Clara-Villerach. Des vœux sobres (L’Indep)

Une grande partie de la population s’est déplacée dimanche 25 janvier pour assister à la cérémonie des vœux. Un diaporama retraçait la vie communale sur l’année écoulée : les réalisations diverses et les travaux dont la réhabilitation du Cortal qui touche à sa fin, la promotion de la culture, les associations du village et les nombreux bénévoles qui s’y investissent chaque jour.

Au nom du conseil municipal, le maire Patrick Marcel a remercié Aude Vives, vice-présidente du conseil départemental, et le major Bosoni pour leur présence, et a adressé ses vœux de santé, de so1lidarité, ainsi qu’une année riche de projets personnels et collectifs au service de Clara-Villerach. Puis, a eu lieu la remise des prix du concours de décorations de Noël, suivie d’un partage de galettes.

L’Indépendant, le 28 janvier 2026

Cole Stangler. « Trump ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition » (La Marseillaise)

Cole Stangler, journaliste franco-américain, est l’auteur du livre « Le Miroir américain » aux éditions les Arènes. Une enquête sur la radicalisation des droites françaises et américaines. Il se joint à la mobilisation de soutien au peuple américain prévue ce mercredi, à Marseille.

La Marseillaise : Pourquoi vous joignez-vous à cette mobilisation marseillaise de soutien au peuple américain ? Dans quel contexte s’inscrit-elle ?

Cole Stangler : En tant que journaliste et auteur, je n’ai vraiment pas l’habitude de participer ouvertement à des manifestations de ce type, ce n’est pas naturel pour moi. Mais je pense que, très clairement, on a franchi une ligne rouge aux États-Unis. Quand la société civile dans son ensemble est ciblée par l’administration actuelle, il ne faut pas hésiter à les critiquer ouvertement ni avoir peur de participer activement dans des mouvements d’opposition. Comme beaucoup d’Américains, je n’ai pas envie de me dire, dans cinq ou dix ans, que je ne faisais rien à l’époque où l’administration Trump a attaqué la démocratie américaine. Si on organise ce rassemblement, c’est aussi pour signaler aux Français que l’extrême droite au pouvoir peut faire des dégâts très importants. Je ne veux pas qu’on se réveille un jour, en mai 2027, avec l’extrême droite au pouvoir et que tout le monde se dise qu’on aurait pu être mieux organisés, qu’il aurait fallu prendre ce risque plus au sérieux.

La Marseillaise : À Minneapolis, la population a massivement manifesté contre cette politique d’immigration. Est-ce rare de voir les Américains battre le pavé ?

Cole Stangler : On peut avoir ce cliché sur les Américains qui ne manifestent jamais. Mais on a déjà eu deux grandes manifestations l’an passé. Je pense au No King’s Day qui a été organisé l’été dernier et même avant, il y avait une vague de manifestations contre Elon Musk et son Doge (Département de l’efficacité gouvernementale). Ce qu’on est en train de voir, à Minneapolis, nous rappelle à quel point l’administration est impopulaire dans l’opinion publique américaine et que les Américains se mobilisent. Quand Donald Trump a envoyé ses milliers d’agents fédéraux pour semer la terreur à Minneapolis et en faire un symbole politique, il ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition. Ces manifestants sont en train de gagner la bataille de l’opinion publique aux États-Unis.

La Marseillaise : Ce mouvement a-t-il réussi à faire reculer le président ?

Cole Stangler : Deux choses concrètes sont en train de se passer. Il y a quelques jours, Gregory Bovino, le visage de cette police de l’immigration très brutale, avait défendu le meurtre d’Alex Pretti [l’un des manifestants tué à Minneapolis, Ndlr] directement à la télévision. D’un point de vue esthétique, ça a été remarqué, y compris par la presse allemande, Gregory Bovino reprend très clairement, sans aucune ambiguïté, les codes vestimentaires de l’extrême droite. Ce dernier vient d’être retiré de ses fonctions à Minneapolis. C’est très clairement une victoire pour les manifestants. Deuxièmement, dans la conférence de presse de lundi, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a essayé de distancier le président Trump des déclarations de certaines personnes de son administration comme Gregory Bovino, Kristi Noem (secrétaire à la Sécurité intérieure) ou Stephen Millier (conseiller à la Sécurité intérieure), qui défendaient les actions de ICE et des agents fédéraux. Ces deux éléments signalent que l’administration Trump comprend qu’elle est en train de perdre la bataille de l’opinion publique.

