L’édito du TC par René Granmont. La Fête pour faire face à la menace

Le résultat, même attendu, fait mal et dépasse même ce qui était prévu. Avec 44 %, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne, l’AfD, a remporté haut la main les élections au parlement du Land de Saxe-Anhalt. En premier lieu, le choc tient au fait que c’est la première fois depuis la chute du Reich en 1945 qu’un parti s’inspirant ouvertement de l’idéologie nazie va probablement s’emparer du pouvoir dans un Land. En première analyse, il est clair que cette victoire de l’AFD est le fruit d’une réunification qui, après la chute du mur en 1989, n’a absolument pas profité à la plupart des habitants de l’ancienne RDA. Ces résultats tiennent à la fois au sentiment des citoyens de l’Est d’être les laissés pour compte, se cumulant à l’insatisfaction de l’ensemble des Allemands à l’égard des politiques antisociales menées tant par le SPD que par la CDU. Surtout, l’Afd a utilisé les deux armes complémentaires employées par les extrêmes droites et les néofascistes dans tous les pays, de l’Allemagne à la Hongrie, de la France aux Etats-Unis : la dénonciation de l’immigration et la démagogie identitaire, ces instruments de destruction massive des solidarités, de la conscience de classe, de la tolérance et de l’accueil, y compris en programmant des formes de retour à un passé fantasmé. Primaire, simpliste, bourré de contre-vérités, … mais efficace.

Un idéologue de la période nazie, Carl Schmitt, avait érigé en principe de la politique le fait de désigner un ennemi et s’il n’existait pas, de le fabriquer. C’est bien ce qu’a fait l’AfD avec l’immigration. Comme le fait en France Marine Le Pen avec sa proposition d’interdire le port du voile dans l’espace public. Proposition incendiaire, inconstitutionnelle, mais le meilleur moyen de ne rien dire des politiques antisociales et de division des peuples qu’appelle aujourd’hui le capital.

Certes, le Land de Saxe-Anhalt est un petit territoire au regard du monde, mais les figures de l’extrême droite ne s’y sont pas trompées qui, de la Maison Blanche à l’Italie et à la péninsule ibérique, ont salué partout dans le monde le succès de leurs partenaires allemands en Saxe-Anhalt. Les nouveaux fascistes se congratulent. Nous sommes en état d’alerte majeure.

Ce weekend, des centaines de milliers de citoyennes et citoyens vont participer à la Fête de l’Humanité. La résistance face à la marée brune sera au centre des rencontres et débats dans tous les espaces de cette grande fête car aujourd’hui, comme il y a quatre-vingt-dix ans en 1936, l’urgence demeure : lier antifascisme de masse et lutte pour l’égalité. Battre l’extrême droite, c’est lui opposer un projet de société transformateur. Et nul doute que les participants à la Fête repartiront dans leur ville, leur quartier, leur village avec pléthore d’arguments sur l’écologie, le climat, le progrès social, l’industrie, les inégalités, le patriarcat et, bien sûr, le travail.

Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie allemande classique

Friedrich Engels (Les éditions sociales, août 2026).

À travers une réflexion sur la philosophie de Ludwig Feuerbach, Engels retrace la genèse de la pensée marxiste, réhabilite l’héritage critique de Hegel et expose, dans une forme particulièrement claire, les principes fondamentaux de la vision matérialiste du monde. Écrit dans le contexte des débats philosophiques et politiques qui traversent alors la social-démocratie allemande, ce texte entend défendre la spécificité du matérialisme marxiste contre les différentes formes d’idéalisme, de positivisme et de « matérialisme vulgaire ». Il est devenu l’un des textes canoniques du mouvement ouvrier international et a longtemps servi d’introduction privilégiée au marxisme.

Cette nouvelle traduction de la GEME, accompagnée d’une introduction substantielle et d’annexes inédites, restitue le contexte philosophique et politique dans lequel écrit Engels.

Publié avec le soutien de la Fondation Gabriel Péri.

Août 2026 – 248 pages – 18 euros

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Les Fronts populaires, une perspective mondiale, 1934-1938

Sous la direction de Jean Vigreux et Serge Wolikow, (Libertalia, juin 2026).

