Municipales 2026 : Propositions pour l’égalité réelle des personnes handicapées dans toutes les communes de France

Préambule

Alors que les communes préparent le dernier budget du mandat, ce sont plus de 7 milliards de coupes budgétaires en 2025, qui frappent tous les échelons de collectivités territoriales, depuis la commune jusqu’à la région et auront des répercussions profondes sur l’action publique dans tous les domaines. À croire, comme le dit si bien Philippe Rio, président de la Coop des Elu.e.s communistes, républicain.e.s et citoyen.n.es, que les idées de l’Argentin Milei ou d’Elon Musk ont infusé les esprits pour mieux détruire nos services publics.

À un an des élections municipales, alors que la marche à la guerre justifie tous les reculs sociaux, et que montent les extrêmes droites, la commission des droits des personnes handicapées énonce dans cette note des pistes de réflexion et des propositions-socle, dont l’ensemble des camarades, déjà en responsabilité et en renouvellement de mandat, ou candidat.es, ou encore militant.es, pourront s’emparer pour alimenter leur projet municipal sur la question des droits des personnes handicapées.

Car si « le handicap » n’est pas directement ou de façon universelle une compétence communale ou intercommunale, les personnes handicapées –qui comptent bien souvent parmi les plus pauvres et précarisé.es de nos villes et village– ont comme premier interlocuteur le ou la Maire. En cela, elles et ils ne différent guère des autres habitant.es !

Mais nos élu.es et futur.es élu.es doivent avant tout adopter une approche par les droits des personnes handicapées et lutter contre toutes les discriminations, y compris validistes, qui frappent leurs administré.es. C’est pourquoi nous préconisons des délégations « handicap » centrées sur la lutte contre les discriminations et les stéréotypes validistes. C’est déjà le cas à Bordeaux par exemple.

Il nous faut plus que jamais résister, expérimenter localement ce que pourrait être une société de l’humain d’abord, et répondre aux besoins sociaux et aux aspirations de nos concitoyens.nes handicapé.es à être partie intégrante de cette société. Démontrer que nous sommes et serons des élu.es aux côtés de toutes et tous, car nous portons un projet de société transformateur et non gestionnaire !

Enfin, n’oublions pas que les personnes handicapées peuvent être candidat.es et élu.es : trop peu nombreuses aujourd’hui au vu des obstacles (seulement une centaine, tous échelons confondus, dont une majorité au niveau municipal, selon le dernier décompte de l’étude HandiPpolitique), nous devons favoriser concrètement leur participation sur nos listes, en nombre mais aussi par des moyens leur permettant une participation pleine et entière.

Accessibilité universelle du bâti et de l’espace public

L’inaccessibilité de l’espace public est la cause première de l’exclusion des personnes handicapées dans nos villes et nos villages. L’accessibilité de tout à toutes et tous est la condition préalable de la citoyenneté des personnes handicapées mais l’action publique a été largement défaillante depuis 2005 pour remplir cette condition, et même depuis 1975, date de la première loi handicap : reports successifs, absence de planification et de financements suffisants, insuffisance de l’accompagnement technique, manque de contrôles et de sanctions…

Propositions

  • Ressusciter les Plans d’Accessibilité de la Voirie et de l’Espace public (PAVE) et les transformer en outils de planification à moyen et long terme (exemple de Valenton -94) des travaux d’aménagement de la voirie ;
  • Associer les Commissions communales et intercommunales d’accessibilité à cette programmation : au-delà des réunions obligatoires et attendues de ces instances, en élargir la composition à des usager.es pour s’appuyer sur leur expertise du quotidien et leur connaissance des cheminements dans les quartiers ;
  • La mise en accessibilité du domaine et des ERP publics doit être pensée de façon globale : continuité du cheminement sans obstacle ni détours inutiles et avec un repérage sensoriel facilité, espaces de repos et de calme.

Les événements temporaires ou ponctuels doivent être pensés pour être accessibles à toutes et tous, y compris les marchés alimentaires et marchés de Noël. Les dossiers d’autorisations de manifestations ou événements sur le domaine public peuvent inclure les niveaux requis en matière d’accessibilité (implantation, organisation, accueil du public, communication). Il convient aussi de ne pas négliger les parcs et jardins, les terrasses et les étalages, ainsi que de veiller à ce que les chantiers ne dégradent pas l’accessibilité et la sécurité de toutes et tous.

