L’édito du webzine. TotalEnergies : entre superprofits, mobilisations et défis climatiques

L’assemblée générale de TotalEnergies a mis en lumière les fractures entre le géant pétrolier, la classe politique et la société civile. Avec 4,96 milliards d’euros de bénéfices au premier trimestre 2026 (+51 % par rapport à l’année précédente), le groupe est devenu l’épicentre d’un débat national

Une trentaine de militants communistes, menés par le sénateur Fabien Gay, ont défilé sous une banderole exigeant la « nationalisation de Total, Engie et EDF ». « Nous proposons depuis longtemps la nationalisation de tout le secteur énergétique », a déclaré Gay. « On ne peut plus accepter de vivre de crise en crise tous les trois ans. »

Dans le même temps, des militants d’Attac, Avaaz, 350.org et Action Justice Climat Paris ont installé une installation symbolique : un pipeline en carton alimenté en faux billets, dénonçant les « projets mortifères de TotalEnergies en Afrique » et réclamant une taxe sur les superprofits. « Ces bénéfices indécents sont le résultat d’une flambée des prix de l’énergie qui frappe les ménages, tout en enrichissant les actionnaires », ont-ils souligné.

Dopé par la flambée des prix des hydrocarbures, TotalEnergies affiche des résultats financiers qui font grincer des dents. Le bénéfice net de 4,96 milliards d’euros au premier trimestre a relancé le débat sur l’opportunité de taxer les superprofits des entreprises énergétiques. Après une proposition de loi portée par le Parti Socialiste, le sénateur Yannick Jadot (Europe Écologie Les Verts) et son groupe ont annoncé jeudi le dépôt d’un nouveau texte visant le retour de l’État au capital du groupe. « Il s’agit de protéger notre souveraineté énergétique et de garantir que les ressources servent l’intérêt général », a-t-il expliqué.

Entre superprofits et greenwashing

TotalEnergies est vivement critiqué par les ONG et les scientifiques pour son manque d’ambition climatique. Malgré les alertes répétées du GIEC sur l’urgence à réduire les émissions de gaz à effet de serre, le groupe poursuit des projets d’expansion dans les énergies fossiles. « Total ne cesse de diminuer la part de ses investissements dans les énergies bas-carbone et l’électricité intégrée », a dénoncé Antoine Bouhey, coordinateur de la campagne Defund TotalEnergies pour Reclaim Finance.

La pression sur le groupe s’est encore lorsque trois associations (Les Amis de la Terre France, ClientEarth et Notre Affaire à Tous) ont saisi l’Autorité des marchés financiers (AMF) et son homologue européenne. Elles accusent TotalEnergies de greenwashing.

Au-delà des chiffres et des mobilisations, c’est un modèle économique et social qui est remis en question. Faut-il taxer les superprofits pour redistribuer les richesses ? Nationaliser le secteur énergétique pour garantir la souveraineté française ? Et imposer des contraintes réglementaires plus strictes pour accélérer la transition écologique ?

Alors que la canicule s’installe en France, rappelant brutalement les conséquences du réchauffement climatique, TotalEnergies se trouve au cœur d’un débat de société. Entre rentabilité actionnariale et responsabilité environnementale.

Dominique Gerbault

Disparition. Edgar Morin, l’humaniste qui a révolutionné la sociologie (L’Indep)

L’atypique sociologue et philosophe, installé a Montpellier en 2018, s’est éteint à 104 ans. Il a fait évoluer le regard sur l’être humain, fait dialoguer les disciplines, et laisse une œuvre de référence.

Du haut de son âge centenaire, il croquait encore la vie avec l’appétit d’un adolescent et posait sur les excès de notre monde moderne le regard sage et éclairé de celui qui a traversé tant d’époques et d’épreuves.

En janvier 2019, Edgar Morin avait endossé avec gourmandise l’habit de rédacteur en chef d’un jour à Midi Libre et décortiqué une actualité dont il s’est nourri tout au long de son parcours de sociologue. Une visite en voisin pour celui qui s’était installé, de 2018 à 2024, vers la place de la Canourgue, à Montpellier, où il disait « retrouver une vie de village qui n’existe plus à la campagne ».

