Dix ans après les états généraux du rail, le train jaune exemple de réussite (L’Indep)

Dix ans après la tenue d’États généraux du Rail et de l’intermodalité, la Région Occitanie tire le bilan de sa politique des transports et en rend compte aux habitants jusqu’à la fin de l’année.

C’est bien sûr le vice-président de Région aux transports, Jean-Luc Gibelin, qui assure la tournée citoyenne. En gare de Perpignan ce 4 septembre 2026 (précisément à la Maison de la Région qui y a ses locaux), l’élu est venu « rendre compte » des engagements politiques pris après la grande consultation de 2016. Onze chantiers avaient alors émergé des préoccupations citoyennes. Parmi eux, la « sauvegarde des lignes ferroviaires » jugées prioritaires par les habitants, dont celle du Train jaune dans les Pyrénées-Orientales.

La Région a injecté 100 millions d’euros pour sauver le Train jaune

« La Région a mis 50 millions d’euros dans la rénovation du matériel et 50 millions dans l’infrastructure », récapitule Jean-Luc Gibelin dont le budget, celui des Transports donc, première compétence régionale, frôle le milliard.

Le « canari » a été considéré comme sauvé en 2019 dans le cadre d’un Plan Rail (389 millions engagés sur l’ensemble du réseau dont 273 financés par la Région) qui a aussi permis la réouverture de la ligne Montréjeau-Luchon et la reprise du trafic sur la rive droite du Rhône.

« On a aussi inventé une tarification Train jaune pour qu’il soit un train du quotidien », ajoute l’élu. « Il y a par exemple une vraie complémentarité entre Villefranche-de-Conflent et le plateau cerdan grâce au lien entre trains et autocars. On a aussi réorganisé la gare routière de Perpignan en la mettant en lien avec la gare SNCF ».

Dans l’Aude, l’échec de la ligne Limoux-Quillan

L’Aude a notamment bénéficié d’une « structuration du réseau routier et de sa complémentarité avec les transports scolaires qui sont devenus gratuits. On transporte 165 000 enfants chaque jour en Occitanie grâce à 5 000 véhicules ». En revanche, le département est toujours privé de liaison ferroviaire entre Limoux et Quillan. Ce que Jean-Luc Gibelin appelle des « réouvertures qui ne vont pas assez vite » (c’est aussi le cas de Rodez-Séverac et Alès-Bessèges). « L’État n’a pas activé les crédits promis, déjà pour les études, environ 56 millions d’euros », explique-t-il. « Et, surtout, ne s’est pas manifesté pour financer l’infrastructure et sans cela, on ne peut rouvrir la ligne ». La Région tente toutefois d’inciter l’État à revoir sa position en proposant une option moins onéreuse, du matériel plus léger, actuellement testée entre Carcassonne et Limoux et cofinancé avec la SNCF. Limoux-Quillan est fermée depuis 2017.

Enfin, concernant la grande vitesse, le vice-président insiste sur la ligne à venir Montpellier-Perpignan : « En 2016, la LNMP (Ligne nouvelle Montpellier-Perpignan) n’était pas prévue, pas financée et n’avait pas de calendrier ». Sa réalisation a en effet été entérinée par Jean Castex, alors Premier ministre, après des années de combats d’élus locaux dont Carole Delga.

Plus généralement en région, Jean-Luc Gibelin pointe le succès des billets de TER à 1 euro, « 910 000 rien qu’entre le 14 juillet et le 15 aout », la circulation de trains innovants utilisant l’hydrogène, des batteries lithium ou hybride, un Plan Vélo comprenant un cluster de 80 entreprises (dont Caminade installée à Ille-sur-Têt dans les Pyrénées-Orientales), des vélos en libre service dans les lycées ou en location longue durée dans les gares ou encore des rosalies « Oui Cycle » déployées dans certains territoires ruraux.

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 5 septembre 2026)

Anne Fraïsse. « L’État nous demande de faire le sale travail » (La Marseillaise)

Anne Fraïsse est la présidente de l’Université Paul-Valéry à Montpellier, l’une des moins bien dotées. Elle a alerté Emmanuel Macron en janvier dernier.

La Marseillaise : La plupart des universités sont dans le rouge. Quid de Paul Valéry ?

