À lire dans Le Travailleur Catalan (n° 4095 – vendredi 12 décembre 2025)

L’édito de Michel Marc. Contrastes
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Focus

« Quand j’entends le mot culture, je sors mon révolver ». Un budget en peau de chagrin
Pour des états généraux de la culture

Dossier

L’appel de Coluche, il y a 40 ans
17 antenne fixes sur l’ensemble du département
Banque alimentaire
Secours Populaire. Les Pères Noël verts donnent un coup de main au Père Noël rouge
Banque alimentaire. Nourrir l’espoir en Pyrénées-Orientales

Département

La liste « Perpignan Autrement » rassemble encore
Laïcité. La FCPE en colère contre la mairie de Saleilles
École 42. Trois syndicats contestent l’initiative de FO 66
Elne. 20 ans, cela se fête !
Vie syndicale SNUIPP 66. Les réunions d’information syndicales (R.I.S) au centre du réacteur
Train Jaune. Des perspectives à construire ensemble
Conflent. Atermoiements et opacité autour du projet de centre de santé
Conseil départemental. Colère contre l’austérité
En Català. Les cinc arques Capitol 3 (4)

Sport

L’USAP sort de sa torpeur

Culture

Librairie de Noël. La fête des livres et des mots
Capses. L »art en boîtes
Le Boulou. Photographe voyageur
BUGONIA (international, 2025) de lorgos Lanthimos
Chant. Naissance d’un chœur
Archipel. Brazilian Odyssey par la Sao Paulo dance company
Archipel. Sarabande
Où sortir

France

Pourquoi sacrifier nos enfants ?

Monde

Belgique. Le mouvement social parvient à ralentir l’offensive néo-libérale
COP 30, un échec ?

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Appel à la solidarité avec le peuple soudanais. Aux peuples libres du monde et à leurs forces vives

Le 15 avril 2023, une guerre a éclaté au Soudan entre les forces armées soudanaises et les milices des Forces de soutien rapide, nées et nourries en son sein et utilisées pour frapper des opposants pacifiques. Cette guerre n’est pas motivée par des enjeux nationaux liés au bien-être et aux droits du peuple, mais plutôt par le contrôle, le pillage et l’appauvrissement des ressources du pays.

Depuis trente deux mois, ses flammes continuent de se propager, aggravant les souffrances des citoyens à travers le pays. Les civils des villes d’El Fasher, Kadugli et Dallang subissent une catastrophe humanitaire sans précédent. Le siège se poursuit, l’approvisionnement en nourriture et en médicaments est bloqué, et les bombardements aveugles de quartiers, d’hôpitaux et d’installations civiles se poursuivent. La tragédie a atteint son paroxysme : des enfants meurent de faim, des personnes âgées meurent, et des familles sont contraintes de se nourrir de feuilles d’arbres et de nourriture pour animaux (ambaza) pour survivre. Des hôpitaux ont été détruits ou fermés, et l’aide est refusée, un crime assimilable à un génocide.

Tout cela se déroule dans le silence et la complicité de la communauté internationale et de ses institutions. Les citoyens ont un rôle à jouer dans le déclenchement de cette guerre, et il n’y a actuellement aucun espoir de solution à l’horizon qui réponde à leurs intérêts et mette fin aux souffrances causées par cette guerre et ses effets dévastateurs.

Cette guerre a affecté la vie de millions de Soudanais, décimant leurs économies et leurs biens privés et publics, et menaçant ceux qui restent en vie à l’intérieur du pays. Des millions de personnes ont été déplacées, transformées de simples individus productifs en déplacés internes et en réfugiés, affamés et démunis. Le peuple soudanais a été privé de tous ses droits fondamentaux, notamment du droit à la vie. Environ 26,6 millions de Soudanais, sur une population totale de 47,8 millions, soit plus de la moitié de la population soudanaise, vivent dans l’insécurité alimentaire.

Environ 24 millions d’enfants sont touchés par les conséquences de ce conflit, et plus d’un million d’entre eux sont menacés de malnutrition sévère. Les taux de mortalité dus à la faim et à la malnutrition augmentent chez les enfants et les adultes, un enfant mourant toutes les deux heures dans certains camps de déplacés. Ces conditions tragiques sont exacerbées par l’extension de la guerre, plus de 75 % des zones agricoles étant désormais inexploitables, et par l’échec des campagnes agricoles 2023-2024.

