Gérard Davet. « Il y a un complot pour prendre le pouvoir par les urnes » (L’Indep)

Dans un pavé captivant de 600 pages, les journalistes d’investigation au Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme autopsient l’empire médiatique du milliardaire réactionnaire Vincent Bolloré, et son projet pour choisir le vainqueur de l’élection présidentielle qui vient. L’Indépendant a interviewé Gérard Davet, qui vit une partie de l’année dans les Pyrénées-Orientales.

Dans cette nouvelle enquête, plus addictive qu’une série Net-flix, les déjà auteurs d’« Un président ne devrait pas dire ça… » sur le quinquennat Hollande ou du « Traître et le néant » sur Macron, racontent la guerre culturelle menée par Vincent Bolloré, via ses médias, pour faire basculer l’opinion à l’extrême droite et la France dans un régime illibéral.

Gérard Davet, qui vit plusieurs mois par an dans les Pyrénées-Orientales car « mi-cérétan », dit-il depuis qu’il y a acheté une maison (où il a écrit une partie du livre), a accordé un entretien à l’Indépendant, « je le lis tous les jours», avant sa conférence-débat et la signature du « Complot contre la France » à la médiathèque de Thuir ce jeudi 29 octobre 2026, à partir de 19 heures.

Après Hollande et Macron, voilà une enquête sur un milliardaire, Vincent Bolloré. Le pouvoir échappe-t-il de plus en plus aux politiques ?

On a écrit ce livre parce qu’on a le sentiment aujourd’hui d’assister à une triple implosion: du macronisme, des partis politiques traditionnels de droite et de gauche qui n’ont pas de réponse à apporter ce qui fait prospérer les extrêmes, et sur ce brasier une personne joue un rôle non négligeable, le milliardaire Vincent Bolloré et son empire médiatique qui n’a pas d’équivalent dans le monde. On raconte ce que ça dit de l’époque.

Vous documentez les étapes du dessein de Bolloré : faire basculer la France dans un régime illibéral grâce à l’extrême droite… à six mois de la Présidentielle, il y est presque ?

On a l’impression que c’est une croisade personnelle. Vincent Bolloré est certes un milliardaire à l’empire hyper puissant: une école de journalisme, les cinémas UGC, Universal, Canal +, Europe 1, le JDD, Havas, les points Relay dans les gares, des maisons d’édition. tout le spectre de ce qui peut influencer les gens. C’est une entreprise de lavage de cerveaux. Bolloré a une vision quasi messianique. Et on peut imaginer que déployer constamment, à longueur de journée, des argumentaires autour des trois « i » : immigration, islam, insécurité peut conduire à des actes terribles comme à Trappes (une fusillade raciste a fait un mort et cinq blessés le 23 octobre – NDLR). On ne fait pas de lien direct mais ça crée un radicalisme d’atmosphère, ça met de l’huile sur le feu.

Aujourd’hui le fruit semble mûr… Vous voulez informer les Français avant qu’ils votent mais ceux qui s’apprêtent à mettre un bulletin Le Pen ou Zemmour dans l’urne ne vous liront probablement pas… Est-ce vain, décourageant ?

Vous êtes mieux placée que moi pour le savoir à Perpignan. On a compris depuis longtemps que ça n’empêche pas les gens de voter pour tel ou tel. On a fait un livre sur Balkany, il a été réélu, sur Macron aussi. On sait que ce qu’on fait a une utilité relative mais notre travail est une mission d’intérêt général. Après chacun fait ce qu’il souhaite. On n’est pas découragé parce qu’on ne peut pas décider du vote de quelqu’un, on peut juste l’informer.

Vous tapez fort sur Macron…

Oui mais son deuxième mandat est une catastrophe: une dette abyssale, la dissolution, l’impossibilité de former un gouvernement… C’est ce qui permet aux extrêmes de prospérer.

Marine Le Pen est-elle la « marionnette » de Bolloré ?

