Lettre d’information du groupe CRCE.K au Sénat (n° du 11 juin 2026)

Lyhanna : briser la loi du silence demande des moyens
Question d’actualité au Gouvernement
Je veux d’abord apporter notre soutien à la famille de Lyhanna face à ce meurtre abject. Je veux saluer la hauteur des propos tenus par les élus locaux du Gers dont beaucoup devraient s’inspirer.
L’horreur, la compassion ne peuvent nous faire taire la réalité.
Votre garde des Sceaux a (…)
—> Lire l’intervention de Cécile Cukierman

Pour la création d’une délégation sénatoriale aux droits de l’enfant
Courrier officiel au Président du Sénat
Depuis de nombreuses années, le groupe que j’ai l’honneur de présider aujourd’hui mène un combat permanent pour le respect des droits des enfants.
—> Lire l’intervention

« Ceux qui soutenaient il y a trois ans une réforme des retraites pour économiser 7 milliards d’euros voudraient aujourd’hui augmenter les dépenses militaires de 14 milliards ! »
Loi de programmation militaire 2024 à 2030
Nous avons vécu un moment parlementaire singulier. Alors que le groupe CRCE-K était bien seul à dénoncer une fuite en avant et une programmation insincère, voilà que la majorité sénatoriale a joint ses voix aux nôtres pour supprimer l’article 2 !
Mais pour des raisons opposées : nous (…)
—> Lire l’intervention de Michelle Gréaume

« Soutenir sans mythifier, pérenniser sans sous-financer, intégrer sans dénaturer »
Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD)
Nous sommes favorables, comme beaucoup ici, à la pérennisation des TZCLD, qui ont montré leur utilité.
Pour celles et ceux qui sont durablement privés d’emploi, qui ont connu des parcours heurtés, ou présentent un handicap, cet outil de réparation ciblé, territorialisé, peut être décisif. (…)
—> Lire l’intervention de Céline Brulin

Il faut maintenant un budget rectificatif !
Courrier au ministre des finances pour demander un projet de loi de finances rectificative
À la suite du drame de Lyhanna, dont les circonstances soulèvent de graves interrogations quant à notre capacité collective à protéger les enfants victimes de violences, nous souhaiterions que notre commission puisse procéder à l’audition du ministre de l’Éducation nationale.
—> Lire l’intervention

Et si on régulait aussi l’installation des médecins ?
Lutte contre les déserts médicaux
Il s’agit d’une proposition de loi issue d’un travail transpartisan de plusieurs années de nos collègues de l’Assemblée nationale, afin de permettre d’avancer sur le sujet de la régulation de l’installation des médecins, apportant une pierre à l’édifice beaucoup plus large que nous devons (…)
—> Lire l’intervention de Silvana Silvani

Faire payer la spéculation pour sauver le bâti rural
Proposition de loi visant à remobiliser le bâti rural
On a coutume de parler de « déprise », comme d’une marée qui se retire : un phénomène naturel, contre lequel nul ne pourrait rien. Je veux d’emblée récuser ce mot. Nos bourgs ne se sont pas vidés tout seuls.
Cette situation est le fruit de décennies de choix qui ont concentré les moyens du (…)
—> Lire l’intervention de Marie-Claude Varaillas

« Devoir payer pour sauver un proche est scandaleux ! »
Garantir la neutralité financière du don d’organes par les vivants
En France, le don d’organes et de tissus est acte de générosité et de solidarité. Il permet à plus de 70 000 patients de rester en vie.
En 2025, 6 148 greffes ont été réalisées pour 23 000 patients en attente. La liste d’attente représente quatre fois le nombre de greffes réalisées, et cet (…)
—> Lire l’intervention de Céline Brulin

« Le travail créatif est un travail qui doit être rémunéré »
Proposition de loi relative au contrat d’édition
Cette proposition de loi traite de la reconnaissance et de la juste rémunération du travail de création.
Nombre d’auteurs peinent à vivre de leur travail. La précarité progresse, surtout chez les primo-auteurs et les traducteurs. La concentration du secteur se renforce autour de quelques (…)
—> Lire l’intervention de Pierre Barros

