Des défilés et des échauffourées (L’Indep)

Des milliers de manifestants ont bravé les interdictions en région.

Seul rassemblement autorisé en région, celui de Béziers, samedi matin, était encadré par la CGT et Solidaires. Quelque 600 personnes ont défilé dans le calme et dans une ambiance festive. La ville est restée sous haute surveillance ensuite par crainte de rassemblements de « gilets jaunes » qui n’ont finalement pas eu lieu.

À Millau, en revanche, une centaine de « gilets jaunes » ont organisé dans la matinée une « opération péage gratuit » au niveau du viaduc avant que plusieurs dizaines d’entre eux ne se rassemblent devant la gare et tentent de rejoindre la sous-préfecture malgré l’interdiction de manifester. Dans la préfecture de l’Aveyron, à Rodez, un peu plus de 300 personnes ont répondu à l’appel de l’Acte II, selon Centre Presse. Sur l’itinéraire qu’ils ont emprunté, ils ont notamment fait attendre leurs voix et revendications devant la préfecture, le Département et la mairie.

À Alès, près de 700 manifestants se sont rassemblés devant l’heurts. À Nîmes, en revanche, alors que la préfète avait interdit tout rassemblement, plusieurs centaines de personne se sont retrouvées à l’entrée des Jardins de la Fontaine pour exprimer « un ras-le-bol général ». La foule s’est dispersée tout au long de l’après-midi, un groupe choisissant de bloquer la circulation sur le boulevard périphérique entre le rond-point de la route d’Arles et le centre commercial des 7 Collines où la situation s’est tendue avec les forces de l’ordre. À 18h, le calme était revenu contrairement à Montpellier où les tensions étaient toujours importantes à la tombée de la nuit. Malgré l’interdiction de manifester, des rassemblements se sont formés dans l’après-midi. Un millier d’étudiants se sont retrouvés devant le campus Triolet et avaient prévu de rejoindre le centre commercial Odysseum. Le cortège a finalement été bloqué par les forces de l’ordre et des affrontements ont commencé, tandis que la place de la Comédie se remplissait peu à peu. Les deux cortèges ont tenté de se rejoindre et se sont étoffés tout au long de l’après-midi.

Jusqu’à 6 300 manifestants ont ainsi été comptabilisés par les autorités avant que les groupes ne se disloquent de nouveau. Des attroupements ont ainsi rejoint la place de la Comédie, le commissariat, le quartier Port Marianne. Place de la Comédie, de violents affrontements entre les CRS et les manifestants ont éclaté en début de soirée. « Les forces de l’ordre ont fait usage à plusieurs reprises de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants qui scandaient des slogans hostiles à la police et qui lançaient des projectiles en direction des forces de l’ordre », affirmait la préfecture de Hérault, dans la soirée, alors que 200 manifestants étaient encore sur place. Huit personnes ont été interpellées et les forces de l’ordre comptaient deux blessés.

Entre 26 500 et 80 000 personnes, selon les sources citées par La Dépêche du Midi, ont manifesté à Toulouse. La situation s’est tendue au moment de la dispersion du cortège. Selon la préfecture, un jeune homme de 20 ans a été grièvement blessé à la main lors de heurts avec les forces de l’ordre.

À Perpignan où des pillages avaient eu lieu la semaine dernière, 1 500 personnes se sont rassemblées malgré l’interdiction préfectorale. Un groupe de 500 manifestants a tenté de pénétrer dans le centre-ville et s’est opposé aux forces de l’ordre. 21 personnes ont été interpellées, quatre ont été placées en garde à vue.

Estelle Devic (L’Indépendant, le 25 octobre 2026)

L’édito du webzine. Le tourisme français à l’épreuve du climat

Le ministre du Tourisme, Serge Papin, vient de se féliciter d’une saison estivale « au beau fixe », malgré les crises internationales et les canicules répétées. « Les clignotants sont au vert sur tous les registres, géographiques et clientèles, du camping au palace », a-t-il déclaré à l’AFP. Pourtant, les professionnels du secteur dressent un constat moins reluisant.

