Les étudiants ont bloqué leur campus (L’Indep)

Pacifiques malgré un contexte étudiant et social tendu en France, les étudiants du centre-ville de Perpignan ont constitué une chaîne humaine tout en partageant leur mécontentement

Hier des 7h, les étudiants du campus Mailly en centre-ville de Perpignan ont appelé à faire blocage devant leur établissement en disposant des poubelles face aux entrées. « Pacifiquement bien entendu, nous ne sommes pas là pour casser, mais pour défendre avec légitimité nos revendications », ont insisté plusieurs porte-parole du mouvement contactés par L’Indépendant.

L’action des élèves perpignanais, équipés pour certains de pancartes revendicatives devant leur université et constitués en chaîne humaine, a duré 30 minutes. Les jeunes gens ont fait entendre leur voix, pointant du doigt « une inégalité de traitement avec le campus principal de la faculté au Moulin-à-Vent : nous n’avons qu’une cafétéria et non pas un restaurant universitaire comme au Moulin-a-Vent, où d(ailleurs il nous est impossible d’aller quand nous n’avons qu’une heure pour manger : Quand nous avons l’occasion d’y aller, avec un repas à 1 euro, forcément, il y a foule » ; « les pannes d’aération dans nos locaux » ; « le manque de sécurité autour du campus malgré une présence policière régulière » ; « l’absence d’un parking pour ceux qui viennent en voiture, et à qui le stationnement en ville revient cher ». Mais aussi « le gel des APL qui en conduisent certains à avoir la tête sous l’eau » et « l’augmentation des tarifs des licences et des masters ».

À midi, les étudiants mobilisés se sont retrouvés en assemblée générale à l’université au Moulin-a-Vent pour organiser la poursuite du mouvement de contestation prévue des lundi 12 octobre. L’Union progressiste, Union syndicale lycéenne, les étudiants et lycéens membres de la société civile étaient présents. À l’issue de leur réunion, ils se sont « mis d’accord sur des moyens d’action qui respectent la sécurité de tous ; dont notamment la continuité des blocus, le dialogue avec les personnels et les étudiants, ou encore des pôles d’organisation pour permettre une action plus efficace et moins éreintante », ont-ils indiqué.

Parmi leurs revendications, ils ont demandé « la banalisation des emplois du temps, c’est-à-dire la possibilité de ne pas être pénalisé en cas d’absence en cours, malgré la présence obligatoire en conditions normales ». Et ce sur les sites du Moulin-à-Vent, le campus Mailly et les lycées Picasso, Lurçat, Arago et Maillol.

Laura Causanillas (L’Indépendant, le 10 octobre 2026)

« Dans notre classe, il y a une vraie peur » : les lycéens prennent la parole (L’Indep)

Au lycée Aristide-Maillol de Perpignan, un temps de « démocratie lycéenne » a eu lieu hier. Les élèves ont exprimé leurs préoccupations et le proviseur et la directrice académique se sont alors engagés à analyser les revendications.

Après plusieurs jours de colère, de blocage et de débordements, un temps d’apaisement semblait nécessaire dans les lycées français. Le ministre de l’Éducation nationale avait demandé la mise en place d’un temps de « démocratie lycéenne », pour permettre aux élèves d’exprimer leurs préoccupations et leurs besoins. Obligatoire pour l’ensemble des établissements français. À Perpignan ce vendredi 9 octobre, le lycée Aristide-Maillol s’est prêté à l’exercice.

Installés dans l’amphithéâtre de l’établissement, quelques dizaines de lycéens se sont préparés, feuille à la main et revendications en tête. Ils ont été choisis comme porte-parole de leurs classes, parmi les Seconde, Première ou Terminale, de différentes filières, générales, technologiques et professionnelles.

C’était aussi le moment pour eux de se faire entendre par leur proviseur Mare Cabale, et par la Directrice académique des services de l’Éducation nationale (Dasen), Anne-Laure Arino, tous les deux présents.

