Leon Battista Alberti, figure oubliée de la Renaissance, inventeur de l’athéisme

Dans son ouvrage « L’Œil ailé, la naissance de l’athéisme »(*) (éditions Pont 9), le philosophe Jean-Michel Galano explore la figure oubliée de Leon Battista Alberti. Au cœur de la Première Renaissance italienne, ce précurseur est l’auteur du Momus, une satire corrosive qui démonte les « puissants » et met à nu la mécanique de la sacralisation. Entretien.

Qui est Léon Battista Alberti ?

Jean-Michel Galano : C’est un bâtard, le fils illégitime et non reconnu d’une grande famille florentine exilée à Gênes. Non reconnu, donc spolié de son héritage et obligé de ne compter que sur lui-même pour se faire reconnaître dans la société et pour, comme on le dit, se faire un nom. À telle enseigne d’ailleurs qu’il s’est donné un nouveau prénom, mettant « Leon » devant son prénom officiel « Battista ». Il s’est donné aussi ses propres armoiries. Au plan professionnel, sa grande singularité est d’avoir commencé comme juriste, « abbreviatore » c’est-à-dire rédacteur à la Curie romaine, et à ce titre spectateur privilégié, mais spectateur impuissant, d’une papauté en crise et même en décomposition. Et alors que ses goûts et son tempérament le portaient initialement vers la littérature (il avait organisé, le tout premier, un concours de poésie en « volgare », c’est-à-dire en italien populaire), il bifurque vers les sciences appliquées, notamment vers l’ingénierie, la cartographie et surtout l’architecture. Ce genre d’évolution menant de la littérature et de la fréquentation des milieux politiques à la pratique des arts appliqués est rarissime.

Il est vraiment l’homme de la Première Renaissance : cette période de crise et de rupture, qui est aussi celle de Jérôme Bosch et du Moyen Âge finissant, n’a pas la sérénité, la mesure et l’ampleur esthétique qui s’épanouiront lors de la Seconde Renaissance, avec les réalisations notamment dans les arts plastiques de Raphaël, Léonard de Vinci et tant d’autres. La Première Renaissance est un moment critique, celui où le fait de la dislocation d’un monde ancien s’impose aux yeux de tout témoin lucide, alors que les valeurs émergentes caractéristiques d’un monde nouveau peinent à s’affirmer.

Pourquoi avoir écrit sur lui aujourd’hui ?

Jean-Michel Galano : Notamment parce que nous sommes à beaucoup d’égards dans une situation comparable. On sent bien que notre civilisation est en crise, et même en péril. Sous le vocable de « nouveau monde », un « Jupiter autoproclamé » a cherché à nous vendre les recettes les plus éculées du libéralisme économique. Comme le disait Gramsci, les « monstres » ont surgi parmi nous, et les pires régressions sont non seulement possibles, mais déjà dans les journaux. Il était bon de montrer à certains que l’histoire bégaie.

Pour quelqu’un qui ne l’a jamais lu : qu’est-ce que le Momus (le texte que vous mettez au centre) raconte, et pourquoi vous le jugez si explosif ?

Dans la mythologie grecque, Momus est un dieu très mineur, qui correspond tout à fait au « grincheux » des contes pour enfants : c’est celui qui n’est jamais content, qui trouve tout le temps à redire, et qui par exemple suggère que Zeus aurait pu mieux faire, par exemple en dotant le corps humain d’une fenêtre permettant de voir ce que chacun a dans le cœur. Un bouffon parfois drôle et parfois exaspérant. Alberti fait de ce personnage tout autre chose : un ferment désintégrateur, une puissance non plus de négation mais de négativité, qui démolit impitoyablement les figures d’une harmonie factice, et notamment le paternalisme et le pharisaïsme des dieux, qu’il appelle significativement « superi », c’est-à-dire « les puissants », en rappelant et en retournant contre eux la violence prédatrice dont leur pouvoir est issu.

Votre sous-titre parle de « naissance de l’athéisme » : de quel athéisme parle-t-on exactement, et comment le repérez-vous au XVe siècle sans plaquer nos catégories d’aujourd’hui ?