Morin, pseudonyme accidentel de résistant

L’œil pétillant et le sourire malicieux s’accordaient parfaitement à la vivacité intacte de l’esprit pour faire oublier qu’il allait intégrer le club des centenaires.

Interrogé par notre Confrère Jean-Marie Gavalda sur son extraordinaire capacité à repousser l’usure du temps, il avait avoué que l’apparence était « trompeuse » et qu’il ressentait « une fatigue intérieure ». Le temps a donc fini par le rattraper ce vendredi. Il n’emportera pas l’épaisseur de son œuvre ni la richesse de son parcours, digne d’un roman hugolien. Car, ironie du destin, en venant au monde à Paris le 8 juillet 1921, il avait déjà survécu à un avortement manqué et à un étranglement par son cordon ombilical.

« J’en ai peut-être gardé une forme de résistance ou de résilience », souriait-il. Fils d’un couple de marchands originaires de Salonique (Grèce), juifs non pratiquants, le petit Edgar Nahoum avait perdu sa mère avant l’âge de 10 ans. Enfant complexé, il disait encore avoir « été psychanalysé par la guerre et la résistance, l’action et la fraternité ».

Après des études d’histoire et de droit, cet engagement dans la Résistance communiste au sein des Forces unies de la jeunesse patriotique, en 1942, marque le premier grand tournant de son existence. Promu ensuite lieutenant dans les forces françaises combattantes, il adopte le pseudonyme de Morin un peu par accident (un camarade l’appelant un jour Morin au lieu de Manin, le pseudo qu’il avait choisi).

Après la libération, l’officier résistant tarde à entrer dans la lumière. Auteur de L’An zéro de l’Allemagne, sur l’état mental du peuple vaincu, il profite de deux ans de chômage pour commencer à écrire L’homme et la mort, son ouvrage le plus vendu dans le monde.

Le poste proposé ensuite par le CNRS (1950) sera, de son propre aveu, « une chance formidable ». La possibilité de jouir d’une totale liberté et de pouvoir mettre en place la méthode qui guidera sa pensée et son existence : naviguer entre les disciplines. Des confrontations de points de vue qui passent par de nombreuses réunions de chercheurs et de scientifiques d’horizons divers, comme lors du célèbre colloque de Royaumont, en 1972, autour de l’unité de l’homme, de ses invariants biologiques et universaux culturels.

Des travaux également nourris par ses séjours aux États-Unis et en Amérique du Sud, et résumés dans Le paradigme perdu : la nature humaine, où il oppose l’interaction de la culture dans l’évolution à la théorie purement darwinienne de l’évolution par la seule sélection naturelle.

Parallèlement, quatre ans après avoir quitté le Parti communiste (1951), Edgar Morin s’engage dans le Comité contre la guerre en Algérie. Dans Autocritique (1959), il ne fait pas seulement l’inventaire de ses erreurs mais réaffirme son inclinaison pour le questionnement permanent, qu’il oppose, lors d’une conférence à l’Unesco, à « des sciences aveugles à elles-mêmes ».

Dans La Méthode, une œuvre de 2 000 pages qui lui a demande près de trente ans de labeur (1977-2004), il partage en profondeur ses convictions sur ce qu’il considère être la meilleure manière d’apprendre. Une apologie de la transversalité et du partage des disciplines qu’il oppose au réductionnisme et à la compartimentation des sciences.

Un thème encore abordé dans Penser Global (2015) mais longtemps aussi illégitime aux yeux de la recherche académique que son attirance précoce pour le sport ou le cinéma. « Jeune étudiant, j’étais fasciné et ravi qu’il puisse se passionner pour le football ou les jeux télévisés », raconte le sociologue Claude Fischler, dans Le journal du CNRS. « Et quand je lui faisais remarquer qu’il ne fallait pas trop raconter aux collègues qu’on regardait la Coupe d’Europe, il me répondait : « Pour comprendre la culture de masse, il faut la vivre soi-même. » »

Chambouler les codes

Fier d’être ainsi devenu ce qu’il appelait un humanologue, un penseur capable de comprendre ce qu’est l’humain, « indiscipline » autoproclamé, il restait un autodidacte dérangeant dans le monde de la sociologie.

