L’édito du webzine. Cuba en grand danger

Trump donne un mois aux entreprises étrangères pour quitter Cuba et parier sur un génocide.

L’administration Trump a fait un nouveau pas dans sa politique de guerre économique contre Cuba, en imposant un ultimatum aux entreprises étrangères qui entretiennent des relations commerciales avec l’île. Par l’intermédiaire de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), le gouvernement américain a fixé le 5 juin comme date limite pour que de nombreuses entreprises ferment leurs opérations liées à des secteurs stratégiques de l’économie cubaine.

La décision constitue une nouvelle agression contre la souveraineté de Cuba et une violation du droit international, en cherchant à imposer des sanctions unilatérales aux entreprises et aux citoyens des pays tiers pour le maintien de relations économiques légitimes avec l’île.

L’offensive de Washington cherche à frapper en particulier des secteurs clés tels que le tourisme, les mines, l’énergie et les services financiers, à l’heure où Cuba est confrontée à de graves difficultés économiques résultant précisément de l’intensification du blocus américain, en plus des effets cumulatifs de la pandémie et de la crise internationale.

Ce nouveau rebondissement du blocus confirme la volonté de l’administration Trump d’approfondir la politique de pression maximale contre Cuba, ignorant le rejet quasi unanime de la communauté internationale. Année après année, l’Assemblée générale des Nations Unies condamne le blocus américain et exige sa levée immédiate, considérant qu’il constitue une mesure coercitive unilatérale qui cause de graves dommages humanitaires et économiques à la population cubaine.

Loin de promouvoir la « démocratie » ou les « droits de l’homme », les sanctions américaines visent à causer de plus grandes pénuries matérielles, à rendre difficile l’accès aux carburants, à la nourriture, aux médicaments et au financement international, et à générer une déstabilisation interne par la punition économique collective contre tout un peuple.

Si le peuple américain connaissait la réalité…

Des membres du Congrès américain dénoncent l’impact du blocus sur Cuba. Si le peuple américain connaissait toute l’étendue de ce qui se passe sur le terrain à Cuba, il exigerait la fin du blocus immédiatement, ont-ils publié dans le New York Times.

Les deux membres de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, Pramila Jayapal et Jonathan L. Jackson, ont publié dans le New York Times leurs réflexions sur une visite de cinq jours sur l’île, où ils ont noté l’impact des larges mesures coercitives unilatérales des États-Unis dans différents secteurs de la société, en particulier dans la santé publique.

Ils, ont fait valoir qu’« entre 2018 et 2025, à mesure que les sanctions américaines devenaient plus punitives, le taux de mortalité infantile autrefois impressionnant de Cuba s’est envolé de 148 %. ». Ils ont décrit leur visite d’un hôpital maternel à La Havane, où le blocus américain rend l’importation de pièces de rechange pour des équipements tels que « des incubateurs cassés presque impossibles », et ont souligné que le temps passé à Cuba leur permettait de mieux comprendre les impacts humanitaires du siège énergétique américain sur l’île, maintenus pendant des mois.

«  Nous sommes revenus de notre voyage avec la certitude que, si le peuple américain connaissait toute l’étendue de ce qui se passe sur le terrain à Cuba, il exigerait la fin du blocus immédiatement, il se limitait » déclarèrent-il a la presse.

Ils ont également expliqué que lors de la visite, qui s’est tenue en avril dernier, ils ont réussi à parler avec un large éventail de citoyens cubains et qu’il y avait consensus: le blocus américain doit cesser, il y a un rejet d’une éventuelle invasion militaire par les États-Unis.

Dans d’autres circonstances, Cuba serait un partenaire commercial naturel pour les États-Unis.

Le système de santé cubain –qui depuis des décennies est un modèle mondial de santé publique– a généré des progrès significatifs qui pourraient également bénéficier aux Américains, notamment des traitements prometteurs contre la maladie d’Alzheimer et le cancer du poumon, ont ajouté les représentants.