Jean-Michel Galano : L’athéisme d’Alberti est de l’ordre du fait, et se manifeste d’abord comme une sorte d’inaptitude à imaginer quelque forme de transcendance que ce soit. C’est ce qui m’a frappé à ma première lecture du Momus. Les dieux et les hommes vivent dans la même temporalité, dans le même espace, partagent les mêmes passions. Il y a des dieux stupides. Il y a des dieux séniles. La seule différence entre les deux « races » est que les « superi » ont infligé aux hommes, à l’origine tout aussi divins qu’eux, la mortalité et les tourments qui vont avec. Ils vivent du produit du travail des hommes, qu’ils s’approprient par le biais de la sacralisation, et de leurs offrandes. Ils ne vivent qu’avec notre permission.

Alberti ne fait en aucune façon une théorie de l’athéisme. L’athéisme est chez lui instinctif. On est dans un matérialisme intégral. Évidemment, le problème de tout matérialisme est de rendre raison de l’immatériel : signifiés, rapports, catégories, temps, nécessité : Alberti n’esquive pas cette difficulté. Il y répond en faisant fonctionner les catégories de la cosmologie et surtout de la logique stoïciennes : le destin, figure chez lui de la nécessité, et les différents aspects de la théorie stoïcienne du signe.

Qu’est-ce que « L’œil ailé », qui donne son titre à votre livre ?

Jean-Michel Galano : Comme je l’ai dit, Alberti s’est donné à lui-même son patronyme et ses armoiries, lesquelles exhibent les valeurs dont il se réclame : curiosité, lucidité, vitesse, regard du technicien qui saisit à la fois l’ensemble et le détail. Valeurs et normes qui rompent avec celles en honneur dans le christianisme médiéval de modestie, de soumission et de prudence.

Dans votre lecture, Alberti invite à se détourner des « illusions religieuses et mythologiques » : qu’est-ce qu’il reproche au religieux, et qu’est-ce qu’il met à la place ?

Jean-Michel Galano : Au-delà des critiques strictement politiques qu’il fait de la papauté, et qui nourrissent sa féroce satire, Alberti produit une critique véhémente de la consécration et de la sacralisation – termes exactement synonymes. Il interprète la démarche qui consiste à rendre grâce aux dieux comme une intrusion violente des « superi » dans la vie des hommes. Les grands comme les petits plaisirs de la vie sont gâchés par la mauvaise conscience et projetés « au ciel ». De surcroît, la vie est trop courte pour faire davantage que commencer à la vivre.

Mais Alberti ne s’en tient pas à cette dénonciation. Il propose une double issue à cette situation aliénante.

– D’abord, cesser d’accorder notre créance à des dieux qui, à supposer même qu’ils existent, ne la méritent pas. Pas de confiance, donc pas de croyance ! La croyance doit se dépouiller de toute affectivité, et n’être considérée que comme un crédit ou encore une créance, accordée conditionnellement et révisable.

– Ensuite, il convient de travailler à mieux connaître les conditions matérielles de l’existence humaine, de façon à allonger la durée de la vie et d’en améliorer la qualité, à défaut de vaincre la mort. D’où l’importance conférée au cadre matériel de la vie des hommes, sur lequel il est possible d’agir : architecture, urbanisme, hygiène publique. D’où également l’importance de développer une connaissance objective de la vie et de la nature permettant de relier les passions, si dévastatrices quand on les subit, à une physiologie des humeurs, s’affranchissant ainsi des discours moralisateurs. Avec à la clé une recommandation aux « princes » : assurer la paix et laisser chercheurs et techniciens travailler à améliorer la vie humaine.

Au-delà, Alberti cherche à remplacer la dévotion par le rire, « rire décent », prétend-il : rire souvent féroce, mais qui relève aussi de l’ironie la plus subtile, comme en témoignent de nombreuses séquences antithétiques de la Bible, des Évangiles et de la Divine Comédie de Dante. Witz enfin, qui convertit, c’était bien leur tour, les stériles illusions religieuses en fécondes et suggestives images poétiques.

Qu’est-ce que votre Alberti dit de nos débats contemporains sur la sécularisation, la technique et l’émancipation ?

