L’édito du webzine. Le Mercosur, symbole d’une Europe à la croisée des chemins

L’Europe vient de tourner une page de son histoire agricole en validant l’accord UE-Mercosur. Les États membres ont scellé un pacte qui sonne comme un abandon pour des milliers d’agriculteurs français et européens.

« Colère totale des paysans » : l’expression, reprise en chœur par les syndicats, résume l’incompréhension et la révolte face à un texte qui sacrifie la souveraineté alimentaire sur l’autel du libre-échange. Les images parlent d’elles-mêmes : tracteurs bloquant les routes, œufs lancés contre les sièges des institutions.

La mobilisation, massive et déterminée, révèle un monde agricole au bord de l’asphyxie. Entre la hausse des coûts de production, les épizooties à répétition et une concurrence déloyale -où le soja OGM et les normes environnementales bâclées du Mercosur font office d’armes de guerre économique-, les paysans français ne demandent qu’une chose : survivre.

Un vote sous tension, une Europe divisée

Pour la première fois, un accord commercial européen est adopté sans unanimité. Cinq pays, dont la France, ont dit non. Un symbole fort, mais insuffisant. Car si l’Irlande, la Pologne ou l’Autriche ont résisté, la majorité qualifiée(*) a passé en force, révélant une fracture profonde : celle d’une Union européenne tiraillée entre ses idéaux et ses intérêts, entre la défense de ses producteurs et l’appel des sirènes du marché global.

Le Parlement européen, qui doit se prononcer le 21 janvier, détient désormais une responsabilité historique. Les 150 parlementaires de 20 nationalités prêts à saisir la justice européenne le rappellent : cet accord n’est pas une fatalité. Il est encore temps d’inverser la vapeur, de défendre un modèle agricole qui concilie performance et respect de l’environnement, plutôt que de céder à la loi du moins-disant social et écologique.

Relocaliser ou disparaître

Face à la grogne des agriculteurs, le gouvernement français promet des « annonces en leur faveur ». Mais les demi-mesures ne suffiront plus. Ce que réclament les paysans, c’est une politique ambitieuse : un moratoire sur les contrôles abusifs, la fin des abattages massifs de troupeaux, et surtout, une remise à plat des règles du jeu commercial. Car le vrai scandale du Mercosur, c’est son hypocrisie : on y exporte nos normes, mais on y importe des produits issus de pratiques que nous interdisons chez nous.

La question dépasse désormais le cadre agricole. Elle interroge le projet européen dans son ensemble : veut-on une Europe forte, maître de son destin alimentaire et industriel, ou une Europe diluée, otage des appétits des géants du Sud ? Les agriculteurs, en première ligne, ont choisi leur camp. À nous de les suivre.

Dominique Gerbault

(*) 21 États sur 27 ont approuvé cet accord, représentant 68,55% de la population européenne. La majorité qualifiée est à 65%.

Une quarantaine de manifestants en soutien au peuple vénézuélien (L’Indep)

C’est à l’appel à « la mobilisation contre l’agression du Venezuela par les États-Unis », lance par la CGT 66 à laquelle se sont agrégés LFI, le PS, le Parti communiste, divers syndicats et associations pacifistes, qu’une quarantaine de personnes se sont retrouvées hier devant la préfecture. à Perpignan.

« Il y a une semaine, les États-Unis lançaient une guerre illégale et illégitime contre le Venezuela en enlevant son chef d’État Nicolás Maduro. Ce piétinement inédit du droit international ouvre la voie à la généralisation de la loi du plus fort… Cette ingérence et cette invasion soudaine mettent en cause la paix dans toute la région, et dans le monde. Après l’Ukraine, la Palestine, le Soudan, et demain peut-être le Groenland, quel pays sera la nouvelle proie d’une mainmise inacceptable et injustifiable des États-Unis ? » C’est en résumé la teneur des revendications prononcées par Julien Berthélémy, secrétaire de la CGT dans les Pyrénées-Orientales, suivies d’autres interventions émanant de représentants de LFI, du PS, du PC, de divers syndicats et associations pour la paix mobilisés ce samedi en matinée devant la préfecture des Pyrénées-Orientales à Perpignan.