Face à la guerre en cours, à l’intransigeance des parties au conflit et de leurs commanditaires, et à leur refus d’y mettre fin, nous tirons la sonnette d’alarme, interpellant les consciences des peuples du monde libre et de ses forces vives pour sauver le peuple soudanais de la pire catastrophe humanitaire que le monde ait connue. Ceci est fait en solidarité avec nous pour soutenir la lutte du peuple soudanais et des forces vives des comités de résistance, du front syndical et des forces du changement radical pour arrêter la guerre, préserver la vie des Soudanais et des Soudanaises, rétablir le chemin de la révolution et réaliser ses slogans de liberté, de justice et de paix.

Parti communiste soudanais

Le billet d’Yvon Huet. La République a la tremblotte…

Les repères ont sauté à l’occasion du vote du budget de la Sécurité Social qui –après 80 ans de bons et loyaux services grâce à sa mise en œuvre par la CGT et les communistes en 1945 dans le cadre du programme du CNR– se retrouve aujourd’hui privée de plusieurs milliards de ressources, budget de guerre du président Macron oblige, pour n’évoquer que cela…

Quand on fait le compte des votes qui additionnent l’abstention et le vote pour le budget de misère proposé par la gouvernance Lecornu, on s’aperçoit en fait que ce sont principalement des députés d’extrême droite et de droite qui font, de loin, le gros du score du refus, sachant que c’est pour une raison inverse à celle des gauches puisque leur obsession c’est la chasse aux migrants et aux pauvres et la privatisation de la Sécurité Sociale…

Allez expliquer cela à ceux qui ont déjà décroché de l’intérêt pour la politique… Pas simple.

Pour être plus précis, au vu des résultats que je reprends ci-dessous, nous avons 153 voix de contre issues de l’extrême droite et de la droite et 90 voix contre issues de la gauche NFP, dont 71 LFI et 10 communistes et apparentés… Côté vote pour, on en a 67 dont 63 socialistes, 1 GDR et 3 écologistes, les 176 autres venant de différents courants de droite. Reste les abstentions, essentiellement des écologistes mais pas seulement. En tout, cela fait 53 abstentions à droite et 37 à gauche + 1 non inscrit…

C’est ce que mon journal l’Humanité ne sait pas reconnaître et que LFI cache bien pour ne pas reconnaître les limites de sa marge de manœuvre à l’Assemblée nationale.

J’en ai peut-être oublié à la marge mais je pense, à un moment, qu’il faut arrêter se laisser berner par les langues de bois qui font croire au père Noël de cette assemblée maudite qui risque bien de finir comme celle de la 3e République qui a majoritairement donné ses voix à Pétain et Laval ou de la 4e qui a laissé faire un coup d’État institutionnel par un général… Les contextes sont toujours bien différents mais les républiques françaises finissent toujours dans les bras de l’autoritarisme depuis plus de deux siècles en commençant par la 1re qui a fini dans les bras de des Bourbons en 1814 après le passage tonitruant de Napoléon dont s’inspirent tous les aventuriers de la politique pendant les crises aiguës d’un capitalisme qui n’accepte le fait démocratique que lorsqu’il avantage le pouvoir des riches…

Alors que faire ? Une bonne révolution démocratique et sociale issue du mouvement social serait la meilleure solution. En attendant, chacun fait ce qu’il peut dans les chaumières de la résistance au mensonge permanent diffusé par les médias aux ordre désormais de l’extrême droite en France pour une grande majorité d’entre eux.

Je reproduis le décompte officiel fait par LCP pour éviter toute mauvaise interprétation :

Pour, contre, abstentions… Qui a voté quoi ?

Groupes de l’ex-socle commun :

  • Ensemble pour la République : 91 « pour » (sur 91 députés)
  • Les Démocrates : 36 « pour » (sur 36 députés) ;
  • Horizons : 9 « pour », 25 abstentions (sur 34 députés) ;
  • Droite républicaine : 18 « pour », 3 « contre », 28 abstentions (sur 49 députés).

Groupes d’opposition :

  • Rassemblement national : 123 « contre » (sur 123 députés) ;
  • La France insoumise : 71 « contre » (sur 71 députés) ;
  • Socialistes : 63 « pour », 6 abstentions (sur 69 députés) ;
  • Écologiste et social : 3 « pour », 9 « contre », 26 abstentions (sur 38 députés) ;
  • Gauche démocrate et républicaine : 1 « pour », 10 « contre », 5 abstentions (sur 17 députés) ;
  • Libertés, indépendants, Outre-mer et territoires : 20 « pour », 2 abstentions (sur 22 députés) ;
  • Union des droites pour la République : 16 « contre » (sur 16 députés).