  • Accessibilité des ERP sportifs : stades, gymnases, piscines… doivent être accessibles mais également permettre réellement la pratique sportive des personnes handicapées. Conditionner les subventions des associations sportives à un accueil inconditionnel, proposer un bonus financier (exemple de Bordeaux : bonus PH, égalité femmes-hommes, QPV), les accompagner dans la formation de leurs dirigeants et éducateurs pour mener un projet associatif et sportif inclusif. Dans le cas de financements du sport au niveau professionnel, exiger un engagement exemplaire dans le cadre des missions d’intérêt général liées à ces financements ;
  • Accessibilité des ERP culturels : accessibilité des lieux, bien sûr, mais aussi des spectacles (audiodescription, LSF, surtitrage), de la pratique artistique et culturelle et de l’information (programmes en FALC et en gros caractères). Visibiliser les artistes en situation de handicap et s’assurer qu’ils prennent toute leur place dans la programmation des scènes municipales.

Exemple à Bordeaux : un programme universel, en FALC, de Nuit des musées ; résidence d’un artiste sourd avec aménagements, partage d’information entre les établissements culturels.

Le Maire étant consulté pour avis sur les dérogations à l’accessibilité des ERP par les services préfectoraux (Commission consultative de sécurité et d’accessibilité), une vigilance doit être de mise afin de d’éviter l’inaccessibilité sans justification réelle de certains ERP privés.

Logement

  • Susciter le recensement des logements sociaux accessibles par les bailleurs. C’est d’ailleurs une des missions des commissions intercommunales pour l’accessibilité.
  • Travailler avec les bailleurs pour améliorer leur taux de logements accessibles. Anticiper les aménagements accessibles ou facilement modulables dès la conception de nouveaux programmes. Cette réflexion n’amène pas forcément de surcoûts. Ils sont en tout cas bien moindres qu’en cas d’aménagements à réaliser a posteriori.
  • Mettre en place un contrôle de l’accessibilité des constructions neuves via les permis de construire (logements sociaux).
  • Ne pas oublier les aides financières à l’amélioration de l’habitat en matière d’accessibilité dans les programmes d’aide à la rénovation, trop souvent centrés sur la rénovation énergétique. Cela concerne aussi bien le handicap que les enjeux liés au vieillissement de la population.

Mobilités

  • Stationnement : veiller à la qualité d’usage des places réservées, créer des places accessibles avec bornes de recharge, faire respecter la loi de mars 2015 sur la gratuité par des démarches simples.
  • Proposer ou faire proposer des alternatives au vélo en libre-service : tandems, vélos adaptés.
  • Veiller à l’accessibilité du réseau de transports. S’appuyer, dans le cadre des CCA ou des CIA, sur les préconisations des associations et des usagers.
  • Veiller à la qualité et amplitude horaire des services de transport à la demande (ne pas exclure certaines personnes handicapées de ces services).
  • Créer des navettes municipales accessibles.

Services municipaux et vie citoyenne locale

  • Créer une fonction de médiateur municipal de l’accessibilité
  • Formation de l’ensemble des élus et des agents communaux à l’approche du handicap par les droits des personnes, ainsi qu’à l’accessibilité de la communication.
  • S’assurer que les enjeux liés au handicap et à l’accessibilité irriguent l’ensemble des politiques municipales et ne soient pas limités à la seule délégation de l’élu directement concerné. Le portage politique par le maire est primordial, afin d’en faire une priorité de l’action publique. Mettre en œuvre des organisations internes pour que ces enjeux soient portés en amont, lors de la définition et la conception des projets, et non pas comme trop souvent comme un sujet « en plus », souvent traité trop tard.
  • Élaborer une feuille de route pour le recrutement et l’avancement des agents handicapés – et rendre compte publiquement des résultats. Former régulièrement les encadrants chargés des recrutements, ainsi que les représentants du personnel. Mieux faire connaître les possibilités d’aménagements de postes. Créer un groupe de référents d’agents en situation de handicap pour recueillir leur expertise (exemple à Bordeaux et Bordeaux Métropole), tant pour proposer des aménagements en interne que pour irriguer les politiques publiques.
  • Communication de la ville : accessibilité numérique du site Internet, des applications, des plateformes de services (inscriptions), des publications de réseaux sociaux, des réunions publiques et instances municipales (y compris et même surtout les conseils de quartier). Pour rappel, l’obligation légale d’accessibilité numérique sera renforcée à partir du 28 juin 2025.
  • Ouvrir la ville aux établissements médico-sociaux présents sur son territoire ;
  • Veiller à l’accessibilité (au-delà du bâti) des bureaux et opérations de vote (braille, gros caractères), faciliter la participation d’assesseurs-seuses handicapé.es)

Exemple de Paris (liste d’émargement en gros caractères, étiquettes en Braille) et de Bordeaux (LSF pour un assesseur sourd à l’ouverture et fermeture d’un bureau de vote, FALC et vidéo explicative des opérations de vote).

