L’édito du Travailleur Catalan par Évelyne Bordet. Les enfants peuvent attendre…

La proposition de loi Vannier-Spillebout visant à « prévenir et lutter contre les violences en milieu scolaire », texte travaillé avec l’appui du ministère de l’éducation nationale, mais aussi des collectifs de victimes et de parents de l’enseignement catholique affirme dans son article premier la responsabilité de l’État dans ces maltraitances systémiques, et crée un fonds d’indemnisation national. Il veut aussi renforcer les moyens de contrôle de l’État sur les établissements privés.

Compte-tenu de l’ampleur du drame révélé par l’affaire Bétharram, une proposition de loi salutaire qui n’a visiblement pas réussi à convaincre les présidents des groupes de droite et d’extrême droite, malgré les signatures de 142 député·es venus de neuf groupes politiques différents. Soutenue par la gauche et les écologistes, elle a été balayée d’un revers de main grâce à l’abstention ahurissante de Gabriel Attal, président du groupe Ensemble pour la République et ex-ministre de l’Éducation nationale. Ces faits interrogent sur les priorités politiques et sur la place réservée à la lutte contre les violences en milieu scolaire. Ils mettent en lumière une forme de déni qu’on peut qualifier de criminel.

Dans un communiqué commun, une vingtaine de collectifs de victimes, dont celles de Bétharram, de Riaumont, de Notre-Dame-de-Garaison, de Sainte-Croix-des-Neiges, eux aussi perplexes, estiment qu’il est « difficilement compréhensible que d’autres textes aient été jugés prioritaires au regard de la gravité des violences qui touchent, chaque année, des milliers d’élèves ».

De toute évidence, la protection des enfants ne figure pas parmi les urgences du gouvernement qui bafoue au passage le travail approfondi mené par les parlementaires. Les efforts déployés, qu’il s’agisse d’une commission d’enquête, d’un rapport voté à l’unanimité ou d’une proposition de loi soutenue par une large majorité, sont ignorés ou relégués au second plan.

Après tout, pourquoi se soucier des plus vulnérables ?

L’extrême-droite ne fera pas taire la CGT !

Le Conseil National de la FERC-CGT, réuni à Dourdan les 11 et 12 décembre 2025 dénonce, comme toute la CGT et le mouvement syndical, la mise en examen de sa Secrétaire générale, Sophie Binet, faisant suite à une plainte pour injures publiques déposée par l’association Mouvement des entreprises de taille humaine indépendantes et de croissance, présidée par Mme Sophie de Menthon.

On reproche à Sophie Binet ses propos tenus lors de son intervention sur RTL – également mis en examen en tant que diffuseur des propos – le 31 janvier dernier, lorsqu’elle fut interrogée sur le « chantage à l’emploi » de la part de certains grands patrons, venus se succéder dans les médias « pour alerter sur la fiscalité et les réglementations » et affirmer que « pour pousser à la délocalisation, c’est idéal ! ». Certains affirmant même « Ceux qui peuvent partir partent et ils ont raison. » Elle avait alors dénoncé ces propos et ces comportements en disant « Moi j’ai envie de dire : les rats quittent le navire ». Il va sans dire que cette déclaration reprenant une expression populaire bien connue, visait à dénoncer les pratiques permanentes de délocalisation et de chantage à l’emploi des multinationales.

La FERC-CGT dénonce avec force cette énième procédure bâillon de la part d’un lobby patronal financé par un milliardaire d’extrême droite, Édouard Sterin. Cette attaque contre la Secrétaire générale de notre confédération intervient dans un contexte plus général de remise en cause des libertés syndicales par l’extrême-droite.

Ainsi, notre camarade Pierre C. est convoqué ce jour au tribunal de Rennes. Nous affirmons que l’extrême droite en général, et SOS Éducation en particulier, représentent un danger pour notre École, pour ses personnels et pour ses élèves. Nous dénonçons la procédure bâillon intentée par SOS Éducation, qui ne vise qu’à intimider et à faire taire. Le Conseil National de la FERC-CGT, réuni à Dourdan les 11 et 12 décembre 2025, affirme son soutien à nos camarades Pierre C. et Sophie Binet, ainsi qu’à toutes les victimes de répression antisyndicale.

De Mussolini à Marine le Pen, les fascistes ont toujours cherché à faire disparaître les syndicalistes et les syndicats. En ce sens, l’extrême droite est et sera toujours l’ennemi mortel des travailleurs et des travailleuses.

À Dourdan, le 11 décembre 2025

Lycées professionnels, il y a urgence !