Non inscrits :

  • 6 « pour », 2 « contre », 1 abstention (sur 9 députés).

Yvon Huet

Accord départemental entre La France insoumise et le Parti communiste Français en Seine-Saint-Denis

La France insoumise et le Parti communiste français ont conclu un accord départemental en vue des élections municipales de mars 2026 en Seine-Saint-Denis. Les candidat-e-s communistes et insoumis-e-s mèneront campagne ensemble pour bâtir des majorités solidaires, écologiques et démocratiques.

À Bobigny. Noisy-le-Sec, Sevran et Stains, La France insoumise soutiendra les maires communistes et apparentés sortants. Au Blanc-Mesnil, les insoumis-es participeront à la liste conduite par Didier Mignot pour battre la droite extrême.

À Aubervilliers, Aulnay-sous-Bois, Bondy et Drancy, les communistes soutiendront une tête de liste France Insoumise. À Saint-Denis-Pierrefitte, La France insoumise, le Parti communiste ainsi que la Seine-Saint-Denis au cœur seront unis derrière l’insoumis Bally Bagaycko.

À Noisy-le-Grand, la liste sera menée par une citoyenne soutenue par Générations.S, La France insoumise et le PCF face aux droites réactionnaires et antisociales.

À Neuilly-sur-Marne, le Parti communiste et La France insoumise, avec Aziza Nouioua, proposent le rassemblement de toutes les forces de gauche et citoyennes face à la droite.

Cet accord départemental est un point d’appui essentiel pour rendre nos villes à leurs habitant-e-s. Nous poursuivons les discussions avec les collectifs et les forces politiques de la Seine-Saint-Denis, fidèles au programme de rupture du Nouveau Front Populaire.

Maison de la Région. 120 ans de la loi sur la laïcité : un anniversaire dignement fêté (L’Indep)

« C’est un anniversaire, c’est une fête ! » Ce mardi, plutôt que de faire un long discours, la conseillère régionale Judith Carmona, qui s’est chargée d’ouvrir la commémoration des 120 ans de la loi sur la laïcité à la Maison de la Région, a préféré miser sur la convivialité. Et sur le rassemblement autour du principe de laïcité initié par la loi du 9 décembre 1905 qui garantit la neutralité de l’État par rapport aux cultes et, par ricochet, « l’égalité de toutes et tous quelles que soient leurs convictions ». Afin de célébrer dignement cet anniversaire, élus et agents de la Région ont partagé, avec les représentants des associations partenaires de son festival de la laïcité, des gâteaux réalisés par les apprentis du centre de formation de la Chambre de métiers de Perpignan. Dans la foulée, Patrick Marcel, de la Ligue de l’enseignement, a animé un débat autour du thème « En quoi la laïcité est-elle le garant du triptyque républicain Liberté, Égalité, Fraternité ? » L’ultime acte catalan du festival de la laïcité se tiendra ce mardi 16 décembre, à 18h30, avec une conférence sur le rugby et la laïcité d’un auteur spécialiste du thème, Georges Bringuier. Toujours à la maison de la Région.

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 10 décembre)

Montebourg, Ruffin et les Animalistes au soutien de Perpignan Autrement (L’Indep)

Debout, L’Engagement et Les Animalistes rejoignent la liste Perpignan Autrement, menée par Mathias Blanc, pour les municipales 2026 a Perpignan. De quoi peser un peu plus dans les très complexes négociations pour unifier l’offre à gauche et au centre ?

« Notre ADN est de fédérer et de rassembler ». Au milieu d’une longue tablée ce mardi 9 décembre 2025 à midi au Vienne a Perpignan, Mathias Blanc joint le geste à la parole.

Le candidat socialiste, tête de liste de Perpignan Autrement regroupant une dizaine de partis et d’associations de gauche, présente trois nouveaux soutiens en vue des municipales de mars 2026 : Debout, le parti de François Ruffin, L’Engagement, celui d’Amaud Montebourg, et les Animalistes. « Divisés, on sait que l’on ne va pas très loin. Nous avons fait la preuve, avec Perpignan Autrement, de notre capacité à rassembler, encore aujourd’hui ».