Une belle avancée pour les moniteurs stagiaires
Moniteurs de ski stagiaires
Un dispositif de solidarité intergénérationnelle qui fonctionne, une mutualisation du travail vertueuse, voilà de quoi nous inspirer !
Revenons sur ce système intelligent. Les moniteurs de ski sont plus de 17 000 dans notre pays. Pendant la haute saison, on a besoin de tout le monde ; pendant (…)
—> Lire l’intervention de Cécile Cukierman

Les autres interventions

Affaires sociales : Les maladies cardiovasculaires frappent d’abord les plus modestes Santé et protection sociale – Accélérer la prévention cardio-neuro-vasculaire – par Silvana Silvani – 11 juin 2026

Les questions écrites :

Il faut sauver « 60 millions de consommateurs ». Économie – Situation de l’Institut national de la consommation et du journal 60 Millions de consommateurs – par Michelle Gréaume – 11 juin 2026

Finances : N’engageons pas le patrimoine de l’État dans une logique commerciale. Budget et fiscalité – gestion du patrimoine immobilier de l’État – par Pierre Barros – 11 juin 2026

Les courriers officiels :

Lyhanna : demande d’audition du ministre de l’Éducation nationale par le groupe CRCE-K. Éducation et recherche – Courrier au président de la commission de l’éducation – 10 juin 2026

Les questions écrites :

Transports : Il est nécessaire de maintenir et de développer des solutions innovantes adaptées aux lignes de desserte fine du territoire Transport – Projet de navette rail-route Flexy – par Marianne Margaté – 5 juin 2026

L’édito du Travailleur Catalan par Michel Marc. « l’information », avec un grand i

Les quatre grandes chaînes TV d’information continue, dont l’une d’entre elles est publique, se ressemblent de plus en plus. On y privilégie un ou deux sujets majeurs, qui remplissent le temps d’antenne 24h sur 24, plusieurs jours. On y répète mille fois les mêmes analyses, jamais contredites et très peu nuancées, et, contre toute attente, on y utilise l’unique logiciel socio-économique pour traiter les sujets. Pour aller vite, les fameux 211 milliards n’existent pas, les 50 milliards d’exonération de cotisations sociales ne font pas partie de l’hypothèse économique admise, les profits mêmes des actionnaires, en dizaines de milliards, pourtant connus de tous, n’apparaissent plus dans les équations économiques que posent les « journalistes » sur les plateaux. Les « toutologues » professionnels et autres « ultracrépidariens » commentent, se bousculent et encaissent en même temps un petit billet pour leurs médiocres prestations. Comment faire autrement ? La question est posée.

Depuis plusieurs jours, il y a Bruel en continu, le décès de la petite Lyhanna. Il est bien entendu que ces sujets doivent être traités. Les questions posées méritent informations, débats et réflexions. Ces questions sociétales sont très importantes. On est bien d’accord. Mais…

Est-ce l’effet du hasard ? Plusieurs constats m’ont interpellé, cette semaine. D’abord, le congrès de la CGT s’est tenu, avec ses délégués élus de tous les syndicats. Il a fait un bilan et le syndicat s’est projeté sur l’avenir. Ce sujet m’apparaît important. Rien ou quasiment rien sur ces chaînes info. Ensuite, un édito sur France Info, à propos de Cuba. Pas un mot sur le blocus qui prive l’île d’énergie et qui tue. C’est un comble. On a pu y entendre des critiques d’un autre temps à propos de la politique cubaine elle-même. Cela signifiait : « Monsieur Trump, vous pouvez y aller. Vous ferez œuvre utile ! ». Écœurant. Enfin, les nouveaux chômeurs de plus de 55 ans vont perdre entre 3 et 6 mois d’indemnités chômage, après un vote de la droite et de son extrême à l’Assemblée nationale. Vous n’en saurez rien. Le problème devient majeur.