La Marseillaise : Vous dites que la popularité de Trump est surestimée. Certains de ses anciens soutiens se distancient de lui. Comment expliquer ces revirements ?

Cole Stangler : On n’a jamais vu un président utiliser le pouvoir exécutif comme Donald Trump et il a énormément d’influence à l’international. Le paradoxe, c’est qu’il a une base de soutien très minoritaire aux États-Unis. Dans les sondages, c’est un président objectivement impopulaire, avec environ 40% d’opinion favorable. Il est en train d’échouer sur deux de ses grandes promesses de campagne en 2024. Donald Trump a été élu en grande partie sur le combat contre l’immigration et sur les questions économiques. Il a dit vouloir mettre fin à l’inflation vue sous l’administration Biden. Or ses droits de douane ne permettent pas à l’administration de combattre l’inflation qui reste importante. Les sondages montrent des Américains insatisfaits du bilan économique du président. C’est la même chose sur l’immigration, les Américains trouvent que ces politiques vont trop loin. Certains de ses soutiens ou anciens soutiens montrent leur désaccord publiquement, comme le podcaster Joe Rogan, qui a récemment comparé l’ICE à la Gestapo en Allemagne nazie.

La Marseillaise : Un éditorial paru sur le site du mensuel « The Atlantic » décrit le régime trumpiste comme fasciste. Qu’en pensez-vous ?

Cole Stangler : C’est un débat en cours depuis des années. L’État américain n’est pas devenu un régime fasciste. Par contre, le président Trump et certaines personnes dans son entourage peuvent, à mon sens, être qualifiés de fascistes. Sur ces questions, je fais confiance aux experts, historiens, universitaires qui ont étudié le fascisme. Robert Paxton, grand historien américain qui a notamment fait des recherches sur le régime de Vichy en France, avait dit après la tentative de coup d’État du 6 janvier 2021 au Congrès qu’on pouvait qualifier Donald Trump de fasciste. Pourquoi ? Parce qu’on a cette utilisation de force paramilitaire pour essayer de renverser les résultats de l’élection. On a un discours anti-immigration très fort, raciste, qui désigne des boucs émissaires très clairs et l’opposition comme étant l’ennemi de l’intérieur. Tous ceux qui ne soutiennent pas l’administration sont qualifiés d’adversaires ; qu’on soit journaliste, juge, avocat, électeur démocrate ou militant politique. Certaines personnes disaient que l’élément manquant aux États-Unis, c’étaient les guerres, et notamment les guerres d’expansion. On a vu, ces dernières semaines, à quel point l’administration veut prendre des territoires considérant qu’ils appartiennent aux zones d’influence américaines, comme le Groenland par exemple. On ne peut que penser au discours allemand des années 1930, consistant à dire qu’il fallait du territoire pour que le peuple puisse vivre et être en sécurité. Mais, encore une fois, il ne faut pas oublier que ce projet politique, qui est réel et terrifiant, n’a pas une base de soutien majoritaire, très loin de là.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 28 janvier 2026)

Les images provenant des États-Unis sont révoltantes. Renee Good et Alex Pretti sont les deux dernières victimes de l’ICE, police américaine de l’immigration, bras armé de la politique raciste de Donald Trump. Leur crime ? S’être opposés à cette milice qui arrête et emprisonne chaque migrant sur son passage… Face à cela, la mobilisation de la population est historique. Des centaines de milliers de manifestants ont bravé le froid glacial, occupant les rues, appelant à la grève générale. Un revers sans précédent pour le président américain. Des agents des services fédéraux déployés à Minneapolis ont commencé à quitter la ville mardi, alors que Donald Trump joue l’apaisement.

Jean-Pierre Lacan. « Reconnaître la Méditerranée comme un espace humanitaire » (La Marseillaise)

À l’aube des dix ans d’opérations de SOS Méditerranée, Jean-Pierre Lacan, bénévole de l’association en Occitanie, appelle à une année 2026 plus solidaire et à la fin des entraves imposées aux ONG, tout en rappelant le rôle crucial de la mobilisation citoyenne.

La Marseillaise : Quels seraient vos souhaits pour cette année 2026, vos attentes ?