Crédité de seulement 11 à 15 % des intentions de vote au premier tour, selon différentes hypothèses, dans le sondage exclusif Ifop pour L’indépendant, Mathias Blanc ajoute : « ma légitimité est celle du collectif et de la démocratie interne ». Ajoutant que des « propositions concrètes pour rejoindre notre liste ont été faites à Agnès Langevine », « Elles sont toujours en attente d’une réponse », ajoute une colistière. « Les échanges continuent et nous continuerons dans cet objectif », insiste le cadre socialiste. Mais le temps presse désormais à gauche, comme au centre. Surtout que la coalition Insoumis-Écologistes prend du poids.

Référent Debout dans les Pyrénées-Orientales, Lucas Bernabé confirmait « sa conviction en l’union, meilleur atout pour une ville plus juste, plus solidaire, plus respirable ».

Ex-coprésidente du parti Les Animalistes, désormais correspondante locale, Isabelle Yvos annonçait 32 mesures pour la cause animale retenues par Perpignan Autrement.
Parmi elles, « une grande campagne de stérilisation des chats errants. Il faut savoir que 2 chats errants -mâle et femelle- aujourd’hui, c’est 1 200 chats potentiels dans 4 ans ; des buffets de la ville lors des réceptions à 50 % végétariens, sans foie gras, ni produits testés sur des animaux ; un tarif préférentiel chez les vétérinaires pour les personnes en difficultés sociales ». Tout cela alors que le programme complet de Perpignan Autrement sera présenté début 2026. À moins que d’ici là, la donne à gauche et au centre change.

Thierry Bouldoire (L’Indépendant, le 10 décembre)

Communiqué de presse de la FCPE 66. « En ce 9 décembre, 120 ans de la Laïcité, un principe de notre Constitution, à Saleilles et dans toutes les Pyrénées-Orientales »

Lu dans le bulletin municipal de novembre 2025 de la commune de Saleilles sous le titre « Sondage pour les parents des enfants scolarisés à Saint Pierre La Mer à Saint-Cyprien », la FCPE 66 dénonce un acte contraire à la laïcité avec l’accompagnement par une municipalité des familles vers l’enseignement privé. De cette manière, ces enfants sont incités manifestement à faire leur scolarité dans le privé, plutôt qu’au collège de Cabestany du secteur, ce qui va à l’encontre de la carte scolaire et de la mixité.

À l’occasion des 120 ans le la laïcité, la FCPE 66 dénonce et s’insurge de cette situation de faits du contournement de la carte scolaire du collège de Cabestany par cette incitation au privé, et au-delà de ça, d’évoquer la problématique de la mixité sociale et scolaire, de la laïcité, et du rôle de certains élus de la République qui vont à l’encontre de la laïcité.

Pour information, le journal municipal est financé par de l’argent public et n’a donc pas vocation à faire de la publicité pour le privé…

L’autre point, c’est que derrière ce sondage lancé auprès des parents, il y a également les transports scolaires assurés par les financements publics, et donc intimer le fait qu’une ligne de transport pourrait être assurée entre Saleilles et le Groupe scolaire privé de Saint-Cyprien, c’est utiliser l’argent public pour desservir le privé.

Enfin, dans un département qui est l’un des plus pauvres de France, à Perpignan 32 % de la population vie en dessous du seul de pauvreté, où la mixité sociale et scolaire est peu respectée, les élus de la République, à Perpignan par exemple, ne cessent de valoriser les écoles privées, par ce type d’informations en catimini choquant !

120 ans de la laïcité en ce mardi 9 décembre et on s’aperçoit que nous sommes dans un département, où la laïcité, c’est un peu un principe que chacun instrumentalisé et usurpe à sa manière. La FCPE 66 rappelle que chaque élu de la République doit respecter les lois et notre Constitution, et le principe de laïcité n’a pas de double sens !

Rémy LANDRI, président de la F.C.P.E. des Pyrénées-Orientales
Marc ZARCONE, président de la F.C.P.E. de Cabestany

Le billet d’Yvon Huet. Perpignan : le ridicule tue !