Élu maître de recherches sans avoir écrit de thèse de doctorat, Edgar Morin n’aura, de fait, pas vu un tapis rouge se dérouler spontanément dans ce milieu dont il a chamboulé les codes, bousculé les habitudes, repensé les méthodes. « Il y a effectivement eu une ostracisation et une réhabilitation tardive, confiait-il en 2019 dans nos colonnes. Certains m’ont condamné, d’autres m’ont compris. Il me semble qu’aujourd’hui mes idées ont essaimé. »

Elles lui survivent et il nous les laisse comme de précieuses lueurs, pour éclairer le bon chemin.

Richard Gougis (L’Indépendant, le 31 mai 2026)

  • 8 juillet 1921: naissance a Paris.
  • 1942 : entre dans la résistance.
  • 1950 : nommé au CNRS où il deviendra maître de recherches.
  • 1951 : publie L’homme et la mort.
  • 1955 : s’engage dans le Comité contre la guerre d’Algérie.
  • 1959 : Autocritique, analyse de son départ du Parti communiste au début es années 50.
  • 1968 : co-signe Mai 68, la brèche.
  • 1973 : premier des six volumes de La Méthode, son œuvre de référence.
  • 1981 : publie Pour sortir du XXe siècle.
  • 2004 : publie Pour entrer dans le XXI siècle.
  • 2015 : publie Penser Global.
  • 29 mai 2026 : mort à Paris.

De l’inventeur du mot « yé-yé » au combattant de la mondialisation

Edgar Morin a toujours porté un regard lucide sur son époque et ses excès du moment.

Nous avons tous un jour, sans le savoir, cité Edgar Morin. Il avait en effet été le premier à utiliser le terme yé-yé, dans un article publié dans le journal Le Monde, à la suite d’une grande manifestation à Paris le 12 juin 1963, qui avait réuni près de 200 000 jeunes venus célébrer le premier anniversaire de la parution du magazine Salut les copains.

« J’ai utilisé ce terme car les chanteurs de l’époque finissaient souvent leurs phrases par « oh yeah » », racontait-il pour expliquer ce néologisme qui allait s’inscrire dans l’imaginaire collectif. Un terme devenu culte. Bien des années plus tard, il deviendra un combattant affirmé de la mondialisation et un chantre d’un mode de vie et d’une culture raisonnés.

« Une société non pas idéale mais meilleure »

Des convictions partagées avec Pierre Rabhi, essayiste et agriculteur chantre de la sobriété, et que les deux hommes avaient développées dans un livre d’échanges communs début 2021 (Frères d’arme, éditions de l’Aube).

« Nous ne sommes pas maitres de l’avenir mais il faut trouver une nouvelle voie pour l’humanité », insistait Edgar Morin en 2020 dans Midi Libre, en pleine crise du coronavirus. « Il manque une pensée qui indique la voie, pose un diagnostic sur le monde et trouve une issue pour une société non pas idéale mais un peu meilleure. »

« Je ne suis pas pour une dé-mondialisation totale », nuançait-il cependant. « Il faut poursuivre les coopérations entre les peuples mais préserver des choses vitales pour chaque nation, un minimum d’autonomie vivrière et sanitaire. »

Concernant l’impact de la crise sanitaire sur les humains, il y avait décelé de nombreux aspects positifs, comme « cette solidarité qu’on pensait disparue mais qui était dormante, prête à se réveiller ». « Nous pensions être les maitres de nos vies, concluait-il, mais nos rapports avec les autres, notamment ceux qu’on aime, étaient devenus de plus en plus restreints. Nous perdions du temps en choses futiles et cette crise nous a obligés à repenser tout ça. »

R. G. (L’Indépendant, le 31 mai 2026)

L’actu de la CGT (n° du 29 mai 2026)

