Mise en place d’un « Conseil territorial de la logistique »

À Monsieur Pierre Regnault de la Mothe
Préfet des Pyrénées-Orientales

Perpignan le 14 octobre 2026

Monsieur le préfet,

Nous apprenons par voie de presse la mise en place d’un « Conseil territorial de la logistique ».

Nous nous permettons de vous rappeler que notre association d’élus est à l’origine d’une proposition de ce type dès le printemps 2024. Nous nous étions alors adressés à votre prédécesseur, Monsieur Thierry Bonnier, pour affirmer notre conviction que la lutte contre le réchauffement climatique exigeait de reconquérir une part modale significative du fret au profit du ferroviaire.

Nous avions également proposé que soit examiné en urgence un plan de mise en circulation de trains du quotidien dans les trois vallées du département, afin de lutter contre l’asphyxie routière de l’agglomération perpignanaise et d’offrir aux habitants une véritable alternative, tant sur le plan environnemental que social. La crise énergétique et climatique que nous traversons conforte nos convictions et la pertinence de ces propositions.

En avril 2025, nous avions relancé le Préfet Thierry Bonnier, en nous étonnant qu’une réunion sur ce thème se soit tenue sans la présence de tous les acteurs concernés. Il nous avait été répondu qu’à l’issue de cette première étape la concertation serait effectivement élargie.

Or nous constatons que vous renouvelez l’annonce d’une démarche en étant accompagné du seul Président de la CCI. Sans mettre en cause l’engagement de ce dernier, il nous semble que la CCI, dont la mission première est de représenter les intérêts des entreprises, n’est pas nécessairement la mieux placée pour porter seule une réflexion qui suppose de transformer en profondeur, de manière ambitieuse et novatrice, les pratiques en matière de logistique.

Par ailleurs, l’annonce simultanée de la fermeture précipitée de l’ entreprise Tranfesa sur le site de Cerbère nous préoccupe : celle-ci devrait pouvoir continuer à jouer un rôle dans le développement du ferroviaire sur notre territoire.

Nous réitérons donc notre demande que l’ensemble des acteurs concernés, notamment les associations d’élus et les organisations syndicales de salariés, soient associés à l’étude en cours. À cette fin, nous vous demandons de bien vouloir nous communiquer l’intitulé du bureau d’études chargé de cette mission. L’argent public consacré à ce travail doit en effet permettre de recueillir, en amont, l’ensemble des avis et propositions.

Nous vous remercions de votre attention et vous confirmons que notre association est prête à contribuer à cette réflexion et à formuler des propositions. Elle est pleinement engagée à faire réellement progresser la lutte contre les injustices, environnementale et sociale.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur le préfet, l’expression de notre haute considération.

Jean-André Magdalou
Maire d’Alénya
Président de la Coopérative des Elus communistes, républicains et citoyens

Étude de faisabilité pour la modernisation de l’embranchement ferroviaire du port de Port-Vendres

À Madame Hermeline Malherbe
Présidente du Conseil départemental des Pyrénées-Orientales

Perpignan le 14 octobre 2026

Madame la Présidente,

Vous avez récemment présenté à la presse des résultats prometteurs concernant le développement de l’activité portuaire à Port Vendres.

Nous nous en réjouissons d’autant plus que depuis plus de 25 ans le PCF 66 et ses élus au Conseil départemental ont soutenu et promu l’idée de ce troisième quai.

Il semble tenir ses promesses mais en contrepartie se pose avec acuité la stratégie logistique déployée pour absorber l’accroissement des tonnages débarqués.

Celui-ci ne peut se traduire par la seule augmentation du trafic routier qui serait susceptible de doubler.

Nous réitérons la proposition que nous vous avons faites par courrier conjoint avec le Président la Coopérative 66 des élus CRC en date du 26 novembre 2025 (lettre restée sans réponse) afin que soit engagée une étude de faisabilité pour la modernisation de l’embranchement ferroviaire qui dessert le Port et ainsi pouvoir transporter par le rail la plus grande partie possible des marchandises débarquées.

