« On veut la mort de nos territoires » : cri d’alarme du thermalisme (L’Indep)

Ils dénoncent un « déremboursement déguisé des cures thermales », Marie Costa, maire d’Amélie-les-Bains, troisième commune thermale de France, pointe une mesure du projet de loi 2027 de financement de la sécurité sociale. L’État vise 200 millions d’euros d’économie, elle dénonce une purge pour l’économie locale.

Le diable se cache dans les détails. C’est en tout cas de ce que dénoncent les acteurs du thermalisme à la lecture attentive du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour l’année 2027. « Un plan de licenciement de 25 000 personnes en France est en marche. Un chiffre digne de la sidérurgie lorraine et nordiste », pointe Marie Costa. La maire d’Amélie-les-Bains, première station thermale des Pyrénées Orientales et troisième de France, insiste « l’enterrement des villes qui vivent de leurs eaux est commandé, ni fleurs, ni couronnes. juste une vague passe aux mutuelles ». Quel est le déclencheur de ce cri d’alarme de la présidente de la Fédération thermale d’Occitanie ? « Un déremboursement des cures qui ne dit pas son nom ». Précisément, une intervention du ministre de la Santé, Stéphane Rist, le 8 octobre. Devant la Caisse nationale d’assurance maladie, il annonçait que 200 millions d’euros de dépenses de cures thermales seraient transférés vers les mutuelles santé. Détail de poids pour le secteur: ces mutuelles n’ont aucune obligation de prise en charge. Conséquences probables selon le Conseil national des établissements thermaux : « Un non- déremboursement des cures ou une hausse des cotisations ».

Un coup de frein brutal à l’activité déjà impactée en 2026, avec, par exemple, une chute de 3 000 curistes à Amélie ou de 500 à La Preste. « Les cures thermales représentent 0,1 % du budget de l’Assurance maladie pour 8,3 millions de journées de soins », resitue Marie Costa. « Pour une économie estimée à 200 millions d’euros serait remise en cause l’existence même de la médecine thermale. De quoi tuer nos communes et nos vallées excentrées déjà frappées par les tragédies ordinaires de la ruralité ».

Sur le Vallespir, le thermalisme pèse 1 500 emplois directs et indirects. Le Conflent avec Vernet-les-Bains et Molitg, est aussi concerné. Au-delà des thermes, l’économie du thermalisme irrigue les commerces, les hébergements, les offres culturelles et de loisirs…

« On veut la mort de nos territoires. Pourtant, le thermalisme n’est pas délocalisable et il est durable. De plus, cette économie de 200 millions espérée serait marginale et rapidement explosée par les coûts des médicaments, des hospitalisations et des consultations qui devront s’y substituer. Chaque année, près de 500 000 patients atteints de maladie chronique trouvent dans nos thermes : un traitement durable et naturel », ajoute la maire d’Amélie-les-Bains. « Peu importerait donc que les cures soulagent les maux, confortent le capital santé, génèrent des millions d’économies indirectes en termes d’actes médicaux et de médicaments. Peu importeraient donc leurs poids dans l’économie locale. Peu importerait donc que les fragiliser revienne à aggraver la désertification médicale et économique de nos campagnes… Nous disons non au déremboursement déguisé des cures thermales », mobilise Marie Costa, prête à lancer une journée ville thermale morte si besoin.

L’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale a débuté ce lundi 12 octobre en commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale. Son vote, devant une Assemblée tendue et divisée, est prévu mardi

Thierry Bouldoire (L’Indépendant, le 13 octobre 2026)

« Les revendications des jeunes sont légitimes » : lycéens, étudiants, parents et enseignants de retour dans la rue (L’Indep)

Ce mardi 13 octobre, la quasi-totalité des syndicats d’enseignants présents dans le département appellent à manifester avec les lycéens et les étudiants à Perpignan. Selon eux, les revendications des élèves sont plus que légitimes et le gouvernement se doit d’y apporter une réponse.

L’appel est quasiment unanime du côté des syndicats d’enseignants. Et la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) soutient également la journée d’action de ce mardi, lors de laquelle une manifestation, organisée conjointement avec l’Union syndicale lycéenne et le mouvement étudiant Union progressiste, partira à 10h30 de la place de la Victoire pour effectuer une boucle en centre-ville.

Manque de professeurs, d’infirmières ou de psychologues scolaires, emplois du temps « intenables », salles vétustes, difficultés liées à la plateforme d’orientation Parcoursup…

Depuis deux semaines, les lycéens mobilisés font remonter leurs doléances. Pratiquement en vain à leurs yeux, hormis quelques « mesurettes ». « Il y a toujours une absence totale de réponse satisfaisante du gouvernement à leurs revendications, que nous partageons toutes », s’énerve Marc Moliner, du Snes-FSU.

