Category Archives: International
L’édito du Travailleur Catalan par René Granmont. Stop à la folie guerrière de Netanyahou
« La guerre ! ». Le gouvernement de Benyamin Netanyahou n’a que ce mot à la bouche. C’est ainsi que dimanche dernier, l’armée israélienne a annexé la forteresse de Beaufort qui surplombe le fleuve Litani au Liban. Pour justifier la reprise des bombardements intensifs dans la banlieue sud de Beyrouth, le ministre israélien de l’Éducation a rappelé qu’« il n’y a pas de cessez-le-feu dans le nord (d’Israël), il y a une guerre ! ». Le ministre de la Défense, Israël Katz, a confirmé la volonté israélienne de contrôler une vaste partie du Liban du Sud, jusqu’à Beyrouth : « la banlieue sud de Beyrouth n’est pas différente des localités du nord d’Israël : s’il n’y a pas de calme dans le nord (d’Israël), il n’y aura pas de calme à Beyrouth. » En fait, ce que visent les suprémacistes qui règnent à Tel Aviv, c’est d’aller jusqu’aux frontières rêvées de « Eretz Israël », cette notion religieuse qui pousse à coloniser et chasser les habitants toujours plus avant.
Du côté du gouvernement libanais, le premier ministre Nawaf Salam a parlé samedi d’une « politique de la terre brûlée et de punition collective » menée par Israël dans son pays, et dénoncé avec le président Joseph Aoun « les pratiques condamnables d’Israël » et la « poursuite des bombardements et de la destruction au bulldozer des habitations et des sites historiques ». Depuis mars, début de l’attaque contre le Liban, Israël a tué 3 371 personnes et en a blessé plus de 10 000, tandis que plusieurs centaines de milliers de familles sont toujours sans abri après avoir fui le sud du pays, où Israël détruit méthodiquement toute trace de vie.
« Rien ne peut justifier la prolongation des opérations militaires israéliennes au Liban », a affirmé dimanche le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Et, suite à une demande française, une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies a eu lieu lundi 1er juin.
Mais les déclarations de principe ne suffisent pas tandis qu’au Liban, comme à Gaza, hommes, femmes et enfants continuent de périr sous les balles et les bombes israéliennes. Qu’attend la communauté internationale, et en particulier l’Union européenne, dont la France, pour prendre, comme cela a été mis en œuvre conte la Russie après l’agression contre l’Ukraine, des sanctions vigoureuses contre le gouvernement génocidaire de Tel Aviv ?
350 élèves en Espagne, en France, au Portugal et en Grèce dirigent, aux côtés de 30 enseignants, le projet SchoolFan pour lutter contre la désinformation climatique dans les salles de classe
L’initiative qui est sur le point d’être présentée est développée dans le cadre d’Erasmus+. Ce projet marque l’aboutissement d’un processus ayant permis de créer un modèle pionnier de science citoyenne destiné à protéger les jeunes européens et européennes face à la désinformation sur le changement climatique.
Lutter contre la désinformation liée, au changement climatique dans les salles de classe. Tel est l’objectif du projet international SchoolFan (Schools against fake news for a cooler future), une initiative qui entre dans sa phase décisive après deux années de travail coordonné entre le Portugal, l’Espagne, la France et la Grèce.
Il s’agit d’un projet développé dans le cadre du programme Erasmus+, plus précisément dans celui des projets de coopération éducative (KA2). Le consortium compile actuellement les résultats finaux, qui seront présentés le 18 juin, couronnant ainsi un processus qui a donné naissance à un modèle pionnier de science citoyenne destiné à protéger les jeunes européennes et européens contre la désinformation liée au changement climatique.
Une équipe multidisciplinaire de haut niveau
Depuis son lancement, le projet, dirigé par une équipe composée de 30 enseignants et chercheurs issus d’institutions de quatre pays européens (Portugal – Université d’Aveiro et Nouvelle Université de Lisbonne –, Espagne – Université Rey Juan Carlos et Université Complutense de Madrid –, France – Cercle FSER – et Grèce – Université nationale et capodistrienne d’Athènes), œuvre pour l’intégration de la science citoyenne dans le système éducatif.
Cette équipe réunit des experts en enseignement des sciences expérimentales et en pédagogie, ainsi que des spécialistes du journalisme et de la communication institutionnelle, afin de garantir une approche rigoureuse et transversale de la désinformation.