  • Avoir 10 % de personnes handicapées sur nos listes municipales et créer les conditions de leur pleine participation à la campagne, comme à l’exercice du mandat. Les possibilités de financement de l’accessibilité comme de la compensation sont aujourd’hui très limitées dans les textes réglementaires mais nous devons faire preuve d’exemplarité dans les communes où nous sommes en responsabilité, et apporter notre soutien politique aux évolutions réglementaires et législatives nécessaires.

Enfance, scolarité

  • Proposer un accompagnement des parents faisant face à l’annonce d’un handicap ;
  • Mettre en œuvre des centres ressources pour les familles.
  • Travailler des dispositifs passerelles, notamment entre la crèche et l’école maternelle.
  • Accompagner les familles dans leurs démarches auprès de la MDPH, la notification des droits liés à l’enfance ayant le plus souvent les délais les plus longs.
  • Mettre en œuvre des relations de proximité entre services municipaux et représentants de l’Éducation nationale pour régler au plus vite les situations d’élèves avec notification d’aide humaine mais ne disposant pas d’accompagnant ou d’aménagements.
  • Programmer l’accessibilité universelle des établissements scolaires, des crèches, des lieux d’accueil de loisirs et des services à la jeunesse (y compris les sorties)
  • Proposer un accueil inconditionnel, avec accompagnement, de tous les enfants.

Accès aux droits

  • Accompagner les habitant.es handicapé.es dans leurs démarches auprès de la MDPH : pôle handicap du CCAS ou CIAS, conventionnement avec la MDPH.
  • Accueil et accompagnement accessible des CCAS et CIAS : permanences renforcées et accessibles.
  • Assurer un accueil permettant de faire connaître et mettre en relation avec les différents interlocuteurs (municipaux, institutionnels, associatifs).
  • Proposer des avances financières, en amont du versement des droits par le Département (PCH).
  • Accompagnement des aidant.es : information sur les réseaux d’acteurs, aides aux démarches, aide psychologique, mise en œuvre de dispositifs de répit.

Nicolas Souveton. « Les gens en dernier recours vont consulter à l’hôpital »

Nicolas Souveton, secrétaire général de la fédération des mutuelles de France, revient sur les problèmes qu’engendrent les dépassements d’honoraires dans l’accès aux soins.

La Marseillaise : Quelles sont les conséquences de ces dépassements d’honoraires, autorisés depuis 1980, sur le système de santé français ?

Nicolas Souveton : Les dépassements d’honoraires, c’est quelque chose de très français. Dans la plupart des pays de l’OCDE, dans lesquels il y a un système d’assurance maladie, soit vous êtes conventionnés avec le système d’assurance maladie obligatoire et donc les tarifs sont encadrés, soit vous ne l’êtes pas et le patient ne bénéficie pas de remboursement. En France, on a un système où vous pouvez être à la fois conventionné et ne pas appliquer le tarif défini. Donc ce qui est remboursé est parfois inférieur au tarif pratiqué. Cela provoque de l’exclusion sociale, puisque si vous avez les moyens vous payerez le surplus et vous bénéficierez des remboursements de la sécurité sociale. Mais si vous ne pouvez pas, vous renoncez à vous soigner. Une barrière économique de plus en plus présente dans le système de santé.

La Marseillaise : Avec le nombre de dépassements d’honoraires qui augmentent…

Nicolas Souveton : Depuis la mise en place d’un nouveau dispositif de pseudo encadrement, ça a limité leur coût, mais le nombre de professionnels à les pratiquer a explosé. Dans certaines spécialités, vous n’avez quasiment plus d’installation en secteur 1 [c’est-à-dire sans dépassement d’honoraire, Ndlr.], comme en ophtalmologie, où la plupart s’installent en secteur 2. Et donc, il y a des désertifications médicales de médecin conventionné en secteur 1. Si vous êtes bénéficiaire de la Complémentaire Santé Solidaire, vous n’êtes pas couvert pour les dépassements honoraires. Et donc ces personnes sont obligées de payer le dépassement d’honoraires ou alors elles n’ont pas accès aux soins.

La Marseillaise : Ce qui surcharge les hôpitaux ?

Nicolas Souveton : ça va conduire à une pression sur l’hôpital public, car faute d’avoir accès à un professionnel de santé de premier niveau, c’est-à-dire médecine de ville ou sur certaines spécialités du fait des dépassements honoraires, il y a un retard de soins ou de prise en charge. Et les gens, en dernier recours, finissent par aller consulter à l’hôpital public, les professionnels de santé qu’ils n’arrivent pas à trouver en ville. Résultat, les rendez-vous à l’hôpital sont occupés par des patients qui devraient relever de la médecine de ville.

La Marseillaise : Comment offrir une meilleure offre de soin qui limite les déserts médicaux ?

