Le ministre du Tourisme, Serge Papin, vient de se féliciter d’une saison estivale « au beau fixe », malgré les crises internationales et les canicules répétées. « Les clignotants sont au vert sur tous les registres, géographiques et clientèles, du camping au palace », a-t-il déclaré à l’AFP. Pourtant, les professionnels du secteur dressent un constat moins reluisant.
Avec 102 millions de visiteurs internationaux en 2025 (contre 100 millions en 2024), la France a battu des records de recettes, atteignant 77,5 milliards d’euros. L’objectif ? 100 milliards en 2030. Mais cette ambition se heurte à une réalité climatique de plus en plus pressante. Les prévisions de Météo-France pour 2030 annoncent une multiplication des journées de fortes chaleurs et des nuits tropicales, un scénario bien éloigné des +2°C visés par l’Accord de Paris. La France a même défini en 2023 une Trajectoire de réchauffement de référence préparant le pays à un réchauffement de +4°C d’ici 2100.
L’Occitanie sera la région la plus touchée. Selon une note de l’Agence d’Attractivité et de Développement d’Occitanie, 55 % des professionnels du tourisme y ont constaté une activité « dégradée » en juin 2026, contre 45 % de satisfaits. Une canicule historique et précoce (du 17 au 30 juin), avec des températures jusqu’à +8°C au-dessus des normales et 8 nuits tropicales consécutives à Toulouse a entraîné annulations de séjours, baisse de fréquentation et fermetures partielles d’établissements mal équipés.
Les professionnels pointent aussi d’autres facteurs : la flambée des prix du carburant et la baisse du pouvoir d’achat. « Les réservations avaient bien démarré, mais tout s’est effondré après le conflit au Moyen-Orient et la hausse des carburants », témoigne un gérant de gîte rural..
Un avenir incertain
Pire, ces perturbations ne sont qu’un avant-goût. Une étude de l’Insee Occitanie (novembre 2024) révèle que 72 % des lits touristiques de la région seront exposés à plus de 35 journées à +30°C ou 50 nuits tropicales par an d’ici 2050. Aujourd’hui, seulement 2 % du territoire régional subissait des fortes chaleurs fréquentes (1976-2005). En 2030, ce sera 12 %, puis 50 % en 2050. Les touristes se tournent déjà vers des destinations plus fraîches, comme le littoral atlantique.
Face à ce constat, l’urgence est double : réduire les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter pour préserver un secteur qui génère jusqu’à 180 000 emplois en été. Sans action, le pilier économique qu’est le tourisme en Occitanie pourrait s’effriter, emporté par les vagues de chaleur.
La question n’est plus de savoir si le climat impactera le tourisme, mais comment y faire face. Entre records économiques et réalités climatiques, la France devra innover pour concilier attractivité et durabilité. Un défi de taille, alors que les canicules, autrefois exceptionnelles, deviennent la norme.
Dominique Gerbault