Avec 102 millions de visiteurs internationaux en 2025 (contre 100 millions en 2024), la France a battu des records de recettes, atteignant 77,5 milliards d’euros. L’objectif ? 100 milliards en 2030. Mais cette ambition se heurte à une réalité climatique de plus en plus pressante. Les prévisions de Météo-France pour 2030 annoncent une multiplication des journées de fortes chaleurs et des nuits tropicales, un scénario bien éloigné des +2°C visés par l’Accord de Paris. La France a même défini en 2023 une Trajectoire de réchauffement de référence préparant le pays à un réchauffement de +4°C d’ici 2100.

L’Occitanie sera la région la plus touchée. Selon une note de l’Agence d’Attractivité et de Développement d’Occitanie, 55 % des professionnels du tourisme y ont constaté une activité « dégradée » en juin 2026, contre 45 % de satisfaits. Une canicule historique et précoce (du 17 au 30 juin), avec des températures jusqu’à +8°C au-dessus des normales et 8 nuits tropicales consécutives à Toulouse a entraîné annulations de séjours, baisse de fréquentation et fermetures partielles d’établissements mal équipés.

Les professionnels pointent aussi d’autres facteurs : la flambée des prix du carburant et la baisse du pouvoir d’achat. « Les réservations avaient bien démarré, mais tout s’est effondré après le conflit au Moyen-Orient et la hausse des carburants », témoigne un gérant de gîte rural..

Un avenir incertain

Pire, ces perturbations ne sont qu’un avant-goût. Une étude de l’Insee Occitanie (novembre 2024) révèle que 72 % des lits touristiques de la région seront exposés à plus de 35 journées à +30°C ou 50 nuits tropicales par an d’ici 2050. Aujourd’hui, seulement 2 % du territoire régional subissait des fortes chaleurs fréquentes (1976-2005). En 2030, ce sera 12 %, puis 50 % en 2050. Les touristes se tournent déjà vers des destinations plus fraîches, comme le littoral atlantique.

Face à ce constat, l’urgence est double : réduire les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter pour préserver un secteur qui génère jusqu’à 180 000 emplois en été. Sans action, le pilier économique qu’est le tourisme en Occitanie pourrait s’effriter, emporté par les vagues de chaleur.

La question n’est plus de savoir si le climat impactera le tourisme, mais comment y faire face. Entre records économiques et réalités climatiques, la France devra innover pour concilier attractivité et durabilité. Un défi de taille, alors que les canicules, autrefois exceptionnelles, deviennent la norme.

Dominique Gerbault

« Ce qui se joue sous nos yeux à Carcassonne est sans précédent » : après une première manifestation, le collectif Nous Carcassonne organise un deuxième acte contre l’extrême droite (L’Indep)

À la suite d’une première manifestation le 29 avril 2026, le collectif de jeunes Nous Carcassonne réitère son action le samedi 6 juin prochain au square Gambetta pour lutter contre l’extrême droite.

Il y a eu un avant et un après lié au rassemblement contre l’extrême droite organisé par le collectif Nous Carcassonne. À la suite de la manifestation du 29 avril 2026, le maire Rassemblement national, Christophe Barthès, a annoncé en conseil municipal, retirer les locaux communaux aux syndicats ayant participé à cette action.

Depuis ce jour, la colère monte du côté des organisations syndicales qui multiplient les mobilisations. Des personnalités politiques se sont également approprié le sujet en interpellant le gouvernement. Et pour le collectif Nous Carcassonne, c’est aussi l’occasion de réitérer leur manifestation de fin avril. En effet, un nouveau rassemblement va être organisé le samedi 6 juin à partir de 14 h 30 au square Gambetta. « Nous étions 400 la dernière fois mais pour nous ce n’était qu’une première étape. Depuis l’installation de la nouvelle municipalité d’extrême droite, notre ville subit une accélération brutale d’un projet idéologique de division », détaille le porte-parole du mouvement, Yassin El Kdim.

