Hausse des salaires : les solutions des patrons et syndicats pour sortir de la crise (L’Indep)

La crise sociale cristallise toutes les tensions en cet automne. Parmi les plus importantes revendications des manifestants, qui se sont retrouvés dans la rue le 17 octobre, la hausse des salaires est sur toutes les lèvres, ou plutôt sur toutes les pancartes, des syndicats de travailleurs. Dans les P.-O., même le patron du Medef, le syndicat patronal, se positionne en faveur d’une augmentation générale de la rémunération. Mais quels sont leurs arguments ? L’Indépendant pose le débat, idées contre idées.

« J’ai réuni douze chefs d’entreprise autour d’une table à qui j’ai demandé quelle était leur priorité pour la fin de l’année. Vous savez ce qu’ils ont répondu ? Augmenter les salaires ». Ces mots, qui pourront en faire tomber de leur chaise certains, sont ceux de Julien Coulomb… le président du Medef dans les Pyrénées-Orientales.

En cette fin d’année, en plein cœur de la crise sociale, celui qui est aussi directeur de la clinique Saint-Pierre de Perpignan assure plaider pour l’augmentation des salaires. Une revendication aussi largement scandée lors de la mobilisation du 17 octobre, et bien avant. Car la question d’une hausse de la rémunération des travailleurs ne date pas d’hier, les syndicats s’étant emparés du sujet depuis des années. Mais, jusque-là, il était plutôt rare d’entendre des patrons partager cette position.

« Mais évidemment que le travail ne paie pas assez. On voit, aujourd’hui, trop peu d’écart entre un actif bas salaire et quelqu’un sans activité. Et, un salarié qui n’a pas les moyens de vivre correctement, il se sent forcément mal et il ne peut pas consommer », assure le patron du Medef.

Mais si les patrons et les syndicats partagent le diagnostic, leurs remèdes à la crise sont bien différents.

Pour le Medef, la TVA sociale

Pour véritablement réformer le sujet il faudrait, selon Julien Coulomb, « rapprocher le salaire net du salaire brut ». Le salaire net étant plus faible que le brut en raison des cotisations sociales et du prélèvement à la source. « Quel que soit le coût des charges de protection sociales, est-ce qu’il est toujours pertinent que les cotisations soient prises sur le salaire ? », questionne le patron catalan du Medef.

Son idée ? « Un prélèvement sur la consommation, du même type que la TVA ». Il explique : « Le patron paierait ainsi moins de charges, il pourrait donc augmenter le salaire net du salarié qui aurait davantage de pouvoir d’achat et ainsi davantage consommer. Cela nécessiterait, par exemple, d’augmenter les prix de certaines choses. Celui qui choisira d’acheter une Ferrari, dépensera beaucoup plus d’argent que pour une Renault, avec un écart encore plus important qu’aujourd’hui, car elle serait davantage taxée. Mais tout ceci resterait une question de choix du consommateur ».

Mais en attendant les éventuelles révolutions des cotisations sociales, ne serait-ce pas, aussi, aux patrons d’augmenter directement les salaires ? Pour le patron du Medef, la situation économique actuelle de beaucoup d’entreprises des Pyrénées-Orientales est « extrêmement tendue » ce qui les empêcherait d’avoir des marges de manœuvre.

Dans le département, selon les données de la Chambre de commerce et d’industrie, 95 % des entreprises sont des petites structures de moins de 10 salariés (TPE, indépendants, micro-entrepreneurs, entreprise individuelle sans aucun salarie).

À la CGT, cibler les grandes entreprises

L’augmentation des salaires est le grand combat de la CGT depuis des années. Mais le syndicat nuance son discours en fonction de la taille des entreprises. « Nous savons que les petites boites ont des fins de mois extrêmement compliquées, parfois encore plus dures que celles de certains travailleurs », confirme Julien Berthélémy, secrétaire général de la CGT des Pyrénées-Orientales. En revanche, sans surprise, il a les (très) grandes entreprises dans le viseur : « Des très grandes entreprises profitent d’exonérations fiscales, sans contrepartie. Les exonérations sont chiffrées, selon les calculs, entre 170 et 220 milliards d’euros, par an. C’est de l’aide publique à l’entreprise, sans aucune conditionnalité. Ne me dites pas qu’aujourd’hui Total ne peut pas augmenter les salaires de ses salariés ».

Selon lui, les grands patrons devraient donc mettre la main à la poche. Mais comment faire la distinction entre une grande entreprise et une petite société ? Sa solution serait de mettre en place une « différenciation de taxes en fonction de la taille des entreprises ».

Chez FO, revoir certaines primes, régler le problème d’inégalité salariale

Pour Jérôme Capdevielle, secrétaire général de Force ouvrière dans les Pyrénées-Orientales, la question des salaires est comme une pelote de laine dont un fil serait tiré et révélerait tous ses problèmes.

Comme son camarade de la CGT, le patron de FO milite pour un conditionnement des aides pour les entreprises en fonction de leur taille. Mais pas seulement. « Si on prend la prime d’activité, qui est octroyée aux bas salaires, c’est, finalement, la solidarité nationale qui contribue au pouvoir d’achat de ces travailleurs. Car elle est financée par l’impôt (la CSG). Mais ce n’est pas à l’impôt de financer cela, c’est bien aux entreprises. Il faut leur redonner des moyens d’augmenter les salaires ».

Pour Jérôme Capdevielle, l’inégalité salariale entre les femmes et les hommes serait aussi une piste. « En arrivant à cette égalité, notre système de retraite serait à l’équilibre car on aurait des cotisations sociales supplémentaires. L’augmentation des salaires, c’est remettre du carburant dans l’économie ».

Chez ces patrons et syndicats, la hausse des salaires devient, en tout cas, incontournable pour sortir de la crise.

Diane Sabouraud (L’Indépendant, le 23 octobre 2026)

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