90 ans des congés payés, profitons de notre conquis social
Les vacances ne sont pas un luxe. Elles sont un droit, une conquête sociale arrachée de haute lutte par le mouvement ouvrier, grâce à l’obtention des congés payés de 1936 : quinze jours dont douze ouvrables (loi du 20 juin 1936).
—> Télécharger le tract

Actualités

Canicule : la CGT exige une vraie protection des salarié·es face aux fortes chaleurs
Alors qu’une vague de chaleur frappe à nouveau la France, la CGT alerte : aucune mesure vraiment contraignante n’est aujourd’hui en place pour protéger les salarié·es exposé·es aux températures extrêmes. Pendant que les employeurs regardent les chiffres et que le climat se dérègle, les travailleuses et travailleurs, eux, suffoquent.
—> Lire la suite

[Livret] Changement climatique et travail : des leviers pour agir
Le dérèglement climatique, les canicules à répétition, la raréfaction de l’eau, les inondations, la pollution de l’air, la disparition des espèces… tout cela n’a rien d’une « fatalité naturelle ».
—> Lire la suite

Salaires, vie chère : ce n’est pas le 1er mai qu’il faut voler, c’est les salaires qu’il faut augmenter
L’augmentation automatique du Smic de 2.41 % (1 867.02 € bruts mensuels au 1er juin) n’est pas un « coup de pouce » mais une revalorisation mécanique calculée sur l’inflation et imposée par le Code du travail. Ce n’est pas « du plus ».
—> Télécharger le tract

Hausse du carburant : nous refusons de payer pour travailler
La pétition est à l’initiative de Manuela Cabot Salar, syndiquée à la CGT et aide à domicile qui n’arrive plus à s’en sortir avec la hausse des prix des carburants.
—> Signer et partager la pétition

Communiqués de presse

2ème mise en examen de Sophie Binet : la CGT appelle le gouvernement à agir contre les procédures baillon !
Pour la deuxième fois en six mois, la secrétaire générale de la CGT est mise en examen. Cela fait suite à une plainte en diffamation de l’entreprise Tefal contre les propos de Sophie Binet : « la CGT de Tefal fait face à une répression patronale violente » tenus lors d’un débat à la Fête de l’Humanité en septembre 2025.
—> Lire le communiqué

Pour la CGT, le projet de loi présenté par le Ministre du Logement ne répond pas à la crise du logement !
Lors du Conseil National de l’Habitat (CNH) du 21 mai 2026, le ministre du Logement a présenté le projet de loi visant à la relance et la décentralisation du logement. La CGT s’interroge sur les réelles ambitions pour faire de ce projet de loi un véritable outil au service dune politique publique du logement, qui s’inscrive pleinement dans une réponse à la hauteur des besoins, comme annoncé par le Premier ministre.
—> Lire le communiqué

[Guide] Salaires : négocier pour gagner dans l’entreprise
—> Télécharger le guide

Lettre d’information du groupe CRCE.K au Sénat (n° du 28 mai 2026)

Monsieur le Ministre, pérennisez l’encadrement des loyers !
Question d’actualité au Gouvernement
L’encadrement des loyers doit être pérennisé, amélioré, généralisé.
Vous attendiez le rapport pour vous prononcer, il est entre vos mains. Vous avez les chiffres : entre 2 et 4% de baisse de loyers par rapport à la situation sans encadrement, 5% à Paris.
Cela représente un gain en moyenne (…)
—> Lire l’intervention de Marianne Margaté

Aux victimes des essais nucléaires, la République reconnaissante
Initiative du groupe CRCE-K pour reconnaître les victimes de l’exposition aux essais nucléaires français
Permettez-moi tout d’abord de saluer la présence dans nos tribunes de Mme Françoise Grellier, présidente de l’Association des vétérans des essais nucléaires.
Son engagement contribue depuis de nombreuses années à porter les revendications de reconnaissance et de réparation des victimes.
Si (…)
—> Lire l’intervention de Cécile Cukierman

