10 000 places en formation professionnelle supprimées ? (L’Indep)

Le Projet de loi de finances en discussion à l’Assemblée nationale prévoit la suppression des crédits des Régions pour l’apprentissage et la formation des demandeurs d’emploi. En Occitanie, 10 000 places et plus de 100 millions d’euros sont en jeu.

Marie Castro ne décolère pas. La vice-présidente d’Occitanie à la formation professionnelle (élue du Tarn-et-Garonne mais originaire de Perpignan) fustige un « désengagement brutal, sans concertation » et une perte de « 150 millions pour 2026-2027 entre les dotations pour l’apprentissage et l’enveloppe du PRIC », le Plan régional d’investissement pour les compétences.

Concrètement, ces millions d’euros représenteraient « 10 000 places de formation professionnelle en moins, qui concernent des demandeurs d’emploi, des jeunes, des femmes seules ou victimes de violence… et plus de 4 000 jeunes apprentis privés possiblement de soutien et des aides régionales à l’apprentissage ». Or, « 73 % des apprentis sont salariés deux ans après leur formation et 59 % du Plan région formation trouvent une issue positive en six mois », rappelle-t-elle.

4 000 apprentis impactés, 200 à 250 formations fermées

L’élue souligne que cette suppression, si elle intervenait, concernerait « aussi l’aménagement des territoires ruraux avec la fermeture de 200 à 250 sessions de formation principalement dans ces territoires. À l’échelle nationale, 58 % des CFA envisagent déjà de fermer certaines filières ».

Sur le terrain, la menace plane sur les publics concernés, qui devraient suivre leur formation parfois loin de chez eux, et de la région, et s’étend aussi à tout un éco-système, fragile. « On a l’exemple d’une commune de 2 500 habitants avec 300 apprentis qui pourraient partir, c’est tout l’écosystème économique et de proximité qui est en jeu », explique Marie Castro.

Patrimoine

« C’est aussi une menace directe sur les chefs d’entreprise, leur compétitivité, la transmission d’entreprises », le savoir-faire, égrène la vice-présidente. « Et l’apprentissage est un outil pour pallier le manque de main-d’œuvre, c’est une réponse aux difficultés de recrutement. Ces suppressions seraient un frein au développement de nos entreprises et une mise en danger de certains métiers, je pense aux filières d’excellence comme l’ébénisterie ou aux métiers de la pierre par exemple, et au final c’est notre patrimoine qui est en danger ».

En Occitanie, 1 600 sites de formation dans 250 communes

La région compte quelque 1 600 sites de formation professionnelle dans 250 de ses communes. « L’économie de proximité va en prendre un coup », souffle Marie Castro. Face à la menace, les élus de la région ne restent pas sans rien faire. « Carole Delga, en tant que présidente des Régions de France, a écrit au Premier ministre et une cellule de crise a été mise en place avec tous les acteurs et partenaires. Un courrier commun a été envoyé à tous les parlementaires pour infléchir le Projet de loi de finances. On ne peut pas renoncer! », dit encore l’élue.

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 23 octobre 2026)

Cerbère. La Papète, mémoire vivante de la révolte des transbordeuses (L’Indep)

Alors que Cerbère s’apprête à célébrer, samedi 24 octobre, les 120 ans de la grève des transbordeuses, Dominique Langer raconte son arrière-grand-mère, la Papète, une des meneuses de la grève. Un portrait familial qui éclaire le courage de ces ouvrières et les traces laissées par leur combat

« Elle ressemblait à un chêne vert. » C’est ainsi que Dominique Langer décrit la Papète, son arrière-grand-mère. Une petite femme dont le tempérament a traversé les générations. Dans la famille, son histoire se raconte avec celle des transbordeuses. Et notamment cet épisode où, pendant la grève de 1906, elle s’était portée sur les rails pour arrêter une locomotive. Pour Dominique Langer, l’une des forces de cette grève tient à l’initiative des ouvrières : « La décision est venue d’elles de se mettre en grève. » Elle insiste sur leur détermination, leur solidarité et leur capacité à prendre elles-mêmes la parole. Derrière les oranges, il y a des femmes qui revendiquent leur place.