« L’objet de ce livre est d’écrire une histoire du moment 1934-1938 en décalant le regard, en l’internationalisant, mais aussi en évitant de le penser uniquement du point de vue européen : les Fronts populaires hors d’Europe ont existé ! » Car le Front populaire est aussi un phénomène mondial. Avec cet ouvrage rassemblant les contributions de 40 spécialistes de la période, il s’agit de présenter, analyser et expliquer ces années-là dans une histoire connectée, mondialisée, voire universelle ou internationale. Bref, une histoire des Fronts populaires dans une perspective mondiale.

Publié avec le soutien de la Fondation Gabriel Péri.

Mai 2026 – 800 pages – 14 euros

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Les publications de la Fondation Gabriel-Péri. États-Unis : Une domination en question

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Trump érige la loi du plus fort en principe. Prolongeant et radicalisant un projet impérial amorcé de longue date, cette brutalisation assumée des relations internationales – doublée d’une offensive autoritaire intérieure – s’accompagne de l’attaque en règle de l’ordre institutionnel mis en place en 1945, jugé de moins en moins conforme aux intérêts états-uniens. Cette politique de force ne doit pas faire illusion. Elle révèle aussi le déclin relatif d’une hégémonie contestée qui doit de plus en plus recourir à la contrainte pour se maintenir. Cet ouvrage collectif entend éclairer les transformations et les ressorts structurels de cette domination, autant qu’il esquisse des alternatives progressistes pour construire une multipolarité fondée sur l’égalité et la coopération entre les peuples.

Coordonné par Louise Gaxie et Chrystel Le Moing. Avec Hadjar Aouardji, Charlotte Balavoine, Dominique Bari, Édouard Bénard, Didier Billion, Marie-Claire Cailletaud, Jim Cohen, Denis Durand, Philip Golub, Florian Gulli, Patrick Kamenka, Peter Mertens, Alain Obadia, Vincent Ortiz, Despina Sinou, Gloria Verges, Francis Wurtz, Igor Zamichiei.

Septembre 2026 – 250 pages – 22 euros

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Lucille Guenier. « Nos protocoles de sécurité ont été renforcés » (La Marseillaise)

Lucille Guenier, responsable communication pour SOS Méditerranée, actuellement à bord de l’Ocean Viking, navire de l’ONG attaqué par des gardes-côtes libyens il y a un an, revient sur l’intensification des menaces en mer, subies par les ONG comme par les migrants.

La Marseillaise : Vous étiez à bord de l’Ocean Viking lorsque le navire a été attaqué par des gardes-côtes libyens. Pouvez-vous revenir sur les évènements ?

Lucille Guenier : J’étais à bord, comme la plupart des équipes actuellement en mer, le jour de l’attaque. Les gardes-côtes libyens ont tiré sur notre bateau depuis le leur, de classe Corrubia, donc beaucoup plus petit, rapide et agile que le nôtre. Il n’y a pas eu d’abordage [assaut mené par un équipage pour monter à bord d’un autre navire, ndlr], mais c’était le risque. Depuis un an que l’attaque a eu lieu, aucune condamnation n’a été prononcée [malgré la plainte déposée par SOS Méditerranée, ndlr]. Les gardes-côtes libyens sont dans une totale impunité. Ils sont encore actifs. Il y a quelques semaines, nous avons même croisé le patrouilleur [navire des gardes-côtes], qui nous avait tiré dessus l’an dernier. Le constat aujourd’hui, après un an, c’est que rien n’a changé. Au contraire, les choses ont empiré. Ça a été un tournant pour nous en tant que personnel (…) mais pas au niveau politique. Ça n’a engendré aucune conséquence. Au contraire, le soutien aux gardes-côtes libyens par l’Union Européenne s’est amplifié.

La Marseillaise : Vous parlez d’un tournant pour le personnel. Pouvez-vous en dire plus ?