La collectivité annonçant une enveloppe de 48 Millions d’Euro d’investissement supplémentaire concernant les installations portuaires, cette étude pourrait être aisément financé.

Cela permettrait de faire pression sur l’État et la SNCF afin qu’ils programment le financement des travaux nécessaires.

L’opportunité de cette étude est, de plus, renforcée par l’annonce faite par le préfet du lancement d’un Conseil territorial de la logistique dans notre département et d’un rapport abordant la notion d’un schéma logistique définissant des priorités d’investissement.

L’exposition particulièrement forte de nos territoires aux conséquences du réchauffement climatique doit faire de la lutte contre celui-ci une priorité.

Le report sur le rail du transport de marchandises serait d’un apport important pour faire reculer les émissions de gaz à effet de serre dont est responsable ce secteur d’activité.

Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente l’expression de nos sincères salutations.

Pour le secrétariat départemental du PCF 66
Michel Coronas
Porte-parole du PCF

Loi Omnibus : un week-end de mobilisations (L’Indep)

Le texte allégeant les conditions d’usage de certains produits phytosanitaires doit être voté d’ici la fin de l’année au Parlement européen.

Une manifestation symbolique devant le salon de l’agriculture samedi, et une cinquantaine d’actions organisées tout le week-end partout en France, de Clermont-l’Hérault à Paris et Marseille, à l’initiative de « la coalition française contre l’Omnibus pesticides », qui réunit une centaine d’organisations(1) autour du mot d’ordre « Pesticides à vie ? Non merci ! », vent debout contre le projet de règlement européen Omnibus X.

Porté par la Commission européenne, le texte, qui prévoit notamment d’autoriser des pesticides sans limite de temps, de supprimer l’obligation de réévaluation de la conformité de la majorité d’entre eux (aujourd’hui tous les dix ou quinze de Perpignan, ans), ou d’étendre la durée d’autorisation d’autres, doit être voté d’ici décembre par le Parlement. Le vote a déjà été repoussé.

« S’il était voté, ce texte renforcerait directement et très concrètement l’exposition de nos corps, des écosystèmes, de notre alimentation et de nos territoires à des substances dangereuses », alerte le collectif.

Conséquence sur la santé et l’environnement

Pour Geenpeace, « ce texte, qui s’inscrit dans une vague de dérégulations au niveau européen, serait l’un des pires reculs jamais connus en matière de réglementation. La communauté scientifique ne cesse pourtant d’alerter sur les atteintes irréversibles des pesticides à la biodiversité, ainsi que leur rôle dans l’augmentation de nombreuses pathologies, notamment certains cancers et maladies neurodégénératives ».

« C’est un compromis honteux, la parole des scientifiques est bafouée », alerte également Générationsfutures.

Plus de 500 scientifiques et médecins ont signé une lettre ouverte qui demande la suspension du processus, et une évaluation indépendante des conséquences qu’aurait le texte, tant sur la santé que sur l’environnement.

L’Indépendant, le 11 octobre 2026

(1) Confédération paysanne, Greenpeace, France nature environnement, Médecins du monde…

Près de 80 communes placées en état de crise (L’Indep)

Les restrictions liées à l’eau ont évolué dans les Pyrénées-Orientales. Le préfet a placé de nouveaux secteurs en alerte de crise. Voici les communes concernées.

Les mesures de restrictions provisoires des usages de l’eau liées à l’état de la ressource superficielle et des nappes souterraines ont évolué ce mercredi. Et pas dans le bon sens.

De nouveaux secteurs ont été placés en niveau de crise depuis le dernier arrêté publié le 11 septembre 2026. À cette date, seule la zone Aspres-Réart apparaissait en niveau maximal. Désormais, la situation devient plus préoccupante. Entre le 11 et le 30 septembre, la situation de la ressource en eau s’est encore dégradée, avec plusieurs passages en alerte et, surtout, le basculement du Tech-Albères et de la vallée de la Castellane en niveau de crise.