Jayapal et Jackson ont préconisé le retour au stade du rapprochement et de la recomposition des relations entre Washington et La Havane, qui a été réalisé sur le mandat du démocrate Barack Obama (2009-2017).

Dominique Gerbault

Alénya. Plantation d’un arbre symbole d’amitié et de solidarité (L’Indep)

Une action a été menée dans le cadre du jumelage avec le Kenya.

Ce mardi 12 mai, les élèves des classes de CM2 et CMl et 2 de l’école élémentaire Françoise Lopes Girona ont planté un arbre dans l’espace du centre de loisirs en compagnie du médecin kenyan Erick Meroka Onsinyo.

Cet acte symbolique est l’aboutissement d’une année de travail, dans le cadre des tandems solidaires, avec le comité de jumelage d’Alénya sur les thèmes de la ressource en eau, du reboisement et des échanges avec les écoles du Kenya. Une exposition des travaux d’élèves a lieu en ce moment à la rotonde des caves Ecoiffier jusqu’au mercredi 20 mai.

L’Indépendant, le 17 mai 2026

Un 8 mai 45 sous tension à Perpignan

Ce vendredi 8 mai 2026, notre Collectif « Pour une histoire franco algérienne non falsifiée » a organisé la commémoration de l’Autre 8 mai 45 en Algérie sous forme d’un dépôt de gerbe et de prises de parole en hommage aux victimes algériennes de la répression coloniale.

Ce rassemblement pacifique, déclaré et autorisé, ne présentait aucun trouble à l’ordre public.

Or, il a fait l’objet d’une irruption de la police nationale motivée par la présence d’un drapeau palestinien, avec menace de verbalisation en application d’un arrêté que les fonctionnaires de police ont été dans l’incapacité de produire.

Chercher à dicter, par la force, aux organisateurs d’une initiative associative, qui est autorisé (ou pas) à assister à une commémoration et à s’identifier par le biais d’un étendard, interroge le respect de la liberté d’expression dont le droit de manifestation est partie intégrante.

Nous tenons donc à porter à votre connaissance cet incident qui s’inscrit dans une certaine continuité de tentatives d’intimidation, à la veille de la tenue à Perpignan du « Printemps de la liberté d’expression » … de l’extrême droite (29-31 mai 2026).

Nous adressons par ailleurs un courrier de protestation au préfet (voir ci-dessous).

Collectif « Pour une histoire franco-algérienne non falsifiée » : Association Nationale des Pieds-Noirs Progressistes et leurs Ami.e.s (ANPNPA) ; ASTI ; Fédération franco-algérienne ; LDH66 ; Mouvement de la Paix ; MRAP66 ; NPA66 ; PCF66 ; Pour la mémoire, contre l’oubli ; Survie

Philippe Halfon. « J’ai la sensation que nous n’avons rien appris du Covid » (La Marseillaise)

Philippe Halfon, infectiologue et médecin interniste à l’Hôpital européen à Marseille, revient sur les dispositifs mis en place pour contenir l’hantavirus, qu’il juge jusqu’ici « catastrophique [s] » et évoque les dangers d’une contamination.

La Marseillaise : Que pensez-vous de la gestion de l’hantavirus pour le moment ?

Philippe Halfon : En termes de gestion de crise, c’est catastrophique. Disons que, si on cherchait à disséminer une épidémie, nous n’aurions pas pu faire mieux. Dans les gestions d’épidémie qu’on a connue dans le passé, lorsqu’il y avait des maladies graves comme la peste ou autre, on appliquait le principe de quarantaine. Dans le cas qui nous intéresse, on avait la chance d’avoir les patients regroupés à l’intérieur d’un bateau, où aurait pu se tenir cette quarantaine. Il aurait été possible de mettre en place un bateau médicalisé, avec tout ce qu’il faut en termes de ventilation mécanique, de réanimateurs et autres. Car bien sûr, il n’est pas question de laisser mourir les gens. Ce qui se passe actuellement est vraiment le résultat d’une très mauvaise gestion au départ. J’ai la sensation que nous n’avons rien appris du Covid. D’autant que, dans le cas du Covid, il était beaucoup plus difficile de contenir l’épidémie dans la mesure où les gens n’étaient pas au départ confinés sur un bateau.

