vie chère, obligeant l’exécutif à un sursaut.

Comme le 17 octobre, plusieurs centaines de milliers de personnes pourraient défiler dans tout le pays, selon des prévisions non confirmées par les autorités.

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a annoncé la mobilisation de 70 000 membres des forces de sécurité intérieure – soit environ 10 000 de plus que la semaine dernière – dont des unités spécialisées comme le GIGN, la BRI et le Raid, en plus de la présence dans les gares et les aéroports de militaires du dispositif Sentinelle. « Nous serons intraitables, a-t-il dit lors d’un point de presse à son ministère. On ne laissera rien passer. » Outre les quelque 2 400 individus interpellés le 17 octobre, « près de 500 personnes » ont été arrêtées après investigations, a-t-il précisé.

Après les violences et le pillage de quelque 3 000 boutiques et magasins le 17 octobre, le chef de l’État a annoncé jeudi l’interdiction des manifestations et regroupements sans « légitimité » et des « tracés alternatifs » pour protéger les centres-villes.

À Paris, la préfecture de police a finalement interdit le parcours proposé pour ce samedi parla CGT entre Bastille et Nation après l’avoir accepté dans un premier temps. Elle propose à la place « un tracé de porte d’Italie à porte de Vincennes (…), pour une manifestation de 13h à 19h ». Le défilé proposé par les « gilets jaunes » entre Opèra et Bastille avait été interdit d’emblée.

Les musées d’Orsay, de l’Orangerie, du Louvre et Picasso seront fermés, ainsi que le Grand Palais où devait se poursuivre ce week-end la foire annuelle d’art contemporain Art Basel Paris.

Des préfectures ont interdit la tenue de manifestations à Lyon, Rouen, Le Havre, Nice, Chambéry, Le Mans ou encore Grenoble mais les choses pourraient encore évoluer en fonction des situations locales.

Le préfet des Bouches-du-Rhône a ainsi annoncé dans l’après-midi qu’il autorisait la tenue, à Marseille, d’une manifestation à l’appel de la CGT. « Chaque préfet examine de très près les manifestations déclarées ou pas », a précise Laurent Nunez. Une journée nationale de grève et de manifestations, à l’appel de l’ensemble des organisations syndicales, est prévue le 5 novembre.

Contexte tendu pour le congrès du RN à Orléans

C’est dans ce contexte tendu que le Rassemblement national, favori de l’élection présidentielle du printemps 2027, tient son congrès annuel à Orléans ce week-end. 20 000 à 30 000 opposants sont attendus, ainsi qu’un dispositif de sécurité « exceptionnel » de près de 3 000 membres des forces de l’ordre, selon le préfet du Loiret Hugues Moutouh.

La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure et le maire LFI de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko, participeront a ce rassemblement sous haute protection policière qui partira à 10h30 de la cathédrale d’Orléans.

L’Indépendant, le 24 octobre 2026

L’actu de la CGT (n° du 23 octobre 2026)

La CGT appelle à généraliser la grève le 5 novembre
Le pays traverse une crise profonde qui plonge ses racines dans la situation sociale dégradée de la majorité de la population : vie chère, salaires en berne, précarité, services publics mis à la diète, absence de perspectives pour les jeunes.
Travailleuses et travailleurs, lycéens et étudiants, retraité·es, privé·es d’emploi en ont assez.
La CGT appelle à des assemblées générales partout sur les lieux de travail pour décider de la généralisation de la grève le 5 novembre, date de la journée de grève et de manifestations décidée par l’intersyndicale interprofessionnelle et soutient les mobilisations du 24 octobre.
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Le 5 novembre, grandes grèves intersyndicales !
Avec les projets de budget pour 2027, le Gouvernement veut encore faire payer les salarié·es, les retraité·es, et les malades, plutôt que les grandes entreprises et les ultra-riches.
Le 5 novembre, grandes grèves intersyndicales dans tout le pays !
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Visuels « Tout augmente, sauf mon salaire »
En préparation de la grève et des manifestations du 5 novembre 2026, une série de visuels réseaux sociaux et de pancartes à imprimer pour les cortèges.
​Visuels et pancartes
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28e régime : la promotion inacceptable du dumping social et de l’évitement fiscal
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Actualités

