Machado, mort en exil à Collioure (L’Indép)

Le poète andalou né à Séville le 26 juillet 1875, mourra en exil à Collioure le 22 février 1939, il repose au cimetière vieux, situé au cœur de la cité des artistes.

De son véritable nom Antonio Cipriano José Maria Machado Ruiz, l’histoire retient celui d’Antonio Machado. Le poète andalou est une figure du mouvement littéraire espagnol dit de la « Génération 98 ». Une référence datant de la guerre hispano-américaine de 1898, qui a réuni des écrivains, essayistes et poètes espagnols qui étaient alors touchés par la défaite de leur pays, entraînant la perte de nombreuses colonies dont Porto Rico, Cuba et les Philippines.

Fils d’un père très attaché aux traditions populaires, la famille compte un poète dramaturge, un peintre, il est aussi le neveu de l’écrivain romantique Augustin Duran (1789-1862). Alors âgé de 8ans, il s’installe avec sa famille à Madrid et avec ses deux frères étudient dans une institution libre d’enseignement. Très vite, le jeune Antonio découvre sa passion pour la littérature. Il n’a que 17 ans lorsque son père décède, pour vivre il deviendra un temps acteur et effectuera d’autres petits boulots. À 24 ans, alors que son frère a décroché un poste de traducteur à la maison Garnier, prestigieuse librairie et maison d’édition, il le rejoint à Paris. Un déclic pour lui, lors de ses rencontres avec des figures littéraires de l’époque tels Paul Fort, Oscar Wilde, il sera poète !

Tout s’enchaîne alors, il publie ses premiers poèmes en 1901 et son premier recueil deux ans plus tard: Soledades. En 1907, il retourne au pays, il est professeur de Français à Cuevas. Durant douze ans (1919-1931), il enseignera le français à Ségovie, se rapprochant de Madrid ou demeure son frère. Tous deux réalisent des pièces de théâtre à succès, il entretient une liaison amoureuse avec une femme mariée, qu’il nomme Guioma dans ses poèmes.

Le choix de la république

En juillet 1936, la guerre civile éclate, Machado est à Madrid et offre sa plume au Parti Républicain. En revanche son frère bien aimé vivant en zone nationaliste, soutien le camp franquiste. Il publie un poème sur l’exécution du poète dramaturge Fédérico Garcia Lorca (assassiné par les nationalistes en 1936). Menacé, il est évacué avec sa mère Ana Ruiz et deux de ses frères (José et Joaquim) à Valencia puis à Barcelone. La chute de la seconde République espagnole contraint la famille
à fuir vers la France.

Ils arrivent à Collioure en février 1939 et s’installent dans la chambre d’un petit hôtel (Bougnol-Quintana), il fait un froid à pierre fendre, à sa santé déjà fragilisée s’ajoute le terrible choc de l’exil. Une pneumonie va l’emporter en quelques jours le 22 février, sa mère décédera trois jours plus tard dans la même chambre.

Chaque année, la Fondation Machado de Collioure organise une journée d’hommage au poète dis-paru, en réunissant dans l’émotion des représentants institutionnels, des historiens, des artistes et des sympathisants des deux côtés de la frontière.

Véronique Parayre (L’Indépendant, le 25 octobre 2026)

Ailleurs en Europe, la jeunesse aussi se révolte (La Marseillaise)

La jeunesse européenne est en éveil. De la péninsule ibérique aux Balkans, les lycéens et étudiants sont les fers de lance de manifestations massives dans leurs pays respectifs. Leurs revendications sont multiples et se rejoignent : ils veulent étudier dans des conditions dignes, rejettent la casse des services publics et la militarisation de l’économie, exigent de pouvoir vivre de leur travail, habiter dans des logements salubres aux loyers décents quand certains dénoncent la corruption de leurs dirigeants. Ils rejettent la politique néolibérale qui leur a été imposée par leurs aînés et dont ils subissent les conséquences. Loin d’ouvrir le dialogue, les capitales européennes choisissent la répression. En Espagne, au Portugal, en Belgique, en Italie mais aussi en Grèce, en Albanie et en Serbie, cette jeunesse qui rêve d’un monde meilleur et plus juste ne recule pas et déambule dans les rues, solidaire, s’inspirant des luttes de son voisin.

Espagne. « Le reflet de la crise du logement » (Jesús Perez, Membre de l’Union des jeunesses communistes d’Espagne (UJCE), stagiaire)

En Espagne, Maricarmen Abascal est devenue, malgré elle, le visage de la spéculation immobilière. Dans l’incapacité de payer son loyer multiplié par cinq, cette retraitée handicapée de 87 ans a été violemment expulsée le 23 septembre de son appartement madrilène dans lequel elle vivait depuis 71 ans, provoquant une mobilisation massive dans le pays. Maricarmen est décédée le 7 octobre, mais la contestation ne faiblit pas. Minoritaire, dans l’incapacité de prendre des mesures urgentes, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a convoqué des élections anticipées le 29 novembre. Les syndicats espagnols appellent à la grève générale le 11 novembre prochain.

« Le mouvement a commencé à la suite de l’expulsion de Maricarmen, cette vieille dame qui a d’ailleurs fini par mourir. La jeunesse ouvrière a décidé, avec les syndicats des locataires, d’occuper Madrid. Le mouvement s’est étendu en Espagne, en particulier dans les grandes villes comme Séville ou Barcelone. C’était le reflet de la crise du logement que nous connaissons en Espagne. Le marché est parasité par les intérêts privés, la touristification, la gentrification de nos villes et de nos quartiers, ainsi que par la hausse du coût de la vie. Ces trois facteurs nous empêchent de mener une vie normale. Nous en avons assez d’être les victimes du système. Après le rejet au Parlement des textes sur le logement, les syndicats ont obtenu la grève générale. La gauche doit remporter les élections législatives à venir. Pour la classe ouvrière, ce serait un désastre si un gouvernement conservateur, soutenu par l’extrême droite, venait à voir le jour. »

Portugal. « L’extrême droite en puissance » (Janine Ferreira, Membre du Parti communiste du Portugal (PCP), employée d’université)

Comme le voisin espagnol, au Portugal, les manifestations se concentrent autour des prix des logements et la cherté de la vie. Entre 2014 et 2025, le prix des loyers a augmenté de 124%, soit deux fois plus que la moyenne européenne. Alors que le salaire minimum national est de 920 euros, le loyer médian dans la capitale portugaise est de 1 500 euros. Des centaines de militants pour le droit au logement ont ainsi campé dans des tentes à Lisbonne et Porto avant d’être délogés par la police, et décidé de dormir à la belle étoile. Les syndicats portugais sont en discussion avec leurs homologues espagnols pour rejoindre leur mobilisation en vue de lancer une « grève générale ibérique ».