Nicolas Souveton : La question qui se pose, c’est comment construit-on des solutions durables qui permettent à la fois de prendre en compte les aspirations des professionnels de santé, qui sont parfaitement entendables, et de considérer la santé comme une forme de service de première nécessité. Il est du devoir de l’État de pouvoir garantir le fait que tout le monde puisse se soigner dans de bonnes conditions, quel que soit l’endroit dans lequel il habite. Pour notre part, on ne voit pas comment ça passe par autre chose qu’une organisation des installations sur les territoires en fonction des besoins. Par contre, on ne peut pas simplement dire à un médecin : vous allez vous installer là et vous n’avez pas le choix. Ce n’est pas ça une politique publique d’aménagement sanitaire du territoire. Il faut à la fois travailler sur la régulation des installations, mais aussi que l’on crée les conditions d’accueil de ces professionnels de santé. Qu’ils puissent faire leur boulot, c’est-à-dire soigner les patients, sans se transformer en dirigeant de PME qui doit gérer son cabinet, son secrétariat et l’ensemble des éléments qu’il y a derrière. Donc il faut que l’on fasse de la médecine d’équipe la norme, c’est-à-dire que les médecins puisent s’intégrer dans une équipe de professionnels pour une meilleure prise en charge de la patientèle.

Propos recueillis par Eva Janus (La Marseillaise, le 7 janvier 2026)

L’édito du webzine. Il y a 90 ans, le Front populaire

En 2026, nous fêterons les 90 ans du Front populaire. Celui-ci reste dans la mémoire collective un moment singulier de notre histoire, une victoire électorale des forces de progrès et un mouvement social d’une ampleur sans précédent.

Cela a commencé par un sursaut démocratique et antifasciste. En effet, le 6 février 1934, un coup de force fasciste visant l’Assemblée nationale, orchestré par des ligues d’extrême droite, a fait vaciller la République. En Allemagne, Hitler avait pris le pouvoir l’année précédente, et 10 ans avant, Mussolini en avait fait de même en Italie.

Cette déflagration poussa à la réunification de la CGT et construisit l’union du PCF, de la SFIO et des radicaux. De tout cela naquit le Front populaire de l’engagement des forces associatives, culturelles, citoyennes… Cela fut un grand moment historique.

Les grandes grèves, les occupations d’usine ont permis d’arracher au patronat, en plus des augmentations de salaires, des conquêtes sociales inimaginable comme les congés payés, la semaine de 40h, les libertés syndicales..

Des actes pour de nouvelles conquêtes

Hormis le refus des socialistes et radicaux de porter secours à la République espagnole, l’expérience historique du Front populaire demeure une source d’inspiration à gauche. En 2024, après la dissolution de l’Assemblée nationale ordonnée par Macron, lorsque le risque de voir le RN entrer à Matignon était maximal, les gauches se sont entendues dans un Nouveau front populaire, barrant la route à l’extrême droite mais il n’aurait pas tenu longtemps face aux ambitions présidentielles qui empoisonnent la Ve République.

En France, il y a besoin aujourd’hui, non pas d’une référence verbale, mais des actes, poussés par un monde du travail conscient de ses intérêts. C’est le meilleur remède à l’extrême droite.

Dominique Gerbault

Pascal Sudre. « Il y a un avenir pour Brandt et ses salariés »

Pascal Sudre, secrétaire général de l’UD CGT du Loiret, appelle à préserver les 700 emplois menacés par la liquidation judiciaire de l’entreprise Brandt.

La Marseillaise : Pour le ministre de l’Industrie, la reprise de Brandt ne pourra pas se faire avec les 700 salariés. Que répondez-vous à cela ?

Pascal Sudre : Pour qu’un ministre fasse ce genre de déclaration, c’est que, quelque part, il y a un avenir pour Brandt et pour l’ensemble des salariés, si tenté que le gouvernement et le chef de l’État s’engagent réellement pour la réindustrialisation de la France. Cet avenir comprend les deux usines de production situées près d’Orléans à Saint-Jean-de-la-Ruelle et à Vendôme, dans le Loir-et-Cher. Pour nous, un licenciement est un licenciement de trop, quelle que soit l’industrie ou le site menacé. Quand l’annonce est tombée puis la confirmation par le tribunal de commerce de la fermeture et du plan de licenciement de 700 travailleuses et travailleurs, autant vous dire que notre réaction était à la hauteur du scandale, surtout à quelques jours des fêtes de fin d’année ! On a toujours en tête la situation concrète des salariés concernés, de leurs familles et de leurs enfants. Un emploi supprimé dans l’industrie, c’est trois emplois induits, notamment dans les services.