La Marseillaise : Que sait-on de l’Hantavirus actuellement ?

Philippe Halfon : C’est un virus qu’on connaît depuis très longtemps. Ce n’est pas nouveau comme le SARS-CoV-2 [Virus responsable du Covid-19, Ndlr]. À l’époque on connaissait le coronavirus, mais pas le SARS-CoV-2. Là, les hantavirus sont très connus. On savait qu’il y avait des contaminations inter-humaines [la majorité des hantavirus ne touchent que les rongeurs, Ndlr]. Il existe un centre national de référence des hantavirus à l’Institut Pasteur depuis 2016 [Les Centres nationaux de référence sont des laboratoires, qui, en centralisant les informations à l’échelle nationale, participent à la lutte et au contrôle des maladies, Ndlr]. Les hantavirus ont été parfaitement décrits en médecine, dans les syndromes rénaux, dans les syndromes cardiopulmonaires, sur la base de toutes petites épidémies, très confinées.

La Marseillaise : Quels sont les symptômes que peut impliquer une infection ?

Philippe Halfon : Les premiers symptômes sont la fièvre, les courbatures, les douleurs articulaires, la fatigue, autrement dit les syndromes très communs des virus. Dans les cas qui nous intéressent, il y a eu des syndromes pulmonaires, avec une atteinte respiratoire, parfois hémodynamique, [circulation du sang, Ndlr] avec des hypotensions qui peuvent nécessiter une admission en réanimation. C’est ce qu’il s’est passé pour les patients décédés, ils sont morts d’un symptôme respiratoire aigu.

La Marseillaise : Le virus est-il aussi dangereux pour tout le monde ?

Philippe Halfon : Comme dans le cas de n’importe quelle infection, bactérienne ou virale, ce que vous voulez, l’état de la défense immunitaire du patient ou la présence de comorbidité a une grande influence. Naturellement, nous sommes tous infectés tous les jours par des virus, et des bactéries. On les sent plus ou moins passer, mais il ne se passe pas grand-chose. On a un petit coup de pompe, on est un peu fatigué, on se sent un peu fiévreux. Mais on ne sait pas forcément d’où ça vient, on ne va pas se tester. Il y a toujours un hôte et un virus, une bactérie avec son hôte. Comme dans le cas des rongeurs, qui parfois peuvent être asymptomatiques, il est possible qu’un humain infecté ne sente rien.

La Marseillaise : Mais le taux de mortalité reste plus élevé que dans le cas du Covid…

Philippe Halfon : Bien sûr. Dans le cas du Covid-19, on est à moins de 1 %. Pour l’épidémie actuelle, si on compte 3 décès pour 8 cas, on obtient 38 %. Je pense que ce chiffre très élevé de mortalité va baisser. On n’a pas encore de photographie globale. Dans d’autres cas, comme l’épidémie qui a eu lieu pendant la guerre de Corée, la première qui a été décrite [c’est le fleuve Hantaan, situé entre les deux Corées, qui donne son nom aux hantavirus, Ndlr], le taux de mortalité était de 5 à 10 %. Dans d’autres cas plus récents, le taux de mortalité était de 50 %. J’ai l’impression que chaque épidémie à son taux de mortalité, mais ça reste bien plus élevé que le Covid.

La Marseillaise : Le virus est-il aussi contagieux que le Covid ?

Philippe Halfon : La contagiosité est bien inférieure à celle du Covid. On sait que, dans les précédents cas, les épidémies sont restées très confinées, ce qui est plutôt bon signe.