Suite à cet arrêté du 30 septembre, la situation change pour l’Agly aval qui passe de vigilance à alerte, le Tech-Albères passe de l’alerte renforcée à la crise, Sègre-Carol passe de vigilance à alerte, les nappes du Têt aval passent de « aucune restriction » à vigilance. Aude amont passe de vigilance à alerte, dans la vallée de la Castellane, le niveau passe d’alerte renforcée à crise. Aucune zone ne bénéficie, dans ce nouvel arrêté, d’une baisse de ni-veau.

Les restrictions portent sur l’arrosage, le lavage et le nettoyage des voitures, le remplissage des bassins, piscines, plans d’eau et réservoirs et l’irrigation agricole, horticulture et pépinières professionnelles.

Les communes concernées par cet état de crise sont désormais :

Tech : L’Albère, Amélie-les-Bains-Palalda, Arles-sur-Tech, Argelès-sur-Mer, Banyuls-dels-Aspres, Banyuls-sur-Mer, Le Boulou, Brouilla, Cerbère, Céret, Les Cluses, Collioure, Corsavy, Coustouges, Elne, Lamanère, Laroque-des-Albères, Latour-Bas-Elne, Maureillas-las-Illas, Montfer-rer, Montbolo, Montesquieu-des-Al-bères, Ortaffa, Palau-del-Vidre, Le Perthus. Port-Vendres, Prats-de-Mollo-la-Preste, Reynès, Saint-André, Saint-Cyprien, Saint-Génis-des-Fontaines, Saint-Jean-Lasseille, Saint-Jean-Pla-de-Corts, Saint-Laurent-de-Cerdans, Saint-Marsal, Serralongue, Sorède, Taillet, Taulis, Le Tech, Tresserre, Villelongue-dels-Monts. Vivès.

Vallée de la Castellane : Mosset, Molitg-les-Bains, Campôme, Catllar.

Aspres Réart : Banyuls-dels-Aspres, Bages, Brouilla, Cabestany, Caixas, Calmeilles, Canohès, Castelnou, Fourques, Llauro, Llupia, Montauriol, Montescot, Oms, Ortaffa, Passa, Pollestres, Ponteilla, Sainte-Co-lombe-de-la-Commanderie, Sa-leilles, Saint-Jean-Lasseille, Terrats, Théza, Tordères, Tresserre, Trouillas, Villemolaque, Villeneuve-de-la-Raho, Vivès.

Laura Morales (L’Indépendant, le 1er octobre 2026)

La Méditerranée, une mer à sec (La Marseillaise)

Tribune de Fadi Hajali, secrétaire général ad intérim de l’Union pour la Méditerranée

Longtemps associée au sud de la Méditerranée, la sécheresse touche désormais une grande partie de l’Europe. Elle rappelle que la pression sur les ressources en eau ne s’arrête pas aux frontières : aucun pays ne peut se croire entièrement à l’abri lorsque ses voisins manquent d’eau.

La France l’a constaté cet été, comme bien d’autres pays européens. Selon l’Observatoire européen de la sécheresse, les sols d’une dizaine de pays, dont le Luxembourg, la France, la Belgique et la Suisse, ont connu en août leur plus grave déficit hydrique depuis le début des observations en 2012. Sur l’ensemble du mois, 58 % du territoire de l’Union européenne était touché en moyenne, contre 33 % habituellement à cette période. En France, 67 départements étaient placés en situation de crise cet été, contre 46 à la même période l’an dernier. Cette extension de la sécheresse donne une nouvelle résonance à la crise que traverse le bassin méditerranéen.

La Méditerranée est l’un des points chauds du réchauffement climatique : les températures y augmentent 20 % plus vite que la moyenne mondiale. À cette évolution s’ajoutent les pressions économiques et démographiques, qui mettent à rude épreuve les ressources en eau et les services chargés de la distribuer. Il est significatif de noter que tous les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée disposent de moins de 500 m3 à 1 000 m3 d’eau par habitant et par an – une réalité qui répond à la définition officielle de la « pénurie d’eau ». La situation n’est guère plus réjouissante au nord : 30 % de la population de l’Europe du Sud vit dans des zones soumises à un stress hydrique permanent, tandis qu’un pourcentage stupéfiant de 70 % y est confronté en été. Dans l’ensemble du bassin, quelque 180 millions de personnes sont en situation de pauvreté hydrique et 60 millions d’autres subissent un stress hydrique sévère. L’eau, ou plutôt son absence, constitue une crise typiquement méditerranéenne.