« Avec ce nouveau gouvernement, les taux d’inflation ont atteint des sommets. La valeur des logements entre 2020 et 2025 a augmenté de 60% et les loyers de 74%. La réforme du logement fixe le plafond légal du loyer à prix « modéré » à 2 300 euros alors que le salaire minimum national est de 920 euros. Ni le parti socialiste précédemment au pouvoir, si celui de centre-droit qui dirige actuellement n’ont construit assez de logements sociaux. En même temps, l’opinion sur les immigrés devient de plus en plus extrémiste ici, à mesure que l’extrême droite monte en puissance. Ce discours attisé par le gouvernement, consiste à rejeter la responsabilité de la hausse des prix de l’immobilier sur les immigrés. Mais on ne parle jamais de l’instauration du « visa doré » qui accorde un titre de résidence en échange d’investissements immobiliers de 500 000 euros minimum. Le climat est très tendu ici. »

Belgique. « La militarisation signifie la casse de nos services publics » (Octave Daube, Député du Parti du travail de Belgique (PTB)

En Belgique, comme en France, ce sont les lycéens qui mènent la fronde. Et, comme dans l’Hexagone, les coupes budgétaires sont à l’origine de la colère. La protestation, partie des régions francophones, s’est, peu à peu, étendue au reste du pays et au monde du travail. Les syndicats CSC, la FGTB et Synova, appellent à une journée de mobilisation le 23 novembre prochain, contre les mesures austéritaires prévues par le gouvernement « ces préoccupations méritent des réponses politiques à la hauteur des enjeux. Les organisations syndicales refusent que l’ajustement des finances publiques se fasse une fois de plus sur le dos des travailleurs, des allocataires sociaux et des services publics », dénoncent-ils dans un communiqué publié ce mercredi.

« Le mouvement a commencé au printemps 2025. Nous avons des ministres qui sont à l’offensive pour casser l’enseignement et ont forcé les profs à travailler plus pour le même salaire. Les élèves du secondaire sentent que c’est leurs conditions de travail qui vont être dégradées par les attaques sur leurs enseignants. Au même moment, l’enseignement supérieur subi toute une série d’attaques avec le coût des frais d’inscription qui est passé de 835 euros à 1 200 euros d’une année à l’autre. Ces jeunes ont repris la mobilisation à la rentrée en bloquant les établissements, manifestant et se formant politiquement. La génération qui se lève est impressionnante. Partout en Europe, la jeunesse a conscience que la militarisation du continent à vitesse grand V signifie la casse de tous nos services publics. »

Italie. « Transformer la colère, un défi » (Edoardo Casati, Secrétaire national des jeunes communistes italiens)

En Italie, la vie chère est au centre de la contestation contre le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni. Dans le week-end, la colère a éclaté dans les rues de Milan. Et comme en France, le gouvernement ne choisit pas une réponse politique mais répressive en déployant l’armée dans la capitale économique du pays. Le gouvernement a également décidé d’imposer des amendes aux parents pour les dégradations commises par leurs enfants lors des manifestations. Le rêve d’une partie de la classe politique française. Un appel à la grève générale est lancé pour le 20 novembre.

« Deux mouvements de protestation convergent : celui des routiers du Sud, mis à mal par le coût du carburant et la spéculation, et celui des étudiants, inspirés par la France. Les routiers se demandent comment des tomates vendues entre 6 et 7 euros le kilo au supermarché ne leur rapportent que 12 cts. Les étudiants se sont joints aux barrages routiers et aux grèves portuaires. Le gouvernement de Meloni durcit les lois sur la sécurité, en ciblant les mineurs et les barrages routiers. Pourtant, la logistique est l’un des rares secteurs où les grèves touchent directement les intérêts économiques. À Milan, des pages Instagram et des groupes WhatsApp ont mobilisé des foules que les organisations traditionnelles peinent à atteindre. Le défi consiste à transformer la colère en objectifs politiques, et non en violence. »

Grèce. « Pour la guerre, il y a de l’argent ! » (Michalis Kazadeis, Membre du conseil des élèves du lycée de Petroupoli)

« Comme en France », crient les manifestants dans les rues d’Athènes, Thessalonique et de plusieurs villes de Grèce, ce mercredi. Le pays, symbole mondial de l’austérité imposée, est agité par un mouvement social dans l’éducation. Sont mis en cause, la pénurie de personnel et des bâtiments scolaires en piteux état. L’union des professeurs du secondaire, Olme, dénombre un manque de 15 000 enseignants dans les écoles à travers le pays. Selon les données d’Eurostat, 3,3% du PIB est consacré à l’Éducation et 3,1% à la Défense. Le budget de l’Armée a augmenté 8,2 milliards de dollars, en hausse de 5%.

« Les élèves des établissements scolaires de toute la Grèce, y compris le mien, sont en pleine révolte. Nous discutons de la manière d’organiser notre lutte et de mener des actions contre cette politique qui a laissé nos écoles dans un état si déplorable que chaque journée ressemble à un combat pour la survie. Des plafonds qui s’effondrent dans les salles de classe, des établissements inondés, des écoles évacuées seulement après que les élèves l’aient exigé suite à des fuites de gaz. Notre slogan c’est : « de la Grèce à la France, nous luttons pour une éducation publique et gratuite ! ». Ce n’est pas un hasard, nous descendons dans la rue pour les mêmes raisons. Pour la guerre, l’argent ne manque pas ! Et, après tout, nos écoles ne sont pas des bases de l’Otan, alors pourquoi l’État dépenserait-il de l’argent pour elles ? »

Albanie. « On ne trouve pas de travail » (Flavia Osmani, Militante du mouvement Ensemble, informaticienne.

En Albanie, la révolution des flamants roses a débuté en mai en riposte à un projet de complexe touristique controversé lié à la famille du président américain Donald Trump. La révolte, à laquelle prend part la jeunesse vise un objectif précis : la démission du Premier ministre Edi Rama, accusé de corruption. Ce dernier, qui travaille avec Paris et Rome, conspue une mobilisation « en lien avec des événements survenus dans d’autres villes impliquant un mouvement anarcho-syndicaliste connu sous le nom d’Antifa ». Comme un air de déjà vu.