La Marseillaise : Un appel d’offres pour la reprise de Brandt doit être lancé courant janvier. Un projet a été déposé par l’industriel Stéphan Français, propriétaire de Thomson Computing prévoyant la reprise de 150 salariés seulement. Est-ce la seule ? Qu’en pensez-vous ?

Pascal Sudre : Oui et elle a été faite la veille de Noël, en mairie d’Orléans par le maire et les collectivités locales. Ce qu’on peut dire, en étant honnête, c’est que les collectivités, même s’il y a des enjeux politiques, se sont engagées rapidement. L’engagement à hauteur de 15 millions d’euros qui a été fait en quelques jours confirme qu’il y a la volonté locale de faire en sorte de maintenir une activité avec le plus de salariés possible. En revanche, on dit depuis le départ que le compte n’y est pas. Reprendre uniquement 150 salariés sur 700, c’est pas du tout acceptable pour nous. En tout cas, cette proposition industrielle montre qu’il y a un avenir pour Brandt dans toute la France. On va poursuivre la mobilisation dès début janvier.

La Marseillaise : Vous avez demandé à la préfète de région Centre-Val de Loire l’organisation d’une table ronde avec les différents acteurs concernés. Avez-vous reçu une réponse ?

Pascal Sudre : Il n’y a pas d’engagement sur une table ronde avec l’ensemble des acteurs locaux comme il n’y a pas de volonté, en tout cas pour l’instant politique, de rassembler tout le monde. Ce serait un message fort envoyé aux salariés concernés. On a par ailleurs demandé à la préfète de mettre sous cloche les différents sites de production, notamment Saint-Jean-de-la-Ruelle et Saint-Ouen. Car si le liquidateur prenait la décision d’envoyer les outils de production dans un autre pays on se retrouverait uniquement avec les murs, il n’y aurait plus rien à l’intérieur. Autant vous dire que du coup, on ne parlerait même plus de nouveau projet industriel, ce ne serait même plus viable. À ce stade, nous n’avons pas eu de réponse sur ce sujet.

La Marseillaise : Vous pointez la responsabilité du conglomérat algérien Cevital qui a repris Brandt en 2014 et aurait touché des aides publiques selon vous…

Pascal Sudre : J’ai fait des demandes pour savoir à quelle hauteur s’élevaient les aides publiques. Je n’ai pas encore eu de retour. Finalement, personne ne parle de ce groupe algérien, Cevital. C’est pourtant lui qui a pris la décision de mettre la clé sous la porte et puis de laisser les 700 salariés. Quand il y a un plan de licenciement et une fermeture d’entreprise, c’est quand même assez rare, qu’on ne parle pas du propriétaire ! Personne n’a demandé des comptes au groupe Cevital sur sa responsabilité concernant le maintien des salaires alors qu’il a construit une énorme usine de production à Sétif. Depuis 2014, il y a très certainement eu des aides publiques, ça, je n’en ai aucun doute. Nous demandons des comptes à ce groupe-là. Ce n’est pas pour nous une surprise de voir que le carnet de commandes est moins rempli. Après tout, c’est leur système qui veut ça. Depuis le départ, les salariés font des sacrifices tandis que les marges des actionnaires ont toujours été garanties. De l’autre côté, ils continuent à toucher des subsides de l’État ainsi que des collectivités locales. Ce n’est plus tenable ni acceptable.

La Marseillaise : Comment envisagez-vous la reprise de l’entreprise ?

Pascal Sudre : Il y a un avenir pour l’industrie en France et pour l’électroménager. Quant à un nouveau projet industriel, plusieurs économistes ont confirmé qu’il fallait une diversification. La concurrence est telle dans ce système capitaliste qu’il est nécessaire de produire du matériel différent pour ne pas être soumis à une seule concurrence au niveau international et faire face à la demande. Finalement, on voit bien que la situation de Brandt, au-delà du made in France et de la marque emblématique qui venait de fêter ses 100 ans, gêne les politiques. Car c’est une fois de plus un fleuron de l’industrie française qu’on laisse partir. Au-delà du drame que ça génère, tout le monde pense qu’il y a un avenir pour Brandt, il y a un attachement fort de la population. Comme ce fut le cas pour Duralex, pour qui on s’est battus. Quand on créé les conditions d’une mobilisation large de l’ensemble de la population, on voit qu’elle répond présente pour défendre à la fois la marque mais surtout les emplois derrière. Les gens ont compris que quand une industrie fermait, c’était aussi une attaque contre le service public. C’est notre slogan à la CGT. Quand on dit qu’il n’y aura pas d’industrie sans service public et pas de service public sans industrie, c’est une réalité.
On va continuer à se battre. Toute la CGT est mobilisée localement, l’union départementale, la fédération de la métallurgie, la confédération. On travaille ensemble et ça commence à porter ses fruits. Notre rôle de syndicalistes va être de peser à la fois sur toutes les collectivités et au plus haut sommet de l’État pour qu’un projet industriel voit le jour avec la reprise de l’ensemble des salariés et de l’ensemble des sites. Car pour Brandt, l’enjeu est extrêmement politique, comme il l’a été pour Duralex et l’est pour ArcelorMittal. L’enjeu est d’autant plus fort à trois mois des élections municipales. Une nouvelle industrie qui ferme, notamment dans le Loiret, ce sont des fermetures de sites en cascade. C’est 700 multiplié par trois en nombre de pertes d’emploi.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 3 janvier 2026)