Cette histoire lui est parvenue par sa grand-mère, elle aussi passée par le transbordement avant de quitter le village. Les récits familiaux disent la dureté du métier, les journées à courir sur les planches entre les wagons, la volonté de trouver une existence moins pénible. Ils dessinent aussi une Papète généreuse. Dominique raconte qu’en faisant des ménages dans les hôtels de Banyuls, son arrière-grand-mère aurait découvert un nourrisson abandonné dans des draps. Elle l’aurait recueilli, puis adopté avec son mari, le courage et l’entraide occupent la même place.

Dominique s’attache également aux traces écrites. A l’occasion de la précédente fête des transbordeuses, elle a passé des heures à photocopier un important dossier d’articles de presse conservés par Georgette Soler. Ces pages racontent les tensions, les divisions et l’ampleur du mouvement. Elle souhaite qu’une copie reste dans les archives communales. Pour la journée du samedi 24 octobre, elle propose d’en afficher des extraits et d’organiser des lectures à voix haute. Faire entendre les mots de l’époque permettrait aux visiteurs de mesurer ce que les ouvrières ont vécu et défendu. Car cette mémoire conserve aussi des désaccords : les souvenirs de solidarité côtoient ceux de la dureté et de l’exploitation des travailleuses.

La transmission passe enfin par des gestes concrets. Après une première plaque en céramique installée dans le Ribéral, Dominique a fait réaliser une plaque pour le caveau de la Papète, avec une souscription auprès de ses descendants. Elle aimerait aussi que son aïeule donne son nom à un lieu de Cerbère. A l’approche de la commémoration, son souhait est que la fête laisse toute leur place aux conditions de vie et au combat de ces femmes. « On voudrait bien oublier tout ça, banaliser tout ça, le lisser, en quelque sorte. Mais cela ne reflète pas ça qui s’est passé. » Les articles qu’elle a sauvegardés pourraient, samedi, retrouver des voix pour le rappeler.

François Schneider (L’Indépendant, le 23 octobre 2026)

Transbordeuses : une lutte de femmes parmi d’autres

On l’entend souvent : en 1906, les transbordeuses de Cerbère auraient mené la première grève de femmes. C’est inexact, et c’est tant mieux. Bien avant elles, dès 1767, les ouvrières des mines de Poullaouen, en Bretagne, avaient cessé le travail; comme en 1824 les tisserandes de Pawtucket aux États-Unis, les ovalistes de Lyon en 1869, les ouvrières des allumettes de Jönköping (Suède) en 1881 et de Londres en 1888, les sardinières de Douarnenez en 1905… La même année 1906, les ouvrières de la soie de Voiron et les fileuses des Cévennes se mettaient, elles aussi, en grève. Autant de luttes que l’histoire a largement oubliées.

Ce qui rend Cerbère singulier, c’est d’abord son décor : une gare frontière où, faute d’écartement commun des rails, quelque 225 femmes transféraient à bout de bras les oranges de Valence vers les trains français. Elles ne travaillent pas seulement pour une entreprise, mais pour de nombreux « transitaires ». Leur arme : des fruits qui ne se stockent pas. Le 26 février 1906, vingt-quatre heures de blocage suffisent à arracher une hausse de 25 centimes par wagon.

Un combat resté dans l’histoire

Mais le combat dure toute l’année. Les transbordeuses réclament plus qu’un salaire un tout petit peu meilleur : la fin d’un système d’équipes qui réservait le travail aux unes et la misère aux autres. Et elles montent un syndicat « rouge », présidé par Catherine Courthiade. Il est composé de femmes même si quelques hommes y siègent. Face à elles, les transitaires créent un syndicat « jaune » et recrutent d’autres ouvrières. Fin novembre, menées par Joséphine Pujol, dite « la Papète », quelque 300 femmes se couchent sur les rails devant un train amenant leurs remplaçantes. Leur victoire restera fragile : leur syndicat « rouge » est dissous le 24 octobre 1908. À peine relayée par la presse nationale, ignorée par les syndicats de l’époque, leur lutte a survécu grâce à la mémoire des familles, et est maintenant honorée. C’est tout le sens de la journée de ce samedi 24 octobre : 118 ans jour pour jour après la dissolution de leur syndicat, Cerbère rend leur place à ces femmes, et à toutes celles dont l’histoire a oublié le nom.