Grève à la SNCF. Le trafic très perturbé (L’Indep)

En raison d’un mouvement social national, la circulation des trains régionaux sera très perturbée en Occitanie, ce mercredi. Les Trains LiO seront les plus impactés, avec seulement 7 sur 10 en circulations et des liaisons partiellement assurées par des autocars.

C’est une première pour Jean Castex. Ce mercredi 10 juin, l’ancien Premier ministre, ex-maire de Prades, fait face à son premier conflit social à la SNCF, dont il est désormais PDG. Le mouvement est annoncé pour 24 heures. Un premier test social donc pour Jean Castex qui avait apaisé ce climat social quand il était à la tête de la RATP. Les syndicats du rail revendiquent une hausse des salaires et S’inquiètent de la multiplication de sociétés filiales et du transfert annoncé dans ces structures de salariés de la SNCF.

Une certitude, dans la région Occitanie et donc dans les Pyrénées-Orientales et l’Aude, la circulation sera très perturbée ce mercredi 10 juin. « En raison d’un mouvement social national, la circulation des trains régionaux sera très perturbée en Occitanie », confirme SNCF voyageurs.

Dans le détail : 7 trains LiO (TER) sur 10 seront en circulations, avec un trafic partiellement assuré par autocars.

Des perturbations sont à prévoir aussi pour les TGV INOUI et OUIGO avec en moyenne 2 TGV sur 3 en circulation, mais aussi sur les lignes Intercités de jour et de nuit avec environ 1 train sur 2.

La SNCF recommande aux voyageurs de se renseigner avant de se déplacer, la veille à partir de 17h.

« Les équipes SNCF Voyageurs sont pleinement mobilisées pour accompagner ; informer et être au plus près des voyageurs », assure-t-elle par communiqué.

Toutes les informations sur les conditions de circulation sont à retrouver sur LiO Trafic pour suivre en temps réel l’état du trafic en Occitanie et consulter les prévisions du lendemain Site liO Train SNCF : trainlio.sncf.com (rubrique Info Trafic) Chaine WhatsApp liO Occitanie. L’application et le site SNCF Connect : sncfconnect.com.

T. B. (L’Indépendant, le 10 juin 2026)

Drame de Lyhanna. Femmes solidaires appelle à la mobilisation du 8 juin

Nous refusons que les violences faites aux enfants soient traitées comme une succession de tragédies isolées. Ce que révèle l’affaire Lyhanna, c’est l’existence de défaillances systémiques que les associations féministes dénoncent depuis des années ! Ce ne sont pas des faits divers. Ce sont des enfants délibérément livré.es à des
pédocriminels.

Alors que plus de 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France, 94 % des plaintes pour viol sont classées sans suite. Ces chiffres témoignent de l’ampleur des violences et de l’échec persistant de nos institutions à protéger les enfants.

Membre de la Coalition féministe et enfantiste pour une loi intégrale contre les violences sexuelles, Femmes solidaires s’associe à l’appel au rassemblement du 8 juin à 19 heures, place Vendôme à Paris devant le ministère de la Justice, ainsi que devant les tribunaux judiciaires partout en France, afin de rendre femmage à Lyhanna, d’exprimer notre soutien à ses proches ainsi qu’à toutes les victimes de violences sexuelles, et d’exiger que la protection des enfants devienne enfin une priorité politique, notamment par l’adoption de la Loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants.

Notre colère est immense car les alertes existent depuis des années. Les constats sont connus. Nous refusons que l’inaction politique continue de mettre des enfants en danger. Nous demandons des moyens sur toute la chaine de la justice et que la parole des enfants soit enfin considérée !

Léon Deffontaines. « Les communistes souhaitent un parti qui joue un rôle de 1er plan » (La Marseillaise)

Léon Deffontaines est porte-parole national du PCF. Il préside la commission nationale du texte pour le XLe congrès qui se tiendra à Lille les 3, 4 et 5 juillet.

La Marseillaise : Quelle est votre réaction après le choix du projet de base commune par les communistes ?