À l’image d’un sentiment collectif, Les mêmes idées sont revenues à plusieurs reprises. La première, les emplois du temps Le représentant de la Terminale pro métiers de la sécurité a été le premier à l’illustrer : « On a des trous énormes dans les emplois du temps, qui nous donnent des journées élargies. Ce qu’on veut, ce n’est pas défendre la fainéantise, mais bien le goût de l’effort. Cependant, cinq heures de trou, c’est inutile. On aimerait avoir du temps personnel pour faire du sport par exemple ». En effet, ce manque de temps libre, beaucoup le déplorent. « On reste assis sur une chaise pendant 9 heures. Comme ça, tous les jours, en plus des devoirs, de la vie familiale et de la vie sociale. On a 27 heures de cours et souvent autant d’attente parce qu’on est obligé de rester dans le lycée. Ce sont des heures de présence que les lycéens n’ont pas choisies », s’est exprimé un autre lycéen.

Comme ailleurs en France, la plateforme Parcoursup a été particulièrement pointée du doigt. « Dans notre classe, il y a une vraie peur. Parce qu’on va devoir choisir pour notre avenir, alors qu’on est encore très jeunes. Et tout ça, c’est fait par un robot qui classe les données statistiques », a déploré l’un d’entre eux, en Seconde générale.

Ensuite, la cantine : trop chère pour certains, trop remplie pour d’autres ou même « pas assez rassasiante » pour les élèves de la section sportive. Selon Malek, de Terminale CAP commerce, « quand on doit manger à 11h30 et qu’on reprend à midi, ce n’est pas possible d’aller à la cantine parce qu’il y a beaucoup trop de monde ». Le prix du repas quant à lui est fixé à 5 euros, mais cela leur semble à tous « assez injustifié ». D’autres revendications concernaient spécifiquement les infrastructures du lycée. « Des salles trop petites », « pas assez de chaises », des toilettes « cassées », « sans papier toilette » ou « sans protection hygiénique » et « des fenêtres qui ne s’ouvrent pas » pendant les périodes de fortes chaleurs.

À l’issue de presque deux heures de prises de parole, les élèves ont pu reprendre les cours, les blocus étant terminés. Le proviseur du lycée Maillol s’est alors engagé à « analyser avec: beaucoup de finesse le document qui va être remis avec l’ensemble des revendications ». Anne-Laure Arino a déclaré repartir « avec de nombreuses obligations » et s’engager « à ce qu’il y ait des temps de réunion très rapidement autour de Parcoursup ».

Emma Lemaire (L’Indépendant, le 10 octobre 2026)

Bertrand Vidal. « Un malaise générationnel » (L’Indep)

L’analyse du sociologue à l’Université de Montpellier.

Êtes-vous surpris par l’ampleur du mouvement lycéen et par sa violence ?

Ce qui me surprend le plus, c’est moins le mouvement, son ampleur ou sa violence, que le traitement qui peut en être fait. En fait, on ne fait que prolonger le discours désapprobateur sur la jeunesse. Pendant des années, on l’a décrite comme docile et apathique : la « Gen Z », ce sont les jeunes « zombifiés » par les écrans et les médias sociaux, dont on ne tirera jamais rien. Puis aujourd’hui, quand elle se mobilise, que dit-on? A peu près la même chose: ce n’est pas elle qui parle, elle est manipulée de l’extérieur. Le discours est le même: on lui refuse toujours d’être un sujet politique. Passive avant, elle n’est aujourd’hui qu’un instrument.
C’est un discours de disqualification total : quand les jeunes subissent, c’est qu’ils sont indifférents ; quand ils protestent, c’est qu’ils sont immatures. Sur la violence, je ne l’excuse pas, mais je constate que le cadrage se concentre sur elle et laisse peu de place aux raisons de la colère : l’état des locaux, les postes non pourvus, Parcoursup. Il laisse aussi peu de place à la violence structurelle et symbolique subie par ces mineurs.