Nicolas Ribo, de la CGT Éduc’action, est sur la même ligne : « Jusqu’à présent, la seule réponse du gouvernement, c’est la répression, qui n’a jamais été aussi forte depuis 1968. C’est inacceptable. Il faut une réponse globale, un plan d’investissement pour créer des postes d’enseignants, améliorer les conditions d’accueil et intervenir sur le bâti scolaire ».

Eloïse Chenus, de l’Unsa, reprend la balle au bond : « On a pu constater en cette rentrée entre 34 et 35 degrés dans certaines salles de classe, avec des malaises d’enseignants et d’élèves. C’est gravissime. On est sur une mise en danger des personnels et des élèves, sur une urgence de santé publique ».

Les enseignants confirment aussi les dires de leurs élèves concernant la plateforme d’orientation Parcoursup, « qui renforce les inégalités d’accès aux études supérieures ». Ou encore pour ce qui est des journées à rallonge liées à la réforme du lycée (des cours de 8h à 18h avec parfois des trous de plusieurs heures au milieu de la journée). « Les problèmes d’emploi du temps que dénoncent les élèves sont souvent moqués, mais ils ont une base structurelle forte. C’est cette réforme qui les a engendrés », estime Léa Docus, de Sud Éducation.

« La répression est extrême alors que les revendications des jeunes sont légitimes. C’est insupportable », résume Véronique Busson, de la CNT. Alors que Kader Benmouffok, du syndicat FO des collèges et lycées évoque « une rupture du contrat social » : « Le droit de manifester est un droit constitutionnel et le gouvernement se doit de répondre aux revendications autrement que par la répression ». Les syndicats réclament également que les absences des élèves lors des mobilisations ne soient plus considérées comme injustifiées, afin que cela ne handicape pas leur orientation.

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 13 octobre 2026)

« On ne peut pas continuer à laisser les retraités perdre du pouvoir d’achat » (L’Indep)

Ce mercredi, les retraités des Pyrénées-Orientales sont appelés à se mobiliser à Perpignan pour réclamer une revalorisation de leurs pensions complémentaires.

Les retraités comptent bien faire entendre leur voix. Ce mercredi 14 octobre, à l’occasion d’une journée de mobilisation nationale, les organisations syndicales des Pyrénées-Orientales appellent à se rassembler à Perpignan.

Le rendez-vous est fixé à 10h30 devant le Medef. Puis, à 11h30 devant la préfecture. Une date pas vraiment choisie au hasard puisque, ce jour-là, le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco (le régime de retraite complémentaire des salariés du privé) doit se prononcer sur l’évolution des pensions complémentaires pour l’année à venir.

Pour Chantal Argence, de la FSU Retraités et de la Fédération générale des retraités (FGR), l’enjeu est clair. « Il faut préserver le pouvoir d’achat d’une population confrontée à la hausse des dépenses du quotidien. Les retraités ne peuvent pas être la variable d’ajustement. Les prix augmentent, mais les pensions ne suivent pas au même rythme », martèle-t-elle.

Même constat pour Eugène Rios, représentant de la CGT Retraités 66 qui pointe du doigt « les années sans augmentation significative des pensions complémentaires ». Après une revalorisation de 1,6 % en 2023 et deux années sans revalorisation, ç’en est trop. « On ne peut pas continuer à laisser les retraités perdre du pouvoir d’achat pendant que le coût de la vie grimpe. Nous demandons une revalorisation à la hauteur de ce qu’ils ont perdu », souligne-t-il.

Les syndicats avancent plusieurs revendications. À commencer par une hausse immédiate de 5 %, un rattrapage de 1 % au titre de 2025, une augmentation de 2,6 % pour préserver le pouvoir d’achat en 2026, ainsi que 2 % supplémentaires pour compenser une partie des pertes accumulées depuis 2020.

Les retraités des P.-O. à Paris

Pour Jean-Pierre Terradas, de l’association Loisirs solidarité retraite (LSR), « la retraite doit permettre de vivre dignement, mais aussi de conserver une vie sociale. Être retraité, ce n’est pas simplement payer ses factures et rester chez soi. On doit pouvoir sortir, partir quelques jours, voir ses proches et participer à la vie collective ».

Au-delà de ce mercredi 14 octobre, les retraités entendent poursuivre leur mobilisation dans les prochaines semaines. Les mercredi 18 et jeudi 19 novembre, les Catalans doivent ainsi rejoindre la manifestation nationale à Paris.