Léon Deffontaines : Je me félicite de la mobilisation des communistes. C’est quand même assez exceptionnel, dans le contexte politique national, de réussir à avoir une telle vitalité démocratique. Je salue les dizaines de milliers de communistes qui se sont mobilisés, tout le long du week-end, pour choisir la base commune de discussion qui sera soumise aux congrès de section. J’observe que les communistes souhaitent poursuivre ce qui a été engagé par Fabien Roussel depuis 2018, notamment la réaffirmation d’un Parti communiste français qui soit un parti de premier plan sur la scène politique nationale et qui entend jouer un rôle de plus en plus important. C’est, je crois, très enthousiasmant et très intéressant. Cela vient conforter la stratégie et les orientations politiques entreprises ces dernières années. Maintenant, il incombe à la direction nationale de rassembler l’ensemble des communistes sur le texte majoritaire « Un communisme de conquête », qui est désormais la base commune de discussion pour que chaque sensibilité, mais surtout chaque adhérent, en prise avec les réalités militantes, puisse s’approprier le texte, débattre, et l’amender pour l’enrichir. C’est une nouvelle étape dans la perspective d’avoir un candidat communiste à l’élection présidentielle, en l’occurrence Fabien Roussel, et c’est une très bonne chose.

La Marseillaise : Outre la question de la présidentielle, quelles sont, à grands traits, les orientations de la base commune de discussion ?

Léon Deffontaines : Elle propose un parti résolument tourné vers le monde du travail. Je pense que la préoccupation que chaque communiste a, c’est de savoir comment on est capable de faire reculer l’extrême droite et de permettre à la gauche de l’emporter. Cette question est centrale. Si on veut faire reculer l’extrême droite, il faut un Parti communiste, fort, présent, tourné vers le monde du travail qui, année après année, s’est détourné de la politique en général, de la gauche en particulier, voire même qui est tombé dans un vote Rassemblement national. Ce qu’exprime le vote des communistes, c’est que si on veut reconquérir cette base sociale, il faut un PCF tourné vers les travailleuses et les travailleurs, capables d’aller aux portes des entreprises, dans les entreprises elles-mêmes, pour discuter et démontrer que le RN n’est pas la solution et qu’un parti existe, à gauche, qui parle d’eux et défend leurs intérêts. C’est toute l’ambition de la base commune adoptée par les communistes ce dimanche.

La Marseillaise : La spécificité du fonctionnement du PCF, c’est que le texte majoritaire devient la base de discussion de l’ensemble des adhérents. Fabien Roussel avait exprimé des inquiétudes avant le vote à propos de pressions extérieures. Comment, désormais, réunir l’ensemble des communistes sur ce texte ?

Léon Deffontaines : Dans l’histoire du PCF, depuis les années 2000 où on a des textes alternatifs qui peuvent être déposés dans nos processus de congrès, rares ont été les textes choisis à une aussi large majorité. Il y a eu un débat parfois houleux sur les réseaux sociaux, mais ce qui transparaît sur ces plateformes est assez éloigné de la réalité du parti. Il y a eu aussi une certaine forme d’ingérence de la part d’autres formations politique, notamment de la France insoumise, qui n’ont pas obtenu gain de cause. Cela démontre que le Parti communiste français n’est pas un parti qui se laisse influencer par d’autres formations. Je crois que cela démontre la vitalité démocratique, la force et la conviction des militants communiste dans la période. Aujourd’hui, j’invite celles et ceux qui ont pu s’exprimer parfois de manière virulente sur les réseaux sociaux, à construire collectivement le Parti communiste qu’on souhaite et donc à s’inscrire pleinement dans les congrès locaux, départementaux et enfin dans le congrès national qui aura lieu à Lille, les 3, 4 et 5 juillet. Près des deux tiers des communistes ont souhaité se rassembler sur ce projet de base commune, et les messages que l’on reçoit ce dimanche, de la part de soutiens des autres textes, montrent que ces camarades ont le souhait de s’investir aussi dans le processus de congrès.