Marine Le Pen est la marionnette de personne, je crois. Ces deux-là s’observent de loin. Elle et Jordan Bardella lui ont rendu visite et savent ce qu’ils lui doivent mais ils ne sont que le deuxième choix. Le premier choix c’est Éric Zemmour-Sarah Knafo et ceux qui tournent autour Sarkozy, Ciotti, Retailleau, Lisnard… une droite conservatrice avec un fort tropisme religieux. Mais Vincent Bolloré sait très bien que c’est Marine Le Pen qui a les faveurs des Français, c’est donc un deuxième choix.

On entend beaucoup que son élection est désormais possible, quel est votre avis ?

Je ne suis pas devin, il peut se passer beaucoup de choses mais aujourd’hui, tout est en place pour un second tour Le Pen-Mélenchon et une victoire de Le Pen est possible, oui. Quand l’extrême droite arrive au pouvoir, il est faux de penser qu’ils feront n’importe quoi, ils ne s’en prendront pas immédiatement à l’État de droit, ce sera insidieux et ça débouche toujours sur un pays qui va mal : l’Argentine, l’Italie…

Ces élus RN se sentent décomplexés ?

Oui et les journalistes dits locaux sont les premiers à subir les conséquences avec la restriction à l’information, les noms d’oiseaux et le mépris affiché. Le plus problématique c’est ce qui arrive après, comme débaptiser un cinéma par exemple (le maire d’extrême droite d’Elne, dans les Pyrénées-Orientales, l’a fait – NDLR), ce genre de choses. La technique est claire : désigner un ennemi de l’intérieur et dresser les gens les uns contre les autres.

Quand l’extrême droite arrive au pouvoir comme à Perpignan ou Carcassonne, et aussi avant, elle malmène toujours les journalistes et la liberté de la presse…

C’est devenu compliqué de mener des enquêtes approfondies dans plusieurs médias appartenant à des milliardaires comme Bolloré ou Arnault mais heureusement, en France, on peut encore publier des livres comme le nôtre et faire du journalisme comme vous le faites à L’indépendant. Des comportements comme ceux de Barthès (le maire RN de Carcassonne), on peut les dénoncer, on le fait d’ailleurs dans Le Monde.

Le titre de votre livre peut paraître exagéré si on ne le lit pas, pourquoi ce choix ?

Comme toujours, c’est un clin d’œil et une caricature. Au roman de Philip Roth « Le Complot contre l’Amérique » où on voit l’accession au pouvoir d’un président d’extrême droite qui installe une dictature aux États-Unis. On n’en est pas bien loin en France. Et on ne parle pas de trois personnes qui complotent dans un cagibi pour prendre le pouvoir en France ! Il y a un complot pour prendre le pouvoir par les urnes.

Recueilli par Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 29 octobre 2026)

L’édito du Travailleur Catalan par Nicole Gaspon. Comment en est-on arrivé là ?

Le 23 octobre, à Trappes et à La Verrière dans les Yvelines, le racisme a tué. Un homme de 39 ans a fait feu tuant un jeune de 26 ans Pengo Bossio Wangi et blessant plusieurs autres personnes dont une fillette de 12 ans, grièvement touchée. Les victimes toutes noires ou arabes, étaient délibérément visées. Il s’agit bien d’un crime raciste commis par un individu lecteur de Mein kampf et dont les sympathies pour l’extrême droite sont avérées.

Il serait facile de considérer ce fait comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Le mal est beaucoup plus profond et vient de loin. Cette ignominie chemine depuis longtemps, d’abord à bas bruit, puis de plus en plus assourdissante. La liste des victimes du racisme malheureusement s’allonge, citons Hichem Miraoui à Puget-sur-Argens en mai 2025, Aboubakar Cissé dans une mosquée à La Grand-Combe en avril 2025, Djamel Bendjaballah, écrasé devant sa fille.