« Nous avons besoin d’une chaîne de signalements simple et identifiable par tous »
Enquête administrative et contrôle des antécédents judiciaires des personnels d’encadrement des enfants
À La Réunion, en août 2025, un employé de crèche a été suspendu. Les violences sexuelles commises sur les mineurs traversent toute la société, tous les milieux.
Cette proposition de loi est nécessaire, alors que les témoignages explosent partout sur le territoire. On connaît les conséquences (…)
—> Lire l’intervention d’Évelyne Corbière Naminzo

Ce que suppose l’électrification
Débat sur : « L’électrification des usages dans le contexte de crise internationale »
Le débat sur l’électrification des usages est profondément politique : il touche à notre souveraineté, à notre modèle industriel et au pouvoir d’achat des ménages.
Au-delà de nos idéologies, une réalité s’impose : tant que nos économies dépendront massivement des énergies fossiles importées, (…)
—> Lire l’intervention de Fabien Gay

Aide publique au développement : un recul historique
Débat sur : « Enjeux et perspectives de l’aide publique au développement (APD) »
Ce débat se tient dans un contexte de bouleversement majeur : le capitalisme mondialisé est entré dans une crise profonde. À Gaza, un peuple est affamé, bombardé, déplacé sous les yeux du monde entier.
Au Soudan, la famine s’invite dans la guerre menée par une minorité de puissants. En (…)
—> Lire l’intervention de Pascal Savoldelli

Ne remplaçons pas l’égalité par la différenciation territoriale
Réforme des critères d’attribution de l’éducation prioritaire
La réécriture de la commission est une amélioration : elle abandonne le critère des résultats scolaires, inscrit l’éducation prioritaire dans la loi, prend mieux en compte l’éloignement et prévoit la révision périodique de la carte. Pourtant, plusieurs interrogations demeurent.
D’abord, le (…)
—> Lire l’intervention d’Évelyne Corbière Naminzo

Chaque enfant concerné doit pouvoir être assisté par un avocat, maintenant
Assurer le droit de chaque enfant à être assisté d’un avocat
Certains textes ne devraient pas nous diviser. Nous souhaitons une adoption conforme. Nous parlons d’enfants, parfois très jeunes, cabossés, maltraités et qui se retrouvent devant une institution appelée à décider d’une partie de leur vie.
Qui va les accompagner, les écouter, leur expliquer (…)
—> Lire l’intervention de Cathy Apourceau-Poly

Outre-mer : préparer l’école aux cyclones, pas aux coupes budgétaires
Débat sur « La place des collectivités territoriales dans la politique éducative »
Nos collectivités prennent leur part pour que l’école tienne sa promesse républicaine, mais elles manquent de moyens, en premier lieu pour rénover les écoles primaires.
Elles pensaient pouvoir s’appuyer sur le fonds vert, mais son montant a baissé drastiquement. Les inégalités se creusent (…)
—> Lire l’intervention d’Évelyne Corbière Naminzo

Les autres interventions

Affaires sociales : Sortir de l’impasse administrative pour sécuriser le médico-social
Santé et protection sociale – Assouplir la procédure d’autorisation des établissements et services médico-sociaux à caractère expérimental – par Silvana Silvani – 28 mai 2026

Les questions écrites : Exclusion des directeurs d’établissements ED3S de la réforme de la haute fonction publique
Éducation et recherche – par Michelle Gréaume – 27 mai 2026

Lois : Non à la société de contrôle algorithmique
Justice et police – Réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public (Ripost) – par Ian Brossat – 27 mai 2026

Affaires culturelles : Faire payer les victimes ? Une fausse solution pour la montagne
Justice et police – Débat sur les secours en montagne – par Jérémy Bacchi – 27 mai 2026

Affaires culturelles : PPL n°1762 Projet de loi relatif à la régulation de l’enseignement supérieur privé
Éducation et recherche – par Pierre Ouzoulias – 26 mai 2026

Affaires culturelles : PPL N° 506 sur la « Réforme des critères d’attribution de l’éducation prioritaire »
Éducation et recherche – par Évelyne Corbière Naminzo – 26 mai 2026

