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Anthony Caillé. « En tant que service public, nous sommes le dernier rempart » (La Marseillaise)
Anthony Caillé, secrétaire général de la CGT-Intérieur, analyse pour « La Marseillaise » les conséquences d’une politique d’emploi des forces de l’ordre disproportionnée et dangereuse. Policier de terrain, le syndicaliste dénonce depuis le début une doctrine répressive menée par le gouvernement à l’encontre des lycéens et étudiants, avec des effets désastreux, entre éborgnages et mains arrachées. Les événements de ce week-end confortent ses craintes.
La Marseillaise : Comment en est-on arrivé là ? Peut-on parler d’amateurisme ?
Anthony Caillé : Tout laisse à penser qu’il y a eu un gros souci dans la gestion de la foule. Je ne me l’explique pas. Je sais que beaucoup de policiers sont extrêmement fatigués. Ce serait intéressant d’avoir les chiffres sur le nombre de policiers en arrêt de travail, pour savoir si ça a déshabillé les compagnies de CRS ou de gendarmerie mobile. Moins on aura d’effectifs, plus on aura de LBD et on aura tendance à vouloir s’en servir pour se protéger. Et impossible de le faire quand il y a des mouvements de foule, les conditions ne sont pas bonnes, on atteint difficilement sa cible. Cela ajoute au danger. Il va y avoir un drame.
La Marseillaise : Le ministre de l’Intérieur évoque une sous-estimation du mouvement de samedi par le renseignement. A-t-il été défaillant ?
Anthony Caillé : On est censé avoir un renseignement assez opérant. La collecte de l’information reste, en règle générale, plutôt bonne. Reste que depuis la présidence de Nicolas Sarkozy, les renseignements territoriaux doivent suivre plusieurs secteurs quand ils n’en avaient qu’un auparavant. À partir du moment où on a plus de matière à travailler, on est moins performant, on connaît moins les gens. Après, il faut que l’institution policière ou gendarmesque travaille cette information, qu’elle en prenne la mesure, que le corps préfectoral y travaille aussi. Cela demande du temps et de l’expertise.
La Marseillaise : En attendant, les manifestants témoignent de « gazage » tandis que des pilleurs s’en prenaient aux commerces, impunément…
Anthony Caillé : C’est clairement un choix politique, celui du préfet de département. C’est lui qui décide de l’usage et de l’emploi de la force.
La Marseillaise : Même s’il assure que la doctrine est décidée au niveau national ?
Anthony Caillé : La doctrine actuellement, c’est nous contre les autres. C’est la posture qu’on demande à la police d’avoir. Cela ne peut pas durer. Mais tant qu’on aura un Macron qui préfère aller voir le concert de Céline Dion plutôt que d’aller en cellule de crise et de discuter avec les différents corps sociaux et les lycéens… La police ne peut pas régler le problème. Nous sommes, en tant que service public, le dernier rempart avec les pompiers. Et on est complètement désorganisés. Au moins un tiers, voire la moitié du maintien d’ordre est assuré par des policiers dont ce n’est pas le métier. Un manque de formation, mais aussi d’effectifs. Là encore, rappelons que Nicolas Sarkozy voulait supprimer les CRS et les gardes mobiles. Ils ont été dégraissés.
La Marseillaise : D’aucuns évoquent également une mobilisation sans organisation, illisible pour les forces de l’ordre…
Anthony Caillé : Oui, il y a 20 ans, on avait un service d’ordre dans les manifestations parce qu’il y avait des syndicats forts. Là, ils sont affaiblis, le rapport de force est moindre. Avant, les autonomes et autres « énervés » étaient en queue de cortège, aujourd’hui, ils sont devant le carré de tête.
La Marseillaise : Quelles solutions alors ? Changer de doctrine avec la désescalade ?