Une quarantaine de manifestants avait répondu a l’appel national, « à venir soutenir le peuple vénézuélien contre l’agression de Trump ». Un soutien qui s’est concrétisé à Perpignan par ces prises de paroles et un sit-in réduit à sa plus simple expression à cause du froid pénétrant. Globalement, les protestataires exigent « le respect de la souveraineté de l’État du Venezuela » ainsi que celui de « la légitimité du seul peuple vénézuélien à choisir ses dirigeants ».

Et si pour sa part, LFI 66 condamne fermement « la nouvelle doctrine impériale états-unienne via son président Donald Trump » consistant à « prendre le contrôle des territoires et de ressources » considérés « comme étant leur propriété ». La CGT 66 dénonce, elle, une « nouvelle violation grave du droit international, de l’intégrité territoriale du Venezuela et du droit du peuple vénézuélien à l’autodétermination ». Arguant du fait qu’au-delà du Venezuela, « cette offensive armée révèle une stratégie impérialiste globale conduite par les États-Unis qui menace d’autres peuples ». Concluant : « nous réaffirmons haut et fort notre engagement pour la paix, la démocratie, la souveraineté des peuples, l’état de droit et la solidarité internationale. Et demandons à Trump la libération du président vénézuélien et de son épouse ! »

Valérie Pons (L’Indépendant, le 11 janvier 2026)

Les agriculteurs ne désarment pas après le feu vert de l’UE au Mercosur (L’Indep)

L’accord décrié a été validé par une majorité des États, vendredi, malgré l’opposition de la France.

La majorité des États membres de l’Union européenne (UE) ont approuvé, vendredi, la signature de l’accord de libre-échange avec le bloc sud-américain du Mercosur, Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay. Une validation qui survient après plus de vingt-cinq ans de négociations, malgré la colère des agriculteurs et l’opposition de la France, la Pologne, la Hongrie, l’Autriche et l’Irlande.

La Commission européenne et des pays tels que l’Allemagne et l’Espagne voient dans cet accord un élément clé de la stratégie visant à ouvrir de nouveaux marchés, afin d’atténuer l’impact des droits de douane américains et de réduire la dépendance à l’égard de la Chine. Particulièrement pour les minerais comme le lithium pour batteries. A l’inverse, ses détracteurs s’inquiètent d’une hausse des importations de produits alimentaires bon marché, notamment de bœuf, de volaille et de sucre, au détriment de l’agriculture locale.

Pour convaincre les sceptiques, la Commission européenne a mis en place des mesures de sauvegarde permettant de suspendre les importations de produits agricoles sensibles. Elle a aussi renforcé les contrôles des importations et proposé le déblocage anticipé de certains fonds alloués à l’agriculture.

Ces concessions, insuffisantes pour la France, semblent avoir convaincu l’Italie, dont le soutien à l’accord commercial a été décisif.

« On ne baissera pas les bras »

Le texte doit désormais être soumis au vote des eurodéputés, mais la présidente de la Commission européenne, Ursula Von-der-Leyen, envisage une application du texte sans attendre la ratification du Parlement. Jeudi, le Président français Emmanuel Macron a affirmé, lui, que « l’étape de la signature de l’accord », prévu le 17 janvier au Paraguay, « ne constitue pas la fin de l’histoire », s’engageant a continuer de protéger le monde paysan.

De mesures, portées par le gouvernement, ont été annoncées dans la foulée, alors que les agriculteurs menaient de nouvelles actions en France, mais aussi plus largement à travers l’Europe. Si les tracteurs de la Coordination rurale ont quitté Paris après leurs blocages, ceux de la Confédération paysanne ont perturbé, vendredi, le trafic sur le périphérique parisien. Porte-parole du syndicat, Stéphane Galais et Thomas Gibert, ont été, parallèlement, interpellés aux abords de l’Arc de Triomphe.

« Les agriculteurs français n’accepteront jamais qu’on leur impose des règles si les importations ne les respectent pas. On ne baissera pas les bras », prévenait, jeudi, le patron de la FNSEA, Arnaud Rousseau, contacté par notre rédaction. Le premier syndicat agricole français appelle à « poursuivre le combat » contre le Mercosur, avec, notamment, une mobilisation du monde paysan, le 20 janvier, devant le Parlement européen, à Strasbourg.