Maintenant que le constat est posé -dans tous les pays riverains de notre mer commune, les ressources en eau sont dangereusement limitées-, il est temps de réfléchir à la manière dont nous voulons avancer. Les approches nationales individuelles sont-elles la solution ? Ou devons-nous affronter ce problème à l’échelle régionale, en le regardant en face et en le reconnaissant pour ce qu’il est ? Lorsque le statu quo ne peut, au mieux, conduire qu’à une résignation passive et, au pire, à un cynisme obstiné, je m’en remets à chacun d’entre vous pour choisir de relever ce défi ensemble.

Aujourd’hui, à Rome, les représentants des 43 États membres de l’Union pour la Méditerranée adopteront la deuxième déclaration ministérielle de l’UpM sur l’eau en Méditerranée. Soulignant la nécessité d’une coopération transfrontalière renforcée en matière de gestion durable de l’eau, cette déclaration reconnaît les conséquences multiples de la situation actuelle : impacts néfastes sur la santé humaine et les écosystèmes, freins au développement socio-économique ou encore augmentation de la fréquence et de l’intensité des catastrophes naturelles.

Loin d’être une déclaration politique sans substance, cet engagement marque le lancement de l’Initiative de Rome sur l’eau, destinée à mobiliser les investissements et les capacités techniques nécessaires à la mise en place de systèmes hydriques durables dont notre Méditerranée a désespérément besoin. Bien que des progrès aient été réalisés ces dernières années, la viabilité financière s’est trop souvent avérée être un obstacle à la durabilité environnementale. En créant un cadre qui relie, coordonne et renforce les efforts existants, l’Initiative de Rome sur l’eau comble les lacunes en matière de financement et d’expertise qui entravent la modernisation et l’amélioration de la gestion des installations de services publics. Une goutte d’eau dans l’océan -si vous me permettez l’expression-, peut-être, mais aussi, sans doute, un modèle pour d’autres initiatives essentielles en matière de durabilité, susceptibles d’être reproduites afin de construire une Méditerranée plus intégrée et plus résiliente.

S’il y a bien une chose qui devrait désormais être évidente, c’est que les problèmes liés à l’eau dans notre Méditerranée ne peuvent être résolus de manière isolée. Nos systèmes hydriques sont intimement liés : il est inconcevable qu’un pays puisse être totalement à l’abri lorsque ses voisins immédiats sont confrontés à la pénurie. L’eau a le pouvoir d’influencer non seulement l’intégrité de nos écosystèmes et la santé de nos populations, mais aussi le cœur même de la stabilité socio-économique et politique de notre région. Nous disposons des connaissances et des outils nécessaires pour relever ce défi. Allons-nous donc choisir de devenir une région de coopération et de résilience, ou une région où les vulnérabilités ne cessent de s’aggraver ?

La Marseillaise, le 28 septembre 2026

Mobilisées « pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale » (L’Indep)

Ce samedi, une mobilisation unitaire a réuni place de la Victoire a Perpignan une dizaine de syndicats, associations et collectifs autour de l’urgence climatique et en faveur de davantage de « solidarité nationale et de justice sociale ».

L’urgence climatique et la justice sociale étaient sur toutes les lèvres et écrites sur les pancartes et les banderoles ce samedi au pied du Castillet. Et s’ils n’étaient au départ qu’une petite cinquantaine de manifestants et sympathisants à répondre à cet appel unitaire national à la mobilisation, très vite plusieurs centaines d’autres sont venus grossir les rangs. Tant et si bien qu’à 10h30, entre 700 et 800 personnes s étaient rassemblées.