Anthony Caillé : La désescalade, c’est savoir laisser casser un abribus pour ne pas faire monter la violence d’un cran. Mais c’est l’autorité civile qui doit mesurer ça. Par exemple, j’ai vu, à Belfort, un jeune commissaire de police qui a demandé à ses effectifs d’enlever casques et boucliers. C’est courageux, surtout vis-à-vis de sa hiérarchie, cela peut être mal vu. Mais on pourrait avoir les policiers les mieux formés du monde avec le meilleur équipement du monde, et à un moment, ça ne marchera pas. Il faut une parole politique. Elle ne peut venir que du chef du gouvernement, du président de la République. Qu’ils disent « ok, on vous a entendu, on va mettre tout le monde autour de la table ». Mais pour l’instant, ce n’est que mépris. Quand on a la chefferie policière et préfectorale qui nous dit, à propos d’un corps social qui manifeste : « Qui est disponible ce week-end pour aller voir ce qui se passe dans le zoo social ? » Ces gens sont des monarques, n’ont aucun sentiment, cela va mal finir. Je sens arriver l’état d’urgence…
Propos recueillis par Mireille Roubaud (La Marseillaise, le 20 octobre 2026)
Nouvelle mobilisation samedi : « On ne sera pas aux côtés des casseurs » (L’Indep)
Alors que la coordination des Gilets jaunes a officialisé son appel a une nouvelle manifestation ce samedi, plusieurs syndicats des Pyrénées-Orientales continuent de prendre leur distance. Eux qui, n’avaient déjà pas appelé à rejoindre la mobilisation du 17 octobre, dénoncent avec force « toutes les formes de violences ».
Comme un air de déjà-vu. La coordination des Gilets jaunes a officialisé, ce lundi 19 octobre, son appel à un « acte I » ce samedi 24 octobre, qui serait la suite de la manifestation de ce samedi 17 octobre, largement entachée par des violences. Dans les Pyrénées-Orientales, la réponse des syndicats est claire. Les branches calalanes de la CGT et la FSU n’appelleront pas à rejoindre ce mouvement. « On ne sera pas aux côtés des casseurs », tonne Julien Berthélémy, le secrétaire général de la CGT des Pyrénées-Orientales « Notre position n’a pas changé : nous appelons à une grève générale le 5 novembre. Nous appellerons les travailleurs à nous rejoindre dans la rue, ce jour-là, pour revendiquer des mesures en faveur du pouvoir d’achat. Que ce soit l’augmentation des salaires le gel du point d’indice, le sauvetage des services publics. », s’accordent les syndicalistes. Des revendications qu’ils voudront porter sans violence.
Car ces porte-parole de syndicats ont encore en tête les images de ce weekend marqué par des cassages et pillages de commerces Entre autres « Elles sont un véritable choc, Mais, malheureusement, elles ne sont pas surprenantes », gronde Géraldine Morales, responsable de la Fédération syndicale unitaire (FSU) des Pyrénées-Orientales.
Selon la porte-parole de ce syndicat très puissant dans le secteur de l’éducation, la colère n’a eu de cesse de grandir ces dernières années. « Nous le sentions venir. Mas ça de date pas d’hier. Quand nous avons rencontré les différents préfets, ces dix dernières années, nous n’avons eu de cesse de les prévenir: Nous leur disions attention, on sent que la colère monte sur le terrain, dans nos établissements (scolaires, NDLR) ou dans les entreprises. Quand ça va vous péter a la gueule ça va être dur; vous devez intervenir avant. On ne nous a jamais pris au séreux sur cela ».
Ce lundi, elle condamne fermement les violences « sous toutes ses formes ». Un message partagé par Julien Berthelémy, le secrétaire général de la CGT des Pyrénées-Orientales. « Nous appelons bien évidemment au calme et à la mesure. Nous sommes opposes aux violences, de part et d’autre. La politique de l’austérité, la suppression des emplois est tout aussi violent pour les travailleurs. Et, à Perpignan, ce sont eux qui défilaient dans le calme le matin ».
Un appel au calme qui « tombe sous le sens » pour Géraldine Morales. La syndicaliste martelant que la FSU a toujours milité pour des manifestations pacifiques et sans violences. « Alors quand j’entends Emmanuel Macron appeler les syndicats a la responsabilité, je suis scandalisée. Nous avons un Président de la République qui essaie de nous mettre dos à dos, les uns aux autres Mais jamais nous n’avons eu un débordement dans nos manifestations à Perpignan. »
À Perpignan, les syndicats devraient donc battre le pavé le 5 novembre. Et pas avant.
Diane Sabouraud (L’Indépendant, le 20 octobre 2026)
En France, la révolte d’une génération désespérée (Villaweb)
De Perpignan à Tirana, en passant par Liège ou Turin, les étudiants européens disent le même message avec des accents et des langues différents : ce vieux modèle de l’État-providence qui devait les protéger et leur donner un avenir ne leur réserve plus aucune place. Et ils ne sont pas disposés à l’accepter.