Entretien réalisé par Margot Milhaud (La Marseillaise, le 13 mai 2026)

Le billet de Jean-Michel Galano. Derrière la défaite de Keir Stammer, la réalité de l’extrême-droite

Quand un voyageur britannique débarque du ferry à Calais, au Havre ou à Dunkerque, il ne découvre pas des drapeaux tricolores flottant aux façades des immeubles ou fixés sur les balcons. A Folkestone à Newhaven ou à Plymouth, il est par contre habituel de voir des drapeaux britanniques (union jacks) et plus encore des dapeaux anglais (croix rouge sur fond blanc) déployés un peu partout, et notamment à où des « étrangers » ne manqueront pas de les voir. Cette manifestation décomplexée d’un nationalisme agressif et chauvin s’était déjà traduite dans les rues il y a deux ans, avec des scènes d’hystérie collective consécutives à un meurtre dont l’auteur était un jeune débrouille issu de l’immigration, consécutives aussi à une sordide histoire de réseaux de prostitution gérés par des familles pakistanaises dans le centre du pays. Il trouve cette fois sa traduction dans les urnes.

Certes, les élections locales en Grande-Bretagne n’ont pas la même portée politique qu’en France ; l’échelon communal n’a pas autant de valeur, et les pouvoirs d’un maire sont davantage symboliques que véritablement décisionnels. Il n’empêche : passé un certain seuil, les reculs et les avancées prennent un sens politique clair. Et c’est ici le cas : en perdant plus de 1.200 élus, le Parti Travailliste subit un véritable camouflet. Son recul est particulièrement sensible dans les traditionnels « bastions » du Nord et du Yorkshire, régions de tradition ouvrière paupérisées depuis plusieurs décennies où le vote pour le Labour, jards vote habituel et identitaire, état devenu au fil des années une survivance.

Ce qui est nouveau, c’est que le recul du Labour ne se fait pas au profit du Parti Conservateur, selon le mouvement de balancier qui depuis deux siècles réglait la vie politique britannique, mais au profit d’un parti d’extrême-droite relativement jeune, organisé « à l’américaine » selon les méthodes trumpistes, et dirigé par un leader, Nigel Faratge, qui joue résolument la carte du racisme, du populisme et du dégagisme.

Il importe de voir que le système électoral (scrutin uninominal à un seul tour), conçu pour institutionnaliser le bipartisme, suppose pour se perpétuer deux partis relativement unis. Or la dislocation du parti conservateur, scindé entre libéraux pro-européens et protectionnistes isolationnistes (sans compter quelques variantes pittoresques) a permis l’irruption de ce nouveau venu qu’est le « Reform party », jugé dans les sphères patronales comme plus fiable et plus maniable que les deux « vieux » partis, désormais ringardisés.

Car l’échec est double : d’un côté l Parti conservateur, malgré l’arrivée aux commandes d’une jeune dirigeante, Kemi Badenroch, particulièrement combative, mais peu rassembleuse, a déchiré son image traditionnellement rassurante et modérée, tandis que d’un autre coté le Labour, recentré sur sa droite depuis l’éviction de Jeremy Corbyn, a perdu le soutien de sa base ouvrière sans pour autant s’ouvrir aux couches nouvelles de salariés, ingénieurs, cadres, salaires des secteurs publics, techniciens, jeunes en formation. Et ce n’est pas la dénonciation morale de l’extrême-droite ni quelques promesses de réformes fiscales, et moins encore la mise au premier plan des sujets sociétaux qui permettront à Stammer d’inverser la tendance.

L’histoire risque d’être bien crolle pour celui qui n’avait cessé d’accuser Corbyn et la gauche du Labour d’être voués à l’échec électoral.

Jean-Michel Galano

Elisa Goudin-Steinmann. « En Allemagne, le « mur pare-feu » contre l’AfD se fissure » (La Marseillaise)

Elisa Goudin-Steinmann, professeure d’études germaniques à la Sorbonne Nouvelle et spécialiste de l’ex-RDA, analyse la montée de l’extrême droite en Allemagne.