Le 25 novembre, contre les violences sexistes et sexuelles
Contre les violences sexistes et sexuelles : au travail et dans la vie, faisons grandir la mobilisation le 25 novembre.
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[ Tract ] Pour gagner des augmentations de salaire, se présenter avec la CGT !
En France, les salaires n’augmentent pas suffisamment pour faire face à la hausse des prix. Mais les études scientifiques le montrent : là où un syndicat est présent et permet aux salarié·es de s’organiser et de se mobiliser collectivement, ils et elles gagnent des augmentations de salaire, d’autant plus quand la CGT est présente.
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Enquête : Le travail empêché des agent·es public·ques
Constitué d’agent·es engagé·es pour retrouver le sens qui fonde le service public et ses missions au quotidien, le collectif « Nos services publics » vient de publier un rapport sur le vécu des agent·es au travail. Mal-être, dégradation des conditions de travail… le constat est sans appel.
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Communiqués de presse

Budget 2027 : Face à la colère sociale, le gouvernement s’entête dans l’austérité
Alors que la jeunesse est descendue massivement dans la rue le 17 octobre, avec les travailleuses et travailleurs, provoquant un immense mouvement de contestation générale contre la dégradation des services publics, des conditions d’études, de la vie chère et de l’injustice fiscale et sociale, le gouvernement s’obstine à défendre un projet budgétaire austéritaire qui fera payer la crise aux plus modestes, aux malades, aux retraités, aux familles et aux services publics sans jamais songer à chercher l’argent là où il est.
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Le gouvernement s’acharne à faire les poches de l’assurance chômage : une menace pour les droits
Le gouvernement Lecornu annonce qu’il veut à nouveau ponctionner, par décret, les caisses de l’Unedic, organisme gérant l’assurance chômage pour le budget 2027 : 2 milliards seraient ainsi captés sur la collecte des contributions de l’ordre de 48 milliards. Cette ponction prolonge le hold-up de 12 milliards opéré les quatre dernières années de 2023 à 2026.
—> Lire le communiqué

Élections fonction publique du 3 au 10 décembre
—> En savoir plus

Les élections fonction publique auront lieu du 3 au 10 décembre 2026.
La CGT a mis en place un site pour accéder à l’ensemble des informations sur la campagne et à vos droits.
Élections fonction publique : accéder au site Je vote CGT
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Lettre d’information du groupe CRCE.K au Sénat (n° du 23 octobre 2026)

« Allez-vous entendre cette colère ? »
Mobilisation du 17 octobre
La France est en colère et nous le sommes avec elle, face aux pillages, aux saccages, aux destructions de bâtiments publics de ce week-end. Rien ne doit justifier de tels actes, qui doivent être sanctionnés.
Mais nous sommes aussi en colère face à un gouvernement sourd à la colère sociale qui (…)
—> Lire l’intervention de Cécile Cukierman

Encadrer les loyers, c’est agir
Retrouver la confiance et l’équilibre dans les rapports locatifs
L’encadrement des loyers est un enjeu social : nos métropoles doivent-elles être réservées aux plus privilégiés ou ceux qui y travaillent ont-ils le droit d’y vivre aussi ?
Notre conviction, c’est que l’encadrement des loyers contribue à ce qu’ils le puissent : il doit donc être pérennisé. (…)
—> Lire l’intervention Ian Brossat

On ne sauvera pas la planète en donnant un prix à la pollution
Ratification de l’accord de passation conjointe de marché
Peut-on répondre à l’urgence climatique en faisant du droit de polluer une marchandise ? Le MACF donne un prix au carbone pour orienter les comportements économiques ; nous confions au marché une place centrale en matière de régulation de la pollution.
Le temps de l’écologie n’est pas celui (…)
—> Lire l’intervention de Marianne Margaté

Code noir abrogé, un symbole et un signal
Proposition de loi d’abrogation du « code noir »
Abroger les « codes noirs » est symbolique, mais c’est aussi une impérieuse nécessité.
Chaque « code noir » a été pensé pour assurer la stabilité et la rentabilité d’une économie esclavagiste organisée autour de la destruction de populations et cultures non occidentales.
Derrière moi trône (…)
—> Lire l’intervention de Michelle Gréaume