L’Indépendant, le 10 janvier 2026

Mercosur : « C’est pas fini » la justice européenne saisie (L’Indep)

Claire Fita, eurodéputée PS d’Occitanie, est vigoureusement opposée au traité du Mercosur au nom de la défense des éleveurs, nombreux dans la région. Hier, alors que l’accord venait d’être approuvé par les Etats membres, elle annonçait à L’indépendant l’introduction d’un recours auprès de la justice européenne.

Le conseil européen vient d’adopter l’accord sur le Mercosur puis ce sera au parlement européen de le faire, le 21 janvier, croyez-vous encore à un vote inverse ?

Ce sera serré, le vote n’est pas gagné mais en effet, une très légère majorité favorable est possible. Il y a donc un vrai combat à mener d’autant que la grogne des agriculteurs en France existe aussi dans d’autres pays. L’adoption définitive n’est pas écrite et c’est notre travail de parlementaires de dire que ce traité est dangereux. C’est un accord de libre-échange ancienne génération, on peut convaincre.

Ce n’est pas la dernière étape, c’est pas fini. Vous envisagez une nouvelle étape, juridique cette fois ?

Oui. Depuis plusieurs mois, on prépare une saisine de la cour de justice européenne. Nous sommes 150 parlementaires de 20 nationalités. On a déjà demandé à la présidente Von-der-Leyen de le mettre à l’ordre du jour des sessions de novembre puis de décembre mais elle a refusé car tant que le texte du traité n’était pas porté devant le parlement européen, il y avait un doute juridique sur le recours.

Quand ce recours sera-t-il mis à l’ordre du jour ?

En janvier, le 20 janvier.

Cela signifie qu’un recours serait introduit dans la foulée de l’adoption du Mercosur ?

Oui, même si la présidente peut le repousser.

Sur quoi porte précisément ce recours contre le Mercosur ?

Sur l’utilisation de la majorité qualifiée au sein du conseil européen pour adopter le texte. On considère qu’il faut l’unanimité des États membres mais le conseil européen, sachant qu’il y avait des oppositions et qu’il n’y aurait pas unanimité, a choisi pour stratégie de le séparer en deux: un accord politique de coopération sur le principe, pour les États membres, et un accord uniquement commercial ne nécessitant qu’une majorité qualifiée. Les parlements nationaux ne se prononçant pas, c’est une atteinte à leur légitimité.

Votre recours serait-il suspensif ?

Oui, il pourrait l’être, on le demandera dans notre saisine de la cour de justice et ce sera à elle d’apprécier.

Quels seraient les délais pour que la cour de justice européenne tranche ?

Entre 12 et 18 mois.

Difficile d’imaginer que les juges annulent un traité alors que le commerce et les échanges auront commencé depuis un an, non ?

Ils feront appliquer la loi, les droits de douane seraient alors relevés. La situation est grave pour nos éleveurs et le Mercosur les mettra encore plus en danger.

Pensez-vous aux gagnants du Mercosur ? Ils sont nombreux en Occitanie : les viticulteurs, l’aéronautique…

Ils sont solidaires. En décembre j’étais avec des viticulteurs dans l’Hérault qui exprimaient leur solidarité.

Ça ne les empêche pas d’être contents de pouvoir exporter davantage grâce à des droits de douane diminues…

Oui mais ceux qui ont réussi sur ces marchés disent qu’ils n’ont pas besoin du Mercosur. Oui il y a des gagnants mais il faut faire des choix et on a choisi un modèle agricole qu’on pense être vertueux. Savez-vous qu’au Brésil, l’utilisation de pesticides a été multipliée par quatre en 20 ans et qu’elle a été divisée par quatre en Europe ? Si on ne défend pas notre modèle agricole, on le perdra. L’aéronautique continuera à vivre sans le Mercosur. Il n’est pas l’alfa et l’oméga de nos dialogues avec l’Amérique du Sud. Et au-delà du Mercosur, la question est : veut-on une Europe plus forte ou moins forte ? Car une Europe plus forte passera par sa souveraineté.