Deux années d’étapes clés et d’engagement éducatif
Depuis sa réunion de lancement en avril 2024, l’équipe de SchoolFan a travaillé dans les domaines clés suivants :
- Analyse et diagnostic: Une cartographie des programmes scolaires a été réalisée afin d’identifier les meilleurs points d’entrée pour l’éducation aux médias et l’éducation climatique. Après des étapes importantes telles que l’analyse des programmes nationaux (mai 2024) et les groupes de discussion avec des experts (juin 2024), des ressources pédagogiques innovantes ont été développées et font déjà la différence dans les salles de classe.
- Formation spécialisée : Plus de 90 enseignants du Portugal, d’Espagne, de France et de Grèce ont achevé leur formation en janvier 2026,lors de laquelle ils ont pu découvrir et acquérir des stratégies pour identifier et déconstruire les fausses informations en classe. À cette fin, des supports pédagogiques centrés sur le changement climatique, la vérification de l’information et la science citoyenne ont été développés.
- Développement d’outils : Des ressources numériques ont été créées afin de permettre aux élèves et aux enseignants de participer en tant que citoyens responsables à l’analyse de problématiques sociales complexes.
Un projet à vivre dans les salles de classe : la vérification par les élèves
Entre janvier et mars 2026, SchoolFan a été mis en œuvre comme projet de science citoyenne dans 32 classes du secondaire des quatre pays participants, avec la participation de 350 élèves.
Les élèves ont agi comme vérificateurs de faits, analysant des contenus climatiques sur TikTok, YouTube et Instagram selon les recommandations internationales de vérification.
De nombreux élèves ont lancé leurs propres initiatives dans leurs établissements, organisant des activités de sensibilisation et aidant leurs camarades à identifier les informations trompeuses, multipliant ainsi l’impact du projet.
Un modèle évolutif pour le reste des pays européens
Le travail réalisé permettra, d’ici la fin du mois de juin, à la communauté éducative européenne de disposer d’un modèle reproductible facilitant l’adoption des meilleures pratiques en matière d’éducation aux médias et d’éducation climatique.
« Ce projet est essentiel car il montre comment l’éducation peut donner aux enseignants les moyens de former les élèves et de leur fournir des outils pour identifier et combattre la désinformation sur le changement climatique », ajoute Héloïse D. Dufour, directrice du Cercle FSER, une organisation française dédiée à la promotion de la culture scientifique et du dialogue entre la science et la société.
À propos de SchoolFan
SchoolFan est un projet européen d’innovation éducative financé par le programme Erasmus+ qui promeut l’éducation aux médias et l’esprit critique auprès des élèves du secondaire.
À travers un modèle de science citoyenne, le projet forme et accompagne les enseignants et les établissements scolaires d’Espagne, de France, du Portugal et de Grèce afin d’identifier, d’analyser et de combattre la désinformation sur le changement climatique sur les réseaux sociaux.
SchoolFan développe des ressources pédagogiques, des outils numériques et des formations spécialisées permettant aux jeunes de comprendre comment circulent les fausses informations, d’évaluer la fiabilité des sources et de participer activement à la construction du savoir scientifique.
Son objectif est de renforcer une citoyenneté plus informée, critique et engagée face aux défis climatiques actuels.
« La solidarité internationale est aujourd’hui plus nécessaire que jamais (L’Indep)
Invité du Festival des luttes organisé ce samedi à Elne par la CGT66, Roberto Baradel, secrétaire général du syndicat argentin Suteba, est venu témoigner de la situation sociale en Argentine. L’homme a dressé un constat alarmant sur la condition des travailleurs et des retraités dans son pays. Entretien.
Comment décririez-vous la situation actuelle des travailleurs en Argentine ?
La situation est très complexe. Il y a une perte de pouvoir d’achat très importante. Les retraités sont parmi les plus touchés. Les pensions minimales sont extrêmement faibles et le gouvernement réprime systématiquement leurs mobilisations. Les travailleurs salariés ont également perdu une part importante de leurs revenus et beaucoup ont perdu leur emploi.
Quelles sont les conséquences de cette dégradation ?
Aujourd’hui, même des travailleurs qualifiés sont obligés de chercher un second emploi pour survivre. On voit des enseignants, des chercheurs ou des universitaires conduire pour des plateformes comme Uber après leur journée de travail. Avec un seul salaire, il devient très difficile de vivre dignement.