Lucille Guenier : D’abord, s’il n’y a eu aucune blessure physique, il y a eu des conséquences psychologiques. L’organisation a donc dû accompagner les équipes pour qu’elles puissent ensuite repartir en mer. Les opérations se sont arrêtées pendant quatre mois. Après, bien sûr, les protocoles de sécurité ont été renforcés et sont désormais beaucoup plus stricts. Il a fallu s’adapter au contexte et au fait que potentiellement, en faisant des sauvetages en mer, il était possible de se retrouver face à des gens qui tiennent des kalachnikovs alors que tout ce dont on dispose, nous, ce sont des gilets sauvetage. On a donc dû adapter nos protocoles de sécurité, accompagner le personnel navigant qui a été victime de cette attaque mais aussi celui qui ne l’a pas été et qui sait dorénavant que quand il opère en Méditerranée centrale, sur un terrain qui, a priori, n’est pas un terrain de guerre, il peut se retrouver sous la menace des balles.

La Marseillaise : Avez-vous recueilli des témoignages de réfugiés d’interpellations violentes ?

Lucille Guenier : Oui, très souvent. Les personnes qu’on secourt ont souvent essayé plusieurs fois de traverser la Méditerranée centrale. Elles se font intercepter par des gardes-côtes libyens puis sont, en général, ramenées dans des prisons informelles où elles sont torturées ou rançonnées pour pouvoir sortir. Il y a tout un système de collusion entre les gardes-côtes libyens, les passeurs et les trafiquants de traite humaine. C’est documenté par des journalistes, mais aussi par de récents rapports des Nations Unies. Et ces gardes-côtes sont en partie financés par l’Union européenne, dans le cadre d’une politique d’externalisation des frontières. Des bateaux leur ont notamment été fournis par l’Italie.

Si cette situation ne cesse pas, si le soutien aux gardes-côtes libyens continue, d’abord les gens vont continuer de périr en Méditerranée, et ensuite, un jour, des personnels d’ONG, qui essaient de porter assistance à ces personnes, seront blessés ou perdront leur vie.

Entretien réalisé par Margot Milhaud (La Marseillaise, le 25 août 2026)

Agression horrible dans la bande de Gaza. Destruction totale et pertes économiques importantes dans le secteur agricole

Un rapport du ministère de l’Agriculture palestinien publié fin juillet 2026, a documenté la destruction totale subie par le secteur agricole dans la bande de Gaza, pendant cette agression continue contre la population civile.

Le rapport a confirmé que le secteur agricole de Gaza a subi pendant l’offensive militaire des destructions à grande échelle, entraînant l’effondrement quasi complet des infrastructures de production agricole, avec des dommages dépassant 87 % dans la plupart des secteurs, selon l’analyse des images aériennes haute résolution, les systèmes d’information géographique (SIG) et les bases de données agricoles officielles.

Selon le rapport approuvé par plusieurs organisations agricoles internationales, les pertes totales du secteur agricole dans l’enclave palestinienne ont atteint environ 3,49 milliards de dollars américains, dont 1,90 milliard de dommages directs et 1,59 milliard de dommages indirects.

Il a été indiqué que le secteur de la production végétale a connu une forte baisse de la production des cultures, ce qui a entraîné une réduction de la capacité à fournir de la nourriture localement, en raison de dommages touchant environ 158, 909 kilomètres carrés sur un total de 182, 247 kilomètres carrés, avec un taux global de dommages de 87,1 %.

L’agression horrible a directement provoqué un effondrement presque complet du système d’irrigation agricole, avec la mise hors service d’environ 8700 puits agricoles, en plus de la détérioration de 3 828 bassins d’eau agricole, ainsi que la destruction de 1371 kilomètres de conduites d’eau agricole.

Dans le secteur de la production animale, le taux de pertes a atteint environ 90,3%, avec des dommages affectant plus de 5450 fermes de ruminants et environ 2 300 fermes de volailles, en plus de la mort d’environ 69000 animaux ruminants et 2,79 millions d’oiseaux, ainsi que la détérioration de 28400 ruches, reflétant de grandes pertes dans le système de production animale.