Les questions écrites : Ce projet est préjudiable du point de vue environnemental et ne garantit en aucun cas notre souveraineté
Environnement – Projet de « Campus IA » à Fouju en Seine-et-Marne – par Marianne Margaté – 22 mai 2026

Max Mathiasin. « Le Code noir a structuré l’exploitation d’êtres humains » (La Marseillaise)

Au lendemain des commémorations des vingt-cinq ans de la loi Taubira, les députés examinent ce jeudi l’abrogation du Code noir, proposé dans le cadre de la niche parlementaire du groupe Liot. Cet ensemble d’édits royaux datant des XVIIe et XVIIIe siècles organisant l’esclavage, n’a jamais été formellement abrogé. Le texte déjà adopté en commission des Lois, a reçu un soutien transpartisan de LR à LFI. Il contient deux articles, dont l’un demande au gouvernement un rapport « relatif à la législation coloniale et à ses effets de long-terme au sein des territoires concernés ».
Max Mathiasin, député Modem de la 2e circonscription de Guadeloupe, porte l’abrogation du Code noir, examiné ce jeudi lors de la niche parlementaire du groupe Liot.

La Marseillaise : Qu’est-ce que le Code noir et comment les territoires concernés continuent à en subir les effets ?

Max Mathiasin : Le Code noir a structuré non seulement la propriété, le mode d’exploitation d’êtres humains dans le cadre de l’économie coloniale mais a aussi régenté la conduite à tenir à propos des esclaves. Il y a un article qui stipule clairement que l’esclave sera considéré comme un bien meuble donc qu’il n’avait pas de personnalité juridique. Dès lors, il était considéré comme un espace, un lieu, une personne de non-droit. Ça veut dire qu’il pouvait être échangé, torturé, battu. Un maître qui décidait par exemple d’aller à une table de jeu ou de faire un pari pouvait très bien offrir un esclave comme gain. Le Code noir fixe aussi l’origine des sanctions qui pouvaient aller jusqu’à la peine de mort en cas de tentative de fuite des esclaves. Il a été appliqué à l’esclavage des Noirs qui ont été mis en esclavage précisément parce qu’ils étaient Noirs, puisque c’était interdit sur le sol de l’Hexagone depuis le XIVe siècle. On a créé la Compagnie des îles d’Amérique, avec des actionnaires, pour pouvoir se faire des richesses colossales qui ont servi à l’accumulation du capital en France hexagonale. On voit très bien que les conséquences se font toujours ressentir. Le système de la propriété qui existe encore chez nous, avec les monopoles qui appartiennent à quelques familles descendantes d’esclavagistes à la fois dans l’importation et la distribution, l’intégration verticale, le niveau excessif des prix… Les séquelles sociétales et psychologiques perdurent car même si l’esclavage a été reconnu comme crime contre l’humanité en 2001 par la loi Taubira, ça ne répare pas les consciences ni les comportements qui sont à l’œuvre.

La Marseillaise : Comment « réparer » ?

Max Mathiasin : À partir du moment où on reconnaît qu’il y a eu crime contre l’humanité et que le Code noir est abrogé, doit venir la question de la réparation des crimes. Je ne sais pas quelles formes elles prendront. Il faut trouver la forme qui permette d’en discuter sereinement et arriver à un consensus.

La Marseillaise : Le président dit « la première des réparations consiste à restaurer la vérité dans notre histoire » et parle de travaux de l’Enseignement supérieur à venir. Est-ce suffisant ?