Vous évoquez aussi un recul des droits sociaux…
Le gouvernement a adopté une réforme du travail qui a supprimé de nombreux droits. La durée légale reste de huit heures par jour, mais certaines dispositions permettent aux employeurs d’imposer davantage d’heures de travail avec des systèmes de compensation qui ne bénéficient pas aux salariés. Il y a également eu des attaques contre le droit de grève.
Ces évolutions sont-elles directement liées à la politique du président Javier Milei ?
Oui. Elles sont la conséquence directe de sa politique économique et sociale. Les effets sont très durs pour les travailleurs, les retraités et les services publics.
Les jeunes Argentins continuent-ils à s’engager dans les syndicats ?
Oui, une partie importante d’entre eux continue à s’engager. Mais après la pandémie, l’extrême droite a mené un travail très efficace sur les réseaux sociaux. Pendant les périodes de confinement, les jeunes étaient davantage isolés et les réseaux sont devenus un terrain privilégié pour diffuser certaines idées.
Pourquoi était-il important pour vous de participer au Festival des luttes de la CGT66 ?
Parce que nous devons renforcer les liens entre les organisations syndicales du monde entier. Nous sommes confrontés à des défis communs. Face à la montée de l’extrême droite et aux attaques contre les droits sociaux, nous devons construire des analyses communes mais aussi des actions communes. La solidarité internationale est aujourd’hui plus nécessaire que jamais.
Recueilli par Driss Chaït (L’Indépendant, le 31 mai 2026)
Un chèque de 20 000 € pour les grévistes des cliniques Elsan
Déléguée syndicale CGT à la clinique Médipôle Saint-Roch de Cabestany, Anne-Laure Affani a été l’une des figures du mouvement de grève mené pendant près d’un mois avec les salariés de la clinique Saint-Pierre. Lors du Festival des luttes organisé par la CGT66, ce samedi, à Elne, les grévistes ont reçu un chèque de solidarité de 20 000 euros, partagé entre les deux établissements. « Ce chèque représente avant tout la solidarité. Celle des structures de la CGT, des autres syndicats, mais aussi de partis politiques et de simples citoyens qui ont soutenu notre mouvement », souligne Anne-Laure Affani. « Cette aide servira principalement à indemniser les salariés mobilisés pendant plusieurs semaines. L’idée est de verser une petite compensation aux grévistes. »
L’Indépendant, le 31 mai 2026
Alénya. Le comité de jumelage visite les jardins familiaux (L’indep)
Le comité de jumelage a invité les deux classes de CM2 et CM1/CM2 à visiter les jardins familiaux. La rencontre avec les jardiniers présents a permis aux enfants de découvrir les différents fruits et légumes cultivés dans des conditions compatibles avec l’objectif de produits sains et bons pour la santé.
C’était l’aboutissement d’une année de travail avec ces deux classes dans le cadre des tandems solidaires d’Occitanie coopération. Les enjeux de la ressource en eau au Kenya, mais aussi en France, le refroidissement ici et là-bas, le changement climatique, autant de sujets abordés par les enseignants dans leurs classes. Une très belle exposition a été réalisée à cette occasion. Le droit à l’eau est un droit humain fondamental garantissant l’accès à une eau potable suffisante, salubre et abordable pour tous. La visite de la Maison de l’eau et de la Méditerranée (MEM) au Boulou, ainsi que des installations de Sud Roussillon ont illustré ces thématiques d’actualité. Le comité de jumelage salue les enseignants et toutes les personnes qui ont participé à ces initiatives.
L’Indépendant, le 25 mai 2026
L’édito du webzine. Aides à la résistance cubaine
Donald Trump n’en finit pas de s’ériger en maitre du monde, il s’en prend à tout ceux qui ne partage pas ses idées rétrogrades.
Donald Trump accuse Cuba et l’ex-président Raúl Castro de « complot en vue d’assassiner des Américains », des allégations perçues comme déconnectées de la réalité, mais destinées à séduire l’électorat américain avant les élections de mi-mandat. Ces menaces visent également à détourner l’attention de son enlisement dans la guerre contre l’Iran, un conflit motivé par les immenses ressources énergétiques de ce pays. Cela masque aussi ses échecs diplomatiques, comme la tentative avortée de contrôle du Groenland ou son recul face à la Chine.