Anne Fraïsse : Nous sommes l’une des universités les plus touchées, qui a toujours été en sous-encadrement et sous-détachement. Nos ministères se refusent à remettre en question nos critères de distribution. L’argent public est distribué de façon totalement obscure. Je ne sais pas si c’est du mépris mais il y a toujours eu une évaluation selon laquelle les diplômes de lettres et sciences humaines mais aussi droit, économie/gestion valent moins et donc sont moins financés. Là, sans aide de l’État notre fonds de roulement sera négatif en décembre. On n’a aucune marge de manœuvre et on prendra dans des économies qu’on n’a pas ! Surtout on n’a aucune possibilité de redresser la situation par nous-mêmes. On n’a plus d’investissement et un fonctionnement incompressible : je ne peux pas arrêter l’électricité ni le chauffage. Les seules économies possibles seraient sur la masse salariale mais on est déjà sous-encadrés. Le passage au statut d’Établissement public expérimental (EPE) en 2025 ne nous a pas ramené un sou. L’an passé notre budget s’élevait à 140 millions pour 107 millions de dotation de l’État. Il en manque chaque année une dizaine. L’État ne prend pas en charge la hausse des salaires. C’est le problème de l’autonomie des universités : il se décharge et nous demande de faire le sale travail.

La Marseillaise : Les syndicats dénoncent une « cure d’austérité » pour équilibrer les comptes…

Anne Fraïsse : Chez nous, on se bat pour qu’il n’y ait pas de licenciement. Des CDD non renouvelés il peut y avoir puisque par définition un CDD a un début et une fin. Pour l’instant j’essaye de boucler un budget en demandant de l’argent à l’État. On est dans un établissement en sous-encadrement (jusqu’à -40 % d’enseignants-chercheurs dans certains départements de l’université) et où le nombre d’étudiants continue de monter. On n’a jamais eu autant d’étudiants en Licence Master Doctorat : 22 929 l’an dernier. On a explosé nos capacités d’accueil en Licence 1. On a donc pris plus d’étudiants que nos capacités d’accueil dans les filières en tension. Cette année, on a mis des freins mais on en aura autant. Là, en juillet, on avait déjà 15 500 inscrits. Le premier jour on en a inscrit plus de 1 000 et maintenant 300 par jour. On est déjà au-dessus de l’an dernier.

La Marseillaise : Pensez-vous avoir des étudiants sans affectation en Master ?

Anne Fraïsse : On en a toujours en psychologie. C’est un problème national grave. On n’arrive pas à en prendre avec 15 de moyenne. C’est de l’ordre de quelques dizaines mais c’est trop et anormal. Dans les autres filières c’est marginal, on arrive à peu près à les caser. Et jusque-là on n’a jamais eu de « sans fac » en Licence 1. Par contre, pour certains, ce n’est pas leur premier vœu. Je déplore qu’avec Parcoursup on nous ait demandé de créer des places en Licence avant de nous retirer les chèques pour les Masters.

La Marseillaise : Continuez-vous à proposer des quotas d’exonération sur les frais d’inscription des étudiants étrangers ?

Anne Fraïsse : Depuis plusieurs années on appliquait déjà les frais différenciés d’une façon particulière. Tous les étudiants étrangers (environ 20 % des étudiants de Paul Valéry) étaient dispensés tant qu’ils réussissaient. Ne payaient que ceux en échec. On ne pouvait pas faire autrement, on dépassait déjà les 10 % d’exonération permis. Désormais, on est obligés d’appliquer les droits différenciés tels qu’on nous les impose. Tous les étudiants déjà chez nous restent sur l’ancien système. Pour les entrants, on a une marge de 30 %. Mais la fenêtre de tir va se refermer au fil des ans… Pour les étudiants français, rien ne bouge. Les frais sont fixés par l’État, ils payent quelques centaines d’euros. Mais on voit bien avec la conclusion des Assises qu’ils veulent augmenter les frais d’inscription. Je le déplore évidemment.

La Marseillaise : C’est parce que l’enseignement supérieur coûte trop cher selon l’État ?