« Ce qui se passe aujourd’hui c’est la poursuite de la Révolution des Flamants Roses. Après 140 jours de manifestations pacifiques, nous avons vu une transformation de ce mouvement auquel les lycéens, étudiants et professeurs se sont greffés. C’est désormais une révolte. Notre principale revendication c’est la démission d’Edi Rama. Les étudiants parlent aussi des conditions de vie, de la hausse des prix et de l’état de l’université en Albanie. Les lycéens, eux, disent ne pas voir de futur ici, ils n’envisagent pas leur vie en Albanie. Car même si on est diplômés, on ne trouve pas de travail. Face à ça, les manifestations sont réprimés, c’est presque un état de terreur. Si on porte des masques pour se protéger des gaz lacrymogènes, on peut être arrêté et, dans certains cas, passés à tabac. »

Serbie. « Contre la corruption » (Nikola Čuturić, Soutien de la Liste Étudiante, étudiant en mathématiques à Belgrade.)

La catastrophe de Novi Sad qui a provoqué 16 morts en novembre 2024, est dans tous les esprits en Serbie. Ce drame est à l’origine d’un des plus grands mouvements de protestation de la nation balkanique et la chute du gouvernement. Les élections législatives anticipées de ce 25 octobre pourraient modifier le paysage politique du pays. Face au président démissionnaire Aleksandar Vucic, dont le Parti progressiste serbe (SNS) est au pouvoir depuis 14 ans, s’est constituée une liste électorale soutenue par les étudiants, qui compte remporter le scrutin.

« Les manifestations contre la corruption systémique ont débuté à l’hiver 2024, en réaction à l’effondrement d’un auvent de la gare de Novi Sad qui a tué 16 personnes. On avait quatre revendications, à l’issue de larges protestations. Nous voulons la publication de tous les documents relatifs à la construction du quai et la poursuite des coupables. L’arrestation de tous ceux liés au gouvernement ou institutions locales qui ont attaqué les étudiants, professeurs et manifestants pacifiques, ainsi que la libération de ces protestataires. Et, enfin, on exige l’augmentation du budget de l’éducation de 20%. Je soutiens la « Liste étudiante – Les étudiants gagnent », choisie par les jeunes, dont le but est de démocratiser notre société et de faire en sorte que chaque voix compte. »

Témoignages recueillis par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 24 octobre 2026)

Emmanuel Négrier. « Une impasse dans laquelle se trouve Emmanuel Macron » (L’Indep)

Pour le politologue montpelliérain, « C’est grave quand un président de la République en arrive à cette difficulté de compréhension ».

Comment décryptez-vous ces derniers jours et ces dernières heures l’attitude du chef de l’État ?

C’est la démonstration d’une impasse dans laquelle se trouvent la majorité actuelle et Emmanuel Macron en particulier, qui consiste à avoir beaucoup de mal à comprendre par en haut ce qui se passe dans la société d’en bas ; ce qui se passe de la part d’adultes bien inscrits dans la société vis-à-vis de jeunes qui ont les plus grandes difficultés à s’insérer dans cette même société… Et ce qu’il s’agisse de l’énorme majorité des jeunes qui proteste dans des conditions politiquement parfaitement classiques ou de ceux qui essaient de tirer parti de ce mouvement pour le parasiter sur des objectifs opportunistes en allant casser des vitrines pour voler.

Est-ce qu’il y a encore un pilote dans l’avion au sommet de l’État ?

Non, parce que c’est persister dans une erreur aussi monumentale que d’accompagner les services de sécurité à l’opposé de la stratégie habituelle des forces de l’ordre qui s’appelait la stratégie de pacification, sur la base d’un aveu qui est celui de l’incompréhension. C’est grave quand un président de la République en arrive à cette difficulté de compréhension. La réponse qui consiste à fermer toute possibilité d’expression démocratique prend parfois des allures de ridicule. L’interdiction ce samedi 24 octobre du festival de la Soupe à Florac est totalement scandaleuse. C’est extrêmement étonnant dans un pays démocratique qui se pique d’être le pays des droits de l’homme de voir, dans une petite sous-préfecture qui n’a pas connu de manifestation le 17 octobre, interdire un festival au motif qu’il y aurait peut-être une possibilité de manifestation non autorisée. On arrive à des logiques de pays qui ne sont pas des logiques de démocraties occidentales.

N’y a-t-il pas un grand écart à reconnaître avoir mis trop peu de moyens policiers le 17 octobre et en réponse interdire massivement… Trop après le pas assez, en somme.

Cet excès dans la réponse dit bien le fait que l’exécutif est totalement désemparé. Le problème remonte à 2008 avec l’abandon de la police de proximité, dont on paye le prix très lourdement aujourd’hui. On a tourné le dos à une relation apaisée, au quotidien, entre les forces de l’ordre et les jeunes des quartiers populaires, mais on a aussi privé la police de capacités de renseignement qui lui font défaut désormais. La police, même l’armée qui viendrait avec, n’a pas la possibilité d’affronter un mouvement aussi massif, aussi composite, aussi contradictoire. Cela ne peut se faire que sur un registre d’extrême violence et je crains beaucoup une situation comme celle-là. Par hypothèse, la police arrive, avec des interdictions qui pleuvent, à condamner le mouvement social mais en apportant une réponse policière à une question politique. Ce n’est pas notre tradition démocratique. Ou alors, seconde hypothèse, les mouvements persistent, la police échoue et apporte des réponses de plus en plus violentes et de plus en plus excédées -je plains les policiers dans cette situation-là- et on bascule dans autre chose, tout ça faisant le miel d’une réponse d’extrême droite d’opportunité.

Quel message envoie cette décision d’interdictions massives du chef de l’État ?

Cela revient à dire que ce sont des groupes violents, une partie infinitésimale de ceux qui se sont manifestés, qui donnent le la du mouvement social. C’est à cette partie-là, ultra-minoritaire dans les rues, que le pouvoir répond pour ne pas répondre à l’essentiel.

Est-ce que tout cela vous semble constitutionnel ?

Je ne suis pas constitutionnaliste mais j’ai un doute raisonnable. Ce que je sais, c’est que l’utilisation de l’article 16 par le général De Gaulle dans le cadre des mouvements pendant la guerre d’Algérie avait été considérée comme extrêmement limite déjà. On avait parlé de coup d’État institutionnel. Aujourd hui, les conditions ne sont pas réunies pour un black-out total au motif qu’il y aurait des risques de violences. Nous ne sommes pas dans un contexte insurrectionnel.

Recueilli par Arnaud Boucomont (L’Indépendant, le 24 octobre 2026)

Nouvelle journée d’action ce samedi, le dispositif sécuritaire renforcé (L’Indep)

70 000 membres des forces de sécurité sont mobilisés, 10 000 de plus que la semaine dernière.