Propos recueillis par L.P. (La Marseillaise, le 8 juin 2026)

Anthony Gonçalves. « Ces données doivent fonder nos politiques publiques » (La Marseillaise)

Oncologue et adjoint PCF au maire de Marseille en charge de la Santé, Anthony Gonçalves réagit à l’étude de la Drees sur les inégalités sociales face au cancer qu’il juge « très importante ».

La Marseillaise : Quels enseignements retenez-vous de cette étude ?

Anthony Gonçalves : C’est une étude très importante. Le cancer, jusqu’à présent, était finalement considéré comme une maladie qui frappait, de façon indifférente, riche et pauvre. Ce n’est pas la sensation que les cancérologues en ont, évidemment, puisqu’on sait, nous, que les facteurs de risque ne sont pas répartis de façon équilibrée. La grande innovation de méthodologie est que ces chercheurs ont utilisé un paramètre qui est plus proche de la réalité alors qu’avant, c’était basé surtout sur la zone où on habite, ce qu’ils appellent « l’écologie ». Là, ils ont utilisé une échelle démographique permanente à l’EDP, qui a l’air d’être plus corrélée au statut social, ainsi que le SND (Système national des données de santé). En France, l’Assurance maladie couvre 90 % de la population, on a donc une espèce de « mine d’or » avec des données de santé disponibles dans la base du système national qui rembourse les médicaments.

La Marseillaise : Ces inégalités, vous les constatez sur le terrain ?

Anthony Gonçalves : Il y a des choses qu’on n’anticipait pas complètement, comme le fait que la répartition des cancers soit différente selon le niveau social. On fait l’hypothèse que les plus modestes sont exposés aux carcinogènes les plus impliqués dans le cancer du poumon, comme le tabac. Inversement, le cancer du sein est classiquement plutôt associé à peu de grossesses, ou plus tardives, et on évoque le rôle de la contraception orale, qui est réelle, mais très modeste. On sait bien, quand on voit les patientes, qu’elles sont plus souvent issues d’un milieu social « plus élevé » que la population atteinte de cancers pulmonaires. Pour la prostate, l’élément mis en avant est le fait que le diagnostic de cette pathologie repose, dans un grand nombre de cas, sur le dosage du PSA (antigène prostatique spécifique), c’est quelque chose qui se développe plus facilement dans les catégories les plus aisées, qui sont plus médicalisées.
Ce qui est plus troublant, c’est la répartition dans le pronostic. Les cancers de mauvais pronostic, ceux qui conduisent à des survies inférieures à 50%, sont beaucoup plus fréquents chez les plus modestes que chez les gens plus aisés. Cela tient en partie, aussi, au type de cancer. Le cancer du sein ou de la prostate sont des cancers qui ont de bons pronostics, les cancers du poumon beaucoup moins. Mais, même quand on exclut les cancers considérés comme plutôt socialement marqués, il reste quand même des cancers plus agressifs, plus graves, de plus mauvais pronostic chez les gens les plus modestes. Le diagnostic se fait probablement plus tardivement, parce que moins d’accès au dépistage et aux docteurs tout court. Les plus modestes se retrouvent plus souvent avec des cancers qu’on pourrait éviter, donc qui sont accessibles à la prévention.

La Marseillaise : Quelle réponse politique apporter ?

Anthony Gonçalves : Il faut renforcer les approches de prévention et les dépistages. Les cancers qu’on pourrait dépister à des stades précoces, on les retrouve à des stades métastatiques de façon disproportionnée chez les patients les plus modestes, selon cette étude. Ces données sont très importantes et doivent fonder les politiques publiques –y compris municipales– en matière de prévention de dépistage, d’accès aux soins. Quand on voit de telles inégalités dans un domaine aussi fréquent et aussi socialement marqué dans l’inconscient collectif que le cancer, une pathologie qui est connue, dans lesquelles les données sont bien décrites, connues de tous les spécialistes, il est clair que, oui, c’est une affaire politique. Il y a des questions politiques qui sont derrière l’accès aux soins, au dépistage précoce et à la prévention.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 8 juin 2026)

Romain Pitelet. « Nous sommes à la SNCF dans un état d’urgence sanitaire » (La Marseillaise)

Romain Pitelet, secrétaire général adjoint de la CGT cheminots, dénonce les réorganisations successives qui ont conduit à une situation alarmante. Les fédérations des cheminots de la CGT, de l’Unsa, de Sud et de la CFDT ont déposé un préavis de grève unitaire à la SNCF, pour le 10 juin, en dénonçant une politique d’entreprise anxiogène après une vague de suicides.