Toutes et tous mobilisé·es, par la grève et les manifestations, le 14 octobre

Les conditions d’études et de travail continuent de se dégrader d’année en année dans les lycées professionnels. Le manque de moyens et les réformes qui s’accumulent empêchent les établissements de remplir correctement leur mission de formation et d’émancipation de la jeunesse. La nouvelle terminale bac pro en est une parfaite illustration.

Le fiasco du parcours différencié dit Y est incontestable : élèves moins bien préparé·es aux examens, établissements complètement désorganisés, absentéisme catastrophique… Malgré le rétablissement de deux semaines de cours, maintenir le principe du parcours différencié sur quatre semaines, ne fera qu’accentuer les mêmes dysfonctionnements au mépris des élèves comme des personnels des lycées professionnels.

Suppressions d’heures de cours, remplacements d’enseignements par des dispositifs peu opérants, affaiblissement des contenus professionnels, les réformes s’empilent, sans qu’aucun état des lieux exhaustif et partagé ne soit jamais réalisé. La transformation des Brevets des métiers d’art au pas de charge pour créer une voie d’orientation spécifique et supprimer une année de formation est une étape supplémentaire dans l’affaiblissement de la formation professionnelle initiale. Si aujourd’hui les lycées professionnels tiennent, c’est uniquement grâce à l’engagement des personnels, malgré les entraves à l’exercice de leur métier et la perte de sens dans leur travail.

Le refus d’ouvrir de nouvelles formations répondant à la demande d’orientation des élèves et de leur famille a pour conséquence des classes surchargées dans plus de la moitié des lycées professionnels. Faute de places, des élèves se voient refuser l’entrée en CAP ou 2de pro.

Nos organisations FSU, CGT Éduc’action, SE-UNSA, CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, SNALC, SUD éducation, CNT-FTE demandent un changement de cap pour les lycées professionnels avec un véritable dialogue social.

Dès à présent, nos organisations exigent :

  • l’abandon de tout parcours qui se fait au détriment des enseignements (abrogation du parcours personnalisé) ;
  • le rétablissement des examens de bac-pro sur la seconde quinzaine de juin dès cette année ;
  • un plan d’urgence pour les lycées professionnels publics répondant aux besoins des élèves : ouvertures de formations de CAP et bac pro, création des postes nécessaires (PLP, CPE, AESH, AED…), rénovation du bâti scolaire, notamment des ateliers.

Dès maintenant, elles appellent à organiser des réunions d’information syndicale pour faire un état des lieux de la voie professionnelle en cette rentrée, informer les collègues sur la poursuite des contre-réformes et débattre des exigences à revendiquer pour les lycées professionnels.

Pour que ces exigences aboutissent, nos organisations FSU, CGT Éduc’action, SE-UNSA, CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, SNALC, SUD éducation, CNT-FTE appellent à se mobiliser par la grève et les manifestations le mardi 14 octobre.

Rassemblement devant la SEP Charles Blanc du lycée Picasso à 17h

L’édito du TC par Évelyne Bordet. Colère…

Rentrée scolaire 2025, une enseignante, directrice d’école se donne la mort. Fait divers ? Non … Malgré ses appels répétés, nourris, argumentés et expliqués, Caroline Grosjean n’a pas été entendue. La Justice a classé ses plaintes sans suite sans jamais qualifier un harcèlement manifeste dans le cadre de ses fonctions. Les signalements réitérés pendant des mois puis des années ont été infructueux, parce que, de fait, elle n’a pas été prise au sérieux, parce qu’elle n’a pas obtenu le soutien auquel elle avait droit.

Caroline a demandé de l’aide, elle a signalé les violences, et au lieu d’être protégée, elle a été déplacée, stigmatisée, abandonnée. La réponse de l’Institution est criminelle.

En déplaçant Caroline, elle a manifestement fait le choix de taire, d’étouffer et de réduire au silence la voix de la victime. Alors, cette rentrée scolaire-là, Caroline n’a pas pu l’affronter…

On sait que le harcèlement tue et tuera encore. L’homophobie tuera en France tant que la fonction publique ne sera pas présente à chaque signal d’alerte et d’alarme et tant qu’elle ne donnera pas suite à chaque signalement. Peut-on lutter contre les discriminations en déplaçant les victimes « pour le bien de tous » ? Suffit-il de déclarer le harcèlement « cause nationale », si l’on refuse de le regarder comme un réel fléau à combattre de front ?

En obligeant les administrations à enquêter, en dénonçant les coupables et en les condamnant, en les poursuivant systématiquement devant les juridictions, en demandant aux Parquets d’instruire, bref, en réduisant au silence les coupables, et non les victimes …

Aujourd’hui les rapaces repus coulent des jours heureux dans le petit village du Cantal…Qui sera leur prochaine proie ?