Et selon le rapport, les ressources du secteur de la pêche n’ont pas été épargnées par la guerre d’extermination totale, avec environ 1674 moyens de pêche affectés, 7 fermes aquacoles endommagées et environ 450 bassins à double usage touchés, en plus de la destruction de l’unique écloserie de poissons, ce qui a entraîné un arrêt quasi total des activités de pêche et de production piscicole.

Concernant les infrastructures agricoles, environ 93 pépinières ont été gravement endommagées, 18 incubateurs et 134 chambres froides agricoles également presque complètement détruits, sans parler des destructions massives dans les centres gouvernementaux, les laboratoires vétérinaires, les stations expérimentales et de traitement de l’eau, ainsi que les graves dommages subis par les installations et les ports des pêcheurs et les infrastructures de services qui leur sont associées.

Le ministère palestinien de l’Agriculture a confirmé que cette destruction sans précédent a entraîné une paralysie quasi totale du système de production agricole, ainsi qu’une forte baisse de la sécurité alimentaire pour les habitants du secteur, en plus de la perte de sources de revenu pour des milliers de familles, ce qui a augmenté la dépendance à l’aide humanitaire et aux secours.

Avec leur volonté, quelques paysans palestiniens de Gaza ont essayé de reprendre leurs actions. Ils ont réussi malgré les conditions très difficiles de la remise en état d’environ 24 hectares de serres endommagées, principalement dans le sud de la bande de Gaza, une reprise timide et entravée, mais encourageante.

Ces prémices de reprise restent fragiles, et largement entravées. Les agriculteurs de Gaza souhaitent relancer la production sur chaque parcelle disponible, mais ils doivent pour cela avoir accès à des intrants et à leurs terres.

Dans l’ensemble de l’enclave illégalement assiégée et occupée, les coûts de production ont augmenté de manière spectaculaire, certaines semences ayant vu leur prix multiplié par dix, alors que des milliers d’hectares sont devenus inaccessibles ou impropres à la culture en raison des opérations militaires et des débris de guerre.

La pénurie de semences, d’engrais, de pesticides et de carburant continue de paralyser le secteur. En outre, l’occupation actuelle par l’armée israélienne de près de 65% de l’enclave rend dangereux voire impossible pour nombre d’agriculteurs d’accéder à leurs terres situées aux alentours de la ligne jaune.

Dans ce contexte sombre, le ministère de l’Agriculture a appelé toutes les institutions de la communauté internationale, les organisations onusiennes et les donateurs à agir rapidement et immédiatement pour soutenir la relance, la réhabilitation et la récupération du secteur agricole, reconstruire ses infrastructures, et permettre aux agriculteurs, aux pêcheurs et aux éleveurs de reprendre la production, afin de renforcer la sécurité alimentaire et soutenir la reprise économique dans la bande de Gaza.

Et malgré le soi-disant accord de cessez-le-feu le 10 octobre 2025, la situation humanitaire dans le secteur ne s’est pas améliorée en raison du refus de l’occupation de respecter ses engagements, y compris l’ouverture des points de passage et l’introduction des quantités convenues d’aide alimentaire, humanitaire et médicale, ainsi que de matériaux de construction.

Au Venezuela, le rejet de « toute forme de domination » (La Marseillaise)

Depuis l’enlèvement illégal par les États-Unis du président du Venezuela Nicolás Maduro, le pays est dirigé par la présidente par intérim Delcy Rodriguez. Celle-ci semble s’être accommodée de la tutelle imposée par Washington à Caracas, accédant à chacune des exigences de l’administration de Donald Trump ; entre exploitation de la reprise de l’activité pétrolière au profit des multinationales américaines -mais pas des habitants- et rétablissement des relations consulaires avec Israël. Pendant ce temps, la population vénézuélienne peine à se relever des conséquences des séismes, plongeant davantage dans la pauvreté.
Le Parti communiste du Venezuela dénonce l’impérialisme américain qui a la mainmise sur le pays depuis l’enlèvement de Nicolás Maduro.
Entretien avec Neirlay Andrade membre du bureau politique du Parti communiste du Venezuela (PCV).

La Marseillaise : Quelle est la situation politique dans le pays depuis le début de la « tutelle » américaine ?