Avec la hausse des prix de l’essence et du crédit, une majorité d’Américains, souvent endettés, subissent une pression économique croissante, ce qui pousse Trump à chercher une image de « vainqueur ». Il durcit donc sa politique envers Cuba, un pays présenté comme un « État diabolique » depuis 56 ans, à l’exception de la parenthèse de normalisation sous Obama.
Trump intensifie les sanctions contre les réseaux d’approvisionnement énergétique cubains et les entreprises commerçant avec La Havane, plongeant l’île, déjà dépourvue de ressources, dans une précarité généralisée, y compris alimentaire. Il multiplie les déclarations provocatrices, affirmant par exemple : « Je pense que j’aurai l’honneur de prendre Cuba… Je peux faire tout ce que je veux avec elle », dans une posture autoritaire.
Soutenir Cuba
Cependant, il sous-estime la résistance cubaine : malgré la crise économique, l’opposition et une grande partie de la population restent attachées à son indépendance.
Face à cette situation, l’Union européenne et les gouvernements européens, y compris la France, adoptent une inertie diplomatique singulière, malgré des déclarations condamnant l’illégitimité du blocus. Les banques et les grandes entreprises européennes, craignant des représailles commerciales, hésitent ou refusent de collaborer avec Cuba.
À l’inverse, des mouvements de solidarité s’organisent : une flottille humanitaire a récemment atteint La Havane avec le soutien de Cuba Coopération France, de la CGT et du PCF. Par ailleurs, 650 représentants d’organisations issues de 33 pays se sont rendus sur l’île pour exprimer leur soutien. Dans les prochains jours, le Mouvement de la paix devrait lancer un « Appel pour la paix à Cuba et dans la Caraïbe », tandis qu’une résolution dénonçant le blocus et les menaces contre Cuba sera présentée à l’Assemblée nationale par le groupe Gauche Démocratique Républicaine (GDR), qui regroupe des députés communistes et ultramarins.
Les menaces américaines contre Cuba ouvrent un nouveau foyer de tension dans un monde où la loi de la force tend à l’emporter sur le droit international. Défendre l’intégrité de Cuba, c’est aussi défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, un principe qui devrait aussi concerner la France.
Dominique Gerbault
La France bannit le ministre Itamar Ben-Gvir (L’Indep)
Jean-Noël Barrot a officialisé cette décision sur X en raison des « agissements inqualifiables » du ministre israélien de la sécurité nationale.
La France a décidé d’interdire d’accès à son territoire le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a annoncé samedi le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, après la diffusion d’une vidéo le montrant à côté de membres d’une flottille pour Gaza agenouillés et mains liées, parmi lesquels des Français.
« À compter de ce jour, Itamar Ben-Gvir est interdit d’accès au territoire français », a ainsi déclaré Jean-Noël Barrot sur X (ex-Twitter).
« Cette décision fait suite à ses agissements inqualifiables à l’égard de citoyens français et européens passagers de la flottille Global Smud », a ajouté le ministre, tout en désapprouvant la « démarche » de cette flottille, qui, selon lui, « ne produit aucun effet utile et surcharge les services diplomatiques et consulaires ».
Une demande de sanctions adressée à l’UE
Jean-Noël Barrot a demandé en outre à l’Union européenne, comme l’Italie a également pu le faire, de prendre des sanctions contre Itamar Ben-Gvir.
Les forces de sécurité israéliennes ont arrêté mardi 430 personnes à bord de cinquante navires dans les eaux internationales afin d’empêcher cette flottille d’atteindre la côte de la bande de Gaza, dont elle avait l’intention de briser le blocus par Israël afin d’y distribuer de l’aide humanitaire.
Itamar Ben-Gvir, membre d’un parti ultranationaliste, a par la suite diffusé une vidéo, publiée sur sa chaîne Telegram (avec l’hymne national israélien en fond sonore), dans laquelle il se moque de ces militants agenouillés et les mains liées.
Plusieurs d’entre eux ont par ailleurs dénoncé des « violences », des « attouchements », ou des « humiliations », qui leur auraient été imposés par les forces israéliennes lors de leur détention.
