Les publications de la Fondation Gabriel-Péri. La Pensée n°427 – Marchandisation de l’enseignement supérieur

Un premier dossier consacré à la « Marchandisation de l’enseignement supérieur » rassemble les contributions de N. Tardits, F. Bonnarel, S. Bonnéry, G. Bodenhausen, C. Soler, T. Ingrao, B. Riviale, C. Galan.

Un deuxième dossier étudie la politique patronale à l’égard des jeunes (E. Lehoux, A. Vayer, O. Chambard, E. Le Nader, F. Maillard).

Enfin, un troisième dossier porte sur les « Savants et scientifiques » (H. Chabot, P. Créel, F. Ferlin, V. Tesnière).

Juillet-Septembre 2026 – 20 euros

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L’édito du webzine. Rentrée scolaire 2026 : l’austérité comme ligne directrice

La rentrée scolaire 2026-2027 s’annonce sous le signe de l’austérité budgétaire, malgré les annonces médiatisées du ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray. L’interdiction des portables dans les lycées et un questionnaire sur les violences sexuelles ne doivent pas masquer une réalité plus sombre.

Le budget alloué à l’éducation, bien qu’en hausse de 800 millions d’euros pour atteindre 65 milliards, sera largement absorbé par l’inflation. Résultat, les salaires des enseignants et des fonctionnaires, déjà en berne, ne bénéficieront d’aucune amélioration significative.

Les syndicats tirent la sonnette d’alarme. Après dix ans de réformes controversées -de Parcoursup, critiqué pour son manque d’équité, à la suppression des mathématiques en première ou encore l’appauvrissement des programmes en lycée professionnel- l’école publique paie le prix fort. Pire, la baisse démographique, qui aurait pu être une opportunité pour réduire les effectifs par classe, est instrumentalisée pour justifier des suppressions de postes et de classes. Une logique qui s’inscrit dans une politique plus large de désengagement de l’État au profit des intérêts du patronat, comme en témoigne le débat présidentiel organisé lors de la rentrée du Medef.

Dix ans de macronisme : un bilan amer pour l’école publique

Face à la colère des syndicats et des parents, Édouard Geffray reste évasif. Avec 161 000 élèves en moins cette année, le ministère justifie les suppressions de classes par la baisse démographique. Pourtant, les chiffres, connus par département, révèlent une autre réalité : ces décisions, prises sans concertation, exacerbent les inégalités territoriales. Comme le souligne le SNUipp, les écoles touchées sont souvent situées dans les mêmes secteurs, sans prise en compte des spécificités locales. Les Comités sociaux d’administration (CSA) sont devenus le théâtre de tensions croissantes, les syndicats dénonçant l’absence d’écoute.

Le dernier baromètre du SE-Unsa est sans appel : 75 % des enseignants s’inquiètent pour leur avenir, et 71 % estiment ne pas être respectés dans leur métier. Le salaire, devenu la préoccupation majeure symbolise ce malaise. « Le salaire de base n’est plus suffisant pour vivre correctement », déplore Julie Duhamel, secrétaire nationale du syndicat.

Les syndicats réclament une revalorisation générale des salaires, plutôt qu’un recours aux primes, qui ne comptent pas pour la retraite. Mais dans un contexte de campagne présidentielle où l’austérité domine, leurs revendications risquent de rester lettre morte.

Dans les Pyrénées-Orientales, la CGT Éduc’action 66 pointe l’absence de moyens pour rénover les établissements scolaires, le déficit de professeurs… Une rentrée qui « s’accompagne d’incertitudes et d’inquiétudes ». La santé mentale des élèves -fatigue, manque de concentration, décrochage-, n’est pas prise en compte. Les élèves en situation de handicap sont mal traités, le nombre d’accompagnants reste insuffisant face aux besoins, plongeant de nombreuses familles dans l’incertitude quant à l’aide attribuée à leur enfant.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, s’est adressé aux enseignants afin de les soutenir : « Nous avons besoin de plus d’enseignants pour faire reculer les inégalités, pour développer la pensée critique, pour démocratiser l’accès aux savoirs, à la culture, aux sports et affronter les changements de ce siècle. »

Rendez-vous est pris pour participer à la grande journée de mobilisation de la fonction publique le 29 septembre prochain.