Quelques articles de presse évoquent la facilité avec laquelle Louis Alliot, chantre du RN, risque de renouveler son mandat à la mairie de Perpignan. Même pas la peine de coller des affiches ! Pourquoi, parce que dans ce cas de figure, trois listes de gauche concurrentes se présentent dont le but est de savoir laquelle sera devant les autres, pendant qu’un piètre éditeur catholique version intégriste tente de faire valoir la droite dite « classique »…

On peut créer toutes les coordinations possibles pour tenter de faire reculer la tentation totalitaire à la française, mais si elles ne sont pas accompagnées d’une responsabilité politique de ceux qui se disent garants de la démocratie sociale et culturelle sur le terrain municipal, on n’en sortira pas et les dégâts seront lourds de conséquence. Je sais qu’à leur niveau les communistes de mon département des Pyrénées-Orientales ont tenté quelque chose pour rapprocher les points de vue, mais en vain. Ils ont dû faire le choix d’un moindre mal certes, mais cela ne règle pas le problème de fond qui écarte les classes populaires du vote à gauche, même pour des élections municipales.

On ne doit pas comparer cette situation au terrain législatif d’une autre nature où nous devrions avoir la possibilité de voter pour la tendance politique que l’on veut, ce qui n’est pas le cas, les dits « gros » bataillons qui crient plus forts que leur ombre ayant une tendance récurrente à écraser les petits d’un moment d’histoire politique d’une République en dérive.

Depuis quelque temps, j’écris des billets plutôt pessimistes sur l’existant… J’espère toutefois me tromper, sachant qu’en cas de recul cuisant d’une démocratie déjà bien abîmée avec un Président qui prépare sa guerre avec la Russie sans consulter qui que ce soit pendant qu’il laisse la gouvernance gérer l’offensive austéritaire dont il a besoin pour justifier son attitude criminelle vis à vis de toutes les générations, je serai du côté de celles et ceux qui résisteront. Je ne fuirai pas.

Yvon Huet

Lisa Ribeaud. « Ce budget de la Sécu inverse les solidarités »

Lisa Ribeaud, nouvelle présidente de Solimut Mutuelle de France, répond à « La Marseillaise » à propos du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, alors que son vote a lieu ce mardi.

La Marseillaise : L’instabilité politique conduit, cette année, à une élaboration du projet de loi de financement de la Sécurité sociale assez chaotique. Est-ce que cela vous inquiète en tant que responsable mutualiste ?

Lisa Ribeaud : Oui, on assiste à des allers-retours incessants entre le gouvernement, l’Assemblée nationale et le Sénat. Des mesures sont annoncées puis retirées. Des parties de textes sont créées puis supprimées puis réintroduites, des compromis de dernière minute sont passés… Encore à l’heure où on se parle. Ce n’est pas à la hauteur des enjeux. On ne parle pas d’ajustement technique, mais de l’accès aux soins, de l’hôpital, des restes à charge… Bref, de la vie quotidienne de millions de personnes. Je suis outrée que le budget de la Sécurité sociale fasse l’objet d’un marchandage permanent.

La Marseillaise : Plusieurs acteurs du mouvement social ont qualifié ce projet de loi de financement de la Sécurité sociale de « musée des horreurs ». Partagez-vous ce constat ?

Lisa Ribeaud : Totalement. S’agissant du texte initial qui a posé le cadre de la discussion, l’analyse que je fais, c’est qu’il inverse les solidarités fondées par la Sécurité sociale il y a 80 ans. On passe d’un système où la maladie était prise en charge collectivement, à un système où – de plus en plus – on demande aux personnes fragiles, aux personnes malades de payer pour générer des recettes qu’on n’est pas capable de trouver par ailleurs. C’est insupportable et c’est d’une grande violence. Il y a plusieurs mesures qui méritent leur entrée au musée des horreurs. Premièrement, le doublement des franchises médicales et des participations forfaitaires. Ce sont ces petites sommes qui restent à la charge des patients lorsqu’ils vont chez le médecin ou à la pharmacie. On sait que ces franchises, qui ne sont pas d’un montant spectaculaires, constituent néanmoins des barrières financières à l’accès aux soins, surtout lorsque les personnes malades doivent s’en acquitter de manière répétitive. Ça va finir par peser très très lourd.

La Marseillaise : Le gouvernement parle de responsabiliser les patients. Vous n’êtes pas d’accord ?