Recueilli par Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 10 janvier 2026)

Ratification de l’accord UE-Mercosur. Ce n’est pas fini !

Mobilisons-nous pour que le Parlement européen vote CONTRE sa ratification

—> Lire la réaction des membres du collectif national Stop Mercosur

Le Conseil des États-membres de l’Union européenne (UE) vient d’adopter le projet de ratification de l’accord de libre-échange entre l’UE et les pays du Mercosur. C’est la première fois de l’histoire de l’Union européenne qu’un accord de libre-échange n’est pas approuvé à l’unanimité : l’Irlande, la Pologne, l’Autriche, la Hongrie et donc la France ont voté contre, alors que la Belgique s’est abstenue. La majorité qualifiée n’est atteinte que de justesse (1). Preuve que la politique commerciale de l’UE, et la façon dont son économie est devenue si dépendante des marchés internationaux tant pour ses débouchés que pour son approvisionnement, ne fait plus consensus. L’histoire n’est pas finie : le Parlement européen peut encore bloquer la ratification de cet accord si nocif.

Le collectif national Stop Mercosur appelle toutes les forces associatives, syndicales et citoyennes à s’engager dans ce combat à nos côtés : nous ne voulons ni de la loi de la jungle de Donald Trump, ni de la poursuite d’une mondialisation néolibérale désastreuse, mais une relocalisation écologique et solidaire qui permette de satisfaire les besoins des populations sans détruire les activités des agriculteur·ices et des salarié·es, ni la planète.

(1) 21 États sur 27 ont approuvé cet accord, représentant 68,55% de la population européenne. La majorité qualifiée est à 65%.

Non à l’impérialisme ! Solidarité avec la population du Venezuela ! Rassemblons-nous partout dans le pays ce samedi 10 janvier 2026

Dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 janvier, les États-Unis d’Amérique ont lancé une opération militaire de grande ampleur sur la capitale du Venezuela, Caracas. Le président vénézuélien, Nicolás Maduro, et sa femme, Cilia Flores, ont été enlevé.es et placé.es en prison à New York. Selon les premières estimations, 78 personnes seraient mortes au cours de l’opération, parmi lesquelles au moins une civile.

Cette agression impérialiste et coloniale ordonnée par Donald Trump viole ouvertement la Charte des Nations unies et la Constitution des USA. Cette attaque signe le retour du pire de l’impérialisme états-unien en Amérique latine, s’inscrivant dans l’inflexion globale vers l’extrême droite.

Les justifications à géométrie variable de « lutte contre le narcoterrorisme » sont contredites par les affirmations de Trump lui-même, qui assume pleinement sa volonté de domination coloniale et d’accaparement des ressources du pays, notamment pétrolières.

Les violations des droits humains et démocratiques perpétrées par le régime de Maduro sont bien réelles, tout comme les effets sur la population des sanctions imposées par les administrations américaines. En revanche, ni le peuple vénézuélien ni les Nations Unies n’ont donné mandat aux États- Unis pour intervenir et s’accaparer des ressources du pays. C’est aux populations du Venezuela de décider librement, sans interférences, de leur avenir.

Les évènements du Venezuela, et les nouvelles menaces que fait peser Donald Trump sur la Colombie, Cuba, le Mexique et le Groenland illustrent l’affirmation de la loi du plus fort comme seule norme des relations internationales, dans la pure tradition de l’extrême droite. La réaction d’Emmanuel Macron, ne nommant pas l’agresseur et ne condamnant pas clairement cette violation évidente des principes fondamentaux du droit international, est une faute politique historique et un blanc-seing donné à Donald Trump pour la suite.

De la Palestine à l’Ukraine, en passant par le Soudan et maintenant le Venezuela, les peuples agressés sont en première ligne de l’autoritarisme et de la fascisation accélérée ayant cours actuellement partout dans le monde. Face à tous les prédateurs, et à ceux qui laissent faire, le respect du droit des peuples à l’autodétermination doit être au cœur de nos mobilisations.