Jean-Pierre Lacan : Que cette année soit moins meurtrière, évidemment, en Méditerranée et notamment en Méditerranée centrale, qu’elle ne l’a été en 2025. Aussi, que les actions de sauvetage de la société civile au travers des ONG ne soient plus entravées comme elles le sont aujourd’hui. C’est essentiellement ça que je souhaite pour cette année 2026, qui est, faut-il le rappeler, l’année des 10 ans opérationnels de SOS Méditerranée.

La Marseillaise : Justement, quel regard porter sur le chemin parcouru en 10 ans ?

Jean-Pierre Lacan : C’est un chemin qui n’a pas été pavé de roses. Quand on est né en 2016, 2015 juridiquement, il y a beaucoup de morts en Méditerranée, on parle de 46 000 depuis 2000. On se dit alors qu’il va y avoir une prise de conscience des États. Nous sommes deux ans après le terrible naufrage de Lampedusa en octobre 2013. Quelques semaines après, est lancée l’opération Mare Nostrum par le gouvernement italien mais les États européens ne le soutiennent pas. L’UE explique que ça va créer un appel d’air qui attire l’immigration, que ça coûte très cher et qu’il faut arrêter. Et les choses s’arrêtent. Nous avons donc pris le relais car les naufrages continuent. C’est là que l’Europe va mettre en place cette politique d’externalisation de la frontière. On va confier aux Libyens le soin de verrouiller la frontière maritime de l’Europe et on arrive aujourd’hui à une situation absolument catastrophique, avec ces morts qui s’ajoutent aux morts en Méditerranée, on en dénombre 33 231 depuis 2014. C’est l’axe migratoire le plus mortel du monde, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Dix ans après, on n’est pas très optimiste et on souhaite que ça s’arrête, que les choses évoluent dans le bon sens, qu’enfin la Méditerranée soit reconnue comme un espace humanitaire.

La Marseillaise : D’autant que la situation empire avec cette attaque des garde-côtes libyens qui criminalisent encore plus les actions des ONG…

Jean-Pierre Lacan : Oui, le 24 août 2025, notre navire -battant le pavillon norvégien- était sur une opération de sauvetage et s’est fait tirer dessus par des garde-côtes libyens, une centaine d’impacts ont été relevés sur le navire sans que ça provoque la moindre émotion. L’attitude libyenne est probablement expliquée par le fait que les Libyens appliquent de manière zélée les termes de l’accord d’externalisation de la frontière avec l’UE. C’est-à-dire que l’objectif est chiffré, on empêche les gens de passer, de franchir la Méditerranée par tous les moyens, y compris en allant jusqu’à tirer. Il faut impérativement, pour les Libyens, rendre étanche la frontière. Ils n’y sont pas parvenus, ils n’y parviendront jamais. C’est ça le drame dans cette affaire.

La Marseillaise : Pourtant il est impossible d’empêcher ces exilés de venir…

Jean-Pierre Lacan : Bien évidemment, malgré les efforts que déploient les garde-côtes libyens, les gens continuent à franchir la Méditerranée. Les arrivées en Europe ont un peu baissé par rapport à 2024, en Italie très précisément. Mais de peu. Cette année, à peu près 66 000 personnes sont arrivées en Italie par les voies maritimes. En 2024, on était à 66 600… La différence n’est pas significative, tout ça est très conjoncturel, ça dépend des périodes, des moments. On connaissait les départs depuis la Tunisie et la Libye vers l’Italie. Mais il faut ajouter une autre route qui a émergé ces derniers temps. C’est une route au départ de l’Est libyen, de la région de Tobrouk vers la Crète. En 2025, on était à un peu plus de 18 000 arrivées en Crète.

La Marseillaise : Pour pallier l’absence de réaction des pouvoirs publics, il y a tout le travail des bénévoles. Quelque chose à encourager ?