La solidarité nationale ne doit pas devenir une rente pour les assurances
Reconnaître une politique nationale d’adaptation au changement climatique et à adapter les mécanismes d’assurance
« La Nation proclame la solidarité et l’égalité de tous les Français devant les charges qui résultent des calamités nationales » : à l’heure du dérèglement climatique, ce principe du préambule de la Constitution de 1946 sonne moins comme une garantie que comme une promesse qui peine à être (…)
—> Lire l’intervention de Pierre Barros

Ingérence étrangère : passons un pacte démocratique
Lutte contre les ingérences étrangères dans la vie démocratique
Lutter contre les ingérences étrangères est une exigence pour continuer à faire vivre les valeurs de notre démocratie. Il s’agit de garantir autant que possible la sincérité des campagnes et des scrutins.
Reste que je ne suis pas sûre que ce texte ait quelque influence – sans mauvais jeu de (…)
—> Lire l’intervention de Cécile Cukierman

Ne vidons pas de sa substance le droit des Ultramarins à se soigner
Égalité d’accès aux soins des Ultramarins sur l’ensemble du territoire national
Nous faisons un triste constat : certains citoyens français d’outre-mer ne peuvent accéder à la santé dans les mêmes conditions que leurs concitoyens de l’Hexagone.
Certaines collectivités disposent d’un statut particulier et gèrent leur régime de sécurité sociale en autonomie : la Polynésie, (…)
—> Lire l’intervention de Silvana Silvani

La justice ne doit plus faire subir aux victimes une seconde peine
Garantir la protection effective des victimes de violences sexistes et sexuelles
Trop longtemps, la victime a occupé une place secondaire dans la procédure pénale. Ce texte rappelle les devoirs de l’institution judiciaire envers les victimes.
Nous espérons qu’il fera reculer la victimisation secondaire, qui a coûté la vie à Yanis. Trop souvent, la démarche engagée pour (…)
—> Lire l’intervention de Évelyne Corbière Naminzo

Cancer et pesticides : protéger ceux qui nous nourrissent
Débat sur le thème : « Lutter contre le cancer, sortir des pesticides »
Le 30 avril 2022, lors de leur remise de diplôme, des étudiants d’AgroParisTech dénonçaient un système économique global menant une « guerre contre le vivant et contre la paysannerie », des débouchés consistant à trafiquer des plantes en laboratoire pour des multinationales, à concevoir des (…)
—> Lire l’intervention de Gérard Lahellec

Des bistrots, des villages et des services publics
Simplifier l’ouverture des débits de boissons en zone rurale
Dans de nombreuses communes rurales, le café occupe une place à part. Parfois, c’est le dernier lieu où l’on croise ses voisins. Faciliter l’accès à une licence IV peut aider un café à voir le jour.
Mais une licence ne fait pas venir les clients ni ne maintient une classe ouverte. Le café est (…)
—> Lire l’intervention de Marianne Margaté

Le coco de Paimpol versus le Coca d’Atlanta
Accès à un panier diversifié de denrées alimentaires
Cette proposition de loi nous est soumise dans un contexte de fragilisation durable du pouvoir d’achat. En 2024, près de 10 millions de personnes, soit 15,4 % de la population, vivaient sous le seuil de pauvreté en France métropolitaine. En janvier 2026, 58 % des ménages déclaraient limiter (…)
—> Lire l’intervention de Gérard Lahellec

450 bureaux de poste menacés
Question orale au Gouvernement
Dans nombre de nos communes, le bureau de poste est le dernier service public ouvert. Il reste ce guichet où l’on retire sa retraite, où l’on se fait aider pour une démarche, ou où l’on vient demander un renseignement.
Élus et habitants du Pas-de-Calais sont profondément inquiets. Le maire de (…)
—> Lire l’intervention de Cathy Apourceau-Poly

Les autres interventions

Environnement
Répondre à l’appel des forêts
Contributions à l’ONF et composition de son CA – par Gérard Lahellec – 22 oct. 2026

Fabien Roussel. « Nous appelons à se mobiliser où c’est possible » (La Marseillaise)

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et candidat à l’élection présidentielle, s’exprime à l’issue de la réunion des partis politiques à Matignon avec Sébastien Lecornu, ce jeudi.

La Marseillaise : Comment s’est déroulée cette réunion à Matignon ?