Et de donner quelques exemples : « Les tentatives d’intimidation envers les jeunes et les menaces à peine voilées visant à ficher ou retirer les locaux aux associations et aux syndicats qui oseraient manifester leur désaccord politique ne sont pas seulement des dérives : ce sont des tentatives d’intimidation intolérables. »

Notre ville est devenue le laboratoire à ciel ouvert

Pour Yassin El Kdim, la ville de Carcassonne doit devenir un lieu de « résistance » face à l’extrême droite. « Je n’ai pas peur d’employer ce terme. Ce qui se joue sous nos yeux à Carcassonne est sans précédent. Notre ville est devenue le laboratoire à ciel ouvert de ce qui se produira à l’échelle nationale en 2027 si l’extrême droite accède au pouvoir. Cette situation nous confère une responsabilité historique », affirme-t-il.

À la suite de leur prochaine manifestation, le collectif donne rendez-vous pour un « apéro-goûter sans alcool » au square Gambetta. On peut déjà noter la présence de l’ensemble des forces syndicales visées par les menaces d’expulsion par l’édile de la commune.

Léo Couffin (L’Indépendant, le 28 mai 2026)

Bourse du travail de Carcassonne. Leș leaders syndicaux nationaux écrivent au ministre de l’intérieur (L’Indep)

Les leaders nationaux de la CGT, de la FSU, de l’Unsa, de Solidaires, de la CFE-CGC, de la CFDT et de FO ont adressé un courrier aux ministres de l’Intérieur et du Travail, Laurent Nuñez et Jean-Pierre Farandou. Ils y expriment leurs inquiétudes face à la procédure du maire Christophe Barthès, visant à expulser les organisations syndicales de leurs locaux à Carcassonne, et leur demandent d’intervenir « pour garantir le respect des libertés syndicales ».

Après la manifestation intersyndicale de ce mercredi 13 mai, à Carcassonne, pour protester contre la volonté du maire RN Christophe Barthès d’exproprier la CGT de la Bourse du travail, rue Voltaire, une nouvelle expression de l’indignation suscitée par cette décision est venue d’acteurs majeurs de la démocratie sociale en France.

C’est en effet un courrier signé par sept leaders syndicaux nationaux, Sophie Binet (CGT), Caroline Chevé (FSU), Laurent Escure (Unsa), Julie Ferrua et Murielle Guilbet (Solidaires), François Hommeril (CFE-CGC), Marylise Léon (CFDT), Frédéric Souillot (FO), qui a été adressé au ministre de l’Intérieur et ministre du Travail, Laurent Nunez et Jean-Pierre Farandou. « À Carcassonne, le nouveau maire a engagé une procédure visant à expulser les organisations syndicales de leurs locaux. Cette décision constitue une attaque grave contre la liberté syndicale et contre nos organisations qui participent depuis des décennies à la vie démocratique et sociale de notre pays », commencent-ils.

Avant de rappeler : « Messieurs les ministres, s’attaquer à une Bourse du travail n’est jamais anodin. Ces lieux sont issus de l’histoire du mouvement ouvrier et de la construction des solidarités populaires. Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales de 2013 sur les Bourses du travail et les maisons des syndicats chiffrait leur fréquentation à plus d’un million de personnes dans le cadre des permanences juridiques et sociales. Les affaiblir ou les faire disparaître revient à porter atteinte à la capacité des salariés à se défendre collectivement et à accéder concrètement à leurs droits. Cette décision est contraire à la Convention sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical de 1948. »

Et d’afficher leur inquiétude : « Ce qui se joue à Carcassonne dépasse largement le cadre local. Si une municipalité peut, pour des raisons idéologiques, expulser des organisations syndicales d’un lieu qu’elles occupent parfois depuis près d’un siècle, alors c’est un précédent extrêmement dangereux qui est créé pour l’ensemble du pays. Nous vous demandons solennellement d’intervenir afin que soit garanti le respect des libertés syndicales et des principes républicains. Nous appelons également les services de l’État et la préfecture de l’Aude à prendre leurs responsabilités face à une décision qui remet directement en cause l’exercice normal de l’activité syndicale. Il ne s’agit pas seulement de défendre un bâtiment. Il s’agit de défendre un principe fondamental : dans une démocratie, les syndicats ne doivent jamais être réduits au silence par le pouvoir politique. »