Tout a commencé le 17 septembre dans un lycée de Créteil, en banlieue parisienne. Les élèves du lycée Saint-Exupéry protestaient pour des choses très prosaïques : il manque des professeurs, les salles sont bondées et les bâtiments s’effondrent par morceaux. Ils ne réclamaient pas la révolution, ni la fin du capitalisme, ni la chute de la Cinquième République. Simplement, ils voulaient que quelqu’un leur fasse cours. Aussi simple que cela. Un mois plus tard, un demi-million de personnes remplissent les rues de la Catalogne Nord et de la France, et de graves affrontements éclatent avec la police. L’hôtel de ville de Limoges a brûlé, plus de six mille jeunes ont été arrêtés -la plupart mineurs- et deux adolescents ont perdu une main à cause de grenades de la police. Et la flamme a déjà franchi les frontières.
Hier encore, tandis que Paris, Lyon et Marseille brûlaient, des milliers de jeunes s’affrontaient aussi avec la police au centre de Bruxelles. Le ministre belge de l’Intérieur a admis que ce n’était plus une simple protestation. À Liège, où les élèves de l’enseignement francophone protestent depuis quinze jours contre la hausse du coût des études, il y a déjà eu plus de cent trente arrestations. En Italie, le « No Meloni Day » a conduit dans les rues des centaines de milliers d’étudiants – de Turin à Naples et de Bologne à Cagliari. Ils protestaient contre la dégradation des écoles, contre le coût de la vie, contre la dépense militaire et contre la nouvelle loi qui limitera l’accès des élèves étrangers. Et à Tirana, cela fait cinq jours que la police tire des balles en caoutchouc sur des étudiants qui ont déjà mis le feu au ministère de l’Éducation et demandent la démission d’Edi Rama.
Il serait tentant d’y voir un phénomène de contagion, une mode ou la main noire de l’agitateur de service. Rama, par exemple, parle déjà de « mains étrangères », et à Paris la droite attribue tout le chaos à Jean-Luc Mélenchon. Mais cette synchronie n’est ni fortuite ni conspirationniste. C’est le symptôme d’un malaise qui mûrit en même temps dans des lieux très différents.
Nicholas Bequelin(*) l’a expliqué dans « Time », dans l’analyse la plus lucide que j’aie lue sur le cas français. Selon lui, le modèle d’après-guerre est arrivé au bout du chemin, il est épuisé. Cet État grand, protecteur et régulateur, dirigé par une caste de fonctionnaires qui se considéraient comme destinés à moderniser le pays et à définir le bien commun, ne peut plus remplir sa part du contrat. La dette frôle les 120 % du PIB, et les marchés ont commencé à traiter Paris comme ils traitaient Athènes en 2010. Et cela arrive précisément au moment où l’État français devrait dépenser plus pour la défense, plus pour la technologie, plus pour les écoles et les hôpitaux. Aucun gouvernement n’a su résoudre cette équation. Il y en a eu cinq en deux ans – ce qui est une manière assez éloquente de dire qu’il n’y en a eu aucun.
La Belgique et l’Italie traînent la même dette. Et depuis que Washington a déclenché la guerre contre l’Iran et que le détroit d’Ormuz a fait flamber le prix de l’énergie, toute l’Europe vit le même piège. Les finances sont épuisées juste au moment où les urgences se multiplient. La réponse des gouvernements a été presque identique partout : plus d’argent pour les armées et des coupes dans les services. Pedro Sánchez l’a fait aussi : le jour même où il approuvait les « décrets Maricarmen », il a approuvé l’achat de matériel militaire le plus important et le plus cher qu’on se rappelle – même si cela est passé au second plan. C’est le vieux dilemme des canons et du beurre, mais avec une nouveauté cruelle : ceux qui doivent payer les coupes sont désormais ceux qui ont le plus d’années d’avenir devant eux et le moins de voix pour se défendre.
Car c’est, au fond, une révolte générationnelle. L’Europe a construit son État-providence pour une société jeune et en croissance. Aujourd’hui, elle le fait reposer sur une société vieillissante, qui consacre une part croissante de ses ressources aux retraites et à la santé. Les jeunes voient l’école se dégrader et le logement devenir inaccessible. Au bout du chemin ne les attend que la précarité – ou l’émigration, dans le cas albanais. Les étudiants de Tirana faisaient un geste de la main pour dire qu’ils n’avaient pas l’intention de quitter le pays, comme leurs aînés ont dû le faire. C’est peut-être l’image la plus éloquente de tout cet automne.