Driss Chait (L’Indépendant, le 13 octobre 2026)

L’édito du webzine. Le débat étouffé de la jeunesse

Des lycéens descendent dans la rue. Que demandent-ils ? Des heures de cours, des classes moins chargées, des locaux dignes de la sixième puissance mondiale, la fin d’une sélection devenue loterie anxiogène. Des choses simples : le droit d’étudier.

Et pourtant, qui parle dans les médias ? Ni le ministre de l’Éducation nationale, qui a d’abord qualifié le mouvement d’« entreprise de destruction du service public », ni celui des Universités. C’est le ministre de l’Intérieur qui monopolise les plateaux et impose le vocabulaire. Un pays qui répond à une question d’éducation par la police : ce constat devrait suffire à alerter.

Car le premier champ de bataille est celui des mots. Une manifestation devient « émeute urbaine » ; une revendication devient « colère » ou « grogne ». Ces termes ne sont pas neutres : ils dépolitisent. Parler de « colère », c’est effacer ce que les jeunes disent précisément ; qu’ils contestent une politique éducative et un manque criant de moyens.

À l’infantilisation s’ajoute la suspicion : ces jeunes ne seraient que des marionnettes, instrumentalisés hier par le Parti communiste, aujourd’hui par La France insoumise. Entendre, soutenir, donner un débouché aux demandes des citoyens serait pourtant le rôle d’un parlementaire.

Enfin : l’étiquette « ultra-gauche » est agitée contre toute évidence, la dissolution brandie pour distiller une ambiance ; mais les révélations accablantes sur le président du RN et ses menaces contre des journalistes n’ont suscité ni procureur, ni indignation ministérielle.

Deux poids, deux mesures

Le plus étrange, dans ce vacarme, est ce que personne ne dit que chaque année, la France consacre 70 milliards d’euros au seul paiement des intérêts de sa dette à une poignée d’institutions financières. C’est l’équivalent d’un deuxième budget de l’Éducation nationale, prélevé sur le bien commun. Dans le même temps, il a trouver sans difficulté 36 milliards supplémentaires pour la surmilitarisation, votés en quelques semaines.

Voilà la réalité que le matraquage médiatique soigneusement masque. Quand il s’agit de servir les rentiers ou les industries de l’armement, les crédits existent, se votent vite et sans repentir ; quand il s’agit de recruter des enseignants, de rénover des lycées ou d’alléger des classes, on nous explique soudain que « les caisses sont vides ». L’argent qui manque aux lycées n’est pas une fatalité comptable : c’est un choix politique, un choix de priorités- et il a des bénéficiaires.

Face à la contestation, la méthode est rodée : contenir par la contrainte policière, désamorcer par la concertation. Convention citoyenne, cahiers de doléances, commission sur les retraites : on institutionnalise l’écoute, on enterre les conclusions. Répondre aux attentes populaires serait « trop complexe » ; offrir des cadeaux aux multinationales se fait en un claquement de doigts. Les oppositions auraient tout à gagner à construire ensemble un débouché politique : reprendre les propositions des lycéens, les chiffrer, montrer comment les financer.

Au fond, ce mouvement refuse une école soumise au marché et formant une main-d’œuvre malléable. Il exige des moyens d’émancipation, pas des méthodes de guerre civile. Traiter par la matraque un enjeu d’éducation sème les germes d’un inquiétant pré-fascisme. Nous ne l’oublierons pas.

Dominique Gerbault

Loi Omnibus : un week-end de mobilisations (L’Indep)

Le texte allégeant les conditions d’usage de certains produits phytosanitaires doit être voté d’ici la fin de l’année au Parlement européen.

Une manifestation symbolique devant le salon de l’agriculture samedi, et une cinquantaine d’actions organisées tout le week-end partout en France, de Clermont-l’Hérault à Paris et Marseille, à l’initiative de « la coalition française contre l’Omnibus pesticides », qui réunit une centaine d’organisations(1) autour du mot d’ordre « Pesticides à vie ? Non merci ! », vent debout contre le projet de règlement européen Omnibus X.

Porté par la Commission européenne, le texte, qui prévoit notamment d’autoriser des pesticides sans limite de temps, de supprimer l’obligation de réévaluation de la conformité de la majorité d’entre eux (aujourd’hui tous les dix ou quinze de Perpignan, ans), ou d’étendre la durée d’autorisation d’autres, doit être voté d’ici décembre par le Parlement. Le vote a déjà été repoussé.

« S’il était voté, ce texte renforcerait directement et très concrètement l’exposition de nos corps, des écosystèmes, de notre alimentation et de nos territoires à des substances dangereuses », alerte le collectif.

