À Perpignan, l’allocution que le Premier ministre Sébastien Lecornu a prononcée hier en début de soirée sur fond de contestation lycéenne et étudiante ne semble avoir convaincu ni les élèves, ni leurs professeurs. Les appels a la mobilisation sont maintenus.
Si l’on en croit les réactions à chaud des principaux intéressés, le discours du Premier ministre n’a pas atteint son objectif. En tout cas pas à Perpignan. Pour résumer, lors de son allocution, après avoir mis l’accent sur les dispositifs mis en place pour recueillir les doléances des élèves (plateforme sur internet, temps de concertation dans les lycées…), Sébastien Lecomu a rapidement listé les chantiers qu’il comptait lancer, du remplacement des profs absents à Parcoursup, en passant par l’amélioration du bâti ou l’organisation du temps scolaire. Il a également indiqué que des mesures seraient annoncées d’ici la fin du mois d’octobre.
« Je trouve qu’il y a surtout du blabla », juge le référent fédéral de l’Union syndicale lycéenne, Alban, élève au lycée Jean-Lurçat. « Nous, on attend des réponses concrètes. On va continuer la mobilisation jusqu’à ce qu’on en obtienne. Sébastien Lecomu parle d’1,2 milliard d’euros en plus pour l’éducation dans le budget 2027. Si ça suffisait, ça se saurait… Dans le même budget, ils prévoient plus de 700 suppressions de postes dans le secondaire. »
La secrétaire générale du mouvement étudiant perpignanais Union progressiste, Lana, reste elle aussi sceptique. « Ce discours n’a pas répondu à nos attentes », indique-t-elle. « On a l’impression qu’il vise seulement à calmer la situation. Il dit que nous aurons des réponses fin octobre, sauf que nous, on voudrait des mesures rapidement. Les paroles, ça ne nous suffit plus ! On veut du changement maintenant. On aurait aussi souhaité une reconnaissance des violences policières. »
Le co-secrétaire départemental du syndicat d’enseignants Snes-FSU Marc Moliner estime également que l’allocution du Premier ministre présente de nombreuses lacunes. « Finalement, il n’annonce rien », fustige-t-il. « C’est clairement de l’enfumage. Il dit qu’il prend au sérieux les lycéens et qu’ils ont le droit de manifester, sauf que derrière, quand il s’agit de répondre à leurs revendications, il n’y a rien. Soit il renvoie à Internet avec la mise en place d’une plateforme pour que les lycéens puissent s’exprimer, soit il renvoie aux temps de concertation organisés dans les établissements avec les proviseurs et les enseignants. Mais c’est au gouvernement d’apporter des réponses politiques et budgétaires, ce qu’il n’a pas fait. De plus, ce genre de consultations, on a déjà vu ce que ça donnait avec celle organisée après le mouvement des Gilets jaunes ou avec la convention citoyenne sur le climat. »
Le Snes-FSU appelle donc « à poursuivre et amplifier la mobilisation par la manifestation et la grève, en étant aux côtés des lycéens ce jeudi ». Les syndicats d’enseignants sont également en train de préparer une nouvelle journée d’action pour la semaine prochaine.
Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 8 octobre 2026)
Les campus de l’université fermés ce jeudi
Hier matin, la situation est restée calme devant les lycées de la ville. Du côté de l’université, sur le campus du Moulin-a-Vent, les étudiants mobilisés ont comme prévu bloqué l’entrée principale et plusieurs autres accès à partir de 6h30, avec l’aide de lycéens. Ici aussi, tout s’est déroulé dans le calme. La direction a reçu les porte-parole du mouvement étudiant Union progressiste dans la matinée. Ces derniers réclamaient que les journées soient banalisées (que les élèves absents ne soient pas sanctionnes) jusqu’à vendredi inclus pour leur permettre d’apporter leur soutien a la mobilisation des lycéens. En début d’après-midi, la direction a publié un communiqué indiquant que l’ensemble des activités de l’université seraient suspendues sur les campus du Moulin-à-Vent et Mailly ce jeudi 8 octobre. Tandis que les 9 et 10 octobre, l’ensemble des campus seront ouverts, mais les journées banalisées sur les sites perturbés.
L’Indépendant, le 8 octobre 2026