Bequelin y ajoute une dimension qui va au-delà des chiffres et qui vaut pour bien d’autres endroits. C’est la grande fiction méritocratique, celle qui assure que chacun occupe la place qu’il a gagnée à l’école. En France, les grandes écoles fabriquent une élite qui se reproduit elle-même et qui vit concentrée à Paris, loin d’un pays qu’elle regarde avec condescendance. L’auteur, qui a étudié au lycée Henri-IV, raconte avec ironie que lorsque les élèves de ce lycée d’élite ont rejoint la protestation, ils ont bien veillé à dire qu’ils le faisaient « par solidarité ». Ils savaient parfaitement de quel côté de la frontière ils se trouvaient – eux, dans la zone de privilège. Cette frontière -plus ou moins marquée- traverse tout le continent. La politique s’est enfermée dans des capitales autoréférentielles et a oublié les périphéries. Aussi dans les Pays catalans, comme on le voit bien ces jours-ci dans les escarmouches électorales.
C’est pourquoi les réponses officielles sonnent si creux. Macron parle de « semeurs de chaos », le gouvernement belge promet de rétablir l’ordre par tous les moyens, Meloni se vante de stabilité et Rama accuse l’étranger. C’est le réflexe classique de tout pouvoir fatigué : quand la rue parle, d’abord la police ; et la politique viendra ensuite – s’il n’y a pas d’autre remède. Mais en France, il se trouve que près de sept citoyens sur dix approuvent les mobilisations, même s’ils n’en partagent pas les formes. Et il n’est pas nécessaire d’être un éminent sociologue pour savoir que, quand cela arrive, le problème n’est plus un problème d’ordre public.
Et voici la partie la plus inquiétante. Les urnes n’offriront aucune sortie facile. La France votera en avril avec Le Pen en tête des sondages et Mélenchon lui disputant l’espace de la colère. L’Italie votera aussi l’année prochaine. Les deux extrêmes promettent de faire disparaître les contraintes budgétaires d’un coup de volonté et d’un coup de poing sur Bruxelles. Bequelin y voit, à ce propos, le plus grand danger pour l’Europe : la France et l’Allemagne totalisent 40 % de l’économie de l’Union, et les deux capitales sont aujourd’hui politiquement paralysées. Juste au moment où le continent doit affronter la pression industrielle de la Chine, la guerre hybride de la Russie et des États-Unis qui ont tourné le dos à l’ordre qu’ils avaient eux-mêmes construit.
La réforme dont l’Europe a besoin est radicale – au sens littéral du mot, car elle doit aller à la racine. Ce n’est pas assez d’équilibrer les budgets. Il faut réécrire et rendre réel le pacte entre les générations, entre les capitales et les périphéries, entre les élites et les citoyens. Bequelin le résume par une observation qui vaut pour tout le continent : tout le monde est d’accord pour réformer, à condition que le sacrifice soit fait par quelqu’un d’autre. Et tant qu’il en sera ainsi, chaque budget que chaque gouvernement approuvera sera une provocation, et chaque coupe budgétaire, une étincelle de violence.
Le seul espoir vient précisément des rues – et en cela les Catalans sont en avance de plusieurs années. Un nouveau pacte social, dans lequel les sacrifices qu’impose le déclin relatif de l’Europe seraient répartis d’une manière que les gens perçoivent comme juste, il est évident qu’il ne sortira ni des palais du gouvernement ni des parlements. S’il doit sortir d’un endroit-car il se peut aussi que nous attendent des années de crise sans solution-, il sortira de ces adolescents de Perpignan, Créteil, Liège, Turin ou Tirana qui voulaient, simplement, que quelqu’un leur fasse cours.
Et le fait que ce soient eux qui aient dû faire la classe -la leçon, je veux dire- aux gouvernants en dit long sur l’état lamentable dans lequel se trouve notre continent.
Vincent Partal (Villaweb, le 19 octobre 2029)
(*) Nicholas Bequelin est un expert français des droits humains
Dérembourser les cures thermales ? « Autant rayer directement Amélie-les-Bains de la carte ! » (Ici – PyrénéesOrientales)
Les professionnels du thermalisme et les élus des villes thermales croyaient la mesure enterrée l’an dernier. Mais elle revient avec les discussions sur le budget 2027 : le gouvernement veut dérembourser ou moins rembourser les cures thermales. C’est la mort du secteur, alertent les professionnels.