La Marseillaise : Un an après son accession au pouvoir, le chancelier Friedrich Merz est à un niveau d’impopularité record. Comment l’expliquer ?

Elisa Goudin-Steinmann : La CDU fait les frais de la situation économique difficile liée à des facteurs qui ne sont pas dus à l’Allemagne elle-même. Il y a eu coup sur coup l’arrêt du gaz russe pas cher et les tensions géopolitiques. On entre dans la troisième année de récession, ce qui n’est pas du tout habituel pour les Allemands, en tout cas ceux de l’Ouest qui n’ont pas connu ça depuis le « miracle économique ». Ça a créé l’impopularité du chancelier de fait. Il pâtit également des difficultés de dialogue au sein de la coalition avec le SPD.

La Marseillaise : Le noyau dur de l’électorat du CDU et du SPD qui se partagent le pouvoir depuis 1949 est en train de disparaître. Y a-t-il une lassitude ?

Elisa Goudin-Steinmann : Je ne dirais pas qu’ils sont en train de disparaître. Les scores du SPD, le PS en rêverait. Ils perdent des électeurs, ça c’est sûr. Pas seulement au profit de l’AfD mais aussi de l’abstention, de la gauche plus radicale Die Linke ou dans certains cas des Verts. Mais oui, ce qu’on appelle les « Volkspartei », les partis de masse traditionnels [CDU et SPD Ndlr], sont un peu usés par le fait d’avoir gouverné ensemble plusieurs fois depuis 2005. On a du mal à voir la différence entre l’offre politique. Le SPD est un petit peu plus progressiste sur les questions sociétales mais à part ça, c’est la même politique économique qui sera menée au final, donc à quoi bon choisir ? C’est ce que disent les électeurs et les partis en sont conscients. C’est pour ça qu’ils n’étaient pas très motivés à l’idée de gouverner ensemble. Arithmétiquement parlant, le Bundestag est bloqué parce que la CDU ne veut pas s’allier avec la gauche radicale. Le cordon sanitaire tient pour l’instant autour de l’AfD, personne ne veut gouverner avec eux mais ils ont quand même 152 députés. Par ailleurs, en Allemagne, on ne dit pas « cordon sanitaire » mais on parle de « mur pare-feu ». L’AfD n’arrête pas de dire qu’il faut faire tomber ce mur, comme on a fait tomber le mur de Berlin et qu’on va libérer les Allemands une deuxième fois. Ils ont une stratégie très claire de chercher des moyens pour, finalement, gouverner avec la CDU, ce qui finira peut-être par arriver. Je suis incapable de le dire. Mais des voix à la CDU disent qu’il faut mettre fin à ce mur pare-feu. C’est en train de se fissurer.

La Marseillaise : Pour récupérer les électeurs de l’extrême droite, la CDU a durci son discours sur l’immigration, ce qui a finalement bénéficié à l’AfD ?

Elisa Goudin-Steinmann : La CDU reprend un peu les éléments de discours de l’AfD pour essayer de récupérer les électeurs mais on sait très bien que ça ne marche pas. Ça s’est vérifié partout. Les Républicains ont essayé de faire ça aussi avec certains thèmes du Rassemblement national. On ne récupère pas d’électeurs comme ça. Ça crée juste une droitisation, en général, de leur politique et ça légitime le discours de l’AfD, ça le normalise. En Thuringe, Björn Höcke a repris le slogan nazi « Deutschland über alles » (« L’Allemagne au-dessus de tout »). Alexander Gauland [président d’honneur de l’AfD, Ndlr], a utilisé le mot « entsorgen » à l’encontre d’une ministre d’origine turque. Ce qui veut dire qu’il fallait la déporter. Ce n’est plus ambigu, c’est un langage ouvertement nazi.