Neirlay Andrade : Le triumvirat dirigé par Delcy Rodríguez, son frère et président du Parlement, Jorge Rodríguez, et le ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello, exerce illégalement le contrôle interne. Le gouvernement aurait dû organiser des élections après l’enlèvement de Nicolás Maduro, comme le prévoit la Constitution. Or, ce groupe s’est emparé du pouvoir et agit sous la direction de la Maison Blanche. Pour Washington, la priorité immédiate n’est pas le rétablissement de la souveraineté populaire ou des libertés démocratiques, comme on le faisait croire à l’opinion publique. Son véritable objectif est de garantir des conditions favorables au pillage du pays, et le PSUV [le Parti socialiste unifié du Venezuela, au pouvoir, Ndlr.] en est devenu le garant. Pendant des années, le gouvernement de Maduro a construit un faux discours de confrontation avec les États-Unis. Aujourd’hui, cette relation est présentée comme une nécessité. Le peuple vénézuélien doit résoudre sa crise politique et sociale sans que Washington ne décide de la date des élections, des personnes autorisées à y participer ou de la manière dont le pétrole sera géré. Cela ne signifie pas pour autant défendre l’ancien gouvernement de Maduro ni ignorer la profonde crise politique qui l’a précédé. C’est précisément parce que nous dénonçons l’autoritarisme, la corruption et la destruction des droits démocratiques sous le PSUV que nous refusons la solution consistant à remplacer une forme de subordination par une autre. L’alternative pour le Venezuela ne peut pas être de choisir entre l’autoritarisme du PSUV et la tutelle impérialiste.

La Marseillaise : Les manifestations contre l’impérialisme américain sont-elles fréquentes ?

Neirlay Andrade : Il n’y a pas eu de mobilisations anti-impérialistes massives depuis le 3 janvier. La direction du parti au pouvoir a neutralisé toute initiative susceptible de compromettre ses relations avec la Maison Blanche. La campagne exigeant la libération de Maduro et son retour au Venezuela a été brusquement abandonnée et remplacée par une campagne visant à promouvoir la « renaissance » du pays dans le cadre d’un nouveau dispositif de « coopération » avec Washington. Cependant, des manifestations antisionistes importantes ont récemment eu lieu dans plusieurs villes du pays, en signe de rejet de la présence des forces militaires israéliennes, intégrées à l’équipe chargée de diriger le processus de reconstruction des zones sinistrées à la suite des tremblements de terre. Ces rassemblements, bien que de faible ampleur, ont été menés par des militants de base du PSUV qui rejettent le revirement opéré par la direction du parti [qui a rétabli les liens consulaires avec Israël, Ndlr.]. Le PCV œuvre aux côtés d’organisations politiques et sociales à la construction d’une alternative démocratique, populaire et souveraine, visant à rétablir la Constitution et à lutter contre le pillage, l’autoritarisme et toute forme de domination étrangère.

La Marseillaise : Marco Rubio a été qualifié par le New York Times comme le « vice-roi du Venezuela ». Qu’est-ce que cela signifie ?

Neirlay Andrade : Marco Rubio joue un rôle clé dans la domination des États-Unis sur le Venezuela. Il a été l’artisan du « plan » mis en œuvre après les bombardements du 3 janvier et proposé une feuille de route en trois phases : « Stabilisation, relance et transition. » La première vise soi-disant à éviter le chaos ; la deuxième phase est directement liée à la garantie de l’accès des entreprises américaines au pétrole vénézuélien ; et la troisième serait une éventuelle transition politique. En d’autres termes, la soi-disant transition démocratique semble subordonnée à une phase préalable de stabilisation et de relance économique selon des conditions définies par les États-Unis.

La Marseillaise : La production pétrolière semble avoir repris mais qui profite des bénéfices économiques ?