Anne Fraïsse : C’est un désengagement des services publics. Ça a commencé avec les hôpitaux, maintenant il s’attaque à l’éducation et l’enseignement supérieur. Ce sont de mauvaises économies. C’est s’attaquer à des choses vitales. Et on s’aperçoit que c’est vital quand c’est mis à mal ou lorsque cela disparaît comme les Postes dans les villages. Quand une école ferme, on se rend compte que c’est un peu le village qui disparaît. Le service public est un peu plus que ce que l’on croit. C’est un supplément d’âme dont on n’a pas envie de se passer. Le service public c’est ce que l’État juge indispensable de ne pas déléguer, en particulier au privé. C’est le fondement de la démocratie, le garant de la cohésion sociale. Quand on abandonne cela, on entre dans une crise de démocratie et on bascule dans des extrêmes avec des solutions peu intéressantes.

La Marseillaise : Vous avez écrit à Emmanuel Macron. La conséquence a été une inspection et un rapport de l’IGESR qui a alerté sur les risques psychosociaux et la souffrance au travail à Paul-Valéry. Était-ce la réponse que vous attendiez ?

Anne Fraïsse : C’était la réponse que j’étais sûre qu’on me ferait, pas celle que je souhaitais. Une réponse bureaucratique plutôt qu’humaine. Quand on vous explique que chaque fois qu’il y a un accident, un décès, un suicide, il faut faire une enquête administrative… Moi, la première chose à laquelle je pense dans ces cas-là, c’est d’aller à l’enterrement de mes collègues. C’est une vision un peu différente. Depuis que j’ai lancé cette alerte, on a eu 3 morts de titulaires. Cela fait 6 ans que je dis que ces statistiques sont anormales et qu’elles deviennent la norme de mon université. Toutes les préconisations du rapport, on va les faire. Mais qu’on m’explique qu’il faut dédouaner l’État et qu’on ne peut faire aucun lien avec les conditions de travail… Que je vais régler le problème en donnant des fiches de mission à mes directeurs d’UFR, je doute. Même si notre structuration n’est sans doute pas parfaite. La question n’est pas là. Les enquêteurs répondent à la demande du ministère, pas à l’alerte que j’ai lancée.

La Marseillaise : Avez-vous des leviers sur la question centrale du logement étudiant ?

Anne Fraïsse : Non, on n’a aucun levier de ce type. On ne peut pas conventionner avec des locataires privés. On alerte le Crous qui est l’un de ceux qui ont le plus grand parc. On a pu aussi créer la cité internationale à Boutonnet. Mais c’est insuffisant. Les milieux modestes et ruraux sont désavantagés pour faire des études. Le fossé se creuse. Ce sujet majeur devrait s’inviter dans la campagne présidentielle.

Interview réalisée par Rémy Cougnenc (La Marseillaise, le 4 septembre 2026)

En Occitanie, des trains électriques pour remplacer les trains Diesel (L’Indep)

Déjà emprunté par des trains hybrides et a hydrogène, le réseau ferré régional aiguille désormais des trains électriques à batteries lithium. La première rame du genre commence une période de tests de deux ans dans le Gard.

Nouvelle innovation sur les rails d’Occitanie. Depuis ce 31 août 2026, un train liO équipé par Alstom circule sur la ligne Nîmes-Vauvert à l’énergie électrique. Il s’agit d’une locomotive diesel « retrofitée » (transformée) en électrique grâce à des batteries au lithium-ion. Doté d’une autonomie dépassant les 80 kilomètres, ce train récupère aussi l’énergie produite lors du freinage pour la stocker. A la clé : jusqu’à 20 % d’économies d’énergie. Enfin, la propulsion électrique offre un meilleur confort aux voyageurs puisqu’elle est plus siliencieuse.

Décarboner le transport ferroviaire

Cette nouvelle génération de rames est issue d’un programme d’innovations porté par cinq Régions: Occitanie, Sud, Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France et Nouvelle-Aquitaine ainsi que SNCF Voyageurs et Alstom. D’un coût total de 41 millions d’euros (6 millions financés par l’Occitanie, 6 millions par SNCF Voyageurs, 5,5 millions par Alstom), il vise à « aller encore plus loin dans la décarbonation du transport ferroviaire » en expérimentant « la première génération de matériels roulants à batteries, à l’échelle nationale ». Des matériels « plus sobres énergétiquement que les matériels précédents et sans émission directe de CO2 ».