Dominique Gerbault

CGT Éduc’Action 66 : « L’interdiction du portable à l’école est irréalisable » (L’Indep)

Ce vendredi 28 août, la CGT des Pyrénées-Orientales a développé ses positions et ses revendications sur « le sujet majeur de l’Éducation nationale ». Avant de se rallier a la grande manifestation nationale de la fonction publique le 29 septembre.

Parmi les nombreux sujets concernant l’Éducation nationale et la rentrée scolaire pointés par la CGT Éduc’action 66 ce vendredi 28 août, figuraient l’absence de moyens pour rénover les établissements scolaires, le déficit de professeurs, l’impact de la baisse de la natalité sur les effectifs, l’interdiction des portables dans les salles de classe… Une rentrée qui, assène-t-elle, « s’accompagne d’incertitudes et d’inquiétudes ».

« Nous nous opposons à la suppression programmée de 13 postes d’enseignants dans le premier degré public des Pyrénées Orientales, actée par le rectorat à la suite des baisses démographiques constatées », a martelé Nicolas Ribot, membre du bureau de l’Union départementale CGT. « Nous demandons que la baisse du nombre d’élèves en cette rentrée serve au contraire à alléger les effectifs par classe ».

Se basant sur les dernières épreuves d’examen et notamment du Bac, la CGT 66 évoque « des salles de classe en surchauffe, sans fenêtres ouvertes, sans ventilateurs, évidemment sans climatisation ». Et dans certains établissements perpignanais, l’obligation pour les élèves « d’amener leur propre bouteille d’eau ou leur gourde pour se désaltérer ». Pour le syndicat, « il y a urgence à établir un plan global de rénovation thermique à l’échelle du pays ». Une enveloppe qui, selon lui, se situe « entre 4 et 5 milliards d’euros ». « Il faudra trouver des moyens adaptés à notre département », fait savoir Christophe Moya, secrétaire départemental au sein de la CGT Educ’action 66.

Sont ensuite abordés le « réel » remplacement, dans le second degré, des professeurs titulaires absents, « Il y aura des ajustements à faire ». Comme la santé mentale des élèves -fatigue, manque de concentration, décrochage-, tout comme ceux en situation de handicap : « Le nombre d’accompagnants reste insuffisant face aux besoins, plongeant de nombreuses familles dans l’incertitude quant à l’aide attribuée à leur enfant ».

Puis, revenant sur l’interdiction de l’usage du portable au sein des lycées, Nicolas Ribot interroge : « C’est irréalisable pour trois raisons majeures: le manque flagrant de moyens, une surcharge pour les personnels et un contre sens pédagogique, le lycée étant censé être le lieu de l’apprentissage de l’autonomie et d’un numérique raisonné ».

En conclusion de sa conférence, la CGT 66 a annoncé participer à « la grande journée de mobilisation de la fonction publique » le 29 septembre prochain.

Valérie Pons (L’Indépendant, le 29 août 2026)

Rivomala Rakotondravelo. « C’est un mépris à l’égard de la population de Mayotte » (La Marseillaise)

Rivomala Rakotondravelo, secrétaire départemental de la FSU-SNUIPP Mayotte, est sorti de garde-à-vue ce jeudi matin, après avoir été interpellé la vieille lors d’un rassemblement intersyndical à l’occasion de la visite du Premier ministre Sébastien Lecornu dans la capitale mahoraise.

La Marseillaise : Vous avez passé la nuit au commissariat de Mamoudzou où vous étiez placé en garde-à-vue après un rassemblement intersyndical. Que s’est-il passé ?