Neirlay Andrade : Il est fondamental de savoir qui contrôle cette production, gère les recettes et empoche les revenus pétroliers. Et c’est là qu’un changement très important est en train de s’opérer. La nouvelle réforme de la loi organique sur les hydrocarbures renforce l’ouverture du secteur aux multinationales et réduit la capacité de l’État à s’approprier les revenus. Donc, même si l’État peut conserver formellement une participation au capital, il perd la capacité effective de décider de la gestion de l’activité et de la part de ces revenus qui reste au Venezuela. Les fonds provenant de la commercialisation du pétrole sont gérés par le biais de mécanismes placés sous contrôle américain. Selon Donald Trump, les États-Unis ont déjà tiré plus de 13 milliards de dollars de la vente du pétrole vénézuélien. À cela s’ajoute la renégociation de la dette extérieure. Le Venezuela est accablé par des obligations dont le montant réel n’est même pas établi de manière transparente. La reprise du secteur pétrolier sert essentiellement à satisfaire les créanciers et à garantir les bénéfices des multinationales, alors que les salaires et les retraites restent pratiquement gelés, le peuple vénézuélien n’en profite pas. Cela se répercute directement sur les conditions de vie ; environ 68 % des ménages vivent dans la pauvreté et 32 % dans l’extrême pauvreté.

La Marseillaise : Comment jugez-vous la gestion du séisme par le gouvernement actuel ?

Neirlay Andrade : Les séismes du 24 juin dernier constituent sans aucun doute la catastrophe naturelle la plus dévastatrice qu’ait connue le Venezuela dans son histoire moderne. Cette tragédie a frappé un pays plongé dans une profonde crise politique, économique et sociale qui a privé l’État de moyens suffisants pour faire face à une urgence de cette ampleur. Pour se rendre compte de l’ampleur de la détérioration des institutions, il suffit d’observer la situation de la Fondation vénézuélienne de recherches sismologiques (Funvisis). Son réseau de surveillance est passé de 250 à 300 stations opérationnelles au cours des années 1990 à seulement quatre actives en 2026. Des enquêtes indépendantes ont révélé qu’au cours des premières 24h, l’État avait déployé 4 000 fonctionnaires civils et militaires, soit 12,6 % de l’effectif total mobilisé pendant toute la durée de la situation d’urgence. Au cours des premières heures, la majeure partie des opérations de sauvetage a été menée par des voisins et des bénévoles. Aujourd’hui encore, près de deux mois après les séismes, il y a toujours des milliers de disparus et aucune donnée officielle à ce sujet.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 19 août 2026)

Jean de Gliniasty. « Les Russes misent sur l’exténuation des Ukrainiens » (La Marseillaise)

Le président russe Vladimir Poutine s’est rendu pour la première fois jeudi dans les îles Kouriles, une visite jugée « absolument inacceptable » par le Japon qui revendique une partie de cet archipel. Cette polémique n’a rien d’anodine, Tokyo étant l’un des soutiens de Kiev dans la guerre déclenchée par la Russie en 2022. Désormais, tous les alliés des Ukrainiens sont ciblés d’une façon ou d’une autre par le pouvoir russe. Sur le front, les deux pays s’épuisent ; si Kiev peut compter sur ses drones, elle peine à intercepter les missiles russes, et demande, aux États-Unis de lui vendre au moins 5 % de ses missiles Patriot.
Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur de France en Russie, est directeur de recherche à l’IRIS, spécialiste des questions russes.

La Marseillaise : La visite de Vladimir Poutine sur les îles Kouriles a provoqué l’ire du Japon. Cet acte est considéré comme une « escalade », Tokyo soutenant Kiev. Qu’en dîtes-vous ?

Jean de Gliniasty : Le sort des îles Kouriles devait être négocié entre le Japon et la Russie à l’occasion du traité de paix en 1945. Il n’y en a pas eu, justement parce qu’ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les Kouriles du Nord [considérées par le Japon comme occupées depuis 1945 par l’Union soviétique à l’époque et désormais la Russie, ndlr]. C’est la première fois à ma connaissance qu’un chef d’État russe vient solennellement dans les îles Kouriles. Dmitri Medvedev n’y est pas allé en tant que chef d’État. Poutine y a visité une usine de poissons et pas d’installation militaire. Pourquoi il l’a fait ? Le Japon a, depuis longtemps déjà basculé dans le camp des pays occidentaux qui appliquent des sanctions contre la Russie, pratiquement les mêmes que les Européennes ou les Américaines. Le deuxième élément, c’est qu’il y a une discussion en cours au Japon sur le resserrement d’alliances avec les États-Unis et l’éventuel stationnement d’armes nucléaires.