« Nous ne pouvons tolérer que des ressortissants français puissent être ainsi menacés, intimidés ou brutalisés, qui plus est par un responsable public », a encore déploré Jean-Noël Barrot.
L’Indépendant, le 24 mai 2026
La pression américaine s’accentue sur Cuba (L’Indep)
Après les sanctions, l’inculpation de l’ancien président Raúl Castro et l’appel à rompre avec les autorités, lancé à la population, Washington accentue la pression sur la Havane avec le déploiement du porte-avions Nimitz. Ce navire de guerre américain parmi les plus puissants au monde, est arrivé, jeudi, dans les Caraïbes, à proximité de Cuba, avec son groupe aéronaval.
Le président Miguel Diaz-Canel avait prévenu, ces derniers jours, que toute action militaire américaine contre Cuba conduirait à un « bain de sang » aux conséquences incalculables pour la paix et la stabilité régionales, affirmant que l’ile ne représentait pas une menace pour les États-Unis.
Les États-Unis ont également coupé ces dernières semaines les approvisionnements en énergie de La Havane, espérant ainsi faire vaciller le gouvernement, après avoir arrêté en janvier son allié le président vénézuélien Nicolas Maduro.
L’Indépendant, le 23 mai 2026
Mohammad Omidvar. « Cette guerre a eu un impact dévastateur sur l’Iran » (La Marseillaise)
Mohammad Omidvar, porte-parole du Tudeh (parti communiste iranien), dénonce la guerre impérialiste menée par Israël et les États-Unis et condamne la République islamique qu’il qualifie de dictature théocratique : « C’est une dictature théocratique qui représente les intérêts de la grande bourgeoisie en Iran. »
La Marseillaise : Quelle est la situation en Iran entre la guerre lancée par Israël et les États-Unis et la répression accrue de la République islamique ?
Mohammad Omidvar : Il n’y a aucune justification internationale à cette agression qui a été menée sous de faux prétextes. Cette guerre a eu un impact dévastateur sur l’Iran. Près de 3 millions de personnes se sont retrouvées sans abri ou déplacées à la suite de la destruction de près de 60 000 maisons, immeubles d’habitation et autres bâtiments. Un grand nombre de petites et moyennes entreprises ont fait faillite, non seulement à cause de la guerre, mais aussi en raison des coupures d’Internet. Des centaines de milliers de travailleurs ont été licenciés parce que les usines ne tournent plus ou ont été détruites. La situation économique devient tout à fait insupportable. Même les classes moyennes puisent dans leurs économies juste pour survivre. La guerre impérialiste menée contre le pays a considérablement affaibli le mouvement populaire contre le régime. Les gens descendaient dans la rue depuis des mois, voire des années, pour manifester quotidiennement. Désormais, sous la menace d’une occupation, les gens se disent qu’il faut sauver le pays. Le régime se trouve renforcé : il joue la carte du patriotisme et se pose en défenseur de la nation. En réalité, il a profité de la situation pour lancer une campagne d’arrestations et d’exécutions. Selon un rapport du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, au cours des dernières semaines, plus de 4 000 personnes ont été arrêtées et chaque jour, nous recevons des informations faisant état d’exécutions de prisonniers politiques en Iran.
La Marseillaise : Comment qualifier la République islamique sur un spectre politique ?
Mohammad Omidvar : Les gens ont tendance à l’oublier mais le régime iranien est ouvertement capitaliste dans son orientation. Au cours des dernières décennies, il a mené des politiques économiques néolibérales qui ont plongé une grande partie de la population dans une extrême pauvreté. La République islamique a mis en œuvre ces politiques conformément aux recommandations du FMI et de la Banque mondiale, qui l’ont félicité pour cela. Selon les statistiques officielles, près de 40 % de la population du pays vit en dessous du seuil de pauvreté défini par le gouvernement lui-même. Nous avons connu une inflation galopante, la dévaluation de notre monnaie et un chômage de masse dans certaines provinces, à cela s’ajoute la corruption systémique perpétuée par le régime, son cercle restreint, ses forces de sécurité et les Gardiens de la révolution. C’est une dictature théocratique qui représente les intérêts de la grande bourgeoisie en Iran. Nous la divisons en deux : la bourgeoisie marchande et la bourgeoisie bureaucratique, c’est-à-dire celle qui s’est développée au sein du système étatique, comme les Gardiens de la révolution et la milice Bassidji. Il n’est pas surprenant que, juste avant l’attaque l’an dernier, nous ayons eu plus de 2 700 grèves et manifestations de travailleurs à travers le pays. Cela s’ajoute aux manifestations quasi quotidiennes des retraités, des femmes, des étudiants, de la jeunesse. Le régime avait largement perdu sa légitimité.
