Le temps de dialogue irrite proviseurs et lycéens (L’Indep)

Mardi, le Premier ministre a annoncé la mise en place d’une demi-journée d’échanges avec les lycéens dans chaque établissement. Mesure impossible à mettre en place dans le contexte actuel selon les proviseurs.

Une demi-journée consacrée à la démocratie lycéenne sous forme d’échanges, à mettre en place dans chaque établissement d’ici la fin de la semaine : la mesure, sortie du chapeau par le Premier ministre Sébastien Lecornu lui-même, mardi après-midi, n’a pas vraiment eu d’effets magiques sur l’ambiance qui règne autour et dans les lycées.

Au lendemain de manifestations massives en région, un calme relatif était revenu ce mercredi dans de nombreux établissements de l’académie de Montpellier. Cela n’empêche pas les proviseurs de brandir la sécurité comme objection numéro un à la mise en place de cette demi-journée en forme d’AG interne.

« Cette annonce totalement hors-sol traduit une méconnaissance totale de la vie des établissements et de la réalité du terrain », s’emporte Florent Martin, proviseur du lycée Arago de Perpignan et secrétaire académique du syndicat SNPDEN-Unsa.

« Intenable dans un timing aussi serré »

Le chef d’établissement y voit d’abord un risque majeur pour la sécurité : « Cela va rallumer les braises de la contestation et organiser un tel type d’échange revient à déréguler les règles de sécurité au sein de l’établissement, sans savoir ce qu’il va vraiment s’y passer si certains élèves viennent y participer avec des intentions belliqueuses. »

Le proviseur catalan estime aussi que « cette injonction est intenable dans un timing aussi serré. Ce n’est pas possible à organiser du jour au lendemain. Il faut du temps pour donner du sens à cet échange et l’organiser dans un moment plus pacifié pour permettre de le détacher de toute stratégie, d’un côté comme de l’autre. »

Même scepticisme du côté des enseignants qui redoutent de se retrouver en tenaille entre les atermoiements de l’institution et la colère des élèves. « Dégager un temps de parole, écouter les élèves, c’est souhaitable, mais pas dans ces conditions, en recevant des messages à 11h le soir pour mettre des choses en place le lendemain », résume Jessica Boyer, vice-présidente académique du Snalc. « Encore faut-il que ces échanges soient suivis de mesures. Si c’est pour faire comme les Grenelles qui n’ont abouti à aucun moyen, je n’en vois pas l’intérêt. »

L’enseignante se dit aussi inquiète « par le risque de récupération et de politisation du mouvement par les étudiants. Cela nous met mal à l’aise par rapport à la neutralité qui doit avoir cours à l’école. Il va y avoir d’ailleurs des choses à recadrer à ce niveau. Il est essentiel que le mouvement des lycéens reste indépendant », ajoute-t-elle.

Quant aux principaux intéressés, les élèves, ils trouvent la ficelle un peu grosse. « Aujourd’hui, toutes instances sont au courant de nos revendications. Je ne vois pas ce que ce temps d’échange peut apporter de plus. Je pense que c’est une manœuvre du gouvernement pour gagner du temps sans répondre véritablement aux lycéens », résume Maëlle, 16 ans, meneuse du mouvement au lycée Clemenceau de Montpellier. Elle se dit par ailleurs « déçue par les réunions d’échanges avec le rectorat et la Région qui n’ont rien donné ».

En clair, les lycéens ont l’impression qu’on les renvoie dans leurs lycées poliment sans leur avoir apporter de réponses concrètes.

Richard Gougis (avec J. M.) (L’Indépendant, le 8 octobre 2026)

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