Christophe Parra (L’Indépendant, le 15 mai 2026)

Les leaders syndicaux répondent au maire RN de Carcassonne (L’Indep)

Dans une tribune, les représentants nationaux des syndicats -CGT, CFDT, Solidaires, la FSU, l’Unsa ainsi que l’association la Ligue des droits de l’homme- demandent au maire Rassemblement national de Carcassonne, Christophe Barthès, « de renoncer au projet visant les organisations syndicales de l’Aude, de revoir sa position concernant l’hébergement et le subventionement de la Ligue des droits de l’homme ».

Lors du dernier conseil municipal, le 30 mars 2026, le maire Rassemblement national de Carcassonne, Christophe Barthès, a annoncé mettre fin de la mise à disposition de locaux pour les organisations syndicales en représailles à la participation la veille à une manifestation contre l’extrême droite organisée par un collectif de jeunes, Nous Carcassonne.

Dans une tribune adressée à l’édile du chef-lieu audois, les représentants nationaux des syndicats -CGT, CFDT, Solidaires, la FSU, l’Unsa ainsi que l’association la Ligue des droits de l’Homme- affirment que « cette décision, qui consiste à vouloir effacer le rôle du syndicalisme dans l’histoire du département et qui intervient après le retrait des subventions de la Ligue des droits de l’Homme et après avoir dénoncé un contrat dont bénéficiait la presse indépendante, est une attaque contre les organisations de la société civile et contre les travailleurs et les travailleuses ».

Et de confier : « En s’attaquant ainsi aux organisations syndicales, aux associations de défense des droits et des libertés, la mairie RN affiche clairement son ambition: exiger l’allégeance à ses idées au détriment de l’intérêt général, s’en prendre aux droits de toutes et tous et annihiler toute opposition. Le message, à un an des élections présidentielles, est tout aussi limpide : la mairie de Carcassonne sera le laboratoire de la politique antisociale de l’extrême droite, avec une doctrine claire : fort avec les faibles et faible avec les puissants. »

Les signataires de cette tribune, en l’occurrence Sophie Binet secrétaire générale de la CGT, Marylise Léon secrétaire générale de la CFDT, Caroline Chevé secrétaire nationale de la FSU, Murielle Guilbert et Julie Ferrua co-déléguées de Solidaires, Laurent Escure secrétaire général de l’Unsa et Nathalie Tehio présidente de la LDH, affirment « qu’affaiblir nos organisations, mettre en œuvre des stratégies pour les faire disparaitre ou tenter de museler leur expression, c’est une attaque directe contre les droits et les libertés, l’État de droit et les fondements de notre démocratie, que nous ne pouvons accepter ».

Avant de conclure : « Nos organisations, au niveau national, réaffirment leur total soutien aux organisations locales visées par la politique autoritaire du maire de Carcassonne. Nous demandons solennellement à Monsieur le maire, de renoncer au projet concernant les organisations syndicales de l’Aude, de revoir sa position concernant l’hébergement et le subventionnement de la Ligue des Droits de l Homme. »

Pour rappel, un premier rassemblement est organisé ce mercredi 13 mai 2026 devant la Bourse du travail à Carcassonne, a partir de 11 heures, en présence de l’ensemble des syndicats même ceux qui ne sont pas concernés par l’annonce du premier magistrat d’extrême droite.

À noter également qu’une pétition a été mise en ligne par la CGT rassemblant plus de 9 700 signataires.

Léo Couffin (L’Indépendant, le 13 mai 2026)

L’édito du webzine. « Changer la vie » et lutter contre les idées reçues

Les élu•es de la Région Occitanie reprenne leurs bâtons de pélerins pour retourner sur le terrain afin d’être au plus près à l’écoute des citoyens. Une démarche inédite de démocratie participative.