L’Occitanie est la seule région française à expérimenter, bientôt simultanément, trois technologies réductrices d’émissions polluantes : un train hybride trimode électrique diesel-batterie autour de Toulouse, a hydrogène entre Montréjeau et Luchon et donc électrique à batteries lithium-ion dans le Gard.

Pour la présidente d’Occitanie, Carole Delga, cette innovation « va de pair avec une ambition très concrète : développer le service public ferroviaire. Sur la ligne Nîmes-Vauvert, ce nouveau train permet ainsi d’augmenter l’offre avec deux allers-retours de plus en semaine. Nous préparons des aujourd’hui le ferroviaire de demain ».

Du côté d’Alstom, on souligne « une étape importante dans le développement de solutions ferroviaires plus durables ». Frédéric Wiscart, président de la région France BeLux chez Alstom, voit en cette innovation « l’illustration concrète de la manière dont le ferroviaire peut poursuivre sa transition vers des transports toujours plus performants et plus sobres en énergie ».

Le déploiement de ces nouvelles rames aux autres départements d’Occitanie n’est pas encore programmé. La phase d’expérimentation, qui durera au moins deux ans, ne fait que débuter. Toute-fois, le vice-président d’Occitanie en charge des Transports, Jean-Luc Gibelin, assure que les premiers enseignements pourront être tirés dans six mois.

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 2 septembre 2026)

Jean-Marc Touzard : « La viticulture doit s’adapter au climat » (La Marseillaise)

Jean-Marc Touzard, économiste et directeur de recherche à l’INRAE, est spécialiste des stratégies d’innovation dans le secteur de la viticulture. L’accélération du changement climatique nécessite, selon lui, de la coopération entre les acteurs du secteur et la construction de stratégies d’adaptation à plusieurs niveaux.

La Marseillaise : Cette année encore, les vignerons du Languedoc-Roussillon sont contraints d’avancer le début des vendanges. Cela va-t-il devenir la norme ?

Jean-Marc Touzard : Oui, la période des vendanges ne cesse d’avancer depuis des années. On observe une tendance de quatre à cinq jours d’avance supplémentaires par décennie. Dans les années 1980, la récolte démarrait autour du 15 septembre dans le Languedoc-Roussillon. Nous sommes cependant dans une année particulièrement précoce. Et encore, le Languedoc n’est pas la région viticole la plus touchée. Cela est évidemment une conséquence du changement climatique, qui agit sur la « phénologie » de la vigne, c’est-à-dire ses différents stades de développement, et entraîne donc une maturation plus précoce des raisins.

La Marseillaise : Quels sont les autres impacts du changement climatique sur la viticulture ?

Jean-Marc Touzard : Les impacts sont nombreux et ils interagissent entre eux. Par exemple, le stress hydrique induit par le changement climatique a pour effet de produire des baies plus petites et donc, de diminuer les rendements. La qualité du vin est elle aussi impactée directement avec, entre autres, une plus grande concentration de sucre. Or, si cela ne signifie pas forcément une perte de qualité à proprement parler, cette évolution ne suit pas la demande : aujourd’hui, les consommateurs ont tendance à rechercher des vins moins alcoolisés et plus frais. Le changement climatique entraîne aussi davantage d’événements extrêmes et donc l’augmentation des risques de destruction des cultures. Une autre conséquence indirecte que l’on peut citer est la salinisation des sols, en raison de la montée du niveau de la mer. Tous ces effets entraînent ensuite des conséquences sociales et économiques, avec notamment des difficultés commerciales ou encore la baisse de la valeur du patrimoine. En résumé, les impacts sont de plus en plus importants à mesure que le changement climatique s’accélère. Nous vivons aujourd’hui une année qui sera considérée comme normale dans une dizaine d’années, c’est la raison pour laquelle il faut s’adapter dès maintenant.

La Marseillaise : Par où commencer cette adaptation ?