Lisa Ribeaud : Par ailleurs, politiquement, le message est assez détestable : on parle de responsabiliser les patients, mais les patients ne sont pas responsables de leurs maladies. On ne choisit pas d’être malade. Les patients ne sont pas responsables de ce qu’un médecin met sur l’ordonnance. Pour moi, en revanche, c’est le gouvernement et les décisions politiques qui ont été prises ces dernières années qui sont responsables de la situation actuelle de la Sécurité sociale et du manque de financements pour combler son déficit. Plutôt que d’aller chercher de nouvelles recettes, on pointe les personnes malades, je trouve assez insupportable d’inverser les responsabilités de cette manière.

La Marseillaise : On pourrait vous dire que des restes à charge importants, c’est plutôt un argument pour développer des mutuelles.

Lisa Ribeaud : Ce n’est pas du tout notre conception. Nous, aux Mutuelles de France, on se positionne en complémentarité de la Sécurité sociale. Plus elle transfère des charges sur les mutuelles, plus on est obligé d’augmenter les cotisations et notre vocation, c’est que la population puisse être couverte pour une Sécurité sociale de haut niveau et par des mutuelles qui restent accessibles financièrement. Le combat de Solimut et des Mutuelles de France, c’est que la santé soit un droit pour tout le monde. Pour cela, il n’y a rien de mieux que la Sécurité sociale, qui a une base de mutualisation extrêmement forte puisqu’elle couvre l’ensemble de la population. En tant que mutuelle héritière des mutuelles ouvrières, on n’a aucun intérêt à rembourser de plus en plus de dépenses. Ce n’est pas soutenable financièrement pour nos adhérents. La seule chose qui se passe avec ce type de logique, c’est que les personnes ne prennent plus du tout de mutuelle.

La Marseillaise : Au-delà du doublement des franchises médicales, quelles sont les mesures qui vous choquent dans le projet de budget de la Sécurité sociale ?

Lisa Ribeaud : Il y a une mesure qui peut sembler administrative sur le papier, c’est de pousser les personnes qui ont une maladie chronique qu’on appelle « stabilisée » à sortir du dispositif des affections de longue durée. Il faut être extrêmement vigilants à la façon dont cela va se mettre en place. Il y a 14 millions de personnes en affection de longue durée. Une personne qui a un diabète stabilisé, elle reste diabétique. De même, une personne qui a le VIH et dont la charge virale est indétectable, reste porteuse du VIH. Si leur maladie est stabilisée, c’est parce que ces personnes ont pu avoir un accès aux soins, remboursés à 100%. Le risque, c’est que sans cela, elles recourent de moins en moins aux soins et donc que leur maladie chronique soit aggravée. À titre individuel c’est dramatique et à titre collectif, on sait qu’une maladie mal prise en charge ensuite coûtera plus cher et contribuera à désorganiser le système de soins.

Encore une fois, plutôt que d’aller chercher des recettes supplémentaires, on s’en prend à des personnes malades qui sont considérées comme « plus assez malades ». C’est une logique très dangereuse. Ensuite, pour moi, le dernier élément qui mérite son entrée au musée des horreurs, c’est l’objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam). C’est le chiffre qu’il ne faut pas dépasser. Son augmentation était fixée dans le texte à 1,6%, alors qu’on sait que l’augmentation naturelle des besoins de santé est de 4 à 5% avec le vieillissement de la population, les maladies chroniques et l’innovation médicale. Donc, si on applique ce taux-là, on va demander un effort insoutenable à notre système de santé. On décide de volontairement sous-financer la Sécurité sociale et, ensuite, on se sert de cela pour fermer des lits voire des services à l’hôpital…

La Marseillaise : Après avoir été supprimée en première lecture, les députés ont réintroduit en séance, vendredi 5 décembre, la taxe d’un milliard d’euros sur les cotisations mutualistes. Vous vous y opposez, mais les mutuelles n’ont-elles pas leur part d’effort à faire ?