La Région Occitanie a lancé en 2025 l’opération « La Région à vos côtés », une tournée des élu•es régionaux pour rencontrer les habitant·e·s sur le terrain. 30 000 habitant•es ont été rencontré•es lors de 330 événements et 5 000 questionnaires remplis, donnant lieu à 1 500 propositions concrètes.

Critiquée par l’opposition (droite, RN) pour son coût (310 000 €) et son aspect « communication », cette initiative, unique en France, vise trois objectifs :

  • Expliquer l’action concrète de la Région, à l’occasion de ses 10 ans ;
  • Recueillir les attentes et doléances des citoyen •nes ;
  • Démonter les idées reçues et les mensonges propagés par l’extrême droite.

Pour Carole Delga (PS), présidente de la Région, cette démarche est nécessaire face au « désamour » croissant entre élu•es et citoyen• nes, alors que ces dernier sont demandeurs de contact direct. « L’an passé, ils ne nous fuyaient pas et venaient nous questionner, quel que soit leur âge », souligne Zina Bourguet (écologiste).

Cette consultation a permis de confirmer des priorités (transports, pouvoir d’achat, santé) et d’y répondre. En matière de santé, la Région a recruté 20 spécialistes dans 12 hôpitaux et 150 médecins. Il y a eu l’amélioration des services de transport avec le développement de l’application Fairtiq pour simplifier l’accès aux tarifs des trains ainsi que l’instaurations du TER à 1 € pour les clubs sportifs. Les retours des citoyen•nes ont mis également en lumière des points de mécontentement, comme les retards des trains ou la paperasse administrative, incitant la Région à agir.

Cette tournée est aussi l’occasion de « démonter les contrevérités » du Rassemblement National (RN), qui « réécrit l’Histoire ». Jérôme Monamy (PCF) rappelle que le RN vote contre le TER à 1 €.

Face à la montée des idées d’extrême droite, la Région entend réaffirmer les valeurs de solidarité et de service public, en s’appuyant sur des réalisations tangibles et un dialogue direct avec les citoyen•nes.

L’opération « La Région à vos côtés » illustre une démarche innovante de démocratie participative, permettant à la fois de répondre aux attentes des habitant•es, de corriger des dysfonctionnements et de lutter contre la désinformation politique. Une initiative qui montre que l’action publique peut être proche du terrain et efficace, malgré les critiques.

Dominique Gerbault

LGV : le PCF veut remettre l’État sur les rails (La Marseillaise)

Le vice-président régional Jean-Luc Gibelin s’inquiète du désengagement financier de l’État et refuse toute idée d’un recours au privé pour financer les deux lignes TGV occitanes.

Bordeaux-Toulouse (2033) puis Montpellier-Perpignan (2040). Maintes fois retardés, les deux projets de Ligne à grande vitesse (LGV) sont censés être sur de bons rails depuis que la clé de financement a été trouvée (40% État, 40% collectivités et 20% Europe). Et pourtant…

Depuis quelques mois, l’État traîne à ce point des pieds que les élus régionaux des groupes communistes, républicains et citoyen (CRC) d’Occitanie et de Nouvelle-Aquitaine ont décidé conjointement de tirer le signal d’alarme mi-avril. « Le maillon faible c’est le ministère. L’État n’est pas au rendez-vous ! », s’inquiète Jean-Luc Gibelin (PCF).

Le vice-président régional aux transports est formel : « Tout le monde a payé ses appels de fonds réguliers sauf l’État. » Ils concernent la ligne du Grand Sud-Ouest Bordeaux-Toulouse. Et s’ils ont pour l’heure été compensés par la trésorerie de la Région, la situation inquiète. D’autant que le Conseil d’orientation des infrastructures (COI), s’il confirme l’utilité de la ligne, a fait savoir que la participation de l’État sera « difficilement mobilisable » dans le contexte budgétaire actuel et dans ce calendrier jugé « irréaliste ».