La France se préparait vendredi à une nouvelle journée de manifestations à hauts risques ce samedi, une semaine après les violences et les pillages survenus en marge de défilés pour les conditions d’enseignement détériorées et contre la vie chère, obligeant l’exécutif à un sursaut.

Comme le 17 octobre, plusieurs centaines de milliers de personnes pourraient défiler dans tout le pays, selon des prévisions non confirmées par les autorités.

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a annoncé la mobilisation de 70 000 membres des forces de sécurité intérieure – soit environ 10 000 de plus que la semaine dernière – dont des unités spécialisées comme le GIGN, la BRI et le Raid, en plus de la présence dans les gares et les aéroports de militaires du dispositif Sentinelle. « Nous serons intraitables, a-t-il dit lors d’un point de presse à son ministère. On ne laissera rien passer. » Outre les quelque 2 400 individus interpellés le 17 octobre, « près de 500 personnes » ont été arrêtées après investigations, a-t-il précisé.

Après les violences et le pillage de quelque 3 000 boutiques et magasins le 17 octobre, le chef de l’État a annoncé jeudi l’interdiction des manifestations et regroupements sans « légitimité » et des « tracés alternatifs » pour protéger les centres-villes.

À Paris, la préfecture de police a finalement interdit le parcours proposé pour ce samedi parla CGT entre Bastille et Nation après l’avoir accepté dans un premier temps. Elle propose à la place « un tracé de porte d’Italie à porte de Vincennes (…), pour une manifestation de 13h à 19h ». Le défilé proposé par les « gilets jaunes » entre Opèra et Bastille avait été interdit d’emblée.

Les musées d’Orsay, de l’Orangerie, du Louvre et Picasso seront fermés, ainsi que le Grand Palais où devait se poursuivre ce week-end la foire annuelle d’art contemporain Art Basel Paris.

Des préfectures ont interdit la tenue de manifestations à Lyon, Rouen, Le Havre, Nice, Chambéry, Le Mans ou encore Grenoble mais les choses pourraient encore évoluer en fonction des situations locales.

Le préfet des Bouches-du-Rhône a ainsi annoncé dans l’après-midi qu’il autorisait la tenue, à Marseille, d’une manifestation à l’appel de la CGT. « Chaque préfet examine de très près les manifestations déclarées ou pas », a précise Laurent Nunez. Une journée nationale de grève et de manifestations, à l’appel de l’ensemble des organisations syndicales, est prévue le 5 novembre.

Contexte tendu pour le congrès du RN à Orléans

C’est dans ce contexte tendu que le Rassemblement national, favori de l’élection présidentielle du printemps 2027, tient son congrès annuel à Orléans ce week-end. 20 000 à 30 000 opposants sont attendus, ainsi qu’un dispositif de sécurité « exceptionnel » de près de 3 000 membres des forces de l’ordre, selon le préfet du Loiret Hugues Moutouh.

La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure et le maire LFI de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko, participeront a ce rassemblement sous haute protection policière qui partira à 10h30 de la cathédrale d’Orléans.

L’Indépendant, le 24 octobre 2026

Mobilisation du 24 octobre : à quoi faut-il s’attendre pour cette journée ? (L’Indep)

Une manifestation non déclarée est prévue à Perpignan ce samedi 24 octobre, une semaine après la mobilisation du 17 octobre qui avait fini par dégénérer. Les autorités redoutent de nouveaux débordements et ont mobilisé d’importants moyens policiers.

C’est une nouvelle journée dont il est encore difficile de connaitre l’issue. Une semaine après la mobilisation du 17 octobre 2026, une nouvelle date a été programmée à Perpignan, ce samedi 24 octobre. Et cette dernière semble être redoutée par les autorités qui ont prévu de mobiliser les grands moyens. L’Indépendant fait le point.

Dans un premier temps, il est important de rappeler que cette manifestation n’a pas été déclarée en préfecture. Un point sur lequel était justement revenu le préfet des Pyrénées-Orientales, Pierre Regnault de la Mothe, lors d’une conférence de presse. « Je rappelle que la participation et l’organisation de manifestations non déclarées constituent des infractions pénales », avait-il indiqué. Le représentant de l’État avait également « décidé d’interdire les manifestations dans l’hypercentre de Perpignan, du 22 au 25 octobre ».

Pour autant, plusieurs syndicats dont Solidaires 66, la CGT ou encore la Confédération nationale du travail (CNT) ont annoncé être en faveur de ce mouvement, sans en être les organisateurs.

Aucun parcours défini pour le cortège

Comme pour la précédente date, aucun parcours ne semble avoir été défini. Cependant, sur le site des Gilets jaunes, plusieurs points de rassemblement ont été annoncés: à 10h30 place de Catalogne, à 13h30 place de la Loge, à 14h devant la préfecture des Pyrénées-Orientales et à 14h30 place de la République. L’autoroute A9 pourrait aussi être ciblée au niveau des péages.

De plus, durant cette journée, le cortège ne sera pas encadré par la police. Elle « n’encadrera pas de cortège, comme elle avait commencé à le faire le 17 octobre ». Cette fois-ci, elle se concentrera « à 100 % à combattre les casseurs et les délinquants et à rétablir l’ordre si nécessaire », ont prévenu les autorités. À noter que pour cette mobilisation, les fonctionnaires vont être à nouveau équipés de lanceurs de balles de défense. La police municipale et des militaires du Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) vont aussi être mobilisés. Soit près de 200 membres des forces de l’ordre.

Un couvre-feu pour les mineurs

Enfin, pour éviter de nouveaux débordements en fin de soirée, et notamment des pillages dans les commerces perpignanais, la préfecture a mis en place un arrêté pour les mineurs sur l’ensemble de la commune de Perpignan, du 24 octobre, à 19h30, au 25 octobre, à 6h. Celui-ci concerne tous les mineurs de moins de 18 ans, « qu’ils soient accompagnés ou non (…) tout mineur se trouvant sur la voie publique en méconnaissance de cette mesure pourra être appréhendé et ses parents seront alors contactés afin qu’ils viennent le raccompagner à son domicile ». Un autre arrêté a été pris concernant l’interdiction d’acquérir, de porter ou de transporter des artifices, des artifices pyrotechniques et des bidons de carburant du 22 au 29 octobre. Et un dernier sur l’interdiction du port et le transport de tout objet pouvant constituer une arme.