F. S. (L’Indépendant, le 23 octobre 2026)

Sources principales : Jacques Blin, Le Midi rouge n° 29 (2017), s’appuyant sur Michel Cadé (1990) ; Revue Ballast – 1767 : une belle grève de femmes à Poullaouen, EHNE Sorbonne – Un genre de la grève? New England Historical Society (Pawtucket); Claire Auzias (ovalistes) ; Ville de Douarnenez (sardinières).

Hausse des salaires : les solutions des patrons et syndicats pour sortir de la crise (L’Indep)

La crise sociale cristallise toutes les tensions en cet automne. Parmi les plus importantes revendications des manifestants, qui se sont retrouvés dans la rue le 17 octobre, la hausse des salaires est sur toutes les lèvres, ou plutôt sur toutes les pancartes, des syndicats de travailleurs. Dans les P.-O., même le patron du Medef, le syndicat patronal, se positionne en faveur d’une augmentation générale de la rémunération. Mais quels sont leurs arguments ? L’Indépendant pose le débat, idées contre idées.

« J’ai réuni douze chefs d’entreprise autour d’une table à qui j’ai demandé quelle était leur priorité pour la fin de l’année. Vous savez ce qu’ils ont répondu ? Augmenter les salaires ». Ces mots, qui pourront en faire tomber de leur chaise certains, sont ceux de Julien Coulomb… le président du Medef dans les Pyrénées-Orientales.

En cette fin d’année, en plein cœur de la crise sociale, celui qui est aussi directeur de la clinique Saint-Pierre de Perpignan assure plaider pour l’augmentation des salaires. Une revendication aussi largement scandée lors de la mobilisation du 17 octobre, et bien avant. Car la question d’une hausse de la rémunération des travailleurs ne date pas d’hier, les syndicats s’étant emparés du sujet depuis des années. Mais, jusque-là, il était plutôt rare d’entendre des patrons partager cette position.

« Mais évidemment que le travail ne paie pas assez. On voit, aujourd’hui, trop peu d’écart entre un actif bas salaire et quelqu’un sans activité. Et, un salarié qui n’a pas les moyens de vivre correctement, il se sent forcément mal et il ne peut pas consommer », assure le patron du Medef.

Mais si les patrons et les syndicats partagent le diagnostic, leurs remèdes à la crise sont bien différents.

Pour le Medef, la TVA sociale

Pour véritablement réformer le sujet il faudrait, selon Julien Coulomb, « rapprocher le salaire net du salaire brut ». Le salaire net étant plus faible que le brut en raison des cotisations sociales et du prélèvement à la source. « Quel que soit le coût des charges de protection sociales, est-ce qu’il est toujours pertinent que les cotisations soient prises sur le salaire ? », questionne le patron catalan du Medef.

Son idée ? « Un prélèvement sur la consommation, du même type que la TVA ». Il explique : « Le patron paierait ainsi moins de charges, il pourrait donc augmenter le salaire net du salarié qui aurait davantage de pouvoir d’achat et ainsi davantage consommer. Cela nécessiterait, par exemple, d’augmenter les prix de certaines choses. Celui qui choisira d’acheter une Ferrari, dépensera beaucoup plus d’argent que pour une Renault, avec un écart encore plus important qu’aujourd’hui, car elle serait davantage taxée. Mais tout ceci resterait une question de choix du consommateur ».

Mais en attendant les éventuelles révolutions des cotisations sociales, ne serait-ce pas, aussi, aux patrons d’augmenter directement les salaires ? Pour le patron du Medef, la situation économique actuelle de beaucoup d’entreprises des Pyrénées-Orientales est « extrêmement tendue » ce qui les empêcherait d’avoir des marges de manœuvre.

Dans le département, selon les données de la Chambre de commerce et d’industrie, 95 % des entreprises sont des petites structures de moins de 10 salariés (TPE, indépendants, micro-entrepreneurs, entreprise individuelle sans aucun salarie).

À la CGT, cibler les grandes entreprises

L’augmentation des salaires est le grand combat de la CGT depuis des années. Mais le syndicat nuance son discours en fonction de la taille des entreprises. « Nous savons que les petites boites ont des fins de mois extrêmement compliquées, parfois encore plus dures que celles de certains travailleurs », confirme Julien Berthélémy, secrétaire général de la CGT des Pyrénées-Orientales. En revanche, sans surprise, il a les (très) grandes entreprises dans le viseur : « Des très grandes entreprises profitent d’exonérations fiscales, sans contrepartie. Les exonérations sont chiffrées, selon les calculs, entre 170 et 220 milliards d’euros, par an. C’est de l’aide publique à l’entreprise, sans aucune conditionnalité. Ne me dites pas qu’aujourd’hui Total ne peut pas augmenter les salaires de ses salariés ».