Fabien Roussel : On est forcément déçus avec Stéphane Peu et Cécile Cukierman. On y allait pour commencer à discuter avec le gouvernement des mesures contre la vie chère pour les salaires, sur les prix de l’essence, de l’énergie. En fait, le Premier ministre nous avait conviés à une réunion qu’il a dite « technique » pour parler du maintien de l’ordre avec le général qui nous a expliqué ce que c’était. On est très loin de tout ce qui se dit en France depuis des mois concernant la vie chère. Si les questions de sécurité et de maintien de l’ordre nous préoccupent, pour autant, il est urgent d’apporter des réponses au problème du pouvoir d’achat. C’est ce que nous avons rappelé.

La Marseillaise : Il n’a pas du tout été question de répondre aux revendications sociales ?

Fabien Roussel : Rien. On a d’ailleurs mis l’accent sur le fait de recevoir les lycéens et les étudiants parce que c’est inadmissible que le Premier ministre ne l’ait pas encore fait, c’est ce que nous avons dit. Ils ont des propositions qui n’ont pas d’impact budgétaire, telles que l’abrogation de Parcoursup ou le fait de revenir sur le contrôle continu, la réforme de Jean-Michel Blanquer. Cela peut être annoncé dès maintenant.

La Marseillaise : Le gouvernement devrait faire des annonces aux lycéens lundi.

Fabien Roussel : Peut-être, en tout cas, on n’a rien entendu aujourd’hui.

La Marseillaise : Qu’avez-vous pensé de la prise de parole du président Emmanuel Macron en amont de cette réunion ?

Fabien Roussel : C’est lunaire parce que justement, on a un État qui est impuissant, un président qui est en fin de règne et au lieu d’entendre la colère qui monte et s’exprime depuis des mois, il met en cause des principes constitutionnels tels que le droit à manifester. Ça, c’est grave.

La Marseillaise : Dans de nombreuses villes et départements, les interdictions à manifester tombent les unes après les autres. Qu’en pensez-vous ?

Fabien Roussel : Quand des syndicats qui ont l’habitude de déposer, en bon ordre, la possibilité de manifester, il faut pouvoir défendre ce droit et ne pas accepter cette situation. Autant, il y a des endroits, quand il n’y a pas de demande des syndicats, de partis, d’organisations de jeunesse, je peux comprendre qu’il n’y ait pas d’autorisation à manifester. Mais quand ces demandes existent, et d’autant plus dans des villes où on a l’habitude de le faire, c’est inadmissible d’interdire à des organisations syndicales et politiques de manifester. Au contraire, l’État doit garantir ce droit et autant protéger les manifestants que les biens, les institutions et les commerces.

La Marseillaise : Les transports seront également à l’arrêt, notamment à Marseille. Tout le monde est pénalisé ?

Fabien Roussel : Encore une fois, c’est comme si c’était une double peine imposée aux Français et tout ça dans un discours sécuritaire qui mélange à la fois celui contre les immigrés, les terroristes d’ultragauche et la responsabilité de forces politiques de gauche. C’est une dérive dangereuse qui rappelle des discours que l’on a entendus dans les années 1930, où les partis communistes étaient interdits, où le bouc émissaire était le juif. Il faut faire attention à ces dérives.

La Marseillaise : Si l’on en croit les révélations de Mediapart sur une note du renseignement intérieur, vous êtes un membre de cette « ultragauche »…

Fabien Roussel : Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier et moi-même sommes cités dans une note du renseignement intérieur qui dit que nous sommes à l’origine de ces manifestations. Franchement, il n’y a pas besoin des renseignements intérieurs pour dire que les responsables des partis de gauche appellent à manifester pour le pouvoir d’achat.

La Marseillaise : Vous appelez à manifester samedi ?

Fabien Roussel : Tant qu’il n’y a pas de réponse concrète, nous appelons à se mobiliser où c’est possible. C’est-à-dire partout où les organisations syndicales, de jeunesse ou nous-même, appelons à manifester en ayant déposé une demande. Nous le faisons quand nous sommes en capacité d’organiser ces manifestations.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 23 octobre 2026)

Sebastian Roché. « Le gouvernement confond l’ordre politique et policier » (La Marseillaise)

Après les manifestations du 17 octobre et la répression de masse, Sebastian Roché dénonce un « fiasco ». Le directeur de recherche au CNRS, politologue spécialiste des politiques judiciaires et policières, et coauteur de « La Police contre la rue » (éditions Grasset), pointe la responsabilité du gouvernement.

La Marseillaise : Quel bilan tirez-vous des mobilisations des dernières semaines et de la journée du 17 octobre ?