Initiée par le collectif citoyen « Mouvement du 26 septembre », cette journée -matinée à Perpignan- d’action s’est déroulée sous le sceau de l’urgence climatique, sociale, écologique, de la paix, et « du vivant dans son ensemble ». Ainsi que l’ont répété à l’unisson, dans leur prise de parole successive, les leaders d’une dizaine de syndicats, de collectifs ou d’associations (ré) unis autour de ces causes.

« Il y a péril en la demeure », « Nous appelons les habitantes et habitants du Pays catalan au réveil et au sursaut ». « Les canicules, les sécheresses, les incendies à répétition qui ont durement frappé notre département cet été, et même en ce début d’automne, nous rappellent la fragilité de l’être humain et du vivant sous toutes ses formes », « Il y a aujourd’hui urgence à protéger encore plus nos forêts, nos espaces naturels, les zones humides -quand il en reste encore-, la biodiversité ». Tels furent les mots et les slogans qui ont enflammé le public, applaudissant chaudement celles et ceux qui se relayaient au micro.

Pascale, représentant la Ligue des droits de l’homme (section Perpignan/Pyrénées-Orientales), a appuyé sur « l’effet du bouleversement climatique sur la condition humaine », et « notamment sur les plus précaires et les plus fragiles de nos semblables » avec des « conditions de vie qui se détériorent », des « écarts sociaux et économiques qui se creusent de plus en plus ». Ou de militants écologistes qui ont dénoncé tour à tour « l’inaction généralisée face à l’urgence climatique », confirmant haut et fort leur opposition à « plusieurs projets d’aménagement locaux » jugés « destructeurs pour l’environnement dans les Pyrénées-Orientales ».

Valérie Pons (L’Indépendant, le 27 septembre 2026)

À noter qu’à 16h hier, une chaîne humaine pour la paix a été formée, toujours place de la Victoire.

Le billet d’Yvon Huet. Quand le crocodile se mort la queue, les peuples payent la note

Depuis que le capitalisme a envahi la planète avec sa cohorte de progrès économiques et technologiques certes mais avec son contraire, sa cohorte de misères et d’inégalités et de d’agression contre « mère » nature, comme le disent les progressistes amérindiens, la technique pour faire avaler la pilule est la même avec deux méthodes complémentaires :

  1. Course aux armements et flatterie du nationalisme pour les peuples en les incitant à s’entretuer et mondialisation pour les riches mis à l’abri de l’explosion de leurs jouets armés.
  2. Culpabilisation des peuples en leur faisant payer la crise des bulles financières qui dépassent en profitabilité le rapport entre création de richesses et des résultats financiers ubuesques artificiels qui contribuent, en plus, à vider les caisses des services publics des États, la politique du président Macron étant, à ce sujet, un véritable cas d’école.

Nous arrivons aujourd’hui à un tel point de rupture que c’est l’avenir de l’humanité elle-même qui est remise en cause alors qu’on a mille fois les moyens de permettre à chaque citoyen du monde de vivre décemment en profitant du progrès technologique tout en respectant la nature et en étant protégé, autant que faire se peut, des caprices de la croûte terrestre et de l’espace…

Sortir de cette situation par le haut, comme les communistes le propose, demande de la détermination et du temps. Pour cela, il faut clarifier les enjeux, en commençant par l’endroit où on habite, dans sa cité et son (ou ses pays) parce que nombre d’entre nous ont plusieurs origines dont ils peuvent être fiers, en Europe et au-delà. Ce modeste billet est fait pour cela.

Yvon Huet

Collèges : jusqu’à 35 degrés dans certaines classes la semaine dernière (L’Indep)

Le syndicat d’enseignants Snes-FSU tire la sonnette d’alarme concernant la température dans les collèges qui a encore dépassé les 30 degrés dans plusieurs établissements la semaine passée. Un seuil au-delà duquel des risques pour la santé existent.