Jean-Michel Galano : Beaucoup de choses en fait, et le mécanisme d’aliénation par le biais de la sacralisation est à l’œuvre sous nos yeux perpétuellement et en temps réel : « figures », personnages « charismatiques », fantasmes d’harmonie sociale, paternalisme, acceptation des bouffons et des parasites, mais intolérance réelle à l’égard du sujet différent. Quand Witold Gombrowicz dénonce dans Ferdydurke ce qu’il appelle la « cuculisation », c’est-à-dire l’infantilisation organisée par le pouvoir en place non seulement des enfants et des jeunes, mais de toute la population de façon à imposer un ordre éternitaire et à couler tout le monde au même moule, il me semble qu’il retrouve l’inspiration d’Alberti dans le Momus. Mais je pense aussi que vous avez raison de faire le lien entre sécularisation, technique et émancipation ; Alberti a donné l’exemple d’une véritable culture technique, lui qui a inventé l’anémomètre et très probablement la camera obscura tout en s’occupant de poésie, de réflexions sur l’éducation et de cartographie. Or la notion de culture technologique est encore de nos jours l’objet de dénigrements et de refus. L’humanisme est encore trop souvent réduit aux « humanités ». Et il me semble illusoire d’imaginer une laïcité sans processus effectif de laïcisation, c’est-à-dire d’acquisition par chacun et chacune d’une autonomie de jugement et d’action, ce qui passe par l’appropriation effective du plus grand nombre possible de savoir-faire et de savoir-être. Alberti, lui-même excellent cavalier et très habile de ses mains, était le contemporain des premiers théoriciens de l’éducation physique et de l’initiation aux travaux manuels. Toutes choses dont nos institutions actuelles se désintéressent de plus en plus, ce qui porte en germe un recul de la citoyenneté. Oui, nous avons encore à tirer profit d’analyses produites déjà au XVe siècle, et ce n’est pas pour nous un titre de gloire.

Propos recueillis par Maxime Cochard (revuecommune.fr)

(*) Jean-Michel Galano, « L’Œil ailé, la naissance de l’athéisme », éditions Pont 9, 2026, 25,90 €.

« Le vrai sport, c’est de tenir » dénoncent les employés de Décathlon en grève (L’Indep)

Des employés du magasin Décathlon, implanté à Tecnosud à Perpignan, étaient mobilisés hier devant l’établissement pour protester contre leur faible niveau de rémunération.

Premier samedi des vacances de Noël. Pourtant, ce 20 décembre, une partie des employés du magasin Décathlon de Perpignan, vendeurs et techniciens (soit 30 des 80 salariés en CDI) n’étaient pas vraiment à la fête mais plutôt à la grève. Une mobilisation inédite au sein de cette enseigne catalane, qui, à l’appel de l’intersyndicale, a trouvé écho dans d’autres points de vente et plateformes logistiques du groupe, partout en France. Et ce l’heure des négociations annuelles obligatoires (NAO) sur les salaires qui ont tourné court après une dernière réunion vendredi.

À Perpignan, dès 11 heures, et jusqu’en fin de journée, les personnels ont organisé un rassemblement devant l’établissement de Tecnosud pour porter leurs revendications sur leurs rémunérations et leurs conditions de travail « dégradées », dans une ambiance bon enfant, gâteaux, café, jus de fruit et autres gourmandises à l’appui. « On n’a pas la culture de la grève. Mais on fait le dos rond depuis un moment et là on a envie d’être entendus », confient-ils à l’unisson.

« L’objectif 2026 de la direction est de faire plus de chiffre d’affaires avec moins de bras »

« Pas de primes d’ancienneté, moins d’embauches, des postes imposés. Le vrai sport, c’est de tenir », renchérit le délégué local CFTC Jordan Ramirez. « On est dans une société qui dégage beaucoup de bénéfices et on nous propose 1 % d’augmentation pour ceux qui touchent 2.500 euros brut ou moins, quand le smic connaît une hausse de 1,18% et que 600 M€ de dividendes sont remontés aux actionnaires cette année. Et avec ça, on nous demande toujours plus de productivité. L’objectif 2026 de la direction est de faire plus de chiffre d’affaires avec moins de bras. De ce fait, on est parfois obligés de lâcher nos postes pour aller en renforcer d’autres ou alors, il est fait appel à des intérimaires et on précarise les emplois. Pour nous cette action est une victoire en locale. »

Ce dimanche, ils reprendront le travail, sans exclure de reconduire leur mobilisation dans les semaines prochaines.

Laure Moysset (L’Indépendant, le 21 décembre 2025)

Conflent-Canigó. Santé, éducation et écologie à la communauté de communes

Les élus communautaires se sont réunis ce mercredi 17 décembre pour l’avant-dernier conseil avant les élections municipales.