Conséquence sur la santé et l’environnement

Pour Geenpeace, « ce texte, qui s’inscrit dans une vague de dérégulations au niveau européen, serait l’un des pires reculs jamais connus en matière de réglementation. La communauté scientifique ne cesse pourtant d’alerter sur les atteintes irréversibles des pesticides à la biodiversité, ainsi que leur rôle dans l’augmentation de nombreuses pathologies, notamment certains cancers et maladies neurodégénératives ».

« C’est un compromis honteux, la parole des scientifiques est bafouée », alerte également Générationsfutures.

Plus de 500 scientifiques et médecins ont signé une lettre ouverte qui demande la suspension du processus, et une évaluation indépendante des conséquences qu’aurait le texte, tant sur la santé que sur l’environnement.

L’Indépendant, le 11 octobre 2026

(1) Confédération paysanne, Greenpeace, France nature environnement, Médecins du monde…

Quelles perspectives se dessinent sur le front de la colère lycéenne ? (L’Indep)

Suites, revendications, violences… Le mouvement soulève de nombreuses questions.

« Ça nous incite juste à continuer. » A l’image de Noah, élève en terminale au lycée Henri-IV de Paris, interrogé au micro de France-Info, de nombreux lycéens réaffirmaient leur détermination à poursuivre leur mouvement, vendredi, au lendemain des annonces du ministre de l’Éducation nationale. L’arrivée de « 3 000 enseignants remplaçants » n’a pas convaincu les élèves, ni les syndicats et reste entourée de flou.

Sollicité vendredi, le rectorat de Montpellier a fait savoir qui n’est pas en capacité, à ce stade, d’indiquer le nombre d’enseignants supplémentaires qui seront embauchés ni la quantité d’heures supplémentaires dégagées dans le cadre du pacte enseignant.

Jeudi soir, Édouard Geffray a promis également, sur X, « une refonte des instances de démocraties lycéennes ». Avec quatre engagements: davantage d’élus lycéens au Conseil supérieur de l’éducation, un tiers des sièges des élus lycéens réservés aux élèves des voies professionnel-les, l’association des régions aux conseils académiques de la vie lycéenne et des budgets dédiés pour financer les projets soutenus par les instances lycéennes.

Mais les revendications des élèves sont protéiformes et réservent parfois quelques surprises. Les premières demandes collectées sur la plateforme de consultation du gouvernement (60 277 contributions du 6 au 8 octobre), dévoilées vendredi, ciblent d’abord l’organisation du temps scolaire (70 %) et les locaux jugés inadaptés (48,3 %).

« En nette décélération »

Et les élèves portent aussi en eux un mal-être plus profond, accentué par une époque chaotique, incertaine et, à de nombreux égards, anxiogène. Difficile, donc, pour le gouvernement d’anticiper les suites de ce mouvement qu’il n’avait déjà pas vu venir. En attendant la prochaine journée test de manifestations, mardi prochain -appuyée par l’intersyndicale-, le mouvement connait, pour l’heure, une « nette décélération », souligne l’exécutif. Sa dynamique est même « très localisée » dans certains départements, du fait « soit d’une politisation locale, soit d’un vrai problème local », assure le gouvernement.

Si la mobilisation lycéenne se poursuivait vendredi dans de nombreuses villes, à Montpellier et à Alès notamment, les 141 lycées fermés, soit mois de 4 % de la totalité (un chiffre stable depuis jeudi), étaient situés essentiellement, en effet, dans le Nord, le Grand-Ouest, la Seine-Saint-Denis et la banlieue lyonnaise, d’après une carte consultée par Le Monde.

Nombre d’entre eux affichent déjà les stigmates des violences qui émaillent le mouvement. Les dégâts occasionnés en marge des manifestations ou des blocages ont coûté « a minima 30 millions d’euros », avance une source au sein de l’exécutif, citée par l’AFP et Le Figaro. Mais, surtout, de nombreux blessés sont à déplorer (lycéens, enseignants, policiers) en marge des manifestations, parasitées par des casseurs.

« Nous appelions chacun à veiller à ce qu’elles restent pacifiques et à ce qu’il n’y ait pas de recours disproportionné à la force de la part des forces de l’ordre. Le droit de réunion pacifique doit être respecté », a réagi, vendredi, une porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Shabia Mantoo, lors d’un point de presse à Genève.

Au moins 6 877 personnes ont été placées en garde à vue depuis le début du mouvement, dont 86 % de mineurs et 24 enquêtes ouvertes par la police des polices. L’IGPN a, notamment, été saisie après une vidéo virale montrant un policier donner un coup de genou à un manifestant, jeudi, place de la Bastille, à Paris. Une adolescente de 14 ans a, elle, porté plainte après avoir été percutée par une voiture de la police, lundi à Dunkerque.

L’Indépendant, le 10 octobre 2026