Jusqu’à 35 degrés dans certaines salles au collège de Rivesaltes, 34,5°C au collège Sévigné de Perpignan, autour de 32°C à Camus, Jean-Moulin ou Pagnol, ainsi qu’à Cabestany, Port-Vendres ou Saint-André… Selon les relevés récoltés par le syndicat d’enseignants du secondaire Snes-FSU, une semaine après la rentrée, la température reste suffocante dans de nombreuses classes de collèges des Pyrénées-Orientales. Sans compter des taux d’humidité dépassant parfois les 50 % qui accroissent encore la sensation de chaleur.

« Les conséquences du changement climatique sont bien plus fortes que ce à quoi s’attendaient les pouvoirs publics », alerte l’un des co-secrétaires départementaux du Snes, Ignacio Valenzuela. « Les périodes de fortes chaleurs s’allongent. Les conditions de travail et d’apprentissage sont plus que dégradées et mettent en danger la santé des enseignants et des élèves. Selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), pour le travail de bureau, le risque existe des que la température de-passe les 30 degrés. »

Le fait que le ministère de l’Éducation annonce fin juin, en pleine canicule, un fonds de 50 millions d’euros dédié au diagnostic et à l’équipement du bâti scolaire pour en retrancher 40 millions d’euros en septembre n’est pas pour calmer l’ire du syndicat.

« C’est inacceptable », juge Ignacio Valenzuela. « On est conscients qu’adapter le bâti constitue un investissement important et que les collectivités ne peuvent pas tout financer toutes seules. Ce désengagement de l’État est scandaleux Nous ne demandons pas forcément la climatisation. L’adaptation du bâti scolaire peut aussi passer par l’installation d’ombrières ou la végétalisation. Ce qu’on veut, c’est une amélioration des ambiances thermiques et quand cela n’est pas possible, un aménagement des horaires. »

De son côté, la vice-présidente du conseil départemental en charge des collèges, Marie-Pierre Sadourny, assure que la collectivité est bien résolue à résoudre la problématique. Avec des dispositifs à cout, moyen et long termes « Le travail sur la végétalisation des cours est dores et déjà engagé. Nous avons aussi commencé à poser des filtres anti-UV ainsi que des brise-soleil sur les fenêtres et nous allons débloquer dès octobre 60 000 euros supplémentaires sur le budget 2026 pour que les établissements puissent acheter des équipements de rafraichissement et des brasseurs d’air », détaille l’élue concernant le court terme.

En cette rentrée, Marie-Pierre Sadourny annonce également des mesures plus ambitieuses, mais à moins brève échéance : « Dès l’année prochaine, nous allons commencer à climatiser les restaurants scolaires, ainsi que les centres de documentation et d’information (CDI) ou les salles polyvalentes afin de faire des lieux refuges, où pourraient également se dérouler les épreuves du brevet. Dans les salles de classe les plus exposées, nous allons également coupler les ventilateurs de plafond à des dispositifs de circulation de l’air, qui permettront de faire baisser la température de 3 ou 4 degrés. »

Entre 2028 et 2030, l’ensemble des lieux de refuge devraient être mis en place et dix premiers établissements équipés de nouvelles centrales de traitement de l’air. Entre toutes les mesures prévues sur la période, l’investissement prévisionnel s’élève à 4,6 millions d’euros.

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 14 septembre 2026)

35 a 40 millions d’euros nécessaires pour le « tout clim »

En plus des mesures à court et moyen termes, le conseil départemental travaille également sur une trajectoire de « tout clim » qui s’étalerait sur plusieurs années. Il a même déjà chiffré le coût d’une telle opération, qui comprendrait également des travaux d’isolation, d’extension de préaux et de végétalisation, à 35 ou 40 millions d’euros pour les 31 collèges publics des Pyrénées-Orientales. « Mais il faut encore que nous travaillions le budget et que nous abondions les lignes de trésorerie », précise Marie-Pierre Sadourny. « À ce stade, l’État pourrait apporter 10 000 euros par établissement. C’est sûr qu’il faudrait plus… Plus l’État nous accompagnera et plus nous pourrons mener à bien ce projet rapidement. »

À noter : le nouveau collège en cours de construction à Claira et celui en projet au Boulou seront équipés d’office de systèmes de brassage, de centrales de traitement de l’air et de zones refuges climatisées.