Faute de quorum nécessaire le jeudi 11 décembre, une nouvelle réunion du conseil communautaire a été organisée mercredi 17 décembre.

Le président de l’assemblée en a profité pour souhaiter la bienvenue à un nouvel élu, François Ferrand (qui remplace numériquement le démissionnaire Nicolas Berjoan). Le dernier arrivé, conseiller municipal de Prades depuis 2014, a malgré tout assisté à tous les conseils communautaires en tant que spectateur. Une assiduité et un engagement à prendre en exemple.

L’ordre du jour pouvait ensuite commencer avec, entre autres, deux motions sinon rien. L’une pour soutenir les éleveurs dans cette période où la dermatose nodulaire cristallise leur colère. L’autre contre le projet de la station de ski Vallter 2 000 (frontalière avec les réserves naturelles de Py et Mantet) qui vise à moderniser ses infrastructures et à évoluer en station « 4 saisons ». L’assemblée exprime ainsi « ses vives inquiétudes concernant les impacts potentiels du projet de téléporté sur les écosystèmes et les activités traditionnelles des territoires transtrontaliers ».

École de Catllar, un coût conforme ?

Parmi les sujets traités, la modification des autorisations de programme qui vise à assurer une continuité des projets. Ceci en attendant le prochain vote du budget qui ne se déroulera qu’après les prochaines élections. On y apprend notamment que le montant des travaux concenant l’école de Catllar (quatre classes pour 63 élèves) augmente de 700 000 € pour atteindre 5 M€. « Nous sommes dans l’enveloppe, il n’y a pas de dépassement », précise Jean-Louis Jallat. Pourtant, selon la mission d’information pour le bâti scolaire du Sénat (2023), « pour la construction de bâtiments scolaires aux normes récentes, les estimations s’échelonnent entre 3 000 € et 4 600 € par mètre carré en fonction du type d’établissement ». À Catllar la dépense atteint 7 100 € du m2. Pour le président, « la surface totale de l’école de Catllar est d’environ 760 m (extension + rénovation). Le coût total est d’environ 3 600 000 € HT. Soit environ 4 730 €/m. Ce coût inclut la totalité des prestations : travaux, maitrise d’œuvre (environ 12%), cours d’école, cantine, cuisine… Comme l’indique le rapport sénatorial, le coût de deux opérations de même nature et de même niveau peut varier du simple au double selon l’état initial du bâtiment, les matières utilisées et la nécessité de travaux liés à la présence d’amiante ou de plomb. De plus, des dépassements sont régulièrement constatés par rapport aux prévisions initiales : la réalisation des travaux en site occupé contribue à alourdir la facture, de même que la nécessité de prévoir d’autres aménagements lies à la mise aux normes en matière d’accessibilité ou de sécurité. A la rénovation des bâtiments peut aussi s’ajouter celle des espaces extérieurs ». Et l’élu de conclure : « Les prix indiqués dans le rapport sénatorial sont éloignés de la réalité des coûts de rénovation complets constatés dans les bâtiments publics et le rapport indique également un manque de connaissance du pare scolaire. Ce que nous pouvons confirmer ».

Diagnostic

Enfin l’association Canigou Conflent santé profitait de ce conseil communautaire pour faire entendre ses revendications par la voix de Pierre Serra. L’élu de Vernet-les-Bains a demandé que soit rendu public au plus vite le diagnostic produit par La fabrique des centres de santé.

Une étude réalisée à la demande des élus communautaires sur le secteur de la santé en Conflent. Réponse du président : « Cette restitution était déjà prévue. Le diagnostic sera présenté par La fabrique des centres de santé lors du prochain conseil communautaire le 29 janvier 2026 ».

Philippe Comas (L’Indépendant, le 20 décembre 2025)

Municipales à Perpignan. Face aux divisions à gauche, l’appel à l’aide des communistes à Carole Delga (L’Indep)

La section catalane du parti communiste français a écrit un courrier à la présidente de la région Occitanie lui demandant de se positionner dans l’imbroglio à gauche pour les élections municipales à Perpignan.

La position de Carole Delga sera-t-elle décisive pour siffler la fin des querelles à gauche en vue des élections municipales à Perpignan ? C’est bien ce qu’espèrent, ou du moins imaginent… le parti communiste.