Lisa Ribeaud : Répétons-le : quand une taxe augmente, elle finit inéluctablement par peser sur le bénéficiaire final. Au-delà de la mesure financière lourde pour les adhérents, ce sont les « arguments » invoqués avec désinvolture qui nous alertent et nous révoltent. Plus d’une heure durant, nous avons entendu, de la part des députés en séance, des propos fallacieux, insensés, insultants, qui remettent en cause l’intégrité du mouvement mutualiste. Mettre en cause l’intégrité des mutuelles, c’est attaquer le système de protection sociale solidaire que nous défendons. Nos entreprises relèvent de l’économie sociale et solidaire, sont à but non lucratif et à gouvernance démocratique. Ce sont les adhérents, élus par leurs pairs, qui ajustent les tarifs au strict nécessaire pour garantir les équilibres, payer les prestations et assurer les services aux populations que nous protégeons. Nous ne pouvons pas laisser s’installer ce discours. Nous ne pouvons laisser sans rien dire les mutuelles se faire insulter avec leurs adhérents, leurs militants, leurs salariés. Nous ne pouvons pas accepter que les mutuelles deviennent les boucs émissaires de décisions prises par les mêmes députés depuis des années, comme les transferts de dépenses vers les complémentaires, ou le définancement organisé de la Sécurité sociale, qui sont les véritables causes du niveau des cotisations mutualistes. Personne n’est dupe sur les jeux politiques en cours. Une partie des députés a sacrifié délibérément le pouvoir d’achat des ménages au profit d’un accord tactique pour faire passer un texte quel qu’en soit le contenu.

La Marseillaise : Votre prédécesseure avait déjà lancé une carte-pétition contre la taxation « habituelle » des mutuelles en expliquant que les hamburgers étaient moins taxés que les cotisations mutualistes. Où en êtes-vous ?

Lisa Ribeaud : Cette campagne produit ses effets auprès d’une partie des députés, nous continuons à dire que ces taxes sont profondément injustes parce qu’elles visent la santé et pénalisent les personnes âgées, fragiles ou qui ne sont pas salariées et qui ne bénéficient pas de l’aide de leur employeur. Nous poursuivons ce combat en mobilisant nos militants mutualistes pour interpeller les pouvoirs publics et aussi expliquer les enjeux dans la population avec un message fort : stop à la casse de la Sécurité sociale et stop à la taxation des mutuelles. Dans le cadre des 80 ans de la Sécurité sociale, nous avons mené plusieurs initiatives à Marseille, en Île-de-France, à Nice… qui ont été des moments de rassemblement populaire pour penser ensemble un autre avenir pour la Sécurité sociale.

La Marseillaise : Comment faire autrement ? Quand on dit qu’il n’y a pas d’argent, vous n’y croyez pas ?

Lisa Ribeaud : De l’argent il y en a ! Il y a beaucoup de déconstruction de discours à faire autour du financement de notre système de Sécurité sociale. Il y a tout un discours gouvernemental qui consiste à dire que la dépense sociale est trop élevée en France et du coup qu’il faudrait la maîtriser pour « sauver notre modèle ». Des économistes qui travaillent à évaluer notre dépense sociale, comme Anne-Laure Delatte, démontrent que quand on compare avec d’autres pays européens, on est dans la moyenne par habitant d’autres grands pays comparables. C’est un premier élément important à rappeler. Deuxième élément fondamental : ce n’est pas la dépense le sujet. L’augmentation des dépenses est inévitable, l’enjeu, c’est comment la financer. Qui contribue ? À quelle hauteur ? Sous quelle forme ? Notre système de Sécurité sociale souffre d’un sous-financement chronique. Pourquoi ? Parce qu’on parle de 80 milliards d’euros d’exonération de cotisations imposées par le gouvernement à destination des entreprises. Le gouvernement fait ce choix politique, mais il demande à la Sécurité sociale de le financer puisqu’il ne compense pas les montants. Il y a aussi toute une part des richesses produites qui ne contribue pas au financement de la Sécurité sociale. Ce serait aussi un levier important pour financer correctement notre modèle de protection sociale.

La Marseillaise : Si on vous suit bien, vous appelez les parlementaires à rejeter le projet de budget de la Sécurité sociale dans son état actuel. N’y a-t-il pas un risque de chaos ?

Lisa Ribeaud : Moi, j’appelle surtout les parlementaires à construire un budget à la hauteur des besoins, qui finance correctement notre Sécurité sociale, qui protège les plus malades et ne les pénalise pas, qui fasse fonctionner la solidarité collective. Je pense que c’est cela qu’on attend d’un débat parlementaire de haut niveau. La Sécurité sociale est trop importante pour être l’objet de marchandages. C’est ce qui permet à notre société de rester unie, c’est un socle de cohésion. Il faut aussi avoir cela à l’esprit quand on est parlementaire et que l’on vote sur l’avenir de la Sécurité sociale.

Entretien réalisé par Léo Purguette (La Marseillaise, le 9 décembre 2025)