Pour les 700 salariés de Brandt, la fin d’année vire au cauchemar. Le tribunal des activités économiques de Nanterre a prononcé, le 11 décembre, la liquidation judiciaire de l’entreprise. Un projet de reprise du site d’Orléans de Brandt a été déposé par l’industriel Stephan Français, propriétaire de Thomson Computing, qui prévoit de maintenir seuls 150 des salariés. L’homme d’affaires a évoqué un budget de 25 millions d’euros pour cette reprise. La mairie d’Orléans (Loiret) a précisé que 9 millions d’euros seraient apportés par des entités publiques et qu’un tour de table avec les banques était en discussion. Un appel d’offres pour la reprise de l’usine doit être lancé courant janvier.

Les P.-O. largement en dessous de la moyenne nationale des salaires (L’Indep)

Selon une récente étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), les Pyrénées-Orientales affichent l’un des salaires moyens les plus bas de France dans le secteur privé, avec 2 200 euros net mensuels contre 2 733 au niveau national.

Pas de miracle. Selon la récente étude de l’Insee, qui se base sur des chiffres datant de 2024, non contentes d’être le deuxième département le plus pauvre de l’Hexagone derrière la Seine-Saint-Denis, les Pyrénées-Orientales présentent également l’un des salaires mensuels moyens les plus faibles de France dans le secteur privé.

En pays catalan, la rémunération mensuelle nette moyenne des salariés du privé (en équivalent temps plein) s’élève ainsi à seulement 2.200 euros, contre 2 733 euros au niveau national. Les Pyrénées Orientales font partie des dix départements de France où cet indicateur est le plus bas.

Cependant, le territoire n’est pas le moins bien loti de la région Occitanie. Selon l’Insee, le salaire mensuel net moyen dans le privé y est en effet supérieur à ceux de l’Aude (2 168 euros) et de la Lozère (2 155 euros). Il reste en revanche bien inférieur à celui de la Haute-Garonne, qui culmine à 2 787 euros par mois.

L’étude de l’Insee illustre également les inégalités salariales qui persistent entre hommes et femmes. Dans le secteur privé des Pyrénées-Orientales, celles-ci gagnent en moyenne 185 euros de moins par mois que leurs homologues masculins (un écart d’environ 8 %), avec un salaire moyen de 2 099 euros, contre 2 284 pour ces derniers.

Plus globalement, l’Insee indique qu’en 2024, à l’échelle nationale : « Les femmes gagnent en moyenne 13 % de moins que les hommes en équivalent temps plein. » L’institut précise que cet écart se réduit « de 0,3 point par rapport à l’année précédente » et « de 5,1 points par rapport à 2014. » Il reste cependant encore du chemin pour parvenir à l’égalité salariale.

La publication dissèque aussi les différences de rémunérations entre cadres, employés, ouvriers et professions intermédiaires (infirmières libérales ou assistantes sociales, par exemple). On y apprend ainsi qu’un employé gagne en moyenne 1 859 euros par mois en pays catalan. Contre 1 912 euros pour un ouvrier, 2 414 pour les professions intermédiaires et 3 651 pour les cadres.

Autre élément intéressant : dans une autre étude publiée en octobre dernier, l’Insee note qu’après avoir baissé de 1 % en 2023, le revenu moyen des salariés du secteur privé français en euros constants (corrigé en prenant en compte l’évolution des prix) était remonté de 0,8 % en 2024. Principalement grâce au ralentissement de l’inflation.

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 2 janvier 2026)

Frédéric Dabi. « Les élections municipales à l’ombre de la présidentielle » (La Marseillaise)

Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop, compare le scrutin de 2026 à celui de 2001 en termes de portée nationale. Il sera profondément inédit, à la fois fortement nationalisé et toujours structuré par des logiques locales.

La Marseillaise : Est-ce que ces élections municipales de 2026 vont, selon vous, présenter des caractéristiques, une tonalité spécifique, qui les rendraient assez différentes des précédentes ?