Max Mathiasin : Si c’est ce qui est envisagé par le président, ça ne peut pas constituer un dédommagement en soi. Nous partons de très loin. Quand nous rentrions à l’école nous apprenions dans nos premières leçons d’histoire que nos ancêtres étaient les Gaulois. Ils habitaient dans des huttes basses et le druide procédait à la cueillette du gui. Nous étions complètement décalés à la mesure où nous n’avions pas d’ancêtre Gaulois, pas de gui chez nous, ni de druide. Cela a fait suffisamment de mal aux consciences. Il faut absolument que nous soyons honnêtes avec nous-mêmes et laisser une place dans les manuels scolaires à cette phase importante dans l’Histoire de la société française et de son territoire. Des mouvements pour les réparations existent déjà en Guadeloupe mais ils n’ont pas jusqu’à ce jour trouvé de réponse, ni été reçus. Il faut apaiser justement par la reconnaissance de ce crime, par l’abrogation du Code noir et peut-être aller vers une troisième étape qui contribuera à l’apaisement des consciences.

La Marseillaise : Une statue de Jean-Baptiste Colbert, l’artisan du Code noir, est érigée devant l’Assemblée nationale, son nom figure sur des rues, des stations de métro. Faut-il l’effacer de l’espace public ?

Max Mathiasin : C’est un grand débat. Alors, effectivement, on parle de Colbert qui a joué un rôle très important avec son fils qui aurait rédigé ce Code noir mais c’est une responsabilité d’État. Il a été mis en place par Louis XIV, c’est lui qui est le signataire du Code noir. Les régimes changent, l’État français demeure. Lorsqu’en 1794, les révolutionnaires abolissent pour la première fois l’esclavage, ils ne pensent pas au Code noir. Pour eux, tout est abrogé. Mais quand Napoléon décide de remettre en vigueur l’esclavage en 1802, il le fait explicitement selon les mêmes dispositions antérieures, ça veut dire qu’il considère que le Code noir n’est pas abrogé et ça va durer jusqu’en 1848 avec le décret Schœlcher [sur l’abolition définitive de l’esclavage, Ndlr.]. Cet acte ne tient pas compte de l’existence du Code noir dans la mesure où, pour eux, au moment où ce décret est édité, l’esclave n’existe pas en tant qu’être. Je vais pas demander à la France entière de déboulonner ces statues mais au moins bien expliciter, dire qui étaient véritablement ces personnages. Nous devons parler à toute la Nation, à toutes les populations de ce territoire pour faire une histoire commune.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 28 mai 2026)

L‘édito du TC par Jacques Pumaréda. Le bâillon

Le mouvement social à Saint-Pierre comme à Médipôle marquera durablement le paysage départemental par sa durée et l’intransigeance du groupe Elsan. Les menaces n’ont pas manqué, allant jusqu’à envisager la fermeture de la clinique Médipôle. A l’arrivée les grévistes actent le maintien d’un certain nombre de primes sans garantie pour la suite. Une intransigeance de la direction soutenue par le Préfet, bien timoré sur les revendications. Pas touche aux bénéfices du groupe Elsan et aux actionnaires, telle est la règle d’or et malheur aux revendications syndicales.

Dans une situation économique et sociale très tendue, alors que la question du pouvoir d’achat est au centre des préoccupations quotidiennes de nos concitoyens, le patronat et le gouvernement s’appliquent à maintenir le couvercle sur une marmite en ébullition. Alors on dégaine l’arme répressive, on cible Sophie Binet secrétaire générale de la CGT, mise en examen une nouvelle fois pour diffamation publique pour avoir dénoncé la « répression patronale violente » chez le fabricant d’articles culinaires Tefal. Fabien Gay, directeur de publication du journal l’Humanité est également mis en examen. En décembre 2025, Sophie Binet avait fait l’objet d’une première mise en examen pour injure publique après une plainte de Sophie de Menthon, présidente du mouvement patronal Ethic. Au 30 mars, la CGT dénombrait 550 plans sociaux sur plus de 400 sites. Ainsi un signal de répression est lancé dans tout le pays. La liberté d’expression comme les libertés syndicales sont aujourd’hui en danger. Plus de 1000 militants et cadres sont inquiétés par des poursuites judiciaires ou disciplinaires dont cinq dirigeants confédéraux. La Confédération internationale des syndicats a déposé plainte devant l’Organisation internationale du Travail (OIT) pour « dénoncer une procédure bâillon et les atteintes aux droits syndicaux en France. »