Le jour de la rentrée, une directrice d’école s’est suicidée. Ce n’est pas seulement un drame individuel, c’est le signal abject d’une société qui perd le sens de la citoyenneté, de la fraternité et de la dignité.

L’édito du webzine. Un nouveau tour de vis pour une Éducation toujours à la ramasse

Une aubaine pour ce gouvernement, le « hara-kiri » de François Bayrou, prévu le 8 septembre, va sûrement faire passer au second plan les lourdes conséquences imposées par la pauvreté du budget de l’Éducation nationale pour cette rentrée scolaire.

La rentrée scolaire de 12 millions d’élèves, le 1er septembre, risque de passer malheureusement au second plan après l’annonce surprise de François Bayrou d’engager la responsabilité de son gouvernement devant l’Assemblée nationale. Cet écran de fumée, ne peut pas faire passer par pertes et profits les enjeux concrets de cette rentrée 2025.

La secrétaire générale du Snes-FSU, Sophie Vénétitay, a prévenu que « le contexte d’instabilité politique ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt de la dégradation du service public d’Éducation et, en particulier, du second degré, traversé par une crise profonde ». « Avec ou sans François Bayrou, avec ou sans Élisabeth Borne [ministre de l’Éducation], l’enjeu principal c’est le budget. C’est vraiment ce qui va guider nos mobilisations et nos interventions les prochaines semaines », déclare la responsable syndicale.

Pour le Snes-FSU, « la logique budgétaire pour l’Éducation nationale », est « à rebours des besoins du service public d’éducation ». En 2018, en dépit d’une hausse de la démographie scolaire de +8.029 élèves dans le second degré, 8.865 postes ont été supprimés, soit l’équivalent de 197 collèges, a calculé le syndicat y voyant le symbole de la politique d’Emmanuel Macron depuis 2017.

L’effort budgétaire a été dérisoire contrairement à ce qu’à déclarer le gouvernement. En 2025, la hausse de 1,95 milliard, s’est limitée à + 0,48% du budget de l’Éducation nationale une fois corrigé de l’inflation. Avec la valse des ministres (6 depuis le début du second quinquennat), la communauté éducative est aussi très lasse d’être si peu considérée. Les résultats sont catastrophiques.

Vers une rentrée scolaire coûteuse et agitée

Il manque encore une fois des professeurs à la rentrée, ce qui va générer des classes surchargées. Certains n’auront même pas d’enseignant dans leur classe. De nombreux postes aux concours n’ont pas été pourvus par manque de candidats du à une baisse d’attractivité du métier. Les gels de salaires et la chute du pouvoir d’achat y ont grandement contribué.

Des difficultés chroniques continuent à perdurer dans la scolarisation des élèves en situation de handicap intellectuel. Des milliers d’enfants ne feront pas leur rentrée comme les autres, faute de solutions de scolarisation adaptées et par manque d’AESH, une autre profession si peu rémunérée et si peu reconnue. Pourtant le premier article du Code de l’Éducation stipule bien que « le droit à l’éducation est garanti à chacun ».

À tout cela s’ajoute la hausse des fournitures scolaires. Si l’Allocation de rentrée scolaire (ARS) a bien été versée, -non pas acheter des TV 8K ou des consoles de jeux comme le prétend l’extrême droite, mais pour soulager 3 millions de familles précaires dans l’achat des fournitures scolaire- la rentrée se fait toujours plus chère.

Entre les vêtements (370€/an), la cantine (335€/an), les fournitures (146€/an) et les activités extrascolaires (125€/an), la scolarité d’un enfant coûte en moyenne 1.315 euros annuels à une famille, soit trois fois plus que la prestation octroyée par l’ARS.

Enfin l’image de la santé des élèves va être attaquée via les déremboursements et toujours ce manque criant de personnel médical dans les établissements scolaires. L’éducation n’est pas un secteur épargné par le plan d’austérité à 44 milliards d’euros d’un François Bayrou plus que jamais sur la sellette.

La colère sociale pourrait devenir explosive dès le 10 septembre. Une journée de mobilisation pour « bloquer le pays » à laquelle des syndicats ont déjà décidé de se joindre. Elle se poursuivra par une journée intersyndicale de grèves et de manifestations le 18 septembre. À cella s’ajoute la quasi certaine démission de François Bayrou qui a décidé d’engager la responsabilité de son gouvernement, le 8 septembre. La rentrée risque d’être bouillante.

Dominique Gerbault