Selon lui, les grands patrons devraient donc mettre la main à la poche. Mais comment faire la distinction entre une grande entreprise et une petite société ? Sa solution serait de mettre en place une « différenciation de taxes en fonction de la taille des entreprises ».

Chez FO, revoir certaines primes, régler le problème d’inégalité salariale

Pour Jérôme Capdevielle, secrétaire général de Force ouvrière dans les Pyrénées-Orientales, la question des salaires est comme une pelote de laine dont un fil serait tiré et révélerait tous ses problèmes.

Comme son camarade de la CGT, le patron de FO milite pour un conditionnement des aides pour les entreprises en fonction de leur taille. Mais pas seulement. « Si on prend la prime d’activité, qui est octroyée aux bas salaires, c’est, finalement, la solidarité nationale qui contribue au pouvoir d’achat de ces travailleurs. Car elle est financée par l’impôt (la CSG). Mais ce n’est pas à l’impôt de financer cela, c’est bien aux entreprises. Il faut leur redonner des moyens d’augmenter les salaires ».

Pour Jérôme Capdevielle, l’inégalité salariale entre les femmes et les hommes serait aussi une piste. « En arrivant à cette égalité, notre système de retraite serait à l’équilibre car on aurait des cotisations sociales supplémentaires. L’augmentation des salaires, c’est remettre du carburant dans l’économie ».

Chez ces patrons et syndicats, la hausse des salaires devient, en tout cas, incontournable pour sortir de la crise.

Diane Sabouraud (L’Indépendant, le 23 octobre 2026)

Caroline Chevé. « Il faut contraindre ce gouvernement à répondre aux revendications » (La Marseillaise)

Caroline Chevé est secrétaire générale de la FSU. Reçue à Matignon avec l’intersyndicale, ce mercredi, elle dénonce l’absence de réponse du gouvernement à la colère sociale et appelle à une grève massive pour le 5 novembre prochain.

La Marseillaise : Vous vous êtes rendue à Matignon dans quelle optique ?

Caroline Chevé : Le courrier d’invitation portait sur deux points : des questions sur l’organisation des manifestations et des questions sur les revendications de la jeunesse. Sur ces deux sujets, nous sommes venus dire qu’évidemment nous ne voulions pas discuter de ça ! Sur les manifestations, la FSU n’a aucune leçon à recevoir de qui que ce soit. Nous n’avons pas attendu que Macron le demande pour condamner toutes les violences. Mais cela fait des semaines que nous sommes au plus près des jeunes, devant les établissements scolaires. Nous avons donc contribué à faire descendre la tension partout où l’on était. Par ailleurs, chacun ses responsabilités : nous assumons les nôtres, à l’État d’assurer la possibilité de manifester en toute sécurité. Et sur les revendications des jeunes : nous n’étions pas là pour parler à leur place. Nous avions demandé à ce qu’ils soient présents ou qu’ils soient reçus d’urgence dans leur cadre, nous ne comprenons pas pourquoi ils ne l’ont toujours pas été.

La Marseillaise : Au niveau revendicatif, que portiez-vous à ce rendez-vous ?

Caroline Chevé : Les revendications des personnels de l’Éducation nationale font directement écho à celles des lycéens. C’est le même principe pour les enseignants dans le supérieur avec les étudiants. Nous avons donc rappelé que plusieurs revendications n’ont toujours pas eu de réponses : la revendication salariale des fonctionnaires qu’on porte depuis bien longtemps, et elle fait le lien avec la problématique générale du pouvoir d’achat qui se pose aujourd’hui. Je ne vais pas faire une liste de courses mais je pense aussi aux enjeux de bâti scolaire, Ce que nous venions donc entendre, ce sont des réponses concrètes du gouvernement qui seraient visibles pour le budget 2027.

La Marseillaise : Et quelles réponses avez-vous eues ?