Tous les observateurs le soulignent, le racisme, la théorie du « grand remplacement », la défiance entretenue à l’égard des immigrés, les discriminations de sexe, de genre… sont devenus une constante dans le débat public et médiatique. Des thèmes repris à l’envi par des chaînes d’information, Cnews en tête. Des chaînes où les représentants du RN ont table ouverte. Le poison est ainsi continûment répandu. Rien d’étonnant alors si certains esprits fragiles se croient autorisés à passer à l’acte. C’est l’interrogation que pose Ali Rabeh, maire de Trappes à l’adresse des médias : « comment peut-on laisser prospérer cette parole matin midi et soir sur tous les plateaux et croire qu’elle n’aura pas d’effets sur la vie réelle ? »

La situation est d’une extrême gravité et nécessite une réponse ferme des responsables politiques, un sursaut des démocrates et des progressistes.

Le succès des rassemblements unitaires convoqué dans l’urgence ce début de semaine dans tout le pays est un signe que l’engrenage peut encore être stoppé, que d’autres horizons peuvent s’ouvrir.

Lycées : le gouvernement sort un carnet de chèques virtuel

Une série d’annonces ont été faites ce lundi, mais certaines ne vaudront que pour 2028.

Le gouvernement a annoncé lundi des mesures pour tenter de satisfaire les demandes du mouvement lycéen et étudiant qui exige depuis plus d’un mois de meilleures conditions d’enseignement.

Les lycéens demandent depuis plusieurs semaines une aide pour rénover le bâti scolaire, une modification des rythmes scolaires ainsi que l’abrogation de Parcoursup, l’une des principales cibles de cette contestation qui s’est traduite par le blocage d’établissements scolaires et des manifestations. Les ministres de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, et de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, ont détaillé les mesures arrêtées lors d’une conférence de presse. Invité de France 2 lundi soir, Édouard Geffray a évoqué la question de sa potentielle démission : « Que ça m’ait traversé l’esprit, la réponse est oui » mais « je considère que ma responsabilité est de servir l’intérêt général ».

1 Suppression de Parcoursup en 2028

Voici les principales mesures annoncées par le gouvernement: la première d’entre elles consiste à réformer Parcoursup en 2027 avant son remplacement en 2028. Les formations de l’enseignement supérieur devront justifier leur refus des candidatures et les critères de sélection feront l’objet de davantage de transparence. La nouvelle mouture de 2028 sera un « nouveau système, plus simple, construit à partir des conclusions du comité et du débat parlementaire », précise le ministère de l’Éducation.

2 Des places et des postes

Le gouvernement annonce l’ouverture à la rentrée 2027 de 15 000 places dans l’enseignement supérieur – 10 000 en BTS, 4 000 en IUT et 1 000 pour les filières de santé. Le gouvernement a annoncé une jauge maximale de 28 élèves par classe de seconde pour les lycées les plus défavorisés dès la rentrée 2027. Cette mesure devrait s’appliquer au reste des établissements à la rentrée 2028. Le nombre d’élèves sera également réduit dans les groupes les plus chargés en première et terminale. L’exécutif s’est engagé à annuler des suppressions de postes envisagées et même à débloquer 500 postes supplémentaires à la rentrée prochaine.

3 Prêt de 4 milliard pour les régions

Le gouvernement a annoncé le prêt de 4 milliards d’euros à taux réduit pour la rénovation du bâti scolaire ainsi que le déblocage d’un milliard d’euros supplémentaire pour les bâtiments universitaires. Mais le principe d’un prêt coince déjà, le financement, in fine, incombant aux régions.

4 La réaction des lycéens

Avant la conférence de presse, le Premier ministre Sébastien Lecomu avait reçu les organisations lycéennes et étudiantes. Une partie des syndicats lycéens a salué des mesures concrètes de l’exécutif mais appelle tout de même à poursuivre la mobilisation le 31 octobre et 5 novembre. « On peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Tout n’est pas encore satisfait et nous irons au bout. Nous satisferons les revendications des lycéens et des lycéennes et nous appelons à la mobilisation le 5 novembre et le 31 octobre », a déclaré Louis Letoublon, vice-président de l’organisation Les Lycéens !, à la sortie de la réunion.