La Marseillaise : L’AfD ambitionne de remporter plusieurs régions à l’Est lors des élections de septembre. Pourquoi fait-elle de bons scores dans l’ex RDA ?

Elisa Goudin-Steinmann : Si on regarde les marqueurs sociaux comme le chômage par exemple, la population à l’Est est plus défavorisée donc, elle a une plus grande probabilité de voter AfD. Même si ça ne représente pas la totalité des électeurs, bien sûr. Le deuxième facteur est historique. Les électeurs sont souvent des personnes ayant grandi en RDA ou socialisés par des parents qui vivaient dans l’ex Allemagne de l’Est, où il n’y a pas eu ce travail sur le passé nazi. On racontait l’histoire en disant qu’on était les héros de la Résistance, qu’on était les communistes donc on ne s’est pas du tout interrogé sur la culpabilité. Il y a ce manque d’un travail historique et d’une conscience historique à l’Est qui a été en partie comblée après la chute du Mur. Enfin, le troisième et plus gros facteur d’explication, selon moi, ce sont les injustices économiques et sociales commises après 1990. Le vote AfD est souvent un vote de protestation. Mais il ne faut pas stigmatiser les Allemands de l’Est, l’extrême droite progresse aussi et plus rapidement à l’Ouest, d’où viennent tous ses dirigeants.

La Marseillaise : 81 ans après la capitulation nazie, le parti dirigé par une petite-fille de SS est en tête des sondages. L’Allemagne renie son passé ?

Elisa Goudin-Steinmann : Le 2 avril dernier, l’hebdomadaire allemand Die Zeit a mis en ligne un moteur de recherche qui permet à chacun, en deux clics, de savoir s’il avait des grands-parents nazis ou pas. Ça a provoqué un gros débat en Allemagne et une prise de conscience. Tout le monde tombe des nus en découvrant qu’il avait un grand-père ou une grand-mère nazi. C’est une petite révolution. L’espoir est que ça mette à mal la stratégie de l’AfD qui essaye de balayer tout le travail de mémoire fait depuis 1945. Les sondages montrent que seulement un quart des Allemands pensent avoir eu un nazi dans sa famille, ce qui est hyper sous-estimé. Est-ce que ça va empêcher de voter AfD ? Ça, c’est encore une autre question. Je n’ai pas la réponse. En tout cas, on ne pourra plus dire mais les nazis, c’est la famille des autres.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 7 mai 2026)

Après 32 mois, une population effrayée sans perspectives à Gaza la dévastée (témoignage d’un gazaoui)

Nous sommes début mai 2026, 32 mois d’agression, 7 mois d’un cessez-le-feu fragile et sans cesse violé. 7 mois pendant lesquels les médias et les dirigeants du monde parlent moins de Gaza où la situation a encore empiré depuis le début de la guerre contre le Liban et l’Iran. Gaza se sent abandonnée, oubliée par le reste du monde.

Le sentiment d’impuissance est un sentiment terrible. On ne peut rien faire, on n’a aucune perspective. Le cessez-le feu n’est pas respecté, il y a chaque jour des bombardements certes moins intensifs, qui ont fait 830 morts et 2 400 blessés palestiniens jusqu’à présent, la ligne jaune imposée par l’occupation avance chaque jour, l’armée contrôle aujourd’hui 61% de la surface de la bande de Gaza.

130-140 camions entrent chaque jour par les passages contrôlés par l’occupation. Le problème est que ces camions transportent des bonbons, des biscuits, des chocolats, des boissons gazeuses dont on n’a pas besoin. Par contre, nous manquons de pain, de farine, d’œufs, de fruits, de légumes, de poulet, d’eau potable, de chaises et de tables pour les centres éducatifs et les tentes éducatives, de beaucoup de matériels nécessaires.

Les matériaux de reconstruction n’entrent pas non plus.

Dans les centres médicaux, il n’y a plus de médicaments. Les malades d’hypertension, de diabète, et d’autres maladies chroniques ne peuvent pas être soignées.