Sébastian Roché : Le mot de « fiasco » s’impose. On l’avait employé pour le Stade de France, mais là, on est bien au-delà. C’est la démonstration que le maintien de l’ordre très agressif voulu par M. Nuñez est une faillite, contre-productive en plus. Son approche a été de multiplier les arrestations : 7 000 adolescents placés en garde à vue, c’est du jamais-vu. L’usage des grenades et des LBD a fait un nombre inédit de victimes chez les lycéens. C’est une véritable stratégie d’étouffement du mouvement. À des jeunes qui réclamaient de meilleures conditions d’études, on a répondu par des interpellations et des tirs. Faute de réponse politique, la colère ne s’est pas apaisée : elle s’est étendue, jusqu’à rejoindre la mobilisation contre la vie chère. Cette escalade a ainsi ouvert une fenêtre d’opportunité aux pillards, d’autant que le gouvernement avait mal anticipé l’ampleur du mouvement et que les dispositifs policiers se sont révélés désorganisés et débordés.

La Marseillaise : Cette répression constitue-t-elle une rupture dans l’histoire récente du maintien de l’ordre ?

Sébastian Roché : Les mutilations, les éborgnements, les arrestations nombreuses, on a déjà vu cela. Mais là, on est passé à la vitesse supérieure. On a probablement cinq mutilations d’adolescents en trois semaines : c’est un niveau jusque-là inconnu. Les interpellations massives servent à faire peur et à étouffer la mobilisation, des jeunes manifestants disent être traités comme des criminels en garde à vue… Ce n’est plus la police qui garantit les droits, c’est le modèle de la police qui fait peur ; et le ministre en fait un nouveau standard. Quand Laurent Nuñez déclare : « Aucune retenue dans l’usage des armes intermédiaires », c’est une phrase historique. Pointer des armes à feu sublétales sur une foule en colère, c’est une anomalie en Europe.

La Marseillaise : Vous insistez sur la responsabilité politique. Le comportement des policiers dépend-il d’abord des instructions reçues ?

Sébastian Roché : Le maintien de l’ordre, c’est politique de A à Z. Regardez les agriculteurs en 2024 : ils bloquent les autoroutes, forcent les barrages avec leurs tracteurs, mettent le feu aux grilles des préfectures. Le ministre les appelle des « patriotes ». Résultat : zéro tir de LBD et 60 interpellations. C’est pourtant la même police ! Des travaux attestent d’une proximité des policiers avec l’extrême droite, mais cela n’explique pas leur comportement individuel ici : ce sont des instructions qui viennent d’en haut. En France, le ministre fixe à la fois les objectifs et les moyens ; alors qu’au Royaume-Uni par exemple, le chef de la police détermine seulement les moyens. Le renseignement territorial subit aussi des pressions : les notes disent au ministre ce qu’il veut entendre. Puis, quand les choses tournent mal, on accuse les services. C’est tout un système.

La Marseillaise : Vous évoquez une asymétrie entre la violence de l’État et celle des manifestants. Que révèle-t-elle ?

Sébastian Roché : Regardez les tenues : d’un côté, des adolescents ; de l’autre, des policiers équipés comme des « Robocops », avec des armes à feu sublétales. L’État dispose du monopole de la violence légitime, mais cela ne signifie pas que tous les usages de la force sont légitimes. Or, le gouvernement semble oublier cette asymétrie. Il parle de violences, mais les mutilations sont du côté des manifestants. Bien sûr, des policiers prennent des coups, notamment du fait de la stratégie d’interpellations massives, mais ils n’ont aucun blessé grave. L’État doit trouver un équilibre entre le maintien de l’ordre et la garantie des droits. Aujourd’hui, on ne recherche plus que l’ordre par la contrainte, alors que l’ordre politique repose sur le consentement. On cherche davantage à dissuader de manifester qu’à garantir le bon déroulement des manifestations, et c’est assez inquiétant.

La Marseillaise : La France est-elle en train de basculer vers un État policier ?