La Marseillaise : Le Tudeh est l’un des plus anciens partis communistes au monde. La plupart de vos membres ont été contraints à l’exil. Face à cela, comment organiser une alternative politique en Iran ?
Mohammad Omidvar : Nous faisons face à un régime dont le bilan désastreux est à la fois bien documenté et bien établi, et qui a brutalement réprimé toute forme de dissidence. Une attaque de grande ampleur a été lancée contre notre parti en 1983. Ils ont arrêté plus de 10 000 membres et sympathisants, soit la quasi-totalité de la direction, du comité central, du bureau politique et du secrétariat du parti. Certains d’entre eux avaient été emprisonnés dans les geôles du Shah pendant 25 ans et libérés lors de la Révolution de 1979. Ils n’ont été libres que trois ou quatre ans avant d’être à nouveau arrêtés, horriblement torturés puis exécutés en masse en 1988 par le régime. Ils ont fait la même chose avec les membres du Fadaian, les Moudjahiddines, les forces kurdes et même des religieux. Malgré l’arrestation de 10 000 personnes, ils n’ont pas réussi à détruire le parti. Celui-ci a survécu et s’est rapidement réorganisé avec des personnes qui étaient en exil. Le parti bénéficie toujours d’une solide base de soutien à l’intérieur du pays, bien que ses membres ne puissent s’organiser ouvertement. De nombreuses autres organisations de gauche suivent aussi les lignes du parti que le régime considère toujours comme la menace principale venant de la gauche. C’est pourquoi, depuis l’attaque, il n’y a pas eu un moment où ils n’ont pas tenté de nous déstabiliser. Nous sommes l’unique organisation de gauche à disposer encore d’un comité central qui se réunit toutes les deux semaines.
La Marseillaise : Trump a une nouvelle fois menacé de détruire l’Iran si le pays n’acceptait pas les termes de son plan de paix. Le cessez-le-feu peut-il tenir ?
Mohammad Omidvar : Personne ne connaît les détails exacts de la proposition américaine ni de la contre-proposition iranienne. L’Iran a raison de ne pas accepter la capitulation, ce n’est pas la Seconde Guerre mondiale. Le pays a le droit de défendre sa souveraineté nationale. Et ce, en dépit de ce que nous pensons du régime. C’est une guerre d’agression contre notre pays. Certaines rhétoriques provenant de la Maison Blanche et de Trump sont effroyables. Il parle de détruire toute une civilisation, d’attaquer les cibles civiles, ce qui, selon l’ONU, constituerait des violations flagrantes et graves de sa Charte et du droit international. Ce seraient des crimes de guerre. Ce qui est ironique, c’est que l’accord dont Trump s’est retiré stipulait déjà que l’Iran ne devait pas dépasser un certain niveau d’enrichissement d’uranium et qu’il devait être soumis à une surveillance étroite et régulière. Il y a désormais des points de tensions autour du détroit d’Ormuz et Téhéran a le droit de dire qu’il a la souveraineté sur cette zone, ça a toujours été ainsi. Trump cherche désespérément à se sortir de ce pétrin. Ce n’est pas ce que veulent les Israéliens.
Benjamin Netanyahu est un criminel. Il veut des guerres sans fin pour se maintenir au pouvoir et échapper à la menace imminente de poursuites judiciaires. Il devrait être en prison, non seulement pour crimes contre l’humanité, mais aussi pour détournement de fonds et toutes sortes d’autres infractions qu’il a commises en Israël. Ils survivent grâce à cette guerre et à la mise en œuvre du « Grand Israël », qui consiste à occuper autant de territoire que possible dans la région et à en faire une colonie de Tel-Aviv. Nous avons affaire à un gouvernement criminel qui a violé à peu près toutes les lois internationales imaginables et qui agit avec la bénédiction totale non seulement de l’impérialisme des États-Unis mais aussi de l’Europe, qui a systématiquement failli à condamner ouvertement et sans équivoque cette agression.
Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 18 mai 2026)