Jean-Pierre Lacan : Oui, la mobilisation citoyenne, c’est quelque chose de majeur à SOS Méditerranée. Aujourd’hui, on est à plus de 900 bénévoles partout en France, dans une trentaine d’antennes. L’antenne Hérault-Gard est l’une des plus importantes et des plus actives, étant présente dans de nombreux événements pour porter l’image et le plaidoyer de SOS Méditerranée. On fait également beaucoup d’interventions auprès des écoles, des lycées, des collèges pour porter cette parole, qui est le fruit de notre expertise en matière de témoignages à bord des navires. Cette réalité est bien souvent ignorée de bon nombre de gens. Et donc ça, c’est notre boulot de bénévoles. Alors, oui, c’est terriblement important. On fête cette année nos 10 ans d’opérations en mer, on n’aurait jamais pu continuer à vivre, à franchir cette décennie s’il n’y avait pas eu derrière une forte mobilisation citoyenne. L’essentiel de notre budget est apporté par la mobilisation citoyenne.

Propos recueillis par Louis Dupin (La Marseillaise, le 27 janvier 2026)

Pierre Dharréville. « Nous croyons à la culture comme vecteur d’émancipation » (La Marseillaise)

Pierre Dharréville est responsable de la commission culture du PCF, qui a impulsé ces nouveaux états généraux de la culture(*).

La Marseillaise : Comment est née cette dynamique autour des nouveaux États généraux de la culture ?

Pierre Dharréville : Cette initiative, nous avons été un certain nombre à la vouloir et nous sommes un certain nombre à l’organiser, dans une vraie diversité de forces politiques, syndicales, sociales, culturelles. Au sein du PCF, nous avons produit des gestes qui visaient à ce qu’on prenne à la hauteur cette grande question de la bataille culturelle. Nous avons notamment lancé, en mars dernier, à la Bellevilloise, l’initiative « Vive la culture ! » puis, au dernier festival d’Avignon en juillet, l’appel pour de nouveaux états généraux de la culture, dont sont notamment signataires la CGT, la FSU, LFI, le PS, l’Après, les syndicats d’artistes Sinavi et Syndeac, ainsi qu’un bon millier de personnalités du monde de la culture. C’est très ouvert.

La Marseillaise : Ce mouvement sonne comme un appel à la résistance…

Pierre Dharréville : Il y a en effet un caractère de résistance inscrit dans cette démarche car nous voyons bien que la culture et les acteurs culturels sont attaqués, que les budgets de la culture diminuent à l’échelle nationale, que le budget des collectivités est lui-même soumis à des réductions drastiques qui mettent les collectivités dans des situations difficiles pour mener à bien leurs missions, notamment en matière de politique culturelle. Or les collectivités locales sont les principales financeuses de l’action culturelle dans notre pays. L’affaiblissement de ces politiques culturelles est d’autant plus problématique qu’il y a en face des forces, notamment les forces de la finance, qui se sont engagées dans de grandes logiques de concentration des outils de diffusion, des outils de production, des outils culturels et médiatiques. Avec un certain nombre d’acteurs qui ont des intentions politiques affirmées d’extrême droite et qui visent à reconfigurer l’espace public et politique.

La Marseillaise : Vers quelle conception de la culture risque-t-on de dériver sous la pression conjuguée de cet affairisme et des idées d’extrême droite ?

Pierre Dharréville : Jack Ralite disait, lorsqu’il a lancé les premiers états généraux de la culture en 1986, qu’« un peuple qui abandonne son imaginaire aux affairismes se condamne à des libertés précaires ». C’est toujours à l’ordre du jour. Et lorsque cet affairisme a des intentions politiques réactionnaires et trumpistes, pour dire les choses telles que nous les voyons à l’œuvre aujourd’hui, c’est d’autant plus dangereux. Ça renforce la nécessité d’avoir des politiques publiques, démocratiques, qui soient déterminées par des choix communs. La culture est un bien commun, elle doit être conçue comme cela. Or il y a plusieurs manières de la concevoir, c’est là qu’il y a une bataille aujourd’hui. Certains veulent nous enfermer dans des identités. Nous, nous croyons à la culture comme vecteur d’émancipation, de rencontre, d’épanouissement, d’ouverture, d’interrogation, comme porteuse de sens. C’est pour cela qu’il y a besoin de politiques publiques, autrement la culture devient un bien de consommation comme les autres. C’est la logique du rentable, de la productivité, de ce qui a commercialement fonctionné qui l’emporte. C’est le marché qui décide, avec les moyens qu’on y met. Une œuvre sur laquelle on a mis beaucoup de moyens de promotion et une œuvre qui n’en a pas reçu ne connaissent pas le même sort, c’est évident. Ça signifie aussi qu’on donne sa chance à un certain type d’art, de culture et de création et pas à d’autres. Est-ce que ce sont les forces de l’argent qui doivent décider de cela ? Je ne crois pas. La logique des blockbusters, des best-sellers et compagnie s’installe. Il y a une sorte d’uniformisation culturelle qui accompagne ce mouvement, car c’est ça qui crée de la rentabilité économique et permet, aussi, de formater utilement les esprits.