Nous appelons à se rassembler partout dans le pays ce samedi 10 janvier pour exiger :

  • L’arrêt immédiat de l’agression militaire des États-Unis, la fin de ses menaces sur les pays de la région et le retrait du déploiement de force US dans la Caraïbe ;
  • Le respect du droit du peuple vénézuélien à disposer de lui-même. Toute solution politique et diplomatique doit se baser sur la souveraineté populaire, la garantie de ses libertés et sur le droit international ;
  • La levée des sanctions économiques et la satisfaction des besoins humanitaires des populations ;
  • Des sanctions contre les USA et Donald Trump : la fin de l’achat d’armes au complexe militaro-industriel US.

Seul le peuple vénézuélien peut et doit décider, en toute souveraineté et sans ingérences, de son propre avenir. Non à l’impérialisme ! Les peuples ne sont pas à vendre !

Appel national des organisations : Arguments pour la Lutte Sociale – ATTAC – Collectif Haiti France – Collectif de Solidarité avec le Peuple du Nicaragua- CGT – Confédération Paysanne – CEDETIM/IPAM – CRID – Les Ecologistes – Pour une Ecologie Solidaire et Sociale – Emancipation Tendance Intersyndicale – France Amérique Latine – Fondation Copernic – FSU – L’Après – LDH – Le Mouvement de la Paix – NPA Anticapitaliste – Nos Révolutions – PCF- PS – Réseau Bastille – Le Réseau Coopératif de Gauche Alternative – Solidaires – Solidaires Etudiant.es.

Otto Vaillant Frías. « Cuba est un pays qui veut la paix mais nous allons le défendre »

Au lendemain de l’attaque des États-Unis contre le Venezuela, Donald Trump menaçait à son tour Cuba. Ambassadeur de l’île en France, Otto Vaillant Frías en appelle aux institutions internationales

La Marseillaise : Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris l’attaque des États-Unis sur le sol du Venezuela ?

Otto Vaillant Frías : Il y a plusieurs réactions qui se mêlent. Comme Cuba, je condamne, je n’accepte pas ce type d’action des États-Unis contre n’importe quel pays, que ce soit le Venezuela ou un autre. C’est une violation du droit international, de la loi des États-Unis, de la loi du Venezuela… Ils n’ont pas le droit d’aller agresser un pays et d’en kidnapper le président ! Et c’est une intervention terrible, avec la mort de nombreuses personnes dont des Cubains qui ont été tués au combat. En tant que Cubains, nous sommes tristes de ces pertes. Et nous rejetons cette politique qui prend forme dans l’administration Trump, et qu’ils vont poursuivre il me semble.

La Marseillaise : Avec cette attaque, Donald Trump a franchi un cap supplémentaire, vous l’expliquez comment ?

Otto Vaillant Frías : Donald Trump prône désormais une politique de total manque de respect aux Nations Unies, au droit international. La doctrine Monroe revient, l’Amérique pour eux, en disant que c’est sa zone d’influence, qu’aucun pays ne peut agir indépendamment s’il ne le souhaite pas. Il y a deux siècles certains pays n’étaient pas encore indépendants, mais aujourd’hui, ils n’ont pas besoin de demander aux États-Unis que faire, comment agir, comment prendre des décisions dans leur politique intérieure ou extérieure. L’administration Trump n’a pas le moindre respect pour aucune organisation internationale, ni pour les gouvernements des autres pays. C’est très grave.

La Marseillaise : Immédiatement après l’attaque, Donald Trump a menacé Cuba. Cela vous inquiète ?

Otto Vaillant Frías : Il a dit qu’il faudrait regarder le cas de Cuba, regarder d’autres cas… À Cuba, nous souffrons d’un horrible blocus depuis plus de soixante ans, ils font déjà souffrir le peuple cubain parce qu’ils cherchent depuis le début de faire tomber le gouvernement et la révolution cubaine. Ils n’ont pas encore réussi, mais ils ont tout fait : l’agression militaire, le blocus, la propagation de maladies… Faire tomber notre gouvernement est leur objectif principal depuis le triomphe de la révolution cubaine, le 1er janvier 1959. Mais nous continuerons notre lutte. Même si ce ne sera pas facile pour nous.

La Marseillaise : Justement, dans son avion présidentiel Donald Trump disait que Cuba « est prêt à tomber », surtout si on lui coupe l’accès au pétrole du Venezuela… Que lui répondez-vous ?