L’hypothèse d’un PPP rejetée

Pour ne pas avoir à payer maintenant, Bercy commence à faire entendre la petite musique d’un Partenariat public privé (PPP) qui permettrait à l’État, suppléé par une multinationale (Vinci ou autre), de ne régler sa note qu’à la fin du marché. Hors de question, prévient Jean-Luc Gibelin dans la droite ligne de la position de la présidente occitane, Carole Delga (PS). « C’est de la cavalerie ! » Selon l’élu communiste, cette « vision court-termiste » aurait deux inconvénients majeurs. Le premier serait un surcoût du projet évalué à 7 milliards d’euros dont 4,5 pour l’entreprise qui entrerait au PPP. Car « il faudrait clore les 180 marchés déjà passés sur Bordeaux-Toulouse (autour de 70-80 pour Montpellier-Perpignan) ». Le second serait un retard d’au moins 2 ans.

En ce qui concerne la ligne Montpellier-Perpignan, dont la concertation publique vient de débuter, pas encore de mauvais signaux mais les finances rabougries de l’État peuvent laisser craindre une logique identique le moment venu. « On est très mobilisés. Il n’est pas question de laisser faire, laisser penser qu’on pourrait peut-être faire autrement », prévient Jean-Luc Gibelin.

Mardi 21 avril, une rencontre était prévue entre Carole Delga et le Premier ministre. Elle a été reportée pour un imprévu dans l’agenda de ce dernier sans que, pour l’heure, une autre date ne soit fixée. Après avoir voté un vœu en février, le Conseil régional d’Occitanie pourrait remettre les LGV à son prochain ordre du jour le 4 juin. Histoire de maintenir la pression.

Rémy Cougnenc (La Marseillaise, le 24 avril 2026)

Carole Delga relance les rencontres avec la population avec trois premières dates dans les P.-O. et l’Aude (L’Indep)

Inaugurée en 2025, la « Tournée citoyenne » aura une deuxième édition cette année, de ce 23 avril, dans les Pyrénées-Orientales, jusqu’au 1er juillet.

Plus de 330 rendez-vous dans les treize départements, 30 000 personnes rencontrées, 5 000 questionnaires remplis et 1500 propositions recueillies. Le bilan de la première édition a poussé la présidente de Région a renouvelé le dispositif (qui a coûté un peu plus de 300 000 euros l’an dernier, un peu moins cette année) dès ce 23 avril 2026.

Gares, trains, parkings de supermarchés

Le but reste le même : « Montrer que les élus de la Région ne se cachent pas, ne restent pas dans l’entre-soi et sont au service des gens, au contact de leur réalité de vie et de la diversité de leurs modes de vie aussi », résume Carole Delga en annonçant cette deuxième « Tournée citoyenne ».

Les élus, accompagnés d’agents régionaux, reprendront place dans les gares, dans les trains, pendant les festivals, en porte-a-porte, sur les parkings de super-marchés… Des lieux où les habitants ont peu l’habitude de les croiser, surtout hors période électorale.

« C’est justement pour cela que les gens étaient contents de nous voir », juge la présidente de Région. « On a rendu compte de nos actions et on a pu mieux faire connaitre nos dispositifs, notamment sur les déplacements ». Un sujet beaucoup évoqué par les habitants et qui a donné lieu au développement d’une nouvelle version de l’application Fairtiq, qui facilite les voyages en train.

D’autres demandes ont été prises en compte par la Région autour des trois principaux sujets évoqués : la santé, le transport et le vivre ensemble.

Ainsi la Région a-t-elle procédé au recrutement de médecins spécialistes pour les hôpitaux locaux, a mis en place le train à 1 euro pour les associations et les clubs de sport et travaille à faciliter le bénévolat comme l’éducation à l’alimentation.

Démocratie participative

Carole Delga veut aussi montrer là une « constance dans la démocratie participative »
qui se décline en région, et renouvelle donc cette initiative « unique parmi les Régions françaises », assure le vice-président Vincent Garel.