Caroline Chevé : Nous avons eu un discours de la méthode, une ébauche de calendrier. Mais nous n’avons eu aucun engagement qui pourrait figurer dans le budget de 2027. La seule annonce concrète qu’il y a eu, c’est la tenue d’une réunion au ministère de l’éducation nationale avec l’ensemble de la communauté éducative (représentants des personnels, des lycéens, organisations des parents d’élèves et les Régions). À l’occasion de cette réunion, des annonces seraient faites. Mais quand on creuse, ce dont il est question, ce sont des réponses à la plateforme lancée pour récolter les revendications des lycéens. Et les revendications présentes sur cette plateforme sont les mêmes que celles portées dans le mouvement : emploi du temps, accès aux études supérieures, conditions matérielles d’études… Donc il annonce des réponses et des chantiers ouverts sur ces sujets-là. Mais c’est ce que nous aurions dû entendre il y a 3 semaines ! Ils sont complètement en décalage avec le tempo qui s’est accéléré depuis fin septembre. Il y a une colère sociale qui s’exprime en permanence mais on a un gouvernement qui en est encore au point de réunir les organisations syndicales pour dire qu’il va y avoir des réunions dans lesquelles il y aura des annonces. Vu la situation, si le gouvernement reçoit les syndicats à Matignon, on aurait pu espérer autre chose qu’un calendrier.

La Marseillaise : Quelle réaction de votre part ?

Caroline Chevé : Notre priorité est de réussir une très grosse journée de grève le 5 novembre. Notre réponse doit être la grève. On appelle à ce qu’elle soit particulièrement massive dans la fonction publique. Il va falloir contraindre ce gouvernement à répondre aux revendications. On ne peut pas se contenter d’un renvoi à un hypothétique débat parlementaire, dont on voit bien ce qu’il est. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités et revoir sa copie pour le prochain budget. Il faut monter d’un cran, et pas seulement en mettant plus de gens dans la rue. On a vu samedi dernier que le nombre de manifestants était plus qu’important et dans les mobilisations de la jeunesse il y a aussi eu des cortèges très fournis. Là, l’enjeu est d’arrêter le travail et de construire un rapport de force. Nous sommes pleinement impliqués dans les mobilisations qui ont lieu depuis un mois mais là, nous sommes dans une autre dimension : grève interprofessionnelle, public-privé. Et avec des revendications très unifiantes puisqu’on est sur le pouvoir d’achat notamment. D’ores et déjà, cette journée appellera des réflexions pour les suites.

La Marseillaise : Comment analysez-vous cette absence de réponse ?

Caroline Chevé : Le gouvernement a plus qu’un train de retard. Ce qu’il se passe depuis 3 semaines dans le pays, ce n’est que la manifestation très forte de ce dont on leur parle depuis des mois et des années. Il se rappelle soudainement, en situation de crise, qu’il y a des corps intermédiaires. Alors que cela fait 10 ans que la démocratie sociale est piétinée par Emmanuel Macron. On le dénonce depuis la loi sur la représentation syndicale de 2019 mais il y a des dizaines d’exemples : Ce qui est resté de la convention citoyenne du climat, les cahiers de doléances des Gilets jaunes qui sont encore dans les sous-sols des préfectures. Il faut qu’ils entendent la défiance à l’égard de ceux qui exercent le pouvoir, à force d’avoir des gouvernements qui ne répondent pas aux revendications, qui considèrent que la démocratie se limite aux résultats d’élections.

Entretien réalisé par Amaury Baqué (La Marseeillaise, le 22 octobre 2026)

Les syndicats encore plus remontés (L’Indep)

Reçus à Matignon, CFDT et CGT, déçus, appellent à la mobilisation le 5 novembre.

Les principales organisations syndicales appellent à un mouvement d’ampleur le 5 novembre -la CGT lançant même un mot d’ordre de grève générale- après avoir été reçues à Matignon par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, pour faire le point sur la crise sociale qui secoue le pays.

Estimant que le gouvernement n’a apporté aucune réponse aux revendications exprimées notamment lors des manifestations du 17 octobre -mesures contre la cherté de la vie, amélioration des conditions d’enseignement- Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, appelle à une « grande mobilisation » le 5 novembre. De son côté, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a jugé que Sébastien Lecornu, ne fait que « renforcer » la colère. « L’heure est venue de franchir un nouveau cap dans la mobilisation. La grève doit prendre le relais. C’est pourquoi la CGT, avec l’intersyndicale, appelle à la mobilisation la plus large possible le 5 novembre », a-t-elle dit.