Sébastian Roché : Dans un État policier, les contrôles de la police auraient été supprimés. Ce n’est pas le cas en France. Il reste une justice, des médias libres, des associations d’avocats, des universitaires critiques : des contre-pouvoirs. Mais la police prend une place démesurée. C’est un problème scolaire : les étudiants demandent des profs, on leur envoie les CRS. Le gouvernement confond l’ordre politique et l’ordre policier. Quand le Premier ministre associe la République aux forces de l’ordre, il renverse les choses. La République, ce n’est pas le gouvernement : ce sont les citoyens, leurs droits et leur expression politique. On est sur la mauvaise pente, mais dire que tout est déjà plié serait faux.

La Marseillaise : Que vous inspirent les couvre-feux et l’évocation du recours à l’armée ?

Sébastian Roché : Le gouvernement est en train de se noyer. Il cherche des symboles pour faire croire qu’il contrôle la situation. Comme il n’arrive pas à obtenir le consentement, il cherche les symboles de puissance les plus extrêmes, et quoi de mieux que le domaine militaire : couvre-feux, hélicoptères qui survolent Paris, opérations autrefois réservées à l’antiterrorisme, comme Sentinelle. On caricature la jeunesse en parlant de « violences urbaines » et l’extrême gauche en l’associant au terrorisme. C’est une manière de faire peur et de justifier le fait de brandir les symboles militaires de l’État.

La Marseillaise : Qu’est-ce que ce discours dit de l’état de notre débat public ?

Sébastian Roché : On est dans un moment orwellien, avec une inversion complète du sens des mots. Le ministre affirme que tous les usages de la force sont « proportionnés », alors même que des adolescents sont mutilés. La proportionnalité signifie désormais qu’on mutile ! Un mouvement étudiant devient des « violences urbaines », la police censée vous protéger est celle qui interdit les cortèges, et les restrictions de liberté sont présentées comme des mesures prises pour notre bien. Comme chez Orwell, les mots finissent par signifier leur contraire. Le gouvernement peut ainsi ignorer la réalité tout en prétendant défendre la République.

La Marseillaise : Quelles mesures permettraient de renouer avec un maintien de l’ordre respectueux du droit de manifester ?

Sébastian Roché : D’abord, un geste de paix : suspendre les armes à feu sublétales dans la police des foules. Brice Hortefeux, ministre de Nicolas Sarkozy, avait suspendu les LBD après une mutilation. Le rappeler à Laurent Nuñez a une certaine dose d’ironie, mais c’est malheureusement juste. Il faut cesser l’escalade. Ensuite, remettre la politique au cœur de la question. Il y a des destructions, c’est vrai, mais elles se greffent sur un mouvement social de mécontentement. Le gouvernement veut déployer des forces extraordinaires pour traiter ce qui s’agrège au mouvement sans traiter le mouvement lui-même. Un maintien de l’ordre efficace est d’abord politique. Il n’y a pas de solution technique au fait que la jeunesse ne trouve pas de place dans la société. Il n’y a pas de solution policière à une crise de gouvernement.

Propos recueillis par Axel Jolidon (La Marseillaise, le 23 octobre 2026)

Caroline Chevé. « Il faut contraindre ce gouvernement à répondre aux revendications » (La Marseillaise)

Caroline Chevé est secrétaire générale de la FSU. Reçue à Matignon avec l’intersyndicale, ce mercredi, elle dénonce l’absence de réponse du gouvernement à la colère sociale et appelle à une grève massive pour le 5 novembre prochain.

La Marseillaise : Vous vous êtes rendue à Matignon dans quelle optique ?

Caroline Chevé : Le courrier d’invitation portait sur deux points : des questions sur l’organisation des manifestations et des questions sur les revendications de la jeunesse. Sur ces deux sujets, nous sommes venus dire qu’évidemment nous ne voulions pas discuter de ça ! Sur les manifestations, la FSU n’a aucune leçon à recevoir de qui que ce soit. Nous n’avons pas attendu que Macron le demande pour condamner toutes les violences. Mais cela fait des semaines que nous sommes au plus près des jeunes, devant les établissements scolaires. Nous avons donc contribué à faire descendre la tension partout où l’on était. Par ailleurs, chacun ses responsabilités : nous assumons les nôtres, à l’État d’assurer la possibilité de manifester en toute sécurité. Et sur les revendications des jeunes : nous n’étions pas là pour parler à leur place. Nous avions demandé à ce qu’ils soient présents ou qu’ils soient reçus d’urgence dans leur cadre, nous ne comprenons pas pourquoi ils ne l’ont toujours pas été.