Frédéric Mazer. « Déclarer l’alimentation d’utilité publique » (La Marseillaise)

Éleveur en Sud Cévennes, Frédéric Mazer est co-président national du Modef. Il réclame au gouvernement une loi sécheresse et canicule puis un changement radical de modèle agricole.

La Marseillaise : Vous dites que l’agriculture est en train de mourir. Qu’est ce qui vous rend si alarmiste ?

Frédéric Mazer : Ce n’est pas toute l’agriculture qui est en train de mourir, c’est l’agriculture familiale que nous défendons au Modef. C’est programmé mais on a l’impression que quelque chose se passe. Il y a une attaque franche qui est portée, surtout contre l’élevage familial. On veut alerter les citoyens là-dessus. Les politiques passent à côté de l’épisode de sécheresse parce que les bonnes mesures sous-entendent une rupture avec les choix économiques actuels. Il faut déclarer l’agriculture et l’alimentation d’utilité publique et arrêter avec le libre-échange. Si on rend les choses obligatoires, il ne sera plus question d’économie de marché. Une majorité d’agriculteurs sont pour cela mais se heurtent à une espèce d’épouvantail de l’agriculture administrée. Or, on vit déjà dans une agriculture administrée, notamment l’élevage français. Le premier budget de l’Europe c’est la PAC [Politique agricole commune, Ndlr.]. Le problème c’est que la PAC c’est la course à l’hectare, à l’agrandissement pour obtenir davantage d’aides. Ce n’est pas une politique d’aménagement du territoire. La trajectoire actuelle c’est 50 000 paysans en moins. Pourtant, il serait possible dès 2030 de revenir à un million de paysans en France comme au début des années 90 (contre 430 000 aujourd’hui).

La Marseillaise : Quels sont les secteurs agricoles les plus touchés par la sécheresse et la canicule ?

Frédéric Mazer : Aucun secteur agricole n’est épargné ! Quand vous bousculez ainsi la nature… Tous les secteurs sont touchés. Pour la vigne, s’il ne pleut pas d’ici les vendanges, ça va être une catastrophe. Il n’y aura pas de rendement et la qualité ne sera pas au rendez-vous parce que les raisins sont secs. Le muscat a commencé à être vendangé le 24 juillet, c’est historique. Certains ne vendangent pas mûr, de peur de tout perdre. Dans l’élevage tout le monde a entamé les réserves de l’hiver car il n’y a plus rien dehors. Côté maraîchage, il faut savoir qu’au-delà de 36 degrés une plante ne fait plus de photosynthèse, elle se met au repos. Plus grand-chose ne se passe, on va devoir importer à tour de bras. Pour le lait, on arrive à s’en sortir grâce aux bâtiments. Mais les services d’équarrissage sont submergés avec le taux de mortalité des poulets et des porcs. Les paysans ont même été autorisés à enterrer chez eux les cadavres des bêtes. Enfin, les apiculteurs s’en sont à peu près bien sortis sur les premières récoltes. Mais après mi-juillet, les abeilles ne pouvaient plus sortir, il faisait trop chaud. Elles ont attaqué les réserves de miel.

La Marseillaise : Comment les agriculteurs peuvent-ils s’adapter en attendant que le gouvernement ne réagisse ?

Frédéric Mazer : Il n’y a pas grand-chose à faire à part mettre les bêtes à l’ombre, les nourrir dans les bâtiments. L’irrigation, ça sert jusqu’à un certain point mais arrive un moment où les plantes crèvent quand même. La seule chose à faire c’est prendre des mesures pour diminuer nos gaz à effets de serre et limiter le réchauffement climatique. On n’est qu’au début, il faut inciter les responsables politiques à prendre des résolutions.

La Marseillaise : En quoi consisterait la loi canicule que vous souhaitez ? Qu’est-ce qu’un « véritable régime public et de prévention face aux aléas climatiques » que propose le député PCF Julien Brugerolles ?