La Marseillaise : Vous appelez les cheminots à la grève, ce mercredi 10 juin, avec un mouvement unitaire. Quel a été le déclencheur ?

Romain Pitelet : Nous observons une dégradation de plus en plus visible de la situation sociale et sanitaire de l’ensemble des cheminots à la SNCF. Depuis plusieurs années, ils subissent des réorganisations importantes, des déstructurations des collectifs de travail, une diminution de plus en plus forte des moyens. Cela amène à des tensions, auxquelles s’ajoute le désengagement de l’État sur la question du ferroviaire. Et il y a la question de l’ouverture à la concurrence, de la filialisation, du transfert de personnels, qui sont des épreuves pour les salariés. Cela amène à un climat de souffrance extrêmement fort, qui dure depuis plusieurs mois. Au fil des combats locaux, des mobilisations de proximité, que ce soit pour défendre une gare, une ligne, des emplois, des conditions de travail, petit à petit, il y a une colère qui monte de plus en plus, partagée par l’ensemble des organisations syndicales qui, depuis des mois, interpellent la direction de la SNCF. À cette heure, le peu de réponses apportées ne suffisent pas à régler la situation. Nous sommes dans un état d’urgence sanitaire extrêmement préoccupant.

La Marseillaise : Comment se manifeste cette urgence sanitaire au quotidien ?

Romain Pitelet : Cela s’exprime de la manière la plus dramatique. Le sujet des suicides a fait la Une de l’actualité [douze suicides de cheminots ont été recensés en quatre mois au début de l’année, Ndlr.], mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg. La situation est grave aussi bien chez les employés, les ouvriers, les agents de maîtrise, que chez les cadres, y compris supérieurs. Nous ne nous retrouvons plus dans la politique menée dans l’entreprise SNCF et, plus globalement, dans l’ensemble des entreprises de la branche ferroviaire. Les statistiques internes montrent une hausse des arrêts de travail, une hausse des risques psychosociaux, une augmentation des burn-out… De nombreux cheminots, y compris de l’encadrement, viennent nous voir et font état de situations totalement folles dans leur quotidien, ils font et défont leur travail en permanence, ou sont placardisés… Nous sommes dans une situation qui rappelle les processus qui ont eu lieu dans d’autres entreprises, qui ont amené à des drames. Nous ne voulons pas en arriver là. Nous avons alerté à de multiples reprises la direction de la SNCF sur des mesures d’urgence, avec un moratoire sur l’ensemble de ces réorganisations, l’arrêt de la concurrence. Et il y a la question salariale, exacerbée par le retard de paiement du travail des cheminots depuis plusieurs années, pas à la hauteur de la reconnaissance de leurs qualifications.

La Marseillaise : Pourquoi la SNCF pousse-t-elle ces réorganisations ?

Romain Pitelet : La plupart du temps, il s’agit d’accroître la productivité non pas pour améliorer le service -on voit le service public se dégrader- mais pour une raison simple : la SNCF se met en disposition pour pouvoir répondre à des appels d’offres. Donc il faut saucissonner, étanchéifier un certain nombre de sujets de production et pressurer les cheminots pour qu’il y ait des bénéfices sortis. Le système libéral amène jusqu’à tenter de sacrifier un certain nombre de sujets de sécurité, un élément fondamental du métier de cheminot.

La Marseillaise : Quels sont ces risques pour la sécurité ?