Pour la journée mondiale du travail du Premier mai, le ministère palestinien du travail a indiqué que le taux de chômage en Cisjordanie occupée dépasse les 65 %, et dans la bande de Gaza les 92 %, les revenus sont en baisse constante, et que les conditions de travail sont terribles dans tous les territoires palestiniens occupés, colonisés et morcelés.

L’hiver ne veut pas quitter Gaza, nous sommes au mois de mai, mais on a peu de soleil actuellement, deux heures de soleil le matin, l’après-midi, il fait frais et le soir, il fait très froid, et c’est malheureux pour les déplacés dans les camps qui vivent sous des tentes qui ne sont pas solides, et aussi pour les toits qui possèdent des panneaux solaires, car ils n’ont pas assez d’électricité à cause de cette pénurie et ils ne peuvent pas faire monter l’eau dans leurs foyers.

Personnellement, c’est très difficile de décrire notre quotidien, et de raconter notre souffrance dans une région dévastée.

Le matin, quand je me lève, je réfléchis mille fois avant de me préparer une tasse de café ou de thé parce qu’on n’a ni gaz (300-350 euros la bouteille de 10kg, qui coûtait 20 euros avant l’agression), ni électricité, et qu’on est obligé de cuisiner sur le feu de bois (mais il faut trouver du bois, des cartons, des papiers pour allumer un feu et cela demande beaucoup de temps et d’efforts alors je préfère manger un petit sandwich au fromage blanc pour éviter de faire du feu).

En général, on prépare pour le déjeuner des repas légers qui ne demandent pas beaucoup de feu, et pour le dîner, soit on oublie ce repas, soit on mange comme le matin des sandwichs.

Je m’occupe de trois centres éducatifs – deux qui se trouvent dans des immeubles visés par les bombardements, et une tente éducative dans un camps de déplacés – et passe deux heures par jour avec les enseignants et les enfants, ce sont des moments de bonheur pour moi, même si, quand je rentre, je suis triste parce que je n’ai pas pu satisfaire tout le monde. J’essaie, grâce au soutien des amis et solidaires francophones de leur apporter quelque soutien, des repas chauds, du matériel scolaire, des chaussures, des vêtements, des jouets quand on en trouve sur le marché. J’organise des séances de soutien psychologique pour les enfants avec des jeunes motivés. J’essaie également d’aider quelques familles déplacées autour de moi grâce à mes relations et à des associations locales. Après je vais une fois par semaine pour voir ma mère qui habite chez mon frère à 2 km de chez moi. À part cela je passe mon temps à la maison, je ne reçois pas beaucoup de monde, je ne sors presque pas, même s’il y a des occasions sociales (deuil, mariages, fiançailles) où j’essaie de ne pas aller car cela me rend triste de voir la ville détruite, les tentes où survivent 85 % des habitants de Gaza dans des conditions inhumaines.

Actuellement, il n’y a ni administration, ni gouvernement ni autorité, ni banques à Gaza. Les commerçants imposent les prix du peu de produits qui entrent dans l’enclave, les organisations internationales sont débordées et ne peuvent pas distribuer de l’aide à tout le monde. C’est un nouveau phénomène à Gaza, il y a moins de solidarité. Le prix des loyers a augmenté (1 000 à 1 500 euros par mois pour un petit appartement dans un immeuble partiellement détruit). Il n’y a pas de lois, les gens qui possèdent un générateur augmentent le prix de l’électricité vendue (200-300 euros par mois pour pouvoir charger les lampes, les portables, les ordinateurs, internet).

Malgré leur volonté de survivre, les gens sont tristes. Moi, j’ai la chance d’avoir des amis au travers des réseaux sociaux, j’écris, je lis, je témoigne, et j’échange avec eux.