Frédéric Mazer : Déjà partons d’où on est. Le système assurantiel actuel est mixé public/privé. Si un agriculteur accuse moins de 30 % de pertes, le privé prend en charge mais si vous n’avez pas d’assurance, vous ne touchez rien. Entre 30 et 50 % de pertes, il y a un partage entre privé et un fonds européen. Au-delà, c’est la solidarité nationale qui prend en charge les pertes supérieures à 50 %. L’assurance multirisques privée est prise en charge par la PAC à hauteur de 70 %. Au Modef, on dit que ce n’est pas possible ainsi. Certains agriculteurs sont tellement en difficulté qu’ils ont arrêté de prendre une assurance privée. Pour eux, c’est donc la double peine : perte de récolte et pas de compensation. On propose une prise en charge des calamités agricoles via le fonds européen et un fonds national français de 2 milliards d’euros, abondé par une taxe sur les émetteurs de gaz à effets de serre. Il faut que les pollueurs payent. Sinon Total Energies et les autres ne comprendront jamais. À court terme, il faut aider les éleveurs à acheter du fourrage, sans quoi ils vont vendre des bêtes. Avec les vautours qui rôdent, cela crée déjà une chute des cours de la viande. La proposition de loi de Julien Brugerolles, avec qui on a discuté en juin, reprend plusieurs de nos propositions.

La Marseillaise : La récente loi votée à la demande des principaux syndicats ne va pas dans le sens d’une agriculture familiale ni du revenu des agriculteurs…

Frédéric Mazer : Cette loi est une catastrophe. Elle ne correspond qu’aux demandes des centrales de la FNSEA : les grands céréaliers, laitiers, producteurs industriels de porcs, volailles. Ce sont eux qui ont réclamé qu’on augmente les plafonds des ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement) pour que les grandes exploitations puissent s’agrandir encore. La presse a beaucoup repris la réintroduction d’insecticides comme l’acétamipride, qui fait courir un risque aux abeilles notamment. Mais il y a dans cette loi des choses beaucoup plus graves sur l’agro-industrie.
Le stockage de l’eau ? En soi, on est pour. En Cévennes, les anciens ont toujours fait des retenues d’eau l’hiver. Mais l’eau qui court, pas celle qui va dans la terre ! Les dossiers retoqués sont ceux de bassines qui concernent des pompages dans une nappe phréatique. Il n’en est pas question. On peut irriguer jusqu’à 35-40 degrés. Mais avec le réchauffement climatique, quoi qu’il en soit, ça ne suffira pas. Il faut s’adapter et arrêter de faire croire qu’on peut faire comme avant.

La Marseillaise : Les syndicats dominants ne sont-ils pas un frein au changement de modèle que vous espérez ?

Frédéric Mazer : Bien sûr qu’ils sont un obstacle. À la différence de la Coordination rurale qui, comme l’extrême droite, n’a pas d’idée pour l’agriculture, la FNSEA veut qu’on fonce dans ce qu’on sait faire industriellement. Et tant pis si le reste doit disparaître. C’est une ligne hyperlibérale avec les sous de l’Europe. Mais c’est plus compliqué. Les agriculteurs ont toujours été conservateurs. Une immense majorité a toujours été de droite. On assiste à une polarisation entre ceux qui ont compris ce qu’il se passe et ceux qui le constatent mais ne veulent rien changer. On oppose souvent le rural au citadin, l’écolo à l’agriculteur car la survie politique du système en dépend. Il faut être plus pédagogue, plus pragmatique. Sur le terrain c’est le cas. Nos débats à la Chambre d’agriculture du Gard sont concrets par rapport aux discours nationaux. On trouve ensemble des solutions pour rentrer le raisin, protéger les bêtes. Pourquoi ça coince ? Il y a aussi une dimension de confort. La mécanisation a diminué la pénibilité. La remise en question de notre modèle en raison du réchauffement climatique est vécue comme un déclassement social.

Entretien réalisé par Rémy Cougnenc (La Marseillaise, le 7 août 2026)