Parti de la banlieue parisienne, le mouvement s’est étendu à la majorité des lycées. Qu’est-ce que cela dit ?

Cela prouve que le malaise n’est pas simplement territorial, il est générationnel. L’étincelle est partie des lycées de banlieue parce que c’est là que la dégradation du bâti scolaire, le manque de moyens et la tension avec les institutions sont les plus intensément ressentis. Mais la poudrière est partout. Et si on aime réduire ces événements à un problème de territoire, c’est parce que cela le circonscrit, sans questionner le contrat éducatif français et sa place dans la vision politique. Certes, si les motifs immédiats varient d’un lycée à l’autre et d’un territoire à l’autre, les élèves, quelle que soit leur origine géographique et sociale, partagent aujourd’hui un sentiment commun d’absurdité : le sentiment d’être une variable d’ajustement et non une force pour demain.

Derrière ses revendications, ce mouvement ne cache-t-il pas un mal-être plus général en lien avec la situation économique et climatique ? L’absence de perspectives ?

Le bâti dégradé ou les absences de professeurs sont des déclencheurs. Derrière eux, ces lycéens ont le sentiment très net d’hériter d’un monde abîmé, climatiquement et économiquement, parles générations antérieures, qui leur demandent d’obéir en silence alors que les choix collectifs se sont faits largement sans eux. C’est pourquoi le mouvement ne cache pas ce mal-être, mais il l’incarne. L’angoisse climatique, la peur de la guerre, la précarité qui l’attend l’incertitude quant a la prochaine présidentielle: ce sont des angoisses abstraites, contre lesquelles il est futile de bloquer un lycée et d’embraser des poubelles. En revanche, un plafond qui fuit, un professeur non remplacé, un algorithme d’orientation opaque, pourquoi pas ? C’est que l’école devient l’endroit ou un mal-être diffus trouve des cibles concrètes. Ce serait donc une erreur d’opposer « revendications précises » et « malaise général » : les premières sont la forme visible du second.

Les étudiants embrayent en tentant de récupérer le mouvement. Peut-on craindre un embrasement type Mai-68 ?

Le mot « récupérer » est lui-même un symptôme de ce dont je par-lais: il suppose des lycéens passifs, un matériau que d’autres s’approprieraient, alors que ce sont des actes, des sujets politiques. Je préfère parler de relais, car les revendications sont parfois très différentes. Pour Mai-68, je ne le crois pas, et pour des raisons de fond. Mai-68 est advenu dans une société de plein-emploi, avec des syndicats capables de faire converger étudiants et ouvriers. Aujourd’hui, la précarité fragmente, les relais organisés sont faibles et les enjeux des lycéens et des étudiants ne sont pas les mêmes. Ce qu’il reste de commun, c’est le malaise profond partagé.

Recueilli par Richard Gougis (L’Indépendant, le 9 octobre 2026)

Sous pression, le gouvernement déploie 3 000 enseignants remplaçants (L’Indep)

Le mouvement des lycéens se poursuit.

Le gouvernement fait un pas de plus vers les lycéens. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé jeudi soir, sur TF1, la mobilisation de « 3 000 professeurs » qui vont rejoindre les établissements en situation « très problématique » et ce, « dans les prochaines heures », entre vendredi et mardi. « Grâce à un logiciel que j’ai demandé il y a un an, on a pu, en ce début d’année -c’est la première fois qu’on le déploie-, identifier les établissements qui sont dans des situations que je qualifierais de très problématiques Il y a 114 lycées dont je dirais qu’ils sont rouges et 400 qui sont orange », a-t-il expliqué sur le plateau du 20 Heures. Le ministre autorise également « les recteurs à recruter davantage d’enseignants que le nombre actuellement autorisé, soit des « centaines » de professeurs supplémentaires », souligne-t-il. Il propose, par ailleurs, un « pacte enseignant » aux proviseurs qui pourront procéder à des remplacements de courte durée grâce aux heures supplémentaires de professeurs volontaires. Cela représentera des « centaines de milliers d’heures supplémentaires », a assuré M. Geffray.