Je ne m’imagine pas vivre en dehors de Gaza malgré cette situation catastrophique, et malgré la souffrance de tous les jours, Gaza pour moi n’est pas seulement un espace, un territoire, une ville natale, c’est un refuge, une protection, et une source de résilience et de vie. Mais surtout une raison d’exister et d’espérer même au milieu des ruines.

Actuellement, et via le passage de Rafah, seuls 30 malades ou blessés sont autorisé à sortir de Gaza quotidiennement. En sens inverse, seulement 150 Palestiniens entrent à Gaza de l’extérieur. Ils savent qu’ils vont trouver la dévastation et qui vont habiter dans des tentes déchirées et dans des appartements visés par des bombardements, mais c’est leur façon de résister, de montrer leur attachement à leur terre.

Actuellement, presque 97 % de la population à Gaza souffrent de l’insécurité alimentaire, 82 % de la population de Gaza survivent difficilement grâce à l’aide humanitaire internationale souvent limitée.

15 % touchent la moitié de leur salaire versé par l’autorité palestinienne ou le gouvernement de Gaza, mais, eux, doivent payer leur loyer très cher, l’électricité, internet, l’eau et lorsqu’ils ont tout payé, ils n’ont presque plus de quoi acheter à manger tellement les prix ont augmenté.

Les 3 % restants travaillent soit pour des organisations internationales ou locales, soit comme influenceurs sur les réseaux sociaux pour avoir des dons de l’extérieur qu’ils utilisent, soi-disant, pour aider la population dans le besoin.

C’est difficile pour moi d’écrire de raconter, de témoigner. J’aurais besoin de livres et de livres pour cela, 2 à 3 pages c’est insuffisant pour décrire la situation, la réalité et le vécu à Gaza depuis 32 mois mais j’essaie. Pourtant, même si je suis optimiste, trop c’est trop.

La vie continue, c’est vrai. Il y a des fêtes, des fiançailles, des mariages, des universités ont réparé des salles et proposent à nouveau des cours en présentiel, des commerces et des cafés ouvrent … mais malgré cela, tout est anormal. Il y a la volonté mais le désespoir domine. Même moi qui suis privilégié, je préfère rester chez moi pour ne pas avoir à affronter la réalité et montrer mon impuissance à être plus utile à la population.

C’est la routine mortelle à Gaza. Je vis avec ma femme qui travaille beaucoup pour notre maison, et avec mes trois garçons, deux fils poursuivent leurs études de façon virtuelle à l’université et ont beaucoup de cours et devoirs. Mon dernier fils va trois jours par semaine suivre des cours dans un centre éducatif, et quand il rentre, il a beaucoup de révisons. Toute la famille est occupée, donc, pas le temps de discuter. Moi, je dors beaucoup en ce moment pour éviter de penser à notre souffrance, pour éviter les questions. J’essaie d’être plus dynamique, mais actuellement, voilà, c’est comme ça.

Heureusement que les solidaires existent parce qu’avec le silence des médias et des dirigeants internationaux, c’est le seul point positif. Je reçois chaque jour des photos de manifestation partout dans le monde francophone, ça nous montre que la mobilisation se poursuit, à l’image de la Flottille de la Liberté qui a été interceptée la semaine dernière par la marine israélienne avant même d’arriver dans les eaux internationales de Gaza.

Fin avril ont eu lieu des élections municipale mais seulement à Deir El-Balah –qui est soi-disant la ville la moins détruite- au centre de la bande de Gaza qui abrite 70 000 habitants. Le taux de participation était de 22 %. Cela montre que les gens sont peu intéressés. Ils veulent le changement mais ils ont d’autres préoccupations et savent que les maires et les conseillers municipaux sont impuissants, qu’ils n’ont même pas les moyens de faire réparer une rue, d’enlever les déchets dans les rues, de réparer le système électrique ou les égouts. Alors ils attendent. Désespérément.

Dans la bande de Gaza, la souffrance devient banalité, la précarité réalité, la survie privilège et la patience rêve !

Même si qu’on ne peut jamais enfermer ni effacer l’espoir.