Frédéric Dabi : Oui, très clairement. D’abord parce que, sauf dissolution, ce sera le dernier scrutin avant la présidentielle de 2027. Comme en 2001, ces municipales pourront être lues comme une répétition générale, moins par leurs résultats que par la lecture politique qui en sera faite. En 2001, on avait mis en avant les victoires de la gauche à Paris, Lyon et Dijon, en occultant le nombre de villes perdues ailleurs. En 2026, il y aura une vraie bataille d’interprétation, et toutes les forces politiques peuvent se retrouver fragilisées : un PS perdant de grandes villes, une droite LR en recul, un RN qui ne perce pas, ou une France insoumise cantonnée à gêner les socialistes sans gagner de municipalités, y compris à Roubaix.
Ces élections seront donc plus politiques que les précédentes. Elles s’inscrivent aussi dans un contexte inédit, que j’appelle l’éclipse du politique à l’échelle nationale. Les Français ont le sentiment que le politique ne les écoute plus et ne parvient plus à améliorer leur situation, ce qui pourrait avoir des effets importants sur la participation. À mes yeux, ce seront des municipales très particulières.

La Marseillaise : Vous évoquez ce contexte. Est-ce que l’on sait déjà quelles sont les préoccupations des Français à la veille de ces élections ? Et est-ce qu’elles ont, elles aussi, évolué depuis 2020 ?

Frédéric Dabi : Les enquêtes récentes montrent une hiérarchie des préoccupations totalement inédite pour des municipales. La première, c’est la sécurité des personnes et des biens, un niveau que l’on n’avait plus vu depuis les régionales de 2015 ou la présidentielle de 2002. À cela s’ajoute le narcotrafic, désormais clairement identifié par les Français. Viennent ensuite l’accès aux soins et la santé, puis la dette. Ce sont des enjeux nationaux, presque régaliens, qui, faute de réponses au niveau national, redescendent vers le local et s’invitent dans les campagnes municipales. La question de l’accès aux soins ne connaît pas d’opposition simple entre métropoles et petites communes. Ces trois enjeux inédits peuvent fragiliser les maires sortants, notamment dans les petites communes, et montre que ce qui se joue au niveau national pèse directement sur le vote municipal. Les sortants peuvent néanmoins valoriser leur bilan, leur présence sur le terrain et leur capacité d’écoute, et mettre en avant d’autres sujets très appréciés localement, comme le logement, les mobilités ou le cadre de vie. Les campagnes mêleront ainsi une forte dimension nationale – sécurité, santé, dette – et des enjeux locaux, avec une homogénéisation des préoccupations sur tout le territoire.

La Marseillaise : Vous avez souligné la proximité de l’élection présidentielle, en faisant le parallèle avec 2001. Quelles conséquences cela peut-il avoir, notamment sur la stratégie du Rassemblement national et de la France insoumise ?

Frédéric Dabi : Les deux forces dites radicales s’engagent fortement dans ces municipales, ce qui n’était pas le cas en 2020. Cela confirme que ce scrutin est perçu comme important, presque comme une répétition générale avant la présidentielle.
Mais le RN et LFI n’y vont pas avec les mêmes atouts. Pour LFI, c’est une véritable première : elle a très peu de sortants, à l’exception du maire de Faches-Thumesnil, ce qui limite ses gains potentiels, même s’il existe des possibilités à en Seine-Saint-Denis ou à Roubaix avec David Guiraud. Cela tient au fait que LFI reste une force très nationale, encore en décalage avec l’imaginaire municipal. Elle dispose néanmoins de points d’appui, notamment les scores élevés de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, et d’un possible rôle d’arbitre au second tour dans plusieurs grandes villes. Mais un mauvais scrutin municipal aurait des conséquences, y compris sur la dynamique présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. Le RN, lui, est dans une autre logique : il dispose déjà de nombreux sortants et cherche à prolonger son implantation locale, dans la continuité de législatives réussies, y compris dans des départements où il était jusque-là faible.

La Marseillaise : Ce que certains appellent « l’ancien monde », soit le PS et LR se partageant l’essentiel des collectivités locales, pourrait-il être chamboulé en 2026 pour se rapprocher du rapport de force national ? Peut-on aller vers une forme de tripartition territoriale ?

Frédéric Dabi : L’hypothèse est séduisante, mais je n’y crois pas. Il existe une étanchéité jamais vue entre le national et le local, encore renforcée par la fin du cumul des mandats. Les forces dominantes au niveau national restent faibles à l’échelle locale. Dans les communes de plus de 10 000 habitants, entre 80% et 90% des villes sont toujours tenues par le PS, le PCF, les Écologistes, LR ou l’UDI. Je ne vois pas pourquoi cela changerait fondamentalement. Il peut y avoir des ajustements à la marge. LR est en difficulté et ne dominait plus guère que Nîmes parmi les grandes villes. Le PS peut perdre une grande ville. Mais il est très difficile d’imaginer que LFI, le RN ou Renaissance émergent au point de reproduire localement la tripartition nationale. Aux municipales, le dégagisme reste limité.