Jean-Marc Touzard : Avant de parler de solutions concrètes, il faut rappeler un préalable indispensable, qui est la limitation urgente de nos émissions de gaz à effet de serre dans le but de stabiliser le climat à l’échelle mondiale. Plus tôt le climat sera stabilisé, plus nos possibilités d’adaptation seront nombreuses. Ensuite, il faut aussi rappeler qu’il n’y a pas de solution miracle, puisque tout l’enjeu est de combiner différents types de solutions. La première d’entre elles concerne probablement le choix des cépages. Il va ainsi falloir changer les cépages cultivés dans le Languedoc-Roussillon, ou du moins ne garder que les cépages résilients et adaptés au climat, tels que le Cinsault ou le Grenache, et diminuer d’autres cépages précoces, tels que le Merlot. Il pourrait aussi s’agir d’aller chercher d’anciennes variétés, des variétés qui sont cultivées dans d’autres pays de la Méditerranée ou encore, de puiser dans des créations variétales, comme celles sur lesquelles travaille l’INRAE.

La Marseillaise : Après avoir repensé le choix des cépages, quelles solutions se trouvent dans les pratiques viticoles ?

Jean-Marc Touzard : Le deuxième type d’adaptation se situe au niveau de la gestion du sol. Il faut renforcer la capacité des sols à retenir l’eau, ce qui peut passer par plein de techniques différentes, qui présentent toutes des avantages et des limites. On peut citer notamment la vitiforesterie, l’irrigation, la taille en gobelet ou encore, le jeu sur les feuilles. Ensuite, le troisième type d’adaptation se situe après la récolte, au niveau de l’œnologie, qui permet de corriger un peu les effets du changement climatique sur le vin. Cela peut se traduire notamment par le recours au froid ou à des techniques pour désalcooliser le vin.

La Marseillaise : Et sur le long terme, faut-il adapter notre paysage et la société dans son ensemble à ces changements ?

Jean-Marc Touzard : Des solutions d’adaptation existent à travers la relocalisation de certaines parcelles de vigne. C’est ce que font notamment les vignerons du Larzac, en allant chercher de l’altitude. Cela risque cependant de poser des questions concernant les appellations qui, jusque dans les années 1980, mettaient volontairement en avant des sols peu profonds, tandis qu’aujourd’hui, d’autres types de sols plus profonds pourraient devenir plus intéressants. On peut aussi s’intéresser à tous les changements institutionnels qui doivent accompagner les évolutions que nous avons citées : modifier les cahiers des charges, réinventer les mécanismes pour faire face aux risques tels que les assurances, la prévention etc. Enfin, il faut reconstruire des liens avec le consommateur et réinventer les récits autour de la viticulture. La valeur du vin est intrinsèquement liée à la valeur de son terroir, ces récits sont donc indispensables et leur transmission peut passer par l’œnotourisme.

La Marseillaise : Êtes-vous optimiste ?

Jean-Marc Touzard : Dans le scénario où l’on arrive à ralentir et à stabiliser le changement climatique, je ne désespère pas. La viticulture est une filière très sensible, qui est impactée durement par ce changement, mais c’est aussi une filière avec une grande diversité et une grande créativité. Il y a des solutions, à condition que tous les acteurs collaborent entre eux. De mon côté, je pense qu’il faut privilégier en priorité les solutions fondées sur la nature, telles que la sélection des cépages et la diversification.

Propos recueillis par Nina Bailly (La Marseillaise, le 21 août 2026)

L’édito du webzine. Le tourisme français à l’épreuve du climat

Le ministre du Tourisme, Serge Papin, vient de se féliciter d’une saison estivale « au beau fixe », malgré les crises internationales et les canicules répétées. « Les clignotants sont au vert sur tous les registres, géographiques et clientèles, du camping au palace », a-t-il déclaré à l’AFP. Pourtant, les professionnels du secteur dressent un constat moins reluisant.

Avec 102 millions de visiteurs internationaux en 2025 (contre 100 millions en 2024), la France a battu des records de recettes, atteignant 77,5 milliards d’euros. L’objectif ? 100 milliards en 2030. Mais cette ambition se heurte à une réalité climatique de plus en plus pressante. Les prévisions de Météo-France pour 2030 annoncent une multiplication des journées de fortes chaleurs et des nuits tropicales, un scénario bien éloigné des +2°C visés par l’Accord de Paris. La France a même défini en 2023 une Trajectoire de réchauffement de référence préparant le pays à un réchauffement de +4°C d’ici 2100.

L’Occitanie sera la région la plus touchée. Selon une note de l’Agence d’Attractivité et de Développement d’Occitanie, 55 % des professionnels du tourisme y ont constaté une activité « dégradée » en juin 2026, contre 45 % de satisfaits. Une canicule historique et précoce (du 17 au 30 juin), avec des températures jusqu’à +8°C au-dessus des normales et 8 nuits tropicales consécutives à Toulouse a entraîné annulations de séjours, baisse de fréquentation et fermetures partielles d’établissements mal équipés.