À plus court terme, le gouvernement se prépare à une nouvelle mobilisation, à l’initiative des « gilets jaunes », dès samedi.

Réunis en collectifs, ces derniers ont appelé à manifester samedi à Paris entre Bastille et Opéra, un parcours non encore homologué par les autorités. La CGT appelle également à manifester ce jour-là, alors que les lycéens sont en vacances de la Toussaint.

En visite au Qatar, le président Emmanuel Macron a annoncé qu’il tiendrait une réunion jeudi à Paris avec les responsables des services de renseignements, pointés du doigt dans cette crise sécuritaire. Alors que des couvre-feux ont été instaurés dans plusieurs villes dont Paris, Lille et Marseille, et que des mobilisations sont annoncées pour samedi et la journée du 5 novembre, le gouvernement a prévu un renforcement de la présence policière, avec les unités d’élite et le déploiement de militaires dans le cadre du dispositif « Sentinelle ».

L’Indépendant, le 22 octobre 2026

Acte Il ce samedi : syndicats mobilisés, lieu de rendez-vous délocalisé… le point (L’Indep)

Alors que le préfet des Pyrénées-Orientales a interdit les manifestations en hypercentre de Perpignan dès ce jeudi et jusqu’au dimanche 25 octobre, la mobilisation de ce samedi 24 octobre s’organise. Plusieurs syndicats appellent à rejoindre le mouvement.

Les manifestants ne se laisseraient donc pas impressionner. Ce mercredi, à quelques jours de « l’acte II » de la mobilisation du 17 octobre, prévu ce samedi 24, le préfet des Pyrénées-Orientales, Pierre Regnault la Mothe, a tapé du poing sur la table en réponse aux débordements qui ont eu lieu, à Perpignan, en marge de la manifestation du 17 octobre.

Ce samedi, comme le 17 octobre, les syndicats ne seront pas les organisateurs de cette mobilisation. Ce qui rend leur implication assez délicate. Mais, ceux qui s’étaient dit en faveur du mouvement, refusent de faire marche arrière. Solidaires 66 en tête. Ce syndicat maintient son appel à rejoindre le mouvement ce samedi 24 octobre à Perpignan.

« On aurait préféré que le préfet opte pour une stratégie de désescalade dans la doctrine du maintien de l’ordre », tonne Léa Docus, co-secrétaire départementale de Solidaires 66. « Le couvre-feu et le LBD ne sont pas des réponses aux réclamations légitimes des travailleurs, lycéens et syndicats. Car l’escalade des débordements passe aussi par la répression policière. »

Lundi, la section départementale de la CGT indiquait qu’elle « ne serait jamais aux côtés des casseurs » et assurait ne pas appeler à rejoindre le mouvement. Quelques jours plus tard, le discours est plus nuancé. Car si la CGT ne fera pas partie des organisateurs de la manifestation, son secrétaire général Julien Berthélémy, appelle bien à se mobiliser ce samedi dans les rues de Perpignan. Une position dans la lignée de Sophie Binet, la patronne nationale de la CGT. « Nous serons aux côtés de la jeunesse. Tout en appelant au calme et à une mobilisation pacifique », appuie Julien Berthélémy. Mais, comme Solidaires, la CGT assure qu’elle ne pourra mobiliser son service d’ordre. « Nous ne sommes pas en mesure d’en-cadrer. Quand nous sommes à l’organisation, nous définissons un tracé, tout est déclaré et annoncé en amont. Là, ce serait encadrer quoi, et où ? ».

La question se pose à trois jours de la date annoncée. Car si le préfet des Pyrénées-Orientales a interdit les mobilisations dans l’hypercentre, une partie des grands boulevards (Briand, les trois quarts de Wilson, l’avenue du général de Gaulle…) sont bel et bien hors de la zone prohibée, comme le confirme l’arrêté préfectoral publié ce mercredi en début de soirée. Le cortège passera-t-il par là ? Des actions hors du centre-ville, en périphérie par exemple, seront-elles envisagées ? Les ronds-points des péages seront-ils occupés comme du temps des Gilets jaunes ?

Ce mercredi, en fin de journée, selon les informations de L’Indépendant, le lieu de rendez-vous restait place de la Victoire à 10 h 30. Dans le secteur normalement interdit du pied du Castillet donc.

Diane Sabouraud (L’Indépendant, le 22 octobre 2026)