Otto Vaillant Frías : Pendant le combat, il y avait aussi des Cubains au côté de Maduro. Le gouvernement du Venezuela avait demandé à Cuba du soutien pour la sécurité de son président, et ils étaient là. Ils étaient une trentaine à se battre contre 200 soldats des États-Unis. Ils ont réussi à tenir pendant plus d’une heure. Cela en dit beaucoup. Cuba est un pays qui veut la paix, mais nous sommes prêts à le défendre s’il y a besoin. Nous n’accepterons aucune invasion chez nous. Les États-Unis ont les moyens de punir les pays, les entreprises, de prendre des mesures contre tous ceux qui voudraient vendre du pétrole à Cuba, et je ne sais pas ce qu’il va se passer à l’avenir dans les relations commerciales, économiques ou de coopération entre Cuba et le Venezuela ou avec d’autres pays. C’est difficile à dire aujourd’hui. Mais nous avons le droit d’exporter ce que nous voulons malgré les sanctions des États-Unis. Nous verrons comment le Venezuela pourra tenir ses engagements envers Cuba.

La Marseillaise : Pourquoi cet acharnement persiste toujours selon vous, 67 ans après la révolution ?

Otto Vaillant Frías : La question de la relation des États-Unis avec Cuba remonte à avant la révolution. Depuis leur indépendance ils ont toujours pensé que l’Amérique leur appartient. Pour Donald Trump et ceux qui l’entourent, Cuba devrait être une étoile sur le drapeau des États-Unis.

La Marseillaise : Dans ce contexte, est-ce que les timides réactions européennes et spécifiquement françaises vous surprennent ?

Otto Vaillant Frías : Chaque pays agit selon la façon dont il voit les choses. Moi, je transmets la position que je connais, la mienne. Pour les réactions européennes ou françaises, il serait intéressant de demander pourquoi ils le font, comment ils voient la situation. Chaque pays a ses propres intérêts. Chaque pays a sa vision. Mais pour nous, c’est inacceptable.

La Marseillaise : Vous parliez du blocus des États-Unis, des containers ont justement été envoyés par la CGT, par le PCF pour soutenir Cuba. À quel point cette solidarité compte pour vous ?

Otto Vaillant Frías : C’est très important, parce nous avons eu un ouragan récemment qui a fait des énormes dégâts. Nous avons dû protéger la vie de 1,2 million de personnes dans des écoles, dans des endroits publics. Mais après son passage, 150 000 personnes ont perdu leurs maisons, plus de 50 000 habitations ont été détruites. C’est très compliqué de faire face à cette situation. C’est dans ce moment si difficile que l’on reçoit le soutien du Parti communiste français, des organisations de solidarité qui envoient des dons, des médicaments pour aider ces gens. Cela, c’est pour l’aspect matériel. Mais il y a une solidarité en France qui est très importante pour nous, c’est la solidarité politique, celle du Parti communiste français, de la CGT ou des autres partis politiques et organisations de solidarité. C’est le résultat d’années de solidarité et d’amitié, qui compte énormément pour Cuba.

La Marseillaise : Quels sont les besoins principaux pour Cuba aujourd’hui, dans ce contexte ?

Otto Vaillant Frías : C’est le droit à l’autodétermination, l’indépendance, la défense de la souveraineté nationale. Ce sont des principes non négociables. Le droit aux peuples à choisir leur destin, sans l’intermission de pays tiers, le droit au développement, le droit à la vie, le droit à la non-intervention, le droit à la non-ingérence de forces militaires sur son territoire… Pour Cuba, c’est absolument nécessaire qu’il y ait une concertation du monde entier concernant la politique menée aujourd’hui par les États-Unis. Hier, c’était le Venezuela. Mais demain on ne sait pas où ils vont intervenir. Vous avez vu les informations hier [mercredi, Ndlr.] sur les envies des États-Unis concernant le Groenland… Et après le Groenland, qui sera visé ? Il y a une envie d’expansion territoriale des États-Unis vers l’Europe, c’est quelque chose de nouveau, qui devrait faire réagir.