« Le thermalisme, poumon socio-économique de nos territoires », c’est le thème de la réunion publique organisée ce lundi soir, à 18 heures, espace Méditerranée, à Amélie-les-Bains. Autour de ce sujet, qui avait déjà fait grand bruit l’an dernier au moment des débats autour du projet de budget de la Sécurité sociale, avant d’être abandonné. Le déremboursement des cures thermales revient et crée toujours autant la polémique : le gouvernement propose à nouveau, dans le budget 2027 de la Sécurité sociale, de réduire drastiquement la prise en charge des cures thermales par l’Assurance maladie. Une économie d’environ 200 millions d’euros. Le remboursement serait transféré aux mutuelles.
Un projet contre lequel la maire d’Amélie-les-Bains, Marie Costa, également présidente de la Fédération thermale d’Occitanie, part en guerre, parlant d’une mesure « scélérate, stupide, improductive et dangereuse ». Elle développe : « Ça veut dire que sur le territoire français, il y a 25 000 emplois supprimés, quelque chose qui, mis bout à bout, revient au plan de la sidérurgie lorraine et nordiste. C’est énorme pour nos territoires. C’est la mort d’Amélie. Ça veut dire à peu près 1 700 emplois directs et indirects sur la seule vallée du Haut-Vallespir. »
Et évidemment, dans les Pyrénées-Orientales, la problématique ne concerne pas qu’Amélie-les-Bains. Le département compte cinq villes thermales, outre Amélie, La Preste, Le Boulou, Vernet-les-Bains et Molitg-les-Bains. « C’est le sacrifice ultime du Piémont, commente encore Marie Costa. Ici, quand on n’est ni à la mer, ni à la montagne, on n’existe pas. Il nous restait les eaux thermales. Si on nous supprime ça, on meurt. »
« Si cette mesure passe, je ferme Vernet-les-Bains »
La mort de la filière, c’est aussi ce que craint Bernard Riac, PDG fondateur de Valvital, groupe propriétaire des thermes de Vernet-les-Bains. « Ramener le remboursement des cures de 65 % à 15 %, alors même que les curistes financent déjà beaucoup, hébergement, transport, etc., ça revient à supprimer le thermalisme en France. 70 % des stations thermales sont des villes de moins de 5 000 habitants, souvent moins de 3 000 habitants. C’est le cas de Vernet-les-Bains. Si vous supprimez l’ensemble des curistes qui y vont, vous fermez la pharmacie, vous fermez plein de commerces qui vivent en grande partie du thermalisme. Des régions entières, des villes entières, vont être complètement sinistrées ».
Le maire de Vernet-les-Bains, Pierre Serra, confirme : « Dans le nom même de notre ville, les bains apparaissent. C’est quelque chose qui est vraiment central dans l’économie locale ». Et l’élu s’inquiète aussi de la « négation des incidences positives que le thermalisme a sur la santé, des conséquences sur la santé publique du déremboursement », avec tous les autres coûts que cela pourrait générer pour la prise en charge des pathologies actuellement traitées par les cures (prescription de médicaments, de séances de kiné, etc…).
Les bienfaits du thermalisme, Léa Roblot, enseignante en activité physique adaptée, les constate au quotidien dans sa pratique professionnelle. Elle est saisonnière depuis cinq ans au sein du groupe La Chaîne Thermale du Soleil (Amélie-les-Bains, Le Boulou, La Preste, Molitg-les-Bains, dans les Pyrénées-Orientales), d’abord à Amélie, puis à Gréoux-les-Bains. Elle ne « comprend pas » pourquoi la mesure revient encore et encore dans les projets de budget. Et avec elle, les inquiétudes pour l’emploi dans le secteur. « Si les cures sont moins remboursées ou déremboursées, il y aura moins de curistes, donc moins de besoins d’emploi. Les saisonniers ont peur d’avoir moins de propositions d’emplois ou de ne pas être repris d’une année sur l’autre ».
Marie Rouarch (Ici – PyrénéesOrientales, le 19 octobre 2026)
L’édito du webzine. Convergence des colères
Un appel lancé sur internet contre la flambée des prix des carburants a pris, en quelques jours, une tout autre dimension : celle d’une colère nationale. Jeudi, la carte collaborative du site 17octobregiletjaune.net recensait déjà plus de 1 000 actions.
Samedi 17 octobre, tout se mélange -et c’est précisément ce qui inquiète le pouvoir- manifestations en centre-ville, mais aussi ronds-points, ponts, stations-service, péages, raffineries, dépôts pétroliers. On est passé de 279 actions lundi à 768 mercredi, puis à 1 025 jeudi matin. La courbe dit l’état d’un pays.