Rivomala Rakotondravelo : Les forces de l’ordre ne voulaient pas que le Premier ministre nous voit. Nous avions une audience prévue le lendemain avec ses conseillers mais rien n’interdit qu’il y ait des banderoles, des drapeaux ou un attroupement sur son passage. Nous avions fait les démarches, dans les règles et dans les temps. D’habitude, si ça ne convient pas, on nous appelle et on essaie de trouver une autre organisation, ça n’a pas été le cas. Ils nous ont déplacés une première fois, en nous soulevant. Quelques minutes après ils nous ont demandé que l’on se pousse à nouveau, on a refusé. J’ai dit aux copains « on ne recule pas ». À un moment j’ai entendu un ordre « lui, vous l’interpellez », j’ai été menotté et une fois arrivé au commissariat on m’a dit que j’avais agressé un policier. Je suis ressorti libre, j’attends de savoir si le gendarme en question a déposé plainte. Dès ma sortie, je suis reparti en manif’.

La Marseillaise : Que dire sur ces méthodes ?

Rivomala Rakotondravelo : C’est ce gouvernement. Nous avions reçu élisabeth Borne, et si je n’ai aucune considération pour cette dame-là, elle était venue, il y avait un millier de personnes dans la rue et tout s’est bien passé. Il n’y a pas eu d’escarmouches. D’autres ministres sont venus après et nous avions pu discuter, il n’y a pas eu de bousculades. Cette fois-ci, c’était très différent. M. Lecornu est venu avec son équipe de Paris et Mayotte avait l’obligation de suivre. Ou pas.

De toute façon, ils n’ont rien à dire. Il vaut mieux pour eux qu’on se taise et donc ils ne sont pas obligés de répondre. Ce jeudi s’est tenue une audience avec des conseillers du Premier ministre. On a tout fait pour que ça n’ait pas lieu comme ils le souhaitaient. On avait demandé une audience avec Sébastien Lecornu ou, au moins, un des ministres, vu qu’ils étaient six, il y avait l’embarras du choix ! Mais on n’a vu personne.

La Marseillaise : Quelles étaient vos revendications ?

Rivomala Rakotondravelo : On avait juste demandé qu’ils ouvrent des négociations pour l’augmentation de l’indexation des salaires et de renégocier la question de la convergence sociale. Mais ils n’avaient rien sous la dent. Le gouvernement pensait que nous applaudirions la foultitude de ministres en visite sur l’île…

La Marseillaise : La rentrée des classes reste marquée par le passage du cyclone Chido en décembre 2024. Quel est l’état des écoles ?

Rivomala Rakotondravelo : Il n’y a pas eu beaucoup de réparations. Si on était tatillon, on dirait qu’a minima 40 % des écoles devaient fermer, mais en réalité c’est toutes les écoles. Depuis le passage du cyclone, les normes de sécurité ne sont pas respectées. Quelques écoles n’ont toujours pas été réparées, si bien que ça génère des fonctionnements atypiques, comme, par exemple, un établissement qui accueille trois écoles. Avant Chido, on était à 50 % de rotation. Là, on est actuellement entre 65 et 70 %. Le système scolaire fonctionnait de façon dégradée avant ce drame. Nous avions beaucoup de retard. Le rectorat dit qu’il nous faudrait 1 700 nouvelles salles de classe pour pouvoir normaliser la situation. Nous ne contestons pas ces chiffres mais je pense que ça peut être bien plus.

La Marseillaise : Sébastien Lecornu, Édouard Philippe et Marine Le Pen ciblent l’immigration clandestine à Mayotte et occultent le reste ?

Rivomala Rakotondravelo : Contrairement aux autres départements d’Outre-Mer, nous sommes un peu plus résilients, un peu plus accueillants et, un peu plus naïfs. Quand ils viennent ici, c’est pour redorer leur image. Sébastien Lecornu s’est rendu dans les Landes, ça a pété là-bas, et donc après ça, il vient à Mayotte. La question de l’immigration est tellement poussée ici que c’est du lait pour Marine Le Pen. Les gens ici ne sont pas foncièrement racistes, non. C’est qu’il y a des difficultés et des problèmes non gérés.