Romain Pitelet : Cela peut-être des sujets réglementaires : essayer de rogner des repos, allonger de manière forcée le temps de travail, rogner sur la question de la formation professionnelle. Nous embauchons beaucoup à la SNCF, mais conduire des trains, entretenir des voies, faire un poste d’aiguillage, être sur les quais demande une connaissance très fine du milieu ferroviaire. C’est un milieu dangereux et donc il faut une formation extrêmement solide. Les signes envoyés vont en permanence vers un rabougrissement de cette formation, pour des questions de coûts. On le voit dans toutes les entreprises du ferroviaire, avec des tentatives de formations de conducteurs en cinq mois, alors que notre critère, ce sont des formations de douze mois. C’est extrêmement dangereux pour la cohérence de l’ensemble du système.

La Marseillaise : Vous parliez de l’ouverture à la concurrence du rail. Quelles conséquences observez-vous ?

Romain Pitelet : Il y a le sujet de la gabegie financière. Le comité central d’entreprise a diligenté une expertise sur les surcoûts de la concurrence. Ce document a bousculé le gouvernement et les directions d’entreprises parce qu’il montre un système absurde de mise en concurrence dans un système qui doit être intégré. Oui, la concurrence coûte plus cher que de maintenir une entreprise publique intégrée. Le deuxième aspect, c’est sur la qualité du service : en rabougrissant les moyens, on ferme une gare, des dessertes, on met en danger des lignes qui pourraient faire circuler des trains. Dans le centre de la France, autour de Limoges, les associations d’usagers, avec la CGT cheminots, font de multiples initiatives parce que, bientôt, il n’y aura plus de train dans le Limousin. Et il y a le quotidien, le prix du billet qui s’envole parce qu’il faut que la machine à cash fonctionne à plein, que ce soit à la SNCF ou pour les autres entreprises. On pressure les cheminots sur les droits, on pressure les autres usagers en baissant du service : c’est ça la réalité de la concurrence.

La Marseillaise : Il y avait déjà eu des mobilisations nationales pour le fret ferroviaire. Où en sommes-nous ?

Romain Pitelet : Nous alertons jusqu’à la direction de la SNCF parce que nous avons des possibilités de reprendre un certain nombre de trafics, voire d’en créer de nouveaux, mais la direction de Rail et logistique Europe, l’antenne fret de la SNCF, ne se positionne pas dessus. Il faut du sérieux, les enjeux environnementaux sont importants. La bataille continue aussi sur les sites, pour le maintien des triages, des wagons, des locomotives, qu’on ne brade pas cet outil indispensable.

La Marseillaise : Quelle mobilisation attendez-vous pour le 10 juin ?

Romain Pitelet : Nous attendons une forte mobilisation parce qu’elle est unitaire. Les quatre organisations syndicales ont pris leurs responsabilités et il faudra qu’elles le fassent après les annonces que pourrait faire le président de la SNCF, Jean Castex. On sent une température qui monte, les initiatives, les appels locaux, complétés par les appels unitaires au niveau national créent un climat de conflit qui s’annonce extrêmement fort. Nous appelons la direction de la SNCF à nous recevoir le plus rapidement possible pour que nous puissions avoir de réelles négociations. Sur les points portés par les organisations syndicales, nous avons des propositions, nous sommes ouverts à la discussion et nous pouvons avancer rapidement sur un certain nombre de sujets, pour régler la situation.

La Marseillaise : Quelles propositions mettez-vous sur la table ?

Romain Pitelet : Sur les questions de salaires, on ne peut pas se contenter de primes. Il y a aussi les questions de formation, du maintien des droits des cheminots qui sont transférés, et le maintien de l’unicité de l’entreprise qui doit perdurer. C’est un outil public dont on va tous avoir de plus en plus besoin dans les années à venir. Nous ne voulons pas hypothéquer l’avenir, contrairement à ce que certains veulent faire. Mais, aujourd’hui, l’urgence, c’est la situation sanitaire des cheminots, leurs conditions de travail, que l’on remette le sens du travail au cœur des discussions.

Propos recueillis par Yves Souben (La Maseillaise, le 8 juin 2026)