La section catalane du parti communiste a pris la plume pour solliciter la présidente de la Région Occitanie, figure du parti socialiste, de se positionner dans l’imbroglio opposant Mathias Blane et Agnès Langevine. Tous deux appellent à la création d’une liste commune pour partir dans la course aux municipales face à Louis Aliot les 15 et 22 mars. Mais tous deux veulent aussi en être le chef de file.

Dans ce courrier, le porte-parole de la fédération du PC, Michel Coronas, plaide non pas pour sa paroisse mais pour son candidat.

Le PC faisant partie des initiateurs du mouvement Perpignan Autrement qui a désigné Mathias Blanc comme tête de liste. « La fédération du PCF des Pyrénées-Orientales, vous demande d’user de votre influence et de votre autorité afin de demander à Mme Langevine, de rallier une démarche de rassemblement des forces de gauche démocratique dans laquelle elle a toute sa place avec la possibilité d’incarner une image d’avenir positive de la Région ». Le PS doit effectivement se positionner. Le bureau national devrait révéler « avant Noël », selon des sources en interne, son choix d’investiture pour les municipales à Perpignan.

Chez les communistes en tout cas, le choix de Mathias Blanc est confirmé. Tout comme celui « d’inviter La France Insoumise et les Écologistes à nous rejoindre des le premier tour ». Un vœu pieux, depuis longtemps balayé par le candidat Insoumis Mickaël Idrac et ses alliés.

Diane Sabouraud (L’Indépendant, le 20 décembre 2025)

En Cerdagne, la colère des éleveurs veut s’installer dans la durée (L’Indep)

La mobilisation des agriculteurs du Haut canton ne montre aucun signe d’essoufflement. Ce vendredi, de nombreux éleveurs, épaulés par des élus locaux, occupent et bloquent le rond-point stratégique de la route internationale reliant Puigcerdà à Llívia. Le mouvement a pris une ampleur transfrontalière avec l’arrivée des éleveurs de Catalogne Sud, Revolta pagesa !

Objectif affiché : maintenir la pression sur l’État. Jusqu’à dimanche au moins, le rond-point de la RD 68, la Route reliant Puigcerdà à l’enclave de Llívia, est totalement inaccessible en Cerdagne. Impossible également de rejoindre la RN 20 par ce rond-point, le tronçon est occupé par un barnum et des piles de palettes destinées à alimenter un barbecue. Autant de signes qui témoignent d’une mobilisation pensée pour durer. « Nous avons choisi ce rond-point parce qu’il est visible. Nous ne bloquerons pas les grands axes : en cette période, tout le monde a besoin de travailler mais on verra pour la route de l’Andorre », explique Bruno Majoral, éleveur à Nahuja. À l’origine de la colère, la gestion de la crise sanitaire liée à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). « Dès octobre, nous avons demandé une vaccination généralisée sur un périmètre large. L’État ne nous a pas écoutés, pour des soucis d’économie. Maintenant, on voit le résultat », déplore-t-il. Les revendications restent inchangées: la fin de l’abattage systématique de l’ensemble d’un troupeau dès l’apparition d’un cas, la mise en place d’une vaccination nationale, et l’organisation de rappels vaccinaux au printemps afin d’éviter « de revivre ce cauchemar ».

Malgré l’annonce gouvernementale, mardi, d’une accélération de la campagne vaccinale, la profession reste sceptique. Christian Taillant, président du Comité Départemental Agricole (CDA), insiste: « La Coordination rurale nous soutient pour amplifier la mobilisation. Nous voulons dénoncer une stratégie européenne et française fondée sur l’abattage total, alors même que le territoire est vacciné. Nous demandons de l’abattage ciblé. » Selon lui, l’urgence est claire : « Il nous faut des réponses rapides pour sécuriser les troupeaux avant la montée en estive l’an prochain. Pour éradiquer la DNC, une vaccination nationale est indispensable. Cela nécessite 16 millions de doses, et non les 500 000 annoncées ». Les éleveurs souhaitent également un changement d’approche scientifique. « Sur les troupeaux voisins, nous demandons des tests et vérifier si on peut cibler l’abattage sur ces bêtes malades, mettre en quarantaine, sous cloche. À ce jour, aucune étude n’a été menée dans ce sens » regrette le président du CDA.