La Marseillaise : Comment jugez-vous l’attitude du gouvernement vis-à-vis des syndicats et de la population mahoraise dans sa globalité ?

Rivomala Rakotondravelo : C’est un mépris à l’égard des Mahorais, de la population qui vit à Mayotte. Il y a toujours eu un autre regard, historique de la France sur les Outre-Mer, mais Mayotte a l’outrecuidance, on va dire, d’être à 90 % musulmane.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 28 août 2026)

L’édito du webzine. Les pompiers secouent l’État : « Assez de paroles, des actes ! »

Les pompiers de France, professionnels et volontaires sont unanime. Ils se mobilisent pour dénoncer le manque criant de moyens alloués à la Sécurité civile. Grèves dans les casernes, rassemblements devant le ministère de l’Intérieur : les syndicats des Sdis interpellent le gouvernement à l’aube du budget 2027.

Applaudis, célébrés pour leur courage, les pompiers en ont assez des discours. Ils réclament des actes concrets. Comment expliquer que des lauréats du concours de 2023 ne soient toujours pas recrutés faute de budget ? Comment justifier que les volontaires, pilier du système, n’aient toujours pas de statut décent, alors qu’ils s’épuisent à lutter contre des feux extrêmes, symptômes d’un réchauffement climatique galopant ?

Pour les neuf syndicats représentatifs, « on a loupé le coche » après les incendies dévastateurs de 2022. En cause la réduction des budgets des services publics au nom d’une fiscalité allégée pour les plus aisés. La préparation du budget 2027 ne semble pas devoir infléchir cette tendance.

Avec 120 000 hectares déjà réduits en cendres et une douzaine d’incendies toujours actifs, l’été 2026 confirme les pires craintes. Les vagues de canicule s’enchaînent, les pompiers s’épuisent, et les rapports s’empilent. Pourtant, depuis les années 2000, le Giec et les scientifiques alertent : les températures montent, les sécheresses s’aggravent. Pendant ce temps, l’inertie de l’État perdure.

Budget en berne, Départements en première ligne

Emmanuel Macron vante une hausse du budget de la Sécurité civile, passé de 450 millions d’euros en 2017 à 800 millions aujourd’hui. L’opposition de gauche (PCF, LFI, PS, EELV) rappelle que la loi promise après le Beauvau de la sécurité civile (2024-2025) n’a toujours pas vu le jour. Pire : en février 2024, le gouvernement de Gabriel Attal a acté une coupe de 52,8 millions d’euros dans les crédits de la Sécurité civile, mettant en péril l’acquisition de deux Canadairs supplémentaires. Des avions souvent cloués au sol pour maintenance, comme lors du mégafeu de Gironde, où ils ont mis plus de quatre heures à intervenir.

Les Départements, premiers financeurs des Sdis (60 % des 5,6 milliards de budget), voient leur contribution doubler en 20 ans, dans un contexte d’austérité accrue. Sébastien Lecornu, Premier ministre, a annoncé une nouvelle mission sur la « reconstruction et adaptation des territoires ». « Un coup de communication », tonnent les pompiers. Insupportable, quand la France brûle.

Alors que l’Europe et la France tergiversent, l’Australie a agi. Là-bas, la prévention est anticipée bien avant la saison des feux. On a remis au goût du jour les brûlages maîtrisés, inspirés des pratiques aborigènes, pour éliminer les combustibles végétaux. Des plans de survie précis ont été élaborés pour les habitants, avec trois niveaux d’alerte. Preuve que face aux feux extrêmes, l’action est possible.

Les incendies de 2026 seront-ils le déclic ? Les pompiers l’espèrent. Car sans moyens, sans anticipation, et sans volonté politique, la France continuera de brûler. « On tire les leçons de la catastrophe », disent les rapports. « On passe à l’action », réclament les pompiers. Le temps presse.

Dominique Gerbault