La Marseillaise : L’appel lancé en juillet dernier décrète « l’état d’urgence culturelle »…

Pierre Dharréville : Oui ce sont les mots par lesquels nous avons lancé ces nouveaux états généraux. La situation est particulièrement grave et nous inquiète chaque jour un peu plus. On peut citer, notamment, les offensives d’un monsieur comme Pierre-Édouard Stérin, qui cherche dans les milieux culturels à installer un nouvel empire avec des intentions, parfois cachées, pour formater un certain nombre d’espaces, d’outils, de moyens. Avec des labels de fête populaire ou en développant des outils de parcs d’attractions autour d’une Histoire bien souvent falsifiée et dévoyée. On en est donc à décréter cet état d’urgence culturelle, d’autant que l’affaiblissement conjoint des politiques publiques se vérifie, de budget en budget, avec des structures qui tirent la sonnette d’alarme.

La Marseillaise : L’exception culturelle française est-elle en train de se dissoudre ?

Pierre Dharréville : Cette bataille de l’exception culturelle a été menée à l’époque des états généraux de Jack Ralite, pour sortir la culture des accords commerciaux du Gatt. C’est cela l’exception culturelle : sortir la culture des logiques de marché, installer des politiques publiques qui soient capables de faire exister la culture indépendamment ou autrement que par les logiques marchandes. Cette exception culturelle est française parce que nous en avons été porteurs et qu’il y a eu, dans notre pays, une affirmation de ce point de vue là. Elle est en effet largement remise en question aujourd’hui, mais nous conservons des outils de politique publique et d’exception culturelle importants, comme dans le cinéma avec le CNC par exemple. Il y a également une vitalité et un tissu culturels dans notre pays qui continuent de formuler un certain nombre de propositions salvatrices. On peut donc aussi d’appuyer sur cette vivacité culturelle qui demeure malgré tout.

La Marseillaise : En quoi la culture est-elle le meilleur rempart aux idées d’extrême droite ?

Pierre Dharréville : De manière générale, la culture est un mouvement d’émancipation car au cœur de ce mouvement, il y a la rencontre, ainsi que les libertés d’expression et de création. Ces fondements font que la culture permet d’aller plus loin que soi, de s’interroger, de réfléchir à la société dans son mouvement, et de répondre à cette question : quelle humanité nous voulons être ? Finalement chaque geste culturel, chaque geste de création est une tentative de réponse à cette question, ou une tentative de la poser. Nous avons besoin de la culture pour nous retrouver, nous interroger, faire la fête, essayer d’imaginer, d’inventer l’avenir, de comprendre ce qui nous est arrivé ou tout simplement ressentir des émotions et les partager. C’est tout l’inverse d’un projet politique tel que le défend l’extrême droite et tel qu’il se déploie actuellement à l’échelle internationale, avec des logiques trumpistes à l’œuvre un peu partout, qui visent à installer une logique de la loi du plus fort, de la soumission.

La Marseillaise : L’extrême droite est également attirée par la censure…

Pierre Dharréville : Il y a, dans ce qui est à l’œuvre dans la société aujourd’hui, une forme de censure, effectivement, et d’autocensure parfois, qu’on cherche à imposer à certains acteurs sociaux et culturels à travers un certain nombre d’injonctions. On voit bien aussi de quelle manière sont utilisés certains médias pour essayer de faire pression, de reconfigurer l’espace du débat et la possibilité de dire. Donc oui, la censure fait partie des pratiques de l’extrême droite, l’atteinte à la liberté d’expression et de création. On observe aussi une sorte d’abaissement du débat public comme de notre conception d’être humain. Lorsque des commentateurs de la vie publique, qui en sont en réalité des acteurs, expliquent qu’ils disent tout haut ce que la majorité pense tout bas, on est dans l’ordre de la pulsion, de l’individualisme forcené. La culture peut être un antidote puissant face à tout ça.

La Marseillaise : Quel est l’enjeu, le sens de ces nouveaux états généraux ?