Car derrière le carburant, c’est tout le reste qui affleure : le pouvoir d’achat en berne, les services publics attaqués, des lycées surpeuplés, des profs absents, Parcoursup, et surtout l’injustice fiscale et sociale, ingrédient le plus explosif du cocktail, après dix ans de macronisme.
La mèche est allumée
Ce sont les jeunes qui ont mis le feu : lycéens et étudiants, rejoints mardi par leurs organisations (USL, Union étudiante, Unef, Fage), appellent à faire « converger » les luttes. « Nous vous appelons massivement à rejoindre le mouvement des Gilets jaunes samedi pour enfin faire vivre cette convergence des luttes », a lancé Ryad Rani, président de l’USL. Retraités, agriculteurs -la Confédération paysanne est partante-, habitants des quartiers, défenseurs du climat : tout le monde est convié.
La CGT a saisi la balle au bond. Sophie Binet voit dans la mobilisation des jeunes « la cerise sur le gâteau » après une rentrée déjà agitée, et surtout un enjeu politique clair : « lancer une dynamique et mettre l’extrême droite en difficulté pour l’échéance électorale à venir ». Sa réponse au piège générationnel tendu par le gouvernement mérite d’être citée : on nous fait croire qu’il faudrait « prendre aux retraités pour améliorer la situation des jeunes, alors qu’ils prennent aux deux pour donner au capital ». Jeunes, actifs, retraités main dans la main : voilà la seule arithmétique qui échappe à l’ordre établi.
Rendez-vous est déjà pris pour la suite : jeudi 5 novembre, grève interprofessionnelle, pour les salaires, les conditions de travail, l’emploi et pour peser sur un débat budgétaire qui promet des coupes drastiques. Pendant ce temps, le RN rêve de 150 milliards d’euros de coupes et le Medef « fait beaucoup de politique ». « Il faut battre le fer tant qu’il est chaud », dit Sophie Binet.
Le message du 17 octobre est simple et sans appel : quand les colères convergent, ce n’est plus une manif… c’est un rapport de force. Les violences organisées ne changeront rien à la détermination du peuple de France.
Dominique Gerbault
L’appel du 17 septembre bascule dans la violence et le chaos (L’Indep)
La forte mobilisation, ce samedi en France, contre la vie chère -entre 500 000 et 800 000 personnes- a été éclipsée par la violence sans limites des casseurs qui ont pillé des magasins et attaque des bâtiments publics.
Scènes de chaos dans Paris, mairies brûlées et attaquées, magasins saccagés aux quatre coins de l’Hexagone : une vague de violence sans limite et de pillages a terni ce samedi la journée de mobilisation contre la vie chère qui a rassemblé des centaines de milliers de personnes dans toute la France. Les organisateurs affirment que 800 000 personnes ont manifesté dans le pays. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a fait état de son côté de 550 000 manifestants et plus de 400 interpellations à la suite de ce que le Premier ministre Sébastien Lecomu a qualifié de « violences d’une extrême intensité ».
La mobilisation nationale a très largement dépassé celle de l’épisode I des « gilets jaunes » en 2018 (290 000 manifestants à l’époque) mais ces chiffres sont balayés du premier plan par l’importance des dégâts occasionnés. Notamment à Paris, place de la République, où s’étaient rassemblés des centaines de « black blocs » qui ont ensuite sévi dans le quartier de La Madeleine, boulevard Magenta ou même sur les Champs Élysées. En province, la violence a frappé à Lyon, où l’office de tourisme a été incendié, ou encore à Marseille et Lille dont les mairies ont été dégradées. En fin d’après-midi, celle de Limoges, un bâtiment historique inspiré de l’hôtel de ville de Paris, a été en grande partie dévorée par les flammes après une intrusion de casseurs.
Núnez accuse « l’ultra-gauche »
Les manifestations elles mêmes, associant « gilets jaunes », lycéens et étudiants, organisations syndicales et partis de gauche pour dénoncer la vie chère ou encore le manque de moyens de l’Éducation nationale, se sont dans l’ensemble déroulées sans incident, y compris à Paris. Les débordements et pillages se sont généralement produits à l’issue de ces rassemblements. « L’affrontement semble être le but de cette stratégie de maintien de l’ordre », a fustigé sur X Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, rejetant implicitement la responsabilité des débordements sur l’attitude des forces de l’ordre. Des voix se sont aussi élevées pour critiquer un dispositif policier sous-dimensionné.