La Marseillaise : Est-ce que, justement, les maires sortants bénéficient toujours de cette prime au sortant ?

Frédéric Dabi : Oui, elle existe toujours, même si elle se fragilise. On observe une forme de défiance qui touche le local, notamment parce que des enjeux nationaux irriguent les campagnes municipales. Les maires font face à des exigences citoyennes inédites, et à des polémiques symboliques qui s’invitent dans la fin de mandat. Pour autant, dans les villes de plus de 10 000 habitants, les municipales restent un scrutin de stabilité. Même en 2014, année de forte alternance, environ 70% des maires sortants ont été reconduits. Mais c’est aussi un scrutin de récit : si des villes majeures comme Paris, Lyon, Marseille, Lille, Toulouse, Nice ou Bordeaux changeaient d’étiquette, l’impact symbolique serait considérable.

La Marseillaise : En Occitanie, est-ce que le scrutin va obéir aux mêmes logiques que dans le reste du pays ? Peut-on déjà identifier des configurations ou des villes emblématiques ?

Frédéric Dabi : Oui, globalement. Les enjeux de sécurité, de trafic de drogue et de santé y sont très concrets, et je ne vois pas pourquoi la région ferait exception. Comme ailleurs, il y aura des villes symboles. À Montpellier, Michaël Delafosse apparaît bien placé. À Nîmes, une division possible de la droite pourrait profiter à d’autres forces notamment à l’association de gauche et des écologistes autour de Vincent Bouget. À Castelnau-le-Lez, un jeune élu proche de la majorité présidentielle pourrait l’emporter. Reste le cas de Toulouse : Jean-Luc Moudenc parviendra-t-il une nouvelle fois à s’en sortir, ou la force de la gauche aux élections nationales, combinée à une possible division à gauche, peut-elle rebattre les cartes ? Comme ailleurs, il y aura des configurations locales fortes, mais sur les grandes thématiques, l’Occitanie s’inscrit dans une logique d’homogénéité avec le reste du pays.

Propos recueillis par Diego Chauvet (La Marseillaise, le 2 janvier 2026)

L’édito du webzine. Michelin, le philanthrope !

Les résultats de la commission d’enquête sénatoriale menée par Fabien Gay, sénateur communistes, sur les aides données par l’État aux entreprises du CAC 40 commence à porter leurs fruits.

Par leur détermination les salarié.es, leurs représentant.es, le travail des parlementaires communistes et celui mené avec détermination par la commission d’enquête sénatoriale ont fait craquer le groupe Michelin. Il va rembourser l’État de 4,3 millions d’euros

Les travaux de cette commission ont porté sur les aides qui ont coûté à l’État « 211 milliards d’euros » quasiment sans contreparties. Et de pointer notamment du doigt les grands groupes français et internationaux qui profitaient des crédits d’impôt pour augmenter leurs bénéfices et les dividendes versés à leurs actionnaires, plutôt que de réellement moderniser leurs moyens de production et créer de l’emploi.

La commission remettait sur la table la question de ces aides d’État perçues par les entreprises. La conclusion de son rapport condamnait les largesses accordées aux entreprises et exigeait des contrôles effectifs sur l’utilisation des fonds.

Une victoire du travail sur le capital

Pour éviter de parler de remboursement, le fabricant de pneumatique, philanthrope, donnera à l’État 4,3 millions d’euros, un montant équivalent aux crédits d’impôts perçus par le groupe pour moderniser son usine sur le site de La Roche-sur-Yon, usine qui a fermé ses portes en 2020.

« Une victoire communiste pour la justice et la responsabilité » déclare Fabien Roussel, secrétaire national du PCF dans un communiqué. Il poursuit en déclarant que « Le PCF avait permis aux citoyennes et citoyens, dans la foulée de cette commission, d’interpeller le Ministre de l’Économie pour que l’engagement de Michelin soit tenu. »

Et il conclut : « Ce remboursement démontre une chose essentielle : la conditionnalité des aides publiques n’est ni une utopie ni un slogan, mais une exigence démocratique, sociale et économique. L’argent public ne peut plus servir à financer les délocalisations, les fermetures de sites, les licenciements, les dividendes et les rachats d’actions. L’argent public doit servir l’emploi, l’industrie, les territoires et la transition écologique — pas les actionnaires. »

Sébastien Lecornu, le Premier ministre aurait mieux fait de s’inspirer des conclusions de la commission d’enquête sénatoriale sur les aides données par l’État aux entreprises pour équilibrer son budget au lieu de puiser toujours dans les poches des plus fragiles.

Dominique Gerbault