Sur le plan économique, les conséquences sont déjà lourdes. Si les animaux destinés à la boucherie peuvent être abattus à l’abattoir transfrontalier ou autre, dans le département, l’exportation d’animaux vivants demeure interdite, entrainant « un manque à gagner considérable ». Les agriculteurs réclament un soutien financier des pouvoirs publics et réaffirment leur opposition au Mercosur.

La fermeture du rond-point est annoncée jusqu’à dimanche. « Nous doutons que la ministre Annie Genevard souhaite débloquer rapidement la situation» concluent-ils, déterminés à maintenir la pression.

Frédérique Berlic (L’Indépendant, le 20 décembre 2025)

« C’est un soutien total à nos agriculteurs »

Les élus de l’ensemble de la montagne catalane ont répondu à l’appel des agriculteurs. Pour Georges Armengol, président de l’intercommunalité Pyrénées-Cerdagne, « les élus sont venus en soutien à l’action menée aujourd’hui. L’agriculture et le pastoralisme sont pour nous des éléments importants à la fois sur le plan environnemental, humain et économique. Si on abat l’ensemble des troupeaux, c’est l’ensemble de la biodiversité et de l’économie qui est atteinte. » Pierre Bataille, président de l’intercommunalité Pyrénées catalanes va dans le même sens et ajoute : « C’est un soutien total à nos agriculteurs de montagne. la revendication des agriculteurs, on l’a comprend. la montagne, ce n’est pas que le tourisme. on a besoin d’eux pour l’entretien du pastoralisme. »

L’actu de la CGT (n° du 19 décembre 2025)

Partout en France, les luttes pour les salaires s’intensifient et se multiplient
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Alors que s’ouvrent les négociations annuelles obligatoires (NAO) dans de nombreuses entreprises, la colère monte sur les lieux de travail.
­—> Voir la carte des luttes pour les salaires

Le fil Rouge
Retrouvez Agathe Le Berder, Secrétaire générale adjointe de l’Ugict CGT et Thomas Vacheron membre du Bureau confédéral de la CGT pour décortiquer les budgets de l’État et de la Sécurité Sociale et tout comprendre sur les salaires et les cotisations sociales.
—> En savoir plus

Actualités

10 mesures pour sauver l’industrie
5 mesures pour préserver les capacités productives, 5 mesures pour engager la planification afin de répondre aux besoins sociaux et environnementaux, en s’appuyant sur des outils publics performants ; la CGT est force de propositions pour sauver l’industrie.
—> En savoir plus

Conférence : luttes et droits des travailleur·ses migrants
La CGT organise une conférence le 15 janvier prochain pour revenir sur son engagement auprès des travailleur·ses migrant·es.
Témoignages des concerné·es, réflexions sur la situation internationale, pistes d’actions…
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Manif 18 décembre
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Communiqués de presse

Budget 2026, le gouvernement doit revoir en profondeur sa copie
La commission mixte partiaire (CMP) réunie ce matin n’a pas fait long feu : après un temps de réunion exceptionnellement court elle a été déclarée non conclusive. Les parlementaires désignés de l’Assemblée et du Sénat n’ont en effet pas pu y trouver de compromis.
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18 décembre journée internationale sur la protection des droits des migrants et leur famille – Journée de lutte pour l’égalité des droits
Pour la CGT, le 18 décembre n’est pas une journée de commémoration, ou une journée symbolique, c’est une journée de lutte pour l’égalité des droits, le respect et la dignité.
—> Lire le communiqué

01 et 06 janvier à Gran Junquera, c’est non ! Communiqué de presse : soutien CCOO de Gérone

Nous venons d’apprendre, par nos camarades syndicalistes des CCOO de Gérone, que l’enseigne commerciale « Gran Jonquera » avait refusé à ses salarié.es les jours fériés Catalans et Espagnols du 01 et 06 janvier (nouvel an et épiphanie).

Alors que le centre commercial aura ouvert ses portes 364 jours en 2025 et que plus de 570 salarié.es ont signé la pétition pour le respect de la vie privée et familiale, la direction de l’enseigne ne leur fait pas de cadeaux !

Aujourd’hui c’est eux et demain, à qui le tour ?

Face à cette situation inadmissible et à leur demande totalement justifiée, nous interpellons tous les salariés et la population des Pyrénées-Orientales pour soutenir la revendication des salarié.es de « Gran Jonquera ».

Les 1er et 6 janvier sont des jours fériés, les salarié.es ont le droit au repos et à profiter de leur vie de famille.