Des rencontres qui permettent aussi d’occuper le terrain : « Dans les territoires où le vote Rassemblement national est là, où il peut y avoir manipulation du communautarisme, on a été bien accueilli et ça m’a même surprise, rappelle la présidente PS. Les gens ont besoin de nous voir et de nous parler ».

Premier rendez-vous 2026 ce 26 avril au marché de Banyuls-sur-Mer et en gare de Perpignan. Puis le jeudi 30 avril au Matacamp festival de Gruissan, dans l’Aude. Les 30 premiers rendez-vous sont consultables sur le site web dédié : laregiontoujoursla.fr.

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 21 avril 2026)

Municipales. Comment le retour de la gauche change la donne en Occitanie (L’Indep)

À cinq jours du premier tour des élections municipales (dimanche 15 mars), L’Indépendant réalise un tour d’horizon des forces politiques en présence dans les grandes villes d’Occitanie. Ou l’on observe une gauche revivifiée au détriment clair de la droite, une extrême-droite implantée mais sans perspectives de conquêtes majeures et une extrême gauche au seul pouvoir de nuisance.

« Un déshonneur et un reniement ». Voilà comment Carole Delga, la présidente PS d’Occitanie résume désormais d’éventuelles alliances entre socialistes et mélenchonistes à ces municipales (La Tribune dimanche du fer mars).

Carole Delga fut peut-être la première socialiste à rompre avec la France insoumise, et a se faire réélire à la tête de la Région sans son apport. Depuis, son intransigeance à l’égard du parti d’extrême gauche n’a cessé de croître et elle l’impose aux candidats qu’elle soutient. Lesquels peuvent difficilement se passer de son appui. Ainsi, par conviction ou calcul, les listes de gauche régionales sont-elles « LFI free », sans LFI. Et ça semble leur réussir si l’on en croit les sondages à Perpignan, Nîmes, Toulouse ou Carcassonne.

La gauche centre

Parmi les conséquences de cette barrière sanitaire avec l’aventure mélenchoniste : une centralisation de la gauche qui attire, ou fait revenir, un électorat modére (parmi lequel les déçus du macronisme). Une gauche sociale, écolo et citoyenne qui fait recette et qui serait incarnée par le maire de Montpellier, Michael Delafosse, un proche de Carole Delga.

À Perpignan, la candidate Agnès Langevine (Place publique) a même franchi un nouveau cap en intégrant à sa liste (et donc en « neutralisant ») des candidats PS (le psychodrame autour de la liste PS de Mathias Blanc, moins mobilisatrice, a été tranché par Olivier Faure en faveur de Langevine) mais surtout des candidats venus du centre droit. Lesquels ont ainsi préférée a la liste menée par le LR Bruno Nougayrède.

Les listes de gauche s’ouvrent donc à d’autres alliés, autrefois partenaires indéfectibles de la droite, aujourd’hui des déçus, comme leurs électeurs. La gauche opère là un double effet ciseaux qui découpe d’autant les chances des candidats de droite.

À Nîmes, la liste montée autour du candidat PC Vincent Bouget pourrait également faire école, et remporter la ville. Composée aussi de PS, Place publique, écologistes et société civile, « Nîmes en commun » est calibrée pour renverser la table, aidée en cela par non pas une, mais deux listes de droite.

La droite au pain noir

Droite qui semble manger son pain noir pendant cette campagne. Pire, à tergiverser face a l’extrême droite voire a ouvertement et cyniquement copiner avec elle, elle a perdu sa place de boussole, de pivot, sur l’échiquier politique. Un positionnement que s’octroie aujourd’hui la gauche régionale. Un changement de paradigme fort alors que la famille politique de feu-l’UMP et ses alliés avaient encore des « barons » en région il y a une quinzaine d’années.