La Marseillaise : Que faudrait-il faire pour garantir ces droits ?

Otto Vaillant Frías : Il faudra pour commencer réunir les Nations Unies, le Conseil de Sécurité, pour que le monde entier parle. Il faut un mouvement international pour arrêter la folie des Américains, de Trump. Aujourd’hui, on se bat pour l’avenir du monde. À l’intérieur de l’administration américaine il y a des gens qui veulent faire la guerre, qui veulent tout détruire. Cela va continuer sans arrêt. Ils ont une liste de territoires, de pays où ils veulent agir. Ils voient où sont les terres rares, où est le lithium, et ils veulent aller chercher ces ressources par n’importe quel moyen. Soit ils les achètent, soit ils envoient des troupes et tuent, kidnappent n’importe qui pour faire ce qu’ils veulent. Ce n’est pas possible, c’est un ordre international injuste, qui doit changer.

La Marseillaise : Vous avez de l’espoir justement que les États-Unis reviennent à la raison ?

Otto Vaillant Frías : Donald Trump ne respecte personne. Il ne respecte pas le droit international, il ne respecte pas les Nations Unies, il ne respecte pas les pays non plus. C’est une terrible réalité. J’espère qu’on arrivera à changer cela. J’ai sincèrement de l’espoir. Il ne sera pas toujours là. Mais le fait qu’il reste trois ans encore au pouvoir ne doit pas lui donner de chèque en blanc pour qu’il puisse faire n’importe quoi. Il faut qu’il respecte le droit, y compris celui de son propre pays.

Propos recueillis par Yves Souben (La Marseillaise, le 9 janvier 2026)

L’édito du TC par René Granmont. Refuser de se coucher devant les forbans !

L’attaque de l’armée américaine contre Caracas suivie du kidnapping du président Maduro est un séisme dont les répliques peuvent remodeler le monde de la pire des façons. Si les États-Unis ne s’étaient jamais privés de piétiner le droit international, ils le faisaient en camouflant leurs mauvais coups derrière des arguments fallacieux de lutte pour la paix ou la démocratie. Mais le terrorisme d’État est totalement assumé par la Maison Blanche, l’ argument de lutte contre le « narcoterrorisme » avancé par Donald Trump étant d’autant plus grotesque que ce dernier vient de gracier l’ex-président hondurien Juan Orlando Hernandez, baron de la drogue et allié fidèle des USA… Et il n’a pas hésité à fièrement annoncer sa volonté d’imposer un gouvernement à sa botte pour s’approprier les énormes réserves pétrolières de la patrie de Simon Bolivar. Cette opération arbitraire, illégale, ravive la doctrine Monroe affirmant la stricte tutelle des États-Unis sur le continent, du cap Horn au cap du Prince de Galles. Trump a explicitement proféré des menaces contre la Colombie, Cuba, le Mexique, le Brésil… Et demain, contre le Groenland et d’autres… Car le monde de l’internationale fasciste qu’il parraine est un monde où ne règne que la loi du plus fort et du fric après disparition du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Face à cette action criminelle, on aurait pu penser que, comme contre l’invasion de l’Irak en 2003, la France clamerait son indignation de voir nier les plus élémentaires règles du droit international. Que nenni ! C’est un véritable agrément qu’Emmanuel Macron a d’abord donné au forban de la Maison Blanche. Et son tardif rétropédalage ne fait qu’accentuer l’effet catastrophique de sa déclaration initiale. Quelle honte que cette diplomatie de girouette ! La vassalisation de notre pays, amorcée par Nicolas Sarkozy, n’en est apparue que plus flagrante. Quel poids pourra alors avoir la parole de la France face au nouvel ordre qui se met en place. L’ordre des droites extrêmes, fascistes, piétinant le droit international comme elles nient l’État de droit dans notre pays.Le droit international reste un terrain de confrontation entre le cynisme des puissants et l’exigence universelle de justice. Le laisser se déliter, c’est accepter le monde de la jungle. Le défendre, au contraire, c’est affirmer que l’ordre mondial ne doit pas être écrit uniquement par ceux qui ont les moyens de l’imposer. À nous de décider s’il restera une promesse trahie ou s’il redeviendra un combat à mener.