Ces mesures d’urgence sont loin de répondre, cependant, aux revendications. Les élèves et étudiants qui bloquent leurs établissements dénoncent aussi des emplois du temps surchargés et demandent, entre autres, 250 000 places en plus à l’université, une rénovation du bâti et la suppression de la sélection par Parcoursup. « On n’arrêtera pas tant qu’il n’y aura pas 10 milliards sur la table », a affirmé, mardi, Sabrine Kharbach, porte parole de l’Union étudiante.

Cette annonce intervient, de plus, à peine 24 heures après une prise de parole du Premier ministre, signe que l’exécutif est aux abois, alors que l’intersyndicale étudiante et professionnelle appelle à une nouvelle journée de mobilisation unitaire mardi prochain. Lors d’une courte allocution, mercredi soir, le chef du gouvernement s’est dit à l’écoute des « angoisses » des jeunes, mais a remis à fin octobre ses principales décisions.

De nouvelles violences

En attendant, lycéens et étudiants maintiennent la pression sur l’exécutif à Paris, Marseille, Montpellier, Nantes ou encore Strasbourg 71500 personnes ont manifesté jeudi à travers la France, dont 24 500 clans la capitale, selon le ministère de l’intérieur, qui en a recensé également 55 000 devant les établissements scolaires 375 d’entre eux étaient partiellement ou totalement fermés, d’après le ministère de l’Éducation. Place de la Bastille, à Paris, des incidents ont éclaté en fin de rassemblement, avec des jets de pavés et de mortier sur les policiers. Une vingtaine de black blocs auraient également jeté du mobilier urbain sur les forces de l’ordre. Dans ce climat de tensions, 504 interpellations ont été réalisées dans la journée et 48 policiers et gendarmes ont été blessés, annonce le ministère de Intérieur qui note « une augmentation des violences urbaines ».

L’Indépendant, le 9 octobre 2026

Les professionnels de la petite enfance ont eux aussi fait entendre leur colère, jeudi, pointant une dégradattion des conditions d’accueil.

Les lycéens à nouveau mobilisés (L’Indep)

À Perpignan ce jeudi 8 octobre, des centaines de lycéens et étudiants ont commencé à manifester, partant des lycées de la ville jusqu’à la place de la Victoire. Il s’agit désormais de l’acte IV d’un mouvement lancé il y a près de deux semaines pour exiger de meilleures conditions d’enseignement.

Alors qu’une nouvelle journée de mobilisation des lycéens et étudiants se planifiait en France, à Perpignan ce jeudi matin, des centaines de jeunes ont commencé à arpenter les rues.
Les élèves de différents établissements se sont réunis devant le lycée François-Arago, pour se diriger jusqu’à la place de la Victoire.

En tête du cortège se trouvait Lucien, étudiant à l’université de Perpignan. Ce jeune de 21 ans a rapidement pris un rôle de « meneur » aux côtés des élèves plus jeunes. « On a réussi à bloquer l’université et maintenant on soutient les lycéens pour leur donner un cadre et plus de renfort », s’est-il ex-primé, déambulant avec un abattant de WC autour du cou. Espérant « alerter les services publics », il a participé à tous les blocus depuis le début, « en évitant au maximum les casses ».

Une assemblée générale ce vendredi

Le reste du cortège était composé de jeunes d’âges différents, en lycée ou études supérieures, de nombreuses pancartes à la main. « Le monde est à nous », « Fière de ma génération Z», pouvait-on lire. Selon Lucien, une assemblée générale est prévue ce vendredi 9 octobre pour anticiper les mobilisations de la semaine prochaine.

En attendant, certains élèves ne souhaitant pas faire de blocage ont pu participer aux cours. Avec des classes peu remplies.