« Je m’inscris en faux contre ces accusations », a réagi Laurent Núnez. « Si les manifestations ont pu se dérouler dans le calme, c’est grâce au sang froid des forces de l’ordre. » Le ministre de Intérieur a clairement accusé « La mouvance ultra-gauche radicale » d’être responsable des attaques ciblées commises contre les bâtiments publics, mairies et commissariats notamment.
60 policiers ont été blessés selon le ministre. Un jeune homme de 22 ans s’est jeté du haut de l’Arc de Triomphe ce samedi « et a été déclaré décédé à 15h05 », selon le parquet. « À ce stade, aucun lien n’apparaît avec les manifestations », indique-t-on.
À Bordeaux, la préfecture a aussi été l’objet d’attaques. En revanche, les nombreux pillages de magasins commis un peu partout à Paris, Lyon, Nice, Nice, Nantes, Toulouse, Rennes, Montpelier… « sont l’œuvre de délinquants d’opportunité », selon le ministre. Souvent plus jeunes que des lycéens selon les images de ces saccages de magasins Selon le ministre de l’Intérieur, 90 % des personnes interpellées sont néanmoins des majeurs.
« Aucune place pour la violence dans notre République. Ceux qui ont cassé, attaqué les préfectures comme les commerces, pillé jusqu’à nos mairies, seront poursuivis et punis », a écrit Emmanuel Macron sur X.
Quel écho le 5 novembre ?
Né sur les réseaux sociaux, l’appel à manifester ce 17 octobre avait été relayé par les syndicats lycéens qui se mobilisent depuis la mi septembre pour obtenir de meilleures conditions d’enseignement. Des syndicats comme la CGT, Solidaires ou la Confédération paysanne se sont joints au mouvement. Des revendications rendues ce samedi totalement inaudibles par le déchaîne ment de violence périphérique qui a pourri le message des manifestants. La question qui se pose, vu l’ampleur nationale de la mobilisation, c’est de savoir ce que donnera l’acte II, annonce le 5 novembre.
L’Indépendant, le 18 octobre 2026
De Nîmes à Toulouse, en passant par Montpellier ou Béziers, les manifestations qui ont commencé dans une ambiance festive se sont mal terminées.
À Montpellier
« Ambiance de fin du monde sur la place de la Comédie dans une nuée de gaz lacrymogènes. » Voici comment nos journalistes de la rédaction de Montpellier décrivaient cette fin de mobilisation. Environ 35 000 personnes ont défilé dans les rues, selon la préfecture, en majorité des lycéens et des étudiants venus exprimer leur ras-le-bol. Mais la manifestation a viré au chaos et des magasins emblématiques de place de la Comédie et du centre ville (Monoprix, Foot Locker, etc.) ont été saccagés, pillés. Des vitrines ont été brisées.
Dans un communiqué, la préfète de l’Hérault Chantal Mauchet, qui avait autorisé le rassemblement jusqu’à 19h, a appelé les manifestants à rentrer chez eux « en raison des risques de troubles à l’ordre public liés à la présence de manifestants hostiles, habillés en noir, cagoulés, munis de tir de mortiers et de matériel pouvant servir d’armes par destination et dont l’intention est l’affrontement avec les forces de l’ordre ».
Vers 19h30, malgré les tirs de gaz lacrymogènes, les manifestants -voire les émeutiers- ne voulaient toujours pas se disperser, visant, selon nos journalistes présents sur place, les forces de l’ordre avec des tirs de mortiers d’artifice. Une première charge a été donnée près du Corum, alors que sur la place de la Comédie et dans les rues adjacentes, des cris, des sifflements, des tirs de gaz lacrymogènes se faisaient entendre et que, partout, les déchets s’accumulaient. Des feux ont été allumés, faits de boites de chaussures venues du Foot Locker dévalisé ou des planches censées protéger les vitrines.
À Nîmes
La manifestation était initialement annoncée contre la vie chère. Mais près de 3 000 personnes (1 500, selon le cabinet de la préfète du Gard) se sont rassemblées en cœur de ville pour exprimer des revendications diverses. Au sein de ce cortège bien ordonné, « gilets jaunes », lycéens et étudiants, actifs en galère, puis retraités. Mais, à 15h30, des manifestants ont improvisé la prolongation de la mobilisation du jour. Et ils ont au sens propre changé de visage. Tandis que les sourires disparaissaient, L’heure était manifestement à la casse, de la part de jeunes hommes, quasi exclusivement, le visage dissimulé.