L’Indépendant, le 27 octobre 2026

Selon un sondage Odoxa pour la presse régionale, 68 % des Français pensent que le mouvement des lycéens est justifié (94 % des sympathisants LFI et écologistes, 80 % PS, 60 % RN, 58 % Renaissance et 51 % LR) mais seulement 36 % souhaitent qu’il se poursuive après les vacances de la Toussaint.

Compte rendu du Conseil national du PCF des 10 et 11 octobre 2026

Le mouvement social prend de l’ampleur, trace des convergences. L’implication de chaque militant est décisive pour faire pencher la balance dans cette campagne qui est lancée dans la rue, campagne d’idées et d’action tout autant que pré-électorale.

Pour être réactif, le conseil national fait évoluer ses modalités de travail. La discussion a été structuré en plusieurs temps afin de faciliter les échanges sur des points précis.

C’est pourquoi plusieurs rapports courts ont été présentés. Si ces points sont liés, et ont été articulés, cela a permis de rythmer la réflexion.

Chacun de ces rapports a pour but d’aider à l’activité.

Actualité sociale et politique du pays
Le rapport de Léna Raud
Les interventions

Campagne électorale
Le rapport de Ian Brossat
Les interventions

Mobilisation des fédérations
Le rapport de Fany Chartier
Les interventions

Élaboration du programme
Le rapport de Jérémy Bacchi
Les interventions

Financement de la campagne
Le rapport de Christophe Grassulo
Les interventions

Direction du PCF
Le rapport de Stéphane Bonnéry
Les interventions

Sénatoriales
Le rapport de Cécile Cukierman
Les interventions

Vie du Parti
Le rapport d’ego Zamichiei
Les interventions

« Casserolades » vendredi, acte III samedi et grève le 5 novembre (L’Indep)

Après une deuxième journée d’action qui a été marquée par un climat relativement apaisé par rapport au 17 octobre, d’autres actions se préparent déjà pour les jours à venir. Florilège.

Après la journée de mobilisation contre la vie chère de samedi dernier qui n’a jamais approché la dimension chaotique de la précédente du 17 octobre, malgré quelques débordements et perturbations au moment des dispersions de cortèges, l’heure était au bilan dimanche matin.

Effectué par le ministère de l’Intérieur, qui annonçait que les manifestations de samedi auxquelles ont participé, selon les sources, entre 410 000 et 800 000 personnes) ont donné lieu à 1 314 interpellations et 75 interventions pour des incendies.

Le ministère a également confirmé que « plusieurs enquêtes ont été ouvertes » (mais sans donner d’informations supplémentaires) et que la nuit avait été « calme ».

Après l’acte Il de ce 24 octobre, les « gilets jaunes » ont déjà dévoilé des éléments de la poursuite de leur mobilisation. Le mouvement appelle ainsi à des « casserolades » pour le vendredi 30 octobre devant l’Assemblée nationale et les permanences parlementaires, avant de fixer une nouvelle journée de rassemblements, partout en France, au samedi 31 octobre.

Quant aux centrales syndicales, elles donnent, elles, rendez-vous au jeudi 5 novembre.

« La grève doit prendre le relais »

« L’heure est venue de franchir un nouveau cap dans la mobilisation, la grève doit prendre le relais », avait assuré la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, mercredi dernier, en évoquant cette date du 5 novembre. « Le rendez-vous de mobilisation, c‘est le 5 novembre », avait renchéri la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon.

Une journée de contestation sociale organisée donc à l’appel de la CGT et de la CFDT, mais également de FO, de l’Unsa et de la FSU.

Dans un communiqué commun, ces syndicats ont appelé « l’ensemble des salariés du public comme du privé, des jeunes et des retraites » à la grève et à la mobilisation, « pour les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie ».

Ailleurs en Europe, de nombreuses actions, pour des revendications diverses, avaient été également engagées ce samedi.