Un peu avant midi jeudi, la mobilisation s’est terminée au pied du Castillet. Aucun débordement n’a été relevé.

Emma Lemaire (L’Indépendant, le 9 octobre 2026)

Le temps de dialogue irrite proviseurs et lycéens (L’Indep)

Mardi, le Premier ministre a annoncé la mise en place d’une demi-journée d’échanges avec les lycéens dans chaque établissement. Mesure impossible à mettre en place dans le contexte actuel selon les proviseurs.

Une demi-journée consacrée à la démocratie lycéenne sous forme d’échanges, à mettre en place dans chaque établissement d’ici la fin de la semaine : la mesure, sortie du chapeau par le Premier ministre Sébastien Lecornu lui-même, mardi après-midi, n’a pas vraiment eu d’effets magiques sur l’ambiance qui règne autour et dans les lycées.

Au lendemain de manifestations massives en région, un calme relatif était revenu ce mercredi dans de nombreux établissements de l’académie de Montpellier. Cela n’empêche pas les proviseurs de brandir la sécurité comme objection numéro un à la mise en place de cette demi-journée en forme d’AG interne.

« Cette annonce totalement hors-sol traduit une méconnaissance totale de la vie des établissements et de la réalité du terrain », s’emporte Florent Martin, proviseur du lycée Arago de Perpignan et secrétaire académique du syndicat SNPDEN-Unsa.

« Intenable dans un timing aussi serré »

Le chef d’établissement y voit d’abord un risque majeur pour la sécurité : « Cela va rallumer les braises de la contestation et organiser un tel type d’échange revient à déréguler les règles de sécurité au sein de l’établissement, sans savoir ce qu’il va vraiment s’y passer si certains élèves viennent y participer avec des intentions belliqueuses. »

Le proviseur catalan estime aussi que « cette injonction est intenable dans un timing aussi serré. Ce n’est pas possible à organiser du jour au lendemain. Il faut du temps pour donner du sens à cet échange et l’organiser dans un moment plus pacifié pour permettre de le détacher de toute stratégie, d’un côté comme de l’autre. »

Même scepticisme du côté des enseignants qui redoutent de se retrouver en tenaille entre les atermoiements de l’institution et la colère des élèves. « Dégager un temps de parole, écouter les élèves, c’est souhaitable, mais pas dans ces conditions, en recevant des messages à 11h le soir pour mettre des choses en place le lendemain », résume Jessica Boyer, vice-présidente académique du Snalc. « Encore faut-il que ces échanges soient suivis de mesures. Si c’est pour faire comme les Grenelles qui n’ont abouti à aucun moyen, je n’en vois pas l’intérêt. »

L’enseignante se dit aussi inquiète « par le risque de récupération et de politisation du mouvement par les étudiants. Cela nous met mal à l’aise par rapport à la neutralité qui doit avoir cours à l’école. Il va y avoir d’ailleurs des choses à recadrer à ce niveau. Il est essentiel que le mouvement des lycéens reste indépendant », ajoute-t-elle.

Quant aux principaux intéressés, les élèves, ils trouvent la ficelle un peu grosse. « Aujourd’hui, toutes instances sont au courant de nos revendications. Je ne vois pas ce que ce temps d’échange peut apporter de plus. Je pense que c’est une manœuvre du gouvernement pour gagner du temps sans répondre véritablement aux lycéens », résume Maëlle, 16 ans, meneuse du mouvement au lycée Clemenceau de Montpellier. Elle se dit par ailleurs « déçue par les réunions d’échanges avec le rectorat et la Région qui n’ont rien donné ».

En clair, les lycéens ont l’impression qu’on les renvoie dans leurs lycées poliment sans leur avoir apporter de réponses concrètes.

Richard Gougis (avec J. M.) (L’Indépendant, le 8 octobre 2026)

Mouvement lycéen. L’allocution de Sébastien Lecornu n’a pas convaincu à Perpignan (L’Indep)

À Perpignan, l’allocution que le Premier ministre Sébastien Lecornu a prononcée hier en début de soirée sur fond de contestation lycéenne et étudiante ne semble avoir convaincu ni les élèves, ni leurs professeurs. Les appels a la mobilisation sont maintenus.