Pierre Dharréville : Nous voulons créer dans la société un mouvement pour la culture. Pas un mouvement qui rassemble uniquement des gens dont la culture est le métier, même s’ils en sont pleinement partie prenante. Nous voulons que cette question soit une grande question démocratique et citoyenne. C’est pour ça que ce mouvement a vocation à s’enraciner dans le local, avec des initiatives, je l’espère, un peu partout dans le pays, qui ont commencé. Et aussi avec une portée nationale : c’est un mouvement qui veut installer une dynamique incontournable pour peser dans le rapport de force, empêcher qu’on continue cette dégringolade des politiques publiques et imaginer les politiques publiques dont nous avons besoin aujourd’hui. On va donc s’intéresser à tous les champs de la culture, depuis le spectacle vivant et les arts plastiques jusqu’au livre en passant par les médias. Tout un tas d’acteurs sont engagés dans cette démarche et nous allons tenter de la construire ensemble.

Propos recueillis par Amélie Goursaud (La Marseillaise, le 26 janvier 2026)

(*) Déjà oubliée en 2020, la culture peine toujours à se faire entendre dans la campagne des municipales. C’est pourquoi le PCF organise ce lundi les États généraux de la culture à Nîmes. Le secteur fait face à une baisse historique de ses moyens financiers auquel s’ajoute le risque de voir l’extrême droite remporter des municipalités. Les initiatives et soutiens municipaux ont fait leurs preuves : de la grande diversité promue par l’Été marseillais, et les entrées gratuites aux musées à Martigues, jusqu’à Avignon qui accueille l’emblématique festival de théâtre en passant par Toulon et son festival de jazz pour tous. Autant d’initiatives, d’expérience et d’acteurs qui aujourd’hui potentiellement en danger.

Escaro-Aytua. Cérémonie empreinte d’émotion pour les derniers vœux de Daniel Aspe (L’Indep)

Lors de sa prise de fonction en 2020, il avait annoncé qu’il serait le maire d’un seul mandat. Daniel Aspe a tenu parole. C’est avec un léger tremblement dans la voix qui masquait malgré tout difficilement une petite pointe d’émotion que le premier édile d’Escaro-Aytua a sacrifié à la traditionnelle cérémonie des vœux entouré de ses adjoints et conseillers municipaux. L’an prochain, c’est donc en tant que simple citoyen qu’il y assistera.

L’ancienne coopérative agricole et familiale du village avait fait salle comble pour cet ultime et incontournable exercice de style que Daniel Aspe avait tenu à décliner sur quatre des thèmes qui lui sont chers : les missions de service public, la protection du patrimoine, le développement du lien social et la préservation de la ressource eau. Autant de sujets qui auront rythmé la vie de la commune ces six dernières années.

Saluant en préambule l’engagement de son équipe municipale, le travail des employés communaux, mais aussi l’implication solidaire des six associations d’Escaro et d’Aytua, le maire a tour à tour énuméré les différents chantiers engagés lors de cette mandature placée sous le signe d’une rigueur budgétaire marquée par une baisse significative des dotations de l’État. Puis, avant d’inviter la population à partager le verre de l’amitié autour de galettes à la frangipane et des couronnes des Rois, Daniel Aspe n’a pas résisté au plaisir, en guise de clin d’oeil, de laisser à Pau Casals et son violoncelle conclure son intervention par quelques notes du Cant dels ocells.

L’Indépendant, le 26 janvier 2026

L’édito du webzine. Le « Conseil de la paix » : Trump veut vassaliser le monde

Après avoir mis la main sur les ressources pétrolières du Venezuela par une opération militaire, Trump a désormais jeté son dévolu sur le Groenland.

Quelques gouvernements européens, dont la France, ont osé élever la voie. Une réaction jugée inacceptable par Washington. La riposte de Trump a été immédiate : menacer d’augmenter les droits de douane de 25 % à 100 % sur les produits en provenance des huit pays contestataires(*). Une mesure punitive qui s’ajoute à une autre provocation : le refus d’Emmanuel Macron de participer au « Conseil de la paix », une structure créée par Trump pour remplacer l’ONU et encadrer la reconstruction de Gaza, réduite à un champ de ruines.