L’Union départementale CGT66 avec la CGT Occitanie soutiennent l’action des CCOO de Gérone et appellent la population et les salarié.es à ne pas participez à cette forme moderne d’esclavagisme et à ne pas faire d’achat dans ce centre commercial durant ces 2 jours fériés.

Répression syndicale envers la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet. Communiqué de presse de l’UD CGT 66

Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a été mise en examen le 2 décembre 2025 pour « injures publiques » à la suite d’une plainte déposée par l’association patronale Ethic (mouvement des Entreprises de taille humaine indépendantes et de croissance), présidée par Mme Sophie de Menthon chargée de faire le lien entre les entreprises et l’extrême droite. Cette énième procédure-bâillon émane de la part d’un lobby patronal financé par un milliardaire d’extrême droite, Édouard Sterin.

L’extrême droite française, bien que « ripolinée » par une partie des médias à leurs bottes, reste et demeure ce qu’elle a toujours été : du côté du grand patronat, contre le progrès social, contre les salariés et contre celles et ceux qui les défendent.

Il est reproché à Sophie Binet d’avoir qualifié certains grands patrons de « rats qui quittent le navire » dans un contexte de délocalisations et d’optimisation fiscale. Cette procédure s’inscrit dans une tendance inquiétante : la multiplication des actions judiciaires contre des responsables syndicaux et militants, particulièrement celles et ceux de la CGT.

Depuis 2023, plus de 1.000 militants syndicaux ont été poursuivis ou sanctionnés pour leurs engagements, dont une dizaine sur notre département. C’est la cinquième procédure visant son bureau confédéral en deux ans. Cette judiciarisation du débat social menace le pluralisme et le droit de défendre l’intérêt général.

L’Union Départementale CGT des Pyrénées Orientales, en tant que défenseur de la démocratie, de la liberté syndicale et du pluralisme des voix sociales, exprime son soutien indéfectible à Sophie Binet et à la CGT face à cette procédure judiciaire.

Nous dénonçons l’usage de la justice pour bâillonner la critique sociale, et nous appelons les autorités à protéger le droit fondamental de s’exprimer, de critiquer et de défendre l’intérêt général sans crainte de représailles pénales.

L’Union Départementale CGT des Pyrénées Orientales rappelle que le rôle des syndicats est de défendre les travailleurs, d’alerter sur les inégalités et de questionner les choix économiques.

L’Union Départementale CGT des Pyrénées Orientales appelle les pouvoirs publics à garantir la protection des droits syndicaux et à mettre fin à ces dérives.

Collectif national Stop CETA – Mercosur (Lettre d’infos n°8)

Transformons le report de la ratification en un abandon définitif
Une (petite) victoire qui nous impose de renforcer la mobilisation !

Lire et partager notre la réaction complète du collectif, avec citation des organisations membres du collectif.

Les mobilisations agricoles et citoyennes ont payé : c’est la première fois dans l’histoire européenne que les promoteurs des accords de libre-échange, dans l’incapacité de réunir une majorité qualifiée, doivent repousser la ratification d’un de ces accords, ici le le plus nocif et le plus contesté de l’histoire de l’UE.

C’est une bonne nouvelle pour les filières économiques les plus fragiles des deux côtés de l’Atlantique, pour le climat, la lutte contre la déforestation et les droits humains. Cet accord obsolète doit désormais être enterré : nous méritons mieux que d’importer des carcasses de viande réfrigérées et d’exporter des voitures thermiques et des pesticides.

Le collectif national Stop Mercosur appelle toutes et tous à s’engager dans ce combat à nos côtés : nous ne voulons ni de la loi de la jungle de Trump, ni d’une mondialisation néolibérale désastreuse, mais une relocalisation écologique et solidaire qui permette de satisfaire les besoins des populations sans détruire les activités des agriculteurs et des salariés, pas plus que la planète.

Bien sûr, ce report n’est pas un abandon.

Un webinaire d’infos sera organisé à la rentrée : inscrivez-vous et indiquez date et horaire souhaités.

Partagez le dernier visuel – tract que vous trouverez en bas du communiqué.

Suite à des questions, voici les principales organisations membres du collectif national Stop Mercosur : ActionAid France, Aitec, Amis de la Terre France, Attac France, Confédération Paysanne, CGT, Greenpeace France, Fédération Artisans du Monde, Fondation Copernic, FoodWatch, FNE, FSU, Les Amis du Monde Diplo, Solidaires, etc… Voir le détail.