Si l’on en croit les réactions à chaud des principaux intéressés, le discours du Premier ministre n’a pas atteint son objectif. En tout cas pas à Perpignan. Pour résumer, lors de son allocution, après avoir mis l’accent sur les dispositifs mis en place pour recueillir les doléances des élèves (plateforme sur internet, temps de concertation dans les lycées…), Sébastien Lecomu a rapidement listé les chantiers qu’il comptait lancer, du remplacement des profs absents à Parcoursup, en passant par l’amélioration du bâti ou l’organisation du temps scolaire. Il a également indiqué que des mesures seraient annoncées d’ici la fin du mois d’octobre.

« Je trouve qu’il y a surtout du blabla », juge le référent fédéral de l’Union syndicale lycéenne, Alban, élève au lycée Jean-Lurçat. « Nous, on attend des réponses concrètes. On va continuer la mobilisation jusqu’à ce qu’on en obtienne. Sébastien Lecomu parle d’1,2 milliard d’euros en plus pour l’éducation dans le budget 2027. Si ça suffisait, ça se saurait… Dans le même budget, ils prévoient plus de 700 suppressions de postes dans le secondaire. »

La secrétaire générale du mouvement étudiant perpignanais Union progressiste, Lana, reste elle aussi sceptique. « Ce discours n’a pas répondu à nos attentes », indique-t-elle. « On a l’impression qu’il vise seulement à calmer la situation. Il dit que nous aurons des réponses fin octobre, sauf que nous, on voudrait des mesures rapidement. Les paroles, ça ne nous suffit plus ! On veut du changement maintenant. On aurait aussi souhaité une reconnaissance des violences policières. »

Le co-secrétaire départemental du syndicat d’enseignants Snes-FSU Marc Moliner estime également que l’allocution du Premier ministre présente de nombreuses lacunes. « Finalement, il n’annonce rien », fustige-t-il. « C’est clairement de l’enfumage. Il dit qu’il prend au sérieux les lycéens et qu’ils ont le droit de manifester, sauf que derrière, quand il s’agit de répondre à leurs revendications, il n’y a rien. Soit il renvoie à Internet avec la mise en place d’une plateforme pour que les lycéens puissent s’exprimer, soit il renvoie aux temps de concertation organisés dans les établissements avec les proviseurs et les enseignants. Mais c’est au gouvernement d’apporter des réponses politiques et budgétaires, ce qu’il n’a pas fait. De plus, ce genre de consultations, on a déjà vu ce que ça donnait avec celle organisée après le mouvement des Gilets jaunes ou avec la convention citoyenne sur le climat. »

Le Snes-FSU appelle donc « à poursuivre et amplifier la mobilisation par la manifestation et la grève, en étant aux côtés des lycéens ce jeudi ». Les syndicats d’enseignants sont également en train de préparer une nouvelle journée d’action pour la semaine prochaine.

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 8 octobre 2026)

Les campus de l’université fermés ce jeudi

Hier matin, la situation est restée calme devant les lycées de la ville. Du côté de l’université, sur le campus du Moulin-a-Vent, les étudiants mobilisés ont comme prévu bloqué l’entrée principale et plusieurs autres accès à partir de 6h30, avec l’aide de lycéens. Ici aussi, tout s’est déroulé dans le calme. La direction a reçu les porte-parole du mouvement étudiant Union progressiste dans la matinée. Ces derniers réclamaient que les journées soient banalisées (que les élèves absents ne soient pas sanctionnes) jusqu’à vendredi inclus pour leur permettre d’apporter leur soutien a la mobilisation des lycéens. En début d’après-midi, la direction a publié un communiqué indiquant que l’ensemble des activités de l’université seraient suspendues sur les campus du Moulin-à-Vent et Mailly ce jeudi 8 octobre. Tandis que les 9 et 10 octobre, l’ensemble des campus seront ouverts, mais les journées banalisées sur les sites perturbés.