Présenté comme une initiative humanitaire, ce « Conseil de la paix » cache en réalité une volonté hégémonique. La charte du projet est édifiante. L’organisation entrerait en vigueur dès sa signature par trois États (contre 194 pour l’ONU). Les mandats des États membres seraient limités à trois ans, renouvelables… par le président américain. Les pays versant plus d’un milliard de dollars en espèces dès la première année échapperaient à cette règle. Donald Trump, « premier président » autoproclamé, disposerait de pouvoirs inviter ou exclure des États, fixer les priorités, et imposer son veto sur toute décision. Ce système permettrait d’asphyxier la souveraineté des nations et imposer la loi du plus fort.

Un système capitaliste poussé à son paroxysme

Donald Trump n’est que le symbole le plus visible d’un système capitaliste débridé, où le profit prime sur l’égalité, l’état de droit et la paix. Son ambition : soumettre les nations à une logique de domination économique et militaire, quitte à recourir à la violence. Un modèle que certains dirigeants européens, y compris en France, semblent découvrir avec effroi.

La question est désormais posée : la France et l’Europe sauront-elles s’unir pour résister ? Toutes les forces sociales, économiques, politiques et culturelles du pays doivent se mobiliser pour contrer cette dérive autoritaire. L’enjeu n’est pas seulement économique ou géopolitique, mais bien civilisationnel.

La France se trouve à un carrefour historique. Soit elle plie devant les diktats de Trump et renonce à sa souveraineté, soit elle incarne la résistance face à l’arbitraire. Le choix d’Emmanuel Macron de refuser le « Conseil de la paix » est un premier pas, mais la bataille ne fait que commencer.

Dominique Gerbault

(*) Allemagne, Danemark, Finlande, France, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède.

Train. Reprise de la ligne Perpignan-Villefranche après 18 mois d’arrêt (L’Indep)

La ligne ferroviaire Perpignan/Villefranche-de-Conflent a repris du service hier. Fermée après un déraillement à Eus en 2024, elle rouvre au terme de longs travaux et de fortes mobilisations d’usagers. Pour toute une vallée, ce retour du train marque bien plus qu’une simple reprise du trafic.

« Le départ à destination de Villefranche-de-Conflent est imminent. » Cela faisait bien longtemps que cette phrase n’avait pas résonné à l’intérieur d’un TER Lio. Ce samedi 24 janvier 2026, soit après 18 mois d’arrêt, la ligne SNCF Perpignan/Villefranche-de-Confient/Vemet-les-Bains a pu reprendre du service. À 8h09 hier matin, son départ a été inauguré en gare de Perpignan en présence de Jean Castex, président-directeur général du groupe SNCF, de Pierre Regnault de la Mothe, préfet des Pyrénées-Orientales et de l’association Train en Têt.

Le 24 juillet 2024, une coulée de boue et un glissement de terrain avaient provoqué le déraillement d’un train régional au niveau de la commune d’Eus, qui avait terminé sa course contre un pont.

Un accident qui avait fait cinq blessés légers et entrainé la fermeture totale du trafic entre Ille-sur-Têt et Villefranche-de-Conflent. SNCF Réseau avait annoncé la nécessité de démolir l’ouvrage avant tout redémarrage.

Au départ, le maire d’Eus était opposé aux travaux, mais s’en est suivi une vague de manifestations d’usagers en colère de ne plus pouvoir se déplacer correctement. La destruction a finalement été acceptée à l’été 2025 et les travaux ont commencé en octobre, pour une réouverture de la ligne ce samedi.

Cette reprise de la circulation a été amplement saluée. « C’est un jour de célébration. Ce train revient enfin parmi les siens », se réjouit Enric Balaguer, président de l’association Train en Têt. Fortement engagé dans la réouverture de la ligne, ce dernier a effectué quelques calculs : « Un habitant de Prades, employé à Perpignan, a passé 198 heures de plus dans les transports et a généré 39 tonnes de CO2 en plus durant les 18 mois d’arrêt du TER ». Des chiffres significatifs de cette situation qui a impacté de nombreux usagers, contraints de prendre le bus ou la voiture.

C’est le cas de Raoul, cet habitant de Prades qui a trouvé ces travaux « trop longs ». « Je prenais le bus pour aller à Perpignan mais je mettais beaucoup plus de temps à cause des arrêts. Je suis moins impacté car je suis retraité mais il faut dire que le train est quand même bien plus écologique ».