La signature de l’accord UE-Mercosur est reportée au mois de janvier (L’Indep)

Alors que Bruxelles a vécu une journée de tensions, avec près de 10.000 agriculteurs dans les rues, dont 4 000 Français selon la FNSEA, les politiques temporisent.

Des tensions, il y en a eu durant cette chaude journée de jeudi, autour du siège de l’Union européenne, à Bruxelles. Des agriculteurs de plusieurs pays y ont convergé pour protester contre l’accord de libre-échange, négocié depuis l’an 2000 et qui doit lier l’Union européenne et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay). Un peu moins de 10.000 exploitants s’y étaient retrouvés, dont 4.000 Français, selon la FNSEA, accompagnés de tracteurs. Des heurts ont éclaté avec la police, déployée en nombre autour du siège de l’UE. Le calme est revenu dans la soirée. Un calme qu’aimeraient prolonger les dirigeants européens, au premier rang desquels Emmanuel Macron.

L’Italie est venue au secours de la France

Dans la matinée, le président français confirmait son opposition, en déclarant que « le compte n’y est pas », au sujet de l’accord de libre-échange. Confirmant ainsi que la France n’était pas prête à signer en l’état l’accord commercial. « Je veux dire à nos agriculteurs qui manifestent la clarté de la position de la France depuis le début : sur le Mercosur, nous considérons que le compte n’y est pas et que cet accord ne peut pas être signé », a-t-il déclaré, réaffirmant la position de la France et réclamant un report de la signature de l’accord contesté.

Alors qu’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne souhaite aller au Brésil signer le dit accord samedi, elle a vu ses plans contrecarrés par la position de l’Italie. Sa Première ministre Giorgia Meloni s’est exprimée dans la journée pour demander officiellement un report de la signature. Venant ainsi à la rescousse de la France, et offrant à Emmanuel Macron un renfort de poids dans sa stratégie de temporiser sur la signature de l’accord. D’ailleurs, dans l’après-midi, Giorgia Meloni a adressé officiellement une demande de report de cette signature au président brésilien Lula, qui préside le Mercosur. Ce dernier a précisé un peu plus tard qu’il se ferait le messager, lors du sommet du Mercosur, samedi, d’une demande de la Première ministre italienne de repousser la signature de l’accord de libre-échange avec l’Union européenne. Le bloc sud-américain doit se réunir dans la ville brésilienne de Foz do Iguaçu, avec néanmoins l’espoir de signer le traité. Lula, qui a eu un échange téléphonique avec la Première ministre italienne, a déclaré que Giorgia Meloni « m’a demandé que si nous pouvions avoir de la patience une semaine, dix jours, un mois, l’Italie soutiendra l’accord ». Il a précisé qu’il revient aux pays du Mercosur de « décider quoi faire ».

La confirmation du report de la signature est intervenue en dé but de soirée. Lors du sommet des 27, réunis à Bruxelles, Ursula von der Leyen a annoncé le report de la signature du traité de libre-échange avec le Mercosur au mois de janvier. Elle actait ainsi l’échec d’obtenir au préalable l’aval de la majorité qualifiée nécessaire des États membres, face à l’opposition associée de la France et de l’Italie. Reste maintenant à connaitre la position des quatre pays qui constituent le Mercosur. Nul doute qu’ils ne manqueront pas d’exprimer leur déception, eux qui négocient cet accord depuis plus de deux décennies.

Les professionnels des vins et spiritueux favorables

Et les déçus ne sont pas seulement dans le camp sud-américain. On en trouve aussi du côté des acteurs économiques européens. Les professionnels des vins et spiritueux français ont affiché jeudi, en pleine crise, leur soutien à l’accord de libre-échange avec les pays sud-américains du Mercosur.

Leur fédération juge, dans un communiqué, « indispensable d’ouvrir de nouveaux marchés », actant dans le Mercosur « une opportunité stratégique majeure » pour un secteur en crise. En effet, le traité prévoit la suppression des droits de douane sur les vins et spiritueux, actuellement compris entre 20 et 27 % Un allègement jugé crucial pour stimuler les exportations vers ces pays.

L’Indépendant, le 19 décembre 2025