L’Indépendant, le 8 octobre 2026

L’édito du Travailleur Catalan par René Granmont. La jeunesse em… le Rassemblement national !

Jusqu’à maintenant, le traitement réservé par le gouvernement à des jeunes qui demandent simplement de vivre et étudier dignement a été la répression brutale. Car lorsque des heurts se produisent entre policiers et manifestants, c’est l’État qui définit le niveau de la violence ! Et le gouvernement Lecornu a délibérément choisi d’étouffer dans l’œuf la mobilisation des lycéens et des étudiants en créant les conditions d’un étalage de la violence… bien aidé en cela par des médias bien plus friands de feux de poubelles que de débats sur la validité des revendications de la jeunesse.

Pourtant, la grande majorité des lycéennes et lycéens qui étaient dans la rue mardi, accompagnés par des enseignants, des parents, des militants syndicaux, ont démontré leur sens des responsabilités. Il suffisait, pour s’en convaincre de lire les multiples pancartes qui étaient brandies et réclamaient, parfois avec humour, des professeurs supplémentaires, des moyens humains, des classes moins surchargées, des établissements moins vétustes,…

Loin d’être aveuglés par une légitime colère, ils ont clamé haut et fort que « la jeunesse em…. le Rassemblement national ! » Car ils ont bien compris qu’il n’y avait rien de bon à attendre de ce côté-là.

Rien de bon pour la liberté d’expression et de création comme le prouve la décision du maire d’Elne ou les éructations de celui de Carcassonne. Rien de bon au niveau économique et social comme le prouve le contre-budget présenté par Marine Le Pen. Non seulement, rien ne changerait si, par malheur, elle entrait à l’Elysée, mais ce serait pire. Elle propose une austérité record de 140 milliards d’euros pour 2032. Et, comme elle se refuse totalement de toucher aux privilèges des ultra-riches et des entreprises du CAC 40, il faudra imposer une cure drastique à tous les autres. Par exemple en baissant, en 2031, de plus de 36 milliards le budget de la Sécurité
sociale, à coups de déremboursements, de cure d’amaigrissement de l’hôpital public. Ou encore en frappant fort le logement social et ses locataires… C’est-à-dire, pour parler clair en aggravant encore plus, si c’est possible, la politique d’Emmanuel Macron.

Non, la jeunesse n’a vraiment rien de bon à attendre d’un parti qui plonge ses racines dans la vieille droite pétainiste –est-il nécessaire de rappeler que ce sont d’anciens Waffen-SS qui ont porté le Front national sur les fonts baptismaux ?– Donc antisémite aussi comme viennent de le révéler les messages de son président, qui garde néanmoins toute la confiance de la cheffe du RN.

À l’heure où ces lignes sont écrites, nul ne sait quelle sera la suite de la lutte des étudiants et des lycéens. Mais il reste une certitude : l’irruption de cette jeunesse dans la vie politique du pays peut laisser espérer un futur moins sombre que ce que les augures laissaient entrevoir…

Contestation lycéenne. La mobilisation prend de l’ampleur, l’exécutif en quête d’une sortie de crise (L’Indep)

Plusieurs centaines de milliers de personnes ont défilé, mardi, à travers la France, mettant le gouvernement sous pression.

Plusieurs centaines de milliers de personnes ont battu le pavé, mardi, lors de la nouvelle journée de mobilisation des lycéens. Un mouvement qui gagne le pays avec le renfort des syndicats (FSU, CGT, FO, CFDT, Unsa, SUD), comme de l’opposition de gauche (PS, PCF, LFI) et inquiète désormais le chef de l’État qui a pris en main la gestion du dossier.