La Marseillaise : Drone transportant des explosifs retrouvés en Allemagne, ingérences dans la campagne présidentielle en France, tous les alliés de Kiev sont ciblés ?

Jean de Gliniasty : Dans la guerre hybride, tous les soutiens à l’Ukraine sont frappés. Tout dépend du niveau d’attaque : utilisation de l’intelligence artificielle, de fermes à trolls etc, cela fait longtemps que les Russes les emploient et cela s’intensifie en période électorale. Les Russes, comme tous les États dans les démocraties, soutiennent les partis qui leur sont favorables : l’AfD en Allemagne et d’autres formations politiques que je ne citerais pas en France, et s’attaquent à ceux qui soutiennent l’Ukraine. On est dans un moment d’intensification de la guerre hybride.

La Marseillaise : Cela s’explique-t-il par les difficultés de la Russie sur le front ?

Jean de Gliniasty : La situation est compliquée dans la mesure où les Ukrainiens ont fait des percées en matière de technologie et de fabrication de drones : ils peuvent frapper n’importe quelle partie du territoire russe. Mais c’est une phase qui se termine parce que les Russes ont mis au point des contre-mesures, attaquent l’Ukraine, bloquent les ports qui lui permettent d’exporter des céréales, ce dont elle est très dépendante. Nous sommes plutôt dans une phase d’escalade, où chacun a des atouts qu’il utilise. Les Russes ont les missiles et les Ukrainiens, les drones. Mais ils n’ont pas assez de Patriots et d’intercepteurs de missiles. On est dans une phase extrêmement dangereuse, d’escalade un peu sauvage. Les Russes misent sur l’exténuation des Ukrainiens et ils pensent pouvoir y arriver.

La Marseillaise : N’est-ce pas l’opinion russe qui se lasse de ce conflit ?

Jean de Gliniasty : Les bombardements sur les populations, en général, ça a l’effet totalement inverse. Si vous prenez le Blitz à Londres, l’effet des bombardements américains en Iran ou ceux contre les infrastructures avec des dégâts collatéraux des Russes en Ukraine, à chaque fois, ça a comme première conséquence d’accroître la cohésion de la population autour des dirigeants. Pour les Russes, c’est un petit peu différent car Poutine avait dit « c’est une opération militaire spéciale, ce n’est pas une guerre, on n’en subira pas les conséquences ». Il y a eu une première réaction de la population qui a été assez négative en disant « que fait le gouvernement ? C’est pas normal qu’on soit obligé de faire la queue aux stations d’essence ». L’Ukraine essaye de s’appuyer sur les mécontentements de la population russe pour déstabiliser le pouvoir, mais j’ai des doutes sur l’efficacité de cette méthode. Car l’autre réaction aux attaques, en général, c’est d’accroître la crédibilité du gouvernement qui ici dit « on est en guerre » avec l’Occident collectif, qui veut nous tuer, nous démanteler, nous dépecer. Je pense que la population russe et notamment la partie qui soutient Poutine, entre 50 et 60 % de la population, seront galvanisés. On a déjà des articles, des tribunes, des chroniques. La pression de ceux qui veulent accroître la dimension de la guerre devient plus forte.

La Marseillaise : Quid de la situation en Crimée ?

Jean de Gliniasty : Le moment de l’annexion de la Crimée a été celui de la popularité maximale de Poutine. Et même s’il descend en ce moment, il n’est pas en dessous du niveau d’approbation de son action qu’il avait avant la Crimée, il en a gardé le bénéfice. Il est totalement exclu que les Russes rendent le territoire parce que c’est l’objectif principal de la guerre qui est soutenu par l’opinion. Le seul moment où il y a vraiment eu un risque nucléaire c’est quand les troupes ukrainiennes se sont approchées de la Crimée.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 17 août 2026)