Antoine Castellet (L’Indépendant, le 24 octobre 2026)

Compte tenu du contexte, Sankéo annonce que la desserte du centre-ville est suspendue a partir de 9h.

L’appel à manifester du parti communiste

Le Parti communiste des P.-O. (PCF 66) appelle la population et ses adhérents à manifester ce samedi. Et de préparer aussi la suite pour le rassemblement du 5 novembre.

« Le 17 octobre, on a pu dégager deux caractéristiques de cette mobilisation: une participation active de la jeunesse et la convergence des luttes (salariés, précaires, agriculteurs, personnes isolées… C’est une manifestation qui s’est bien déroulée jusqu’aux actions de casse. En face, nous avons un patronat qui ne lâche rien. Donc face à aucune réponse, la colère grandit », confiait Michel Coronas, porte-parole de la fédération du PCF 66.

Selon lui, les dispositions prises par le préfet des P.-O., de mettre en « premier chef le maintien de l’ordre » sont « une forme de provocation ». « Il y a la volonté de dramatiser, de faire peur aux gens et donc d’accroitre le risque de tension. C’est a se demander si ce n’est pas l’effet recherché ? ». Le PCF 66 assurait être en tout cas présent, et de manière active, ce samedi au cœur de la mobilisation : « Nous distribuerons des tracts en rappelant nos propositions ».

L. M. (L’Indépendant, le 24 octobre 2026)

L’actu de la CGT (n° du 23 octobre 2026)

La CGT appelle à généraliser la grève le 5 novembre
Le pays traverse une crise profonde qui plonge ses racines dans la situation sociale dégradée de la majorité de la population : vie chère, salaires en berne, précarité, services publics mis à la diète, absence de perspectives pour les jeunes.
Travailleuses et travailleurs, lycéens et étudiants, retraité·es, privé·es d’emploi en ont assez.
La CGT appelle à des assemblées générales partout sur les lieux de travail pour décider de la généralisation de la grève le 5 novembre, date de la journée de grève et de manifestations décidée par l’intersyndicale interprofessionnelle et soutient les mobilisations du 24 octobre.
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Le 5 novembre, grandes grèves intersyndicales !
Avec les projets de budget pour 2027, le Gouvernement veut encore faire payer les salarié·es, les retraité·es, et les malades, plutôt que les grandes entreprises et les ultra-riches.
Le 5 novembre, grandes grèves intersyndicales dans tout le pays !
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Visuels « Tout augmente, sauf mon salaire »
En préparation de la grève et des manifestations du 5 novembre 2026, une série de visuels réseaux sociaux et de pancartes à imprimer pour les cortèges.
​Visuels et pancartes
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28e régime : la promotion inacceptable du dumping social et de l’évitement fiscal
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Actualités

Le 25 novembre, contre les violences sexistes et sexuelles
Contre les violences sexistes et sexuelles : au travail et dans la vie, faisons grandir la mobilisation le 25 novembre.
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[ Tract ] Pour gagner des augmentations de salaire, se présenter avec la CGT !
En France, les salaires n’augmentent pas suffisamment pour faire face à la hausse des prix. Mais les études scientifiques le montrent : là où un syndicat est présent et permet aux salarié·es de s’organiser et de se mobiliser collectivement, ils et elles gagnent des augmentations de salaire, d’autant plus quand la CGT est présente.
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Enquête : Le travail empêché des agent·es public·ques
Constitué d’agent·es engagé·es pour retrouver le sens qui fonde le service public et ses missions au quotidien, le collectif « Nos services publics » vient de publier un rapport sur le vécu des agent·es au travail. Mal-être, dégradation des conditions de travail… le constat est sans appel.
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Communiqués de presse

Budget 2027 : Face à la colère sociale, le gouvernement s’entête dans l’austérité
Alors que la jeunesse est descendue massivement dans la rue le 17 octobre, avec les travailleuses et travailleurs, provoquant un immense mouvement de contestation générale contre la dégradation des services publics, des conditions d’études, de la vie chère et de l’injustice fiscale et sociale, le gouvernement s’obstine à défendre un projet budgétaire austéritaire qui fera payer la crise aux plus modestes, aux malades, aux retraités, aux familles et aux services publics sans jamais songer à chercher l’argent là où il est.
—> Lire le communiqué

Le gouvernement s’acharne à faire les poches de l’assurance chômage : une menace pour les droits
Le gouvernement Lecornu annonce qu’il veut à nouveau ponctionner, par décret, les caisses de l’Unedic, organisme gérant l’assurance chômage pour le budget 2027 : 2 milliards seraient ainsi captés sur la collecte des contributions de l’ordre de 48 milliards. Cette ponction prolonge le hold-up de 12 milliards opéré les quatre dernières années de 2023 à 2026.
—> Lire le communiqué

Élections fonction publique du 3 au 10 décembre
—> En savoir plus

Les élections fonction publique auront lieu du 3 au 10 décembre 2026.
La CGT a mis en place un site pour accéder à l’ensemble des informations sur la campagne et à vos droits.
Élections fonction publique : accéder au site Je vote CGT
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Lettre d’information du groupe CRCE.K au Sénat (n° du 23 octobre 2026)

« Allez-vous entendre cette colère ? »
Mobilisation du 17 octobre
La France est en colère et nous le sommes avec elle, face aux pillages, aux saccages, aux destructions de bâtiments publics de ce week-end. Rien ne doit justifier de tels actes, qui doivent être sanctionnés.
Mais nous sommes aussi en colère face à un gouvernement sourd à la colère sociale qui (…)
—> Lire l’intervention de Cécile Cukierman

Encadrer les loyers, c’est agir
Retrouver la confiance et l’équilibre dans les rapports locatifs
L’encadrement des loyers est un enjeu social : nos métropoles doivent-elles être réservées aux plus privilégiés ou ceux qui y travaillent ont-ils le droit d’y vivre aussi ?
Notre conviction, c’est que l’encadrement des loyers contribue à ce qu’ils le puissent : il doit donc être pérennisé. (…)
—> Lire l’intervention Ian Brossat

On ne sauvera pas la planète en donnant un prix à la pollution
Ratification de l’accord de passation conjointe de marché
Peut-on répondre à l’urgence climatique en faisant du droit de polluer une marchandise ? Le MACF donne un prix au carbone pour orienter les comportements économiques ; nous confions au marché une place centrale en matière de régulation de la pollution.
Le temps de l’écologie n’est pas celui (…)
—> Lire l’intervention de Marianne Margaté