À Béziers
Entre 1200 et 1 500 personnes ont manifesté dans un mouvement marqué par le soutien aux lycéens et la convergence de revendications sociales. L’après-midi, un second rassemblement, plus restreint, s’est déroulé dans une ambiance plus tendue, avec l’usage de gaz lacrymogènes.
À Toulouse
Jusqu’à 32 000 personnes, selon la préfecture de la Haute-Garonne, ont défilé. La manifestation qui devait réunir anciens « gilets jaunes », lycéens, étudiants, militants écologistes ou opposants à la vie chère a basculé progressivement dans une succession de dégradations, de pillages et d’affrontements avec les forces de l’ordre. Dès le départ du cortège, plusieurs centaines d’individus vêtus de noir, le visage dissimulé, avaient pris les devants. La préfecture a estimé ce groupe à près de 500 personnes « préparées pour se confronter aux forces de l’ordre ». Ainsi, plusieurs commerces ont été pillés et des vitrines brisées. À 19h30, 53 personnes avaient été interpellées et huit policiers blessés.
À Perpignan
La situation a dérapé, alors que des familles, des retraités, des étudiants, des lycéens et des « gilets jaunes » étaient venus pour une mobilisation qui avait pour mot d’ordre la convergence des luttes, celle-ci a fini par devenir hors de contrôle en début de soirée. Selon nos confrères de L’Indépendant, 20 personnes, mineures pour la plupart, ont été interpellées. Les vitrines du Séphora ont été brisées, des produits y auraient été volés. Les Galeries Lafayette ont également été attaquées par des casseurs. Les forces de l’ordre ont fait l’objet de jets de sacs-poubelles, de détritus, de pétards, mais aussi de poubelles en feu et de pierres.
L’Indépendant, le 18 octobre 2026
« Nous dénonçons les violences policières d’hier et d’aujourd’hui » (L’Indep)
À Perpignan, des militants se sont mobilisés pour commémorer l’hommage au massacre du 17 octobre 1961, où des dizaines de manifestants algériens ont été tuées à Paris.
Ne pas oublier, ne pas laisser le temps effacer ce que l’histoire a appelé « le massacre du 17 octobre 1961 », c’était le mot d’ordre des manifestants qui se sont réunis, 65 ans plus tard, ce samedi, sur la passerelle reliant le théâtre de l’Archipel à l’avenue Torcatis, à Perpignan.
Le 17 octobre 1961, des dizaines de manifestants algériens venus d’un bidonville de Nanterre en direction de Paris ont été tués lors d’une violente répression policière en marge de la guerre d’Algérie. Pendant des années, seuls trois morts ont été officiellement recensés. Dans les années 1990, des premiers chiffres ont révélé que plus de 200 personnes auraient péri.
Alors, ce samedi d’octobre, à Perpignan, ils étaient quelques dizaines à se mobiliser pour « ne pas oublier ». Des militants qui se trouvaient en marge de la grande mobilisation des lycéens, syndicats et gilets jaunes. Pourtant, selon eux, leurs revendications n’étaient pas si éloignées. « Nous dénonçons les violences policières d’hier et d’aujourd’hui », résumait Josie Boucher, figure locale du militantisme politique de gauche. Ce samedi, son message a dépassé les frontières catalanes.
Des protestataires venus de Toulouse, Albi et même Clermont-Ferrand ont grossi les rangs perpignanais. Comme Philippe Chevrette, co-président de 4ACG. « C’est l’association des Anciens appelés en Algérie et leurs amies contre la guerre », explique-t-il. « Nous portons la parole de ces jeunes qui, à l’âge de 20 ans, ont été appelés pour faire la guerre en Algérie. Alors, qu’eux militaient pour une notion de paix, de rapprochement entre les peuples, notamment entre la France et l’Algérie. C’est le message que nous portons aussi ».
Dans la manifestation, Jaques Pradel et Catherine Sicart se revendiquaient, eux, comme des « pieds noirs progressistes ». Pour mémoire, les pieds des pieds noirs sont ces Français nés en Algérie durant la période coloniale (1830-1962) et dont la grande majorité a été rapatriée en France au moment de l’indépendance du pays. « Nous, nous sommes progressistes car nous sommes anti colonialistes, anti racistes et anti fascistes. C’est d’autant plus important de venir le dire, à Perpignan, quand le Cercle algérianiste a son siège social ici et que la Ville est gérée par le RN », insiste Jacques Pradel. Un pied noir militant pour le bien-fondé de l’indépendance du peuple algérien.
Diane Sabouraud (L’Indépendant, le 18 octobre 2026)