Les Républicains, qui ne détenaient déjà plus que Nîmes comme grande ville, pourraient ainsi bien perdre la capitale gardoise dans quelques jours, après un quart de siècle à sa tête. Au profit de qui ? D’un communiste, Vincent Bouget, allié au PS, à Place publique, au PRG… est donné en tête (sondage Ipsos pour La Marseillaise paru le 6 mars) quand la droite se paie le luxe de deux listes, et donc d’une défaite annoncée a Nîmes.

Comme un nouveau et cruel symbole de déclassement après la perte de Perpignan en 2020 ou de Béziers en 2014, accaparées par l’extrême droite.

L’extrême droite au point mort ?

Le Rassemblement national, toutefois, est il en mesure de frapper encore un grand coup cette année comme il le fit en 2020 en s’emparant de Perpignan ? Sans doute pas.

Sa tête de gondole en région, Louis Aliot, a un bilan insaisissable à la tête de la ville. Condamné en première instance pour détournement de fonds européens, son avenir politique est par ailleurs tributaire des juges. L’arrivée sur sa liste d’anciennes gloires de l’UMP-LR, figures des précédentes municipalités de droite, pourrait aussi sérieusement refroidir des électeurs perpignanais. Et si le sondage lfop pour L’Indépendant le place en tête des intentions de vote, il ne dessine aucun plébiscite.

Contrairement à celui connu par son ami Robert Ménard, réélu en 2020 à Béziers au premier tour avec 69 %. Ménard, un exemple à l’extrême droite, difficile à dupliquer.

Ainsi, si le Rassemblement national conserve Perpignan le 22 mars prochain, que peut il espérer d’autres ?

Carcassonne est apparu comme un grand espoir de conquête pour le parti de Marie Le Pen et Jordan Bardella qui y ont investi le député local. Mais si l’on se fie au sondage Ifop pour L’indépendant, avec 26 % (contre les 42 % obtenus aux législatives) Christophe Barthès serait embourbé dans une périlleuse triangulaire. Et sa personnalité, disons bouillonnante, finirait d’éloigner la victoire.

Nîmes a aussi été jugée suffisamment « mûre » par Le Pen et Bardella pour y envoyer une figure régionale du FN/RN, Julien Sanchez. Celui qui avait marqué les esprits en s’emparant de Beaucaire en 2014, devenu vice-président du parti puis eurodéputé, recueille 26 % d’intentions de vote au sondage Ipsos pour La Marseillaise. Derrère le candidat de la gauche sans LFI, Vincent Bouget, à 29 % Un faible écart qui, s’il se confirme, pourrait être comblé par la forte dynamique de cette liste Bouget. Sanchez pourrait néanmoins compter, en cas de second tour, sur des voix issues des deux listes de droite… Et le RN pourrait asphyxier encore davantage la droite régionale.

LFI, machine à faire perdre la gauche

La France insoumise a-t-elle un autre rôle, une autre mission, que de faire perdre la gauche ? Veut elle remporter une « grosse » ville d’Occitanie ? Le peut-elle ?

Créditées de confortables intentions de vote grâce à des scores redressés par les sondeurs, comme autrefois pour le FN (échaudés par des résultats plus hauts que leurs prévisions) les listes mélenchonistes ont ainsi grimpé jusqu’à la 3e position à Perpignan (avec 17 %) et Toulouse (23 %).

Dans l’hypothèse que leurs électeurs soient suffisamment nombreux dimanche pour amplifier ces scores, et qu’ils n’aient pas rebroussé chemin depuis l’affaire Quentin Deranque, ce militant identitaire battu à mort par des jeunes proches du parti mélenchoniste, le second tour serait une impasse. LFI sait qu’elle ne pourra pas compter sur un ralliement des listes « LFI free ». Privée de réservoir de voix suffisant, l’enjeu dans ces deux villes ne serait donc pas de gagner mais de s’afficher « champion de la lutte anti-RN » à Perpignan et « champion de la lutte anti-Moudenc » à Toulouse ? Non, la victoire serait ailleurs pour les mélenchonistes : avoir fait perdre la gauche.

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 10 mars 2026)