Code noir abrogé, un symbole et un signal
Proposition de loi d’abrogation du « code noir »
Abroger les « codes noirs » est symbolique, mais c’est aussi une impérieuse nécessité.
Chaque « code noir » a été pensé pour assurer la stabilité et la rentabilité d’une économie esclavagiste organisée autour de la destruction de populations et cultures non occidentales.
Derrière moi trône (…)
—> Lire l’intervention de Michelle Gréaume

La solidarité nationale ne doit pas devenir une rente pour les assurances
Reconnaître une politique nationale d’adaptation au changement climatique et à adapter les mécanismes d’assurance
« La Nation proclame la solidarité et l’égalité de tous les Français devant les charges qui résultent des calamités nationales » : à l’heure du dérèglement climatique, ce principe du préambule de la Constitution de 1946 sonne moins comme une garantie que comme une promesse qui peine à être (…)
—> Lire l’intervention de Pierre Barros

Ingérence étrangère : passons un pacte démocratique
Lutte contre les ingérences étrangères dans la vie démocratique
Lutter contre les ingérences étrangères est une exigence pour continuer à faire vivre les valeurs de notre démocratie. Il s’agit de garantir autant que possible la sincérité des campagnes et des scrutins.
Reste que je ne suis pas sûre que ce texte ait quelque influence – sans mauvais jeu de (…)
—> Lire l’intervention de Cécile Cukierman

Ne vidons pas de sa substance le droit des Ultramarins à se soigner
Égalité d’accès aux soins des Ultramarins sur l’ensemble du territoire national
Nous faisons un triste constat : certains citoyens français d’outre-mer ne peuvent accéder à la santé dans les mêmes conditions que leurs concitoyens de l’Hexagone.
Certaines collectivités disposent d’un statut particulier et gèrent leur régime de sécurité sociale en autonomie : la Polynésie, (…)
—> Lire l’intervention de Silvana Silvani

La justice ne doit plus faire subir aux victimes une seconde peine
Garantir la protection effective des victimes de violences sexistes et sexuelles
Trop longtemps, la victime a occupé une place secondaire dans la procédure pénale. Ce texte rappelle les devoirs de l’institution judiciaire envers les victimes.
Nous espérons qu’il fera reculer la victimisation secondaire, qui a coûté la vie à Yanis. Trop souvent, la démarche engagée pour (…)
—> Lire l’intervention de Évelyne Corbière Naminzo

Cancer et pesticides : protéger ceux qui nous nourrissent
Débat sur le thème : « Lutter contre le cancer, sortir des pesticides »
Le 30 avril 2022, lors de leur remise de diplôme, des étudiants d’AgroParisTech dénonçaient un système économique global menant une « guerre contre le vivant et contre la paysannerie », des débouchés consistant à trafiquer des plantes en laboratoire pour des multinationales, à concevoir des (…)
—> Lire l’intervention de Gérard Lahellec

Des bistrots, des villages et des services publics
Simplifier l’ouverture des débits de boissons en zone rurale
Dans de nombreuses communes rurales, le café occupe une place à part. Parfois, c’est le dernier lieu où l’on croise ses voisins. Faciliter l’accès à une licence IV peut aider un café à voir le jour.
Mais une licence ne fait pas venir les clients ni ne maintient une classe ouverte. Le café est (…)
—> Lire l’intervention de Marianne Margaté

Le coco de Paimpol versus le Coca d’Atlanta
Accès à un panier diversifié de denrées alimentaires
Cette proposition de loi nous est soumise dans un contexte de fragilisation durable du pouvoir d’achat. En 2024, près de 10 millions de personnes, soit 15,4 % de la population, vivaient sous le seuil de pauvreté en France métropolitaine. En janvier 2026, 58 % des ménages déclaraient limiter (…)
—> Lire l’intervention de Gérard Lahellec

450 bureaux de poste menacés
Question orale au Gouvernement
Dans nombre de nos communes, le bureau de poste est le dernier service public ouvert. Il reste ce guichet où l’on retire sa retraite, où l’on se fait aider pour une démarche, ou où l’on vient demander un renseignement.
Élus et habitants du Pas-de-Calais sont profondément inquiets. Le maire de (…)
—> Lire l’intervention de Cathy Apourceau-Poly

Les autres interventions

Environnement
Répondre à l’appel des forêts
Contributions à l’ONF et composition de son CA – par Gérard Lahellec – 22 oct. 2026

Communiqué de la coopérative des élu•es 66. Refuser les violences et répondre à la colère sociale

La Coopérative des élus communistes, républicains et citoyens des Pyrénées-Orientales condamne fermement les violences, pillages et dégradations commis dans plusieurs villes de France, notamment à Perpignan. Rien ne justifie que des mairies, des commerces, des équipements publics ou des biens privés soient saccagés, ni que des élus, des agents municipaux, des commerçants, des habitants ou les secours soient exposés à ces violences.

Une mairie est la maison commune. Un lieu de proximité, de solidarité et de service public, au cœur de la vie démocratique. S’en prendre à elle, c’est atteindre l’ensemble de la population, et d’abord ceux qui dépendent le plus des services publics.

Nous exprimons notre solidarité aux maires, aux équipes municipales, aux agents territoriaux, aux commerçants, aux habitants et à tous ceux qui ont subi ces violences. Les forces de l’ordre et les secours doivent pouvoir travailler dans des conditions dignes et sûres, dans le respect de l’État de droit et de la proportionnalité.

Ne confondons pas pour autant les auteurs de violences avec les centaines de milliers de citoyens qui ont manifesté pacifiquement pour exprimer leur colère et leurs difficultés. La violence d’une minorité n’efface pas les préoccupations légitimes de ceux qui dénoncent la vie chère, la précarité, l’accès aux études, la dégradation des conditions de travail et l’absence de perspectives pour la jeunesse.

Les élus locaux connaissent cette réalité. Chaque jour, ils entendent l’inquiétude des familles face à la hausse des dépenses contraintes, des salariés qui peinent à vivre de leur travail, des retraités fragilisés, des jeunes qui s’interrogent sur leur avenir, des acteurs économiques étranglés par le coût de l’énergie et des carburants.

La République ne se réduit pas à une réponse sécuritaire, pas plus qu’elle ne peut tolérer violences et destructions : elle doit garantir à chacun la sécurité, la justice, l’égalité des droits et la dignité.

Nous refusons que les violences servent de prétexte pour discréditer l’ensemble des mobilisations sociales. Nous refusons tout autant que la colère populaire soit instrumentalisée à des fins politiques au lieu d’être entendue et traitée.