Aude Vivès, vice-présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales, a suivi le dossier de près ces derniers mois. Aujourd’hui, elle est soulagée de cette reprise : « Toute la vallée est impactée. Ce n’est pas qu’une ligne de chemin de fer, c’est une ligne de vies, avec un « S ». On a pu voir les conséquences en termes d’emploi ou de fréquentation touristique ».

Mais la bataille ne semble pas terminée. Enric Balaguer souhaiterait notamment une amélioration du statut de la ligne pour qu’elle soit prise en charge par l’État et modernisée. Davantage de créneaux horaires permettraient également de desservir les lycées perpignanais. De son côté, la Coopérative des élus et le Parti communiste français présents ce jour, ont lancé une pétition, remise au préfet. Elle demande de développer les transports ferroviaires avec, entre autres, la réouverture des lignes Perpignan-Axat et Perpignan-Elne-Le Boulou-Céret, et la création de nouveaux arrêts à l’Université et sur le site de Paulilles.

Emma Lemaire (L’Indépendant, le 25 janvier 2026)

Municipales 2026. Banyuls-sur-Mer : la gauche rassemblée autour d’une troisième liste, conduite par Marie-Françoise Sanchez (L’Ouilllade)

Marie-Françoise Sanchez : « Chacun sait dans notre village de Banyuls que j’ai toujours eu une vision différente de celle du maire pour l’avenir de notre commune. Je constate aujourd’hui que c’est aussi le cas avec l’autre liste ».

La gauche, rassemblée(*) avec ses amis de sensibilité écologiste et des citoyens engagés, doit être présente aux prochaines municipales à Banyuls-sur-Mer.

C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de répondre positivement aux nombreuses sollicitations qui m’ont été faites dans l’ensemble de la population, en particulier de celles et ceux qui apprécient mes interventions au Conseil municipal et le travail fait avec leurs associations.

Cette liste est à leur image, plurielle, avec un attachement fondamental à l’humanisme. Chacun sait dans notre village que j’ai toujours eu une vision différente de celle du maire pour l’avenir de notre commune. Je constate aujourd’hui que c’est aussi le cas avec l’autre liste.

Il s’agit pour nous aujourd’hui d’anticiper le monde de demain, de répondre aux enjeux climatiques, sociaux, économiques… Nous sommes solidaires du monde agricole, avec lui nous créerons une véritable économie « bleue ».

Contrairement à d’autres, la liste que j’ai l’honneur de conduire n’ira pas sur les chemins archi usés et stériles de la polémique. Notre projet est fort de la volonté de rassembler plutôt que de diviser ou d’opposer les habitants entre eux.

Le gouvernement veut ponctionner les dotations aux collectivités locales de plus de douze milliards d’euros. Cela entraînera des conséquences sur notre budget et sur la possibilité de réaliser des projets utiles aux banyulencs. Le gouvernement prépare la guerre, notre liste est aujourd’hui la seule à œuvrer pour la Paix.

Avec mes colistiers nous serons des élus tenaces et proches des gens. Nous engagerons une véritable politique de luttes et de démocratie citoyenne, avec des budgets participatifs par quartier comme par projet, en maintenant un dialogue permanent et transparent. Et cela aussi, dans notre présence à l’intercommunalité.

La solidarité est un marqueur de l’identité banyulencque.

C’est pourquoi nous agirons pour permettre à ceux qui le désirent, de rester à Banyuls. En travaillant en particulier la question du logement et celle de l’emploi, tant de choses vitales entre autres, pour les jeunes. En faisant une réalité des souhaits de beaucoup : ferme communale pour les enfants, jardins partagés pour leurs ainés…

Nos anciens doivent pouvoir vivre bien à Banyuls. Nous mettrons donc en place avec eux, un conseil consultatif spécifique pour mieux adapter notre village à leurs besoins.

Marie-Françoise Sanchez
Conseillère municipale d’opposition

Réunion publique : jeudi 12 février, à 18H salle Novelty
Contact:sanchezmariefrancoise@gmail.com

(*) Soutien des instances locales et départementales du PS et du PC.
(**) Les deux autres listes sont : celle du maire sortant, Jean-Michel Solé (Divers Droite/DvD) ; celle d’Aurélie Maillols, conseillère régionale, ex-adjointe à la mairie de Mende (Lozère).