À Milan, dans une configuration un peu similaire à Paris, la manifestation n’a pas dégénéré comme la semaine passée. Samedi, des cortèges ont également défilé à Madrid (25 000 personnes environ, sans heurts) ou à Lisbonne (contre l’augmentation des loyers), en Albanie (avec des canons à eau utilisés contre des lycéens et des étudiants) ou en Belgique (avec des gaz lacrymogènes employés contre des étudiants).

L’Indépendant, le 26 octobre 2026

L’édito du webzine. La colère, cette France qu’on n’écoute plus

Un pays qui s’embrase, des vitrines brisées à Lyon, un hôtel de ville en flammes à Limoges, et un président qui, lui, choisit ce moment précis pour s’envoler vers le Golfe – comme en 2018, lorsqu’il observait depuis l’Argentine les dégâts de l’Arc de Triomphe saccagé. L’histoire bégaie, et c’est peut-être le plus inquiétant.

Commençons par ce que cette semaine ne fut pas : elle ne fut pas une explosion soudaine. La colère qui a mis entre 550 000 et 800 000 personnes dans la rue le 17 octobre -lycéens mobilisés depuis des semaines, étudiants en assemblées générales, gilets jaunes revenus d’entre les morts, syndicats- couvait depuis longtemps. « Trimer toute la journée, pour ne pas pouvoir remplir son chariot », résumait à Bordeaux Eddy, 20 ans. Et ce cri, désormais, dépasse nos frontières : de Rome à Madrid, une même jeunesse européenne estime que les urnes ne parlent plus pour elle.

Face à cela, la réponse de l’État a d’abord été une réponse de l’ordre. Couvre-feux à Lyon, Marseille, Limoges ; interdictions de manifester à Lyon, Nancy, Besançon, Mulhouse, Bordeaux ; parcours imposés puis retirés à Paris à 24 heures de la mobilisation ; 70 000 policiers et gendarmes déployés ce samedi, canons à eau compris. Sans doute fallait-il sécuriser. Mais quand un préfet interdit toute manifestation dans la troisième ville de France, quand la préfecture parisienne déplace en dernière minute un cortège négocié pendant une semaine, on ne désamorce pas une colère : on la confirme dans son intuition première, à savoir que le pouvoir ne veut pas entendre.

Et si on répondait aux attentes

Le paradoxe est complet : dans le même temps, le président recevait à l’Élysée des représentants lycéens venus « écouter les revendications », promettait fermeté et transparence, tandis que le ministre de l’Intérieur jurait qu’on ne « laisserait rien passer ». Deux langages, une seule incapacité : celle de traduire la contestation en politique. Les tribunaux administratifs, eux, ont passé la semaine à suspendre des interdictions – jugeant, avec la sagesse lente qui est la leur, que le droit de manifester ne se suspend pas aussi légèrement qu’un arrêté.

Ce samedi 24 octobre, l’« acte II » a réuni 410 000 personnes selon l’Intérieur, près de 800 000 selon la CGT – et sans incident majeur dans la plupart des villes, preuve s’il en fallait une que la colère n’est pas la casse, et que la casse n’est pas la colère. Les gilets jaunes ont déjà annoncé l’acte III pour le 31 octobre : manifester « pour la liberté de manifester ». À six mois de l’élection présidentielle, voilà où nous en sommes : un pays dont le conflit central porte désormais sur le droit même à exprimer ses conflits.

La colère, disait un syndicaliste marseillais, c’est ce qui arrive « quand tout le monde est à bout ». Elle n’est ni illégitime ni illimitée. Mais elle ne se gère ni par les grenades, ni par les invitations à l’Élysée. Elle s’apaise par des réponses – sur les salaires, sur les services publics, sur cette impression diffuse que le pacte social s’est brisé quelque part entre deux quinquennats. Tant que ces réponses manquent, chaque samedi ne sera qu’une répétition. Et l’Histoire, elle, a déjà montré qu’elle sait se répéter.

Dominique Gerbault