Pour l’acte III de la contestation, jeunes, parents et professeurs ont défilé ensemble dans toute la France, mettant le gouvernement sous pression avec une mobilisation qui prend de l’ampleur. Ils étaient 256 000 personnes dans les nues, ce mardi, dont 56 000 à Paris, selon le ministère de l’intérieur. Les organisations lycéennes et étudiantes (USL, Fage, Union étudiante, Unef) revendiquent, elles, 450 000 manifestants, dont 100 000 dans la capitale. 10000 personnes ont également fait également leur colère à Montpellier, près de 2 000 a Nimes, entre 1 800 et 2 500 à Perpignan, plusieurs centaines dans les rues de Narbonne et Carcassonne.

Selon le ministère de l’Éducation nationale, les cours étaient suspendus dans le même temps dans 891 lycées, totalement ou partiellement, sur un total de 3 700 établissements.

La journée a également été émaillée de nouveaux heurts et affrontements. 488 personnes ont été interpellées et 43 membres des forces de l’ordre blessés.

Sous le feu des critiques, le Premier ministre Sébastien Lecomu a défendu, mardi, à l’Assemblée nationale, la nécessité de maintenir l’ordre face aux violences, accusant LFI de « souffler sur les braises » et de « bordéliser » le pays à l’approche de l’élection présidentielle. « Depuis dix-huit jours, vous jouez le pourrissement et déchainez une répression inédite contre les manifestants », a rétorqué Mathilde Panot, la cheffe de file des députés LFI, en réclamant comme le PS, l’interdiction de l’usage « d’armes mutilantes ».

La Commission nationale consultative des droits de l’homme pointe, elle aussi, un « recours disproportionné à la force », face à des mineurs.

Dix enquêtes ont été confiées à la police des polices alors qu’un jeune a eu la main arrachée à Lens et un autre a perdu un œil à Tours. Le policier auteur du tir de lance-grenade qui a blessé au visage Eden, 14 ans, à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise) la semaine dernière, en marge de la mobilisation lycéenne, a été, lui, mis en examen, mardi, pour violences.

Mais le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, estime ne pas avoir « à présenter des excuses » et affirme que les interventions des forces de l’ordre s’effectuent dans « la plus grande
proportionnalité ».

Pour nombre de responsables de gauche, les violences accompagnant la contestation lycéenne qui a débuté le 21 septembre dans l’académie de Créteil (Val-de-Marne) s’expliquent, en partie, par la réponse répressive apportée à ce mouvement et le temps mis par le gouvernement à ouvrir la discussion.

Réunion de crise à l’Élysée

Les élèves réclament toujours de meilleures conditions d’apprentissage et des financements supplémentaires, dénonçant notamment des classes et des emplois du temps surchargés, le manque de professeurs, et demandant la refonte voire l’arrêt de Parcoursup, la plateforme d’inscription dans l’enseignement supérieur.

Le chef du gouvernement a promis, pour l’heure, le lancement de plusieurs chantiers et d’apporter « davantage de transparence » et de « simplicité » à Parcoursup. Il a annoncé aussi la suspension des cours dans les lycées de mercredi à vendredi, afin de permettre aux chefs d’établissement d’organiser un « temps de démocratie interne avec les élèves ».

Mais c’est au sommet du pouvoir que va être actée la réponse apportée aux lycéens. Emmanuel Macron a réuni, mardi soir, à l’Elysée, Sébastien Lecomu et les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation. Objectif: tenter d’amorcer une sortie de crise pour éviter une « convergence des luttes », au moment où la perte de pouvoir d’achat, amplifiée par la flambée des prix à la pompe, fragilise aussi de nombreux ménages français. La CGT annonce déjà qu’elle se tiendra aux côtés des lycéens et des étudiants, qui poursuivent leur mouvement, à l’occasion d’une nouvelle journée de mobilisation jeudi. Les appels à un retour des « gilets jaunes », le 17 octobre, se multiplient, dans le même temps, sur les réseaux sociaux.

L’Indépendant, le 7 octobre 2026