La Marseillaise : Au niveau revendicatif, que portiez-vous à ce rendez-vous ?

Caroline Chevé : Les revendications des personnels de l’Éducation nationale font directement écho à celles des lycéens. C’est le même principe pour les enseignants dans le supérieur avec les étudiants. Nous avons donc rappelé que plusieurs revendications n’ont toujours pas eu de réponses : la revendication salariale des fonctionnaires qu’on porte depuis bien longtemps, et elle fait le lien avec la problématique générale du pouvoir d’achat qui se pose aujourd’hui. Je ne vais pas faire une liste de courses mais je pense aussi aux enjeux de bâti scolaire, Ce que nous venions donc entendre, ce sont des réponses concrètes du gouvernement qui seraient visibles pour le budget 2027.

La Marseillaise : Et quelles réponses avez-vous eues ?

Caroline Chevé : Nous avons eu un discours de la méthode, une ébauche de calendrier. Mais nous n’avons eu aucun engagement qui pourrait figurer dans le budget de 2027. La seule annonce concrète qu’il y a eu, c’est la tenue d’une réunion au ministère de l’éducation nationale avec l’ensemble de la communauté éducative (représentants des personnels, des lycéens, organisations des parents d’élèves et les Régions). À l’occasion de cette réunion, des annonces seraient faites. Mais quand on creuse, ce dont il est question, ce sont des réponses à la plateforme lancée pour récolter les revendications des lycéens. Et les revendications présentes sur cette plateforme sont les mêmes que celles portées dans le mouvement : emploi du temps, accès aux études supérieures, conditions matérielles d’études… Donc il annonce des réponses et des chantiers ouverts sur ces sujets-là. Mais c’est ce que nous aurions dû entendre il y a 3 semaines ! Ils sont complètement en décalage avec le tempo qui s’est accéléré depuis fin septembre. Il y a une colère sociale qui s’exprime en permanence mais on a un gouvernement qui en est encore au point de réunir les organisations syndicales pour dire qu’il va y avoir des réunions dans lesquelles il y aura des annonces. Vu la situation, si le gouvernement reçoit les syndicats à Matignon, on aurait pu espérer autre chose qu’un calendrier.

La Marseillaise : Quelle réaction de votre part ?

Caroline Chevé : Notre priorité est de réussir une très grosse journée de grève le 5 novembre. Notre réponse doit être la grève. On appelle à ce qu’elle soit particulièrement massive dans la fonction publique. Il va falloir contraindre ce gouvernement à répondre aux revendications. On ne peut pas se contenter d’un renvoi à un hypothétique débat parlementaire, dont on voit bien ce qu’il est. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités et revoir sa copie pour le prochain budget. Il faut monter d’un cran, et pas seulement en mettant plus de gens dans la rue. On a vu samedi dernier que le nombre de manifestants était plus qu’important et dans les mobilisations de la jeunesse il y a aussi eu des cortèges très fournis. Là, l’enjeu est d’arrêter le travail et de construire un rapport de force. Nous sommes pleinement impliqués dans les mobilisations qui ont lieu depuis un mois mais là, nous sommes dans une autre dimension : grève interprofessionnelle, public-privé. Et avec des revendications très unifiantes puisqu’on est sur le pouvoir d’achat notamment. D’ores et déjà, cette journée appellera des réflexions pour les suites.

La Marseillaise : Comment analysez-vous cette absence de réponse ?

Caroline Chevé : Le gouvernement a plus qu’un train de retard. Ce qu’il se passe depuis 3 semaines dans le pays, ce n’est que la manifestation très forte de ce dont on leur parle depuis des mois et des années. Il se rappelle soudainement, en situation de crise, qu’il y a des corps intermédiaires. Alors que cela fait 10 ans que la démocratie sociale est piétinée par Emmanuel Macron. On le dénonce depuis la loi sur la représentation syndicale de 2019 mais il y a des dizaines d’exemples : Ce qui est resté de la convention citoyenne du climat, les cahiers de doléances des Gilets jaunes qui sont encore dans les sous-sols des préfectures. Il faut qu’ils entendent la défiance à l’égard de ceux qui exercent le pouvoir, à force d’avoir des gouvernements qui ne répondent pas aux revendications, qui considèrent que la démocratie se limite aux résultats d’élections.

Entretien réalisé par Amaury Baqué (La Marseeillaise, le 22 octobre 2026)