Nous demandons donc au gouvernement d’engager sans délai une conférence sociale réunissant les organisations syndicales, le patronat, les organisations de jeunesse et les acteurs concernés. Cette concertation doit déboucher sur des mesures concrètes pour le pouvoir d’achat, l’emploi, la jeunesse, les services publics et les conditions de vie, avec les moyens inscrits au budget de l’État pour 2027.

La République a besoin d’autorité, mais aussi d’écoute et de confiance. Nous n’avons pas à choisir entre l’ordre et la justice, entre la sécurité et l’égalité : les Françaises et les Français ont droit aux deux. Elle est grande quand elle distingue ceux qui l’interpellent de ceux qui la saccagent, et quand elle s’unit pour refuser la haine, la violence et le chaos.

Condamner sans ambiguïté les violences, protéger les citoyens et les services publics, entendre la colère sociale et y répondre à la hauteur des difficultés vécues : c’est cette exigence qui doit nous guider.

La Coopérative des élus communistes, républicains et citoyens des Pyrénées-Orientales appelle à l’unité républicaine contre toutes les formes de violence, et à une réponse politique et sociale à la hauteur des attentes populaires.

La République doit protéger, rassembler et agir.

Fabien Roussel. « Nous appelons à se mobiliser où c’est possible » (La Marseillaise)

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et candidat à l’élection présidentielle, s’exprime à l’issue de la réunion des partis politiques à Matignon avec Sébastien Lecornu, ce jeudi.

La Marseillaise : Comment s’est déroulée cette réunion à Matignon ?

Fabien Roussel : On est forcément déçus avec Stéphane Peu et Cécile Cukierman. On y allait pour commencer à discuter avec le gouvernement des mesures contre la vie chère pour les salaires, sur les prix de l’essence, de l’énergie. En fait, le Premier ministre nous avait conviés à une réunion qu’il a dite « technique » pour parler du maintien de l’ordre avec le général qui nous a expliqué ce que c’était. On est très loin de tout ce qui se dit en France depuis des mois concernant la vie chère. Si les questions de sécurité et de maintien de l’ordre nous préoccupent, pour autant, il est urgent d’apporter des réponses au problème du pouvoir d’achat. C’est ce que nous avons rappelé.

La Marseillaise : Il n’a pas du tout été question de répondre aux revendications sociales ?

Fabien Roussel : Rien. On a d’ailleurs mis l’accent sur le fait de recevoir les lycéens et les étudiants parce que c’est inadmissible que le Premier ministre ne l’ait pas encore fait, c’est ce que nous avons dit. Ils ont des propositions qui n’ont pas d’impact budgétaire, telles que l’abrogation de Parcoursup ou le fait de revenir sur le contrôle continu, la réforme de Jean-Michel Blanquer. Cela peut être annoncé dès maintenant.

La Marseillaise : Le gouvernement devrait faire des annonces aux lycéens lundi.

Fabien Roussel : Peut-être, en tout cas, on n’a rien entendu aujourd’hui.

La Marseillaise : Qu’avez-vous pensé de la prise de parole du président Emmanuel Macron en amont de cette réunion ?

Fabien Roussel : C’est lunaire parce que justement, on a un État qui est impuissant, un président qui est en fin de règne et au lieu d’entendre la colère qui monte et s’exprime depuis des mois, il met en cause des principes constitutionnels tels que le droit à manifester. Ça, c’est grave.

La Marseillaise : Dans de nombreuses villes et départements, les interdictions à manifester tombent les unes après les autres. Qu’en pensez-vous ?

Fabien Roussel : Quand des syndicats qui ont l’habitude de déposer, en bon ordre, la possibilité de manifester, il faut pouvoir défendre ce droit et ne pas accepter cette situation. Autant, il y a des endroits, quand il n’y a pas de demande des syndicats, de partis, d’organisations de jeunesse, je peux comprendre qu’il n’y ait pas d’autorisation à manifester. Mais quand ces demandes existent, et d’autant plus dans des villes où on a l’habitude de le faire, c’est inadmissible d’interdire à des organisations syndicales et politiques de manifester. Au contraire, l’État doit garantir ce droit et autant protéger les manifestants que les biens, les institutions et les commerces.

La Marseillaise : Les transports seront également à l’arrêt, notamment à Marseille. Tout le monde est pénalisé ?

Fabien Roussel : Encore une fois, c’est comme si c’était une double peine imposée aux Français et tout ça dans un discours sécuritaire qui mélange à la fois celui contre les immigrés, les terroristes d’ultragauche et la responsabilité de forces politiques de gauche. C’est une dérive dangereuse qui rappelle des discours que l’on a entendus dans les années 1930, où les partis communistes étaient interdits, où le bouc émissaire était le juif. Il faut faire attention à ces dérives.

La Marseillaise : Si l’on en croit les révélations de Mediapart sur une note du renseignement intérieur, vous êtes un membre de cette « ultragauche »…

Fabien Roussel : Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier et moi-même sommes cités dans une note du renseignement intérieur qui dit que nous sommes à l’origine de ces manifestations. Franchement, il n’y a pas besoin des renseignements intérieurs pour dire que les responsables des partis de gauche appellent à manifester pour le pouvoir d’achat.

La Marseillaise : Vous appelez à manifester samedi ?

Fabien Roussel : Tant qu’il n’y a pas de réponse concrète, nous appelons à se mobiliser où c’est possible. C’est-à-dire partout où les organisations syndicales, de jeunesse ou nous-même, appelons à manifester en ayant déposé une demande. Nous le faisons quand nous sommes en capacité d’organiser ces manifestations.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 23 octobre 2026)

Sebastian Roché. « Le gouvernement confond l’ordre politique et policier » (La Marseillaise)

Après les manifestations du 17 octobre et la répression de masse, Sebastian Roché dénonce un « fiasco ». Le directeur de recherche au CNRS, politologue spécialiste des politiques judiciaires et policières, et coauteur de « La Police contre la rue » (éditions Grasset), pointe la responsabilité du gouvernement.

La Marseillaise : Quel bilan tirez-vous des mobilisations des dernières semaines et de la journée du 17 octobre ?

Sébastian Roché : Le mot de « fiasco » s’impose. On l’avait employé pour le Stade de France, mais là, on est bien au-delà. C’est la démonstration que le maintien de l’ordre très agressif voulu par M. Nuñez est une faillite, contre-productive en plus. Son approche a été de multiplier les arrestations : 7 000 adolescents placés en garde à vue, c’est du jamais-vu. L’usage des grenades et des LBD a fait un nombre inédit de victimes chez les lycéens. C’est une véritable stratégie d’étouffement du mouvement. À des jeunes qui réclamaient de meilleures conditions d’études, on a répondu par des interpellations et des tirs. Faute de réponse politique, la colère ne s’est pas apaisée : elle s’est étendue, jusqu’à rejoindre la mobilisation contre la vie chère. Cette escalade a ainsi ouvert une fenêtre d’opportunité aux pillards, d’autant que le gouvernement avait mal anticipé l’ampleur du mouvement et que les dispositifs policiers se sont révélés désorganisés et débordés.

La Marseillaise : Cette répression constitue-t-elle une rupture dans l’histoire récente du maintien de l’ordre ?

Sébastian Roché : Les mutilations, les éborgnements, les arrestations nombreuses, on a déjà vu cela. Mais là, on est passé à la vitesse supérieure. On a probablement cinq mutilations d’adolescents en trois semaines : c’est un niveau jusque-là inconnu. Les interpellations massives servent à faire peur et à étouffer la mobilisation, des jeunes manifestants disent être traités comme des criminels en garde à vue… Ce n’est plus la police qui garantit les droits, c’est le modèle de la police qui fait peur ; et le ministre en fait un nouveau standard. Quand Laurent Nuñez déclare : « Aucune retenue dans l’usage des armes intermédiaires », c’est une phrase historique. Pointer des armes à feu sublétales sur une foule en colère, c’est une anomalie en Europe.

La Marseillaise : Vous insistez sur la responsabilité politique. Le comportement des policiers dépend-il d’abord des instructions reçues ?

Sébastian Roché : Le maintien de l’ordre, c’est politique de A à Z. Regardez les agriculteurs en 2024 : ils bloquent les autoroutes, forcent les barrages avec leurs tracteurs, mettent le feu aux grilles des préfectures. Le ministre les appelle des « patriotes ». Résultat : zéro tir de LBD et 60 interpellations. C’est pourtant la même police ! Des travaux attestent d’une proximité des policiers avec l’extrême droite, mais cela n’explique pas leur comportement individuel ici : ce sont des instructions qui viennent d’en haut. En France, le ministre fixe à la fois les objectifs et les moyens ; alors qu’au Royaume-Uni par exemple, le chef de la police détermine seulement les moyens. Le renseignement territorial subit aussi des pressions : les notes disent au ministre ce qu’il veut entendre. Puis, quand les choses tournent mal, on accuse les services. C’est tout un système.

La Marseillaise : Vous évoquez une asymétrie entre la violence de l’État et celle des manifestants. Que révèle-t-elle ?

Sébastian Roché : Regardez les tenues : d’un côté, des adolescents ; de l’autre, des policiers équipés comme des « Robocops », avec des armes à feu sublétales. L’État dispose du monopole de la violence légitime, mais cela ne signifie pas que tous les usages de la force sont légitimes. Or, le gouvernement semble oublier cette asymétrie. Il parle de violences, mais les mutilations sont du côté des manifestants. Bien sûr, des policiers prennent des coups, notamment du fait de la stratégie d’interpellations massives, mais ils n’ont aucun blessé grave. L’État doit trouver un équilibre entre le maintien de l’ordre et la garantie des droits. Aujourd’hui, on ne recherche plus que l’ordre par la contrainte, alors que l’ordre politique repose sur le consentement. On cherche davantage à dissuader de manifester qu’à garantir le bon déroulement des manifestations, et c’est assez inquiétant.

La Marseillaise : La France est-elle en train de basculer vers un État policier ?

Sébastian Roché : Dans un État policier, les contrôles de la police auraient été supprimés. Ce n’est pas le cas en France. Il reste une justice, des médias libres, des associations d’avocats, des universitaires critiques : des contre-pouvoirs. Mais la police prend une place démesurée. C’est un problème scolaire : les étudiants demandent des profs, on leur envoie les CRS. Le gouvernement confond l’ordre politique et l’ordre policier. Quand le Premier ministre associe la République aux forces de l’ordre, il renverse les choses. La République, ce n’est pas le gouvernement : ce sont les citoyens, leurs droits et leur expression politique. On est sur la mauvaise pente, mais dire que tout est déjà plié serait faux.

La Marseillaise : Que vous inspirent les couvre-feux et l’évocation du recours à l’armée ?

Sébastian Roché : Le gouvernement est en train de se noyer. Il cherche des symboles pour faire croire qu’il contrôle la situation. Comme il n’arrive pas à obtenir le consentement, il cherche les symboles de puissance les plus extrêmes, et quoi de mieux que le domaine militaire : couvre-feux, hélicoptères qui survolent Paris, opérations autrefois réservées à l’antiterrorisme, comme Sentinelle. On caricature la jeunesse en parlant de « violences urbaines » et l’extrême gauche en l’associant au terrorisme. C’est une manière de faire peur et de justifier le fait de brandir les symboles militaires de l’État.

La Marseillaise : Qu’est-ce que ce discours dit de l’état de notre débat public ?

Sébastian Roché : On est dans un moment orwellien, avec une inversion complète du sens des mots. Le ministre affirme que tous les usages de la force sont « proportionnés », alors même que des adolescents sont mutilés. La proportionnalité signifie désormais qu’on mutile ! Un mouvement étudiant devient des « violences urbaines », la police censée vous protéger est celle qui interdit les cortèges, et les restrictions de liberté sont présentées comme des mesures prises pour notre bien. Comme chez Orwell, les mots finissent par signifier leur contraire. Le gouvernement peut ainsi ignorer la réalité tout en prétendant défendre la République.

La Marseillaise : Quelles mesures permettraient de renouer avec un maintien de l’ordre respectueux du droit de manifester ?

Sébastian Roché : D’abord, un geste de paix : suspendre les armes à feu sublétales dans la police des foules. Brice Hortefeux, ministre de Nicolas Sarkozy, avait suspendu les LBD après une mutilation. Le rappeler à Laurent Nuñez a une certaine dose d’ironie, mais c’est malheureusement juste. Il faut cesser l’escalade. Ensuite, remettre la politique au cœur de la question. Il y a des destructions, c’est vrai, mais elles se greffent sur un mouvement social de mécontentement. Le gouvernement veut déployer des forces extraordinaires pour traiter ce qui s’agrège au mouvement sans traiter le mouvement lui-même. Un maintien de l’ordre efficace est d’abord politique. Il n’y a pas de solution technique au fait que la jeunesse ne trouve pas de place dans la société. Il n’y a pas de solution policière à une crise de gouvernement.

Propos recueillis par Axel Jolidon (La Marseillaise, le 23 octobre 2026)