Les professionnels pointent aussi d’autres facteurs : la flambée des prix du carburant et la baisse du pouvoir d’achat. « Les réservations avaient bien démarré, mais tout s’est effondré après le conflit au Moyen-Orient et la hausse des carburants », témoigne un gérant de gîte rural..

Un avenir incertain

Pire, ces perturbations ne sont qu’un avant-goût. Une étude de l’Insee Occitanie (novembre 2024) révèle que 72 % des lits touristiques de la région seront exposés à plus de 35 journées à +30°C ou 50 nuits tropicales par an d’ici 2050. Aujourd’hui, seulement 2 % du territoire régional subissait des fortes chaleurs fréquentes (1976-2005). En 2030, ce sera 12 %, puis 50 % en 2050. Les touristes se tournent déjà vers des destinations plus fraîches, comme le littoral atlantique.

Face à ce constat, l’urgence est double : réduire les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter pour préserver un secteur qui génère jusqu’à 180 000 emplois en été. Sans action, le pilier économique qu’est le tourisme en Occitanie pourrait s’effriter, emporté par les vagues de chaleur.

La question n’est plus de savoir si le climat impactera le tourisme, mais comment y faire face. Entre records économiques et réalités climatiques, la France devra innover pour concilier attractivité et durabilité. Un défi de taille, alors que les canicules, autrefois exceptionnelles, deviennent la norme.

Dominique Gerbault

Déserts médicaux : Le dispositif de médecins salariés de la Région est une « réussite » (Dis-leur !)

Plus de 500 000 consultations, 133 professionnels de santé recrutés, travaillant dans 27 centres de santé en quatre ans : c’est le bilan du dispositif porté par la région Occitanie moyennant 15 M€ pour pallier aux déserts médicaux.

« Au début, on ne m’a pas cru. » C’est Béranger Irdondelle, généraliste salarié comme un autre médecin du centre de santé de Ma Région à Sainte-Croix Volvestre (Ariège) alors que ce territoire devenait un désert médical, qui le dit ; c’est Nathalie Iglesias secrétaire salariée elle aussi du même centre qui le redit. Et c’est Vincent Bounes, vice-président chargé de la santé à la Région Occitanie et directeur du Samu de Haute-Garonne qui, lorsque Carole Delga lui en avait parlé lors de la précédente campagne des régionales, il y a quatre ans, a voulu « faire demi-tour » devant l’immensité de la tâche. Depuis, 27 centres ont ouvert un peu partout en Occitanie où l’on peut prendre rendez-vous. La canicule y envoie 10 % à 15 % de ses patients actuellement pour être auscultés par un médecin.

« Nous avons beaucoup de visites à domiciles et beaucoup de patients en Ehpad. Il y a aussi un gros volet sur la santé des femmes qui ont, disons-le, la plus grande charge mentale à supporter mais qui ne prennent pas forcément soin de leur santé »

Et tous le disent aujourd’hui : « Ce service public de santé en soins primaires est une réussite. » Il se présente sous la forme d’un GIP avec un partage souvent des bâtiments. « Nous avons beaucoup de visites à domiciles et beaucoup de patients en Ehpad. Il y a aussi un gros volet sur la santé des femmes qui ont, disons-le, la plus grande charge mentale à supporter mais qui ne prennent pas forcément soin de leur santé. Nous avons aussi recruté des médecins spécialistes. » Sur lui, Catherine Llinares-Trape, sage-femme, salariée du centre de santé de Ma Région à Les Cabanes, petite commune d’Ariège, a renchéri en substance sur le fait que « les femmes vivent certes plus longtemps mais en mauvaise santé… »

« C’est un confort pour les patients » a expliqué Béranger Irdondelle. Et pour les 133 professionnels de santé recrutés en quatre ans et qui ont tous parmi les clauses de ce salariat l’obligation de participer à la permanence de soins et d’effectuer des visites à domicile. « Parce que ce n’est que chez les patients que l’on se rend vraiment compte de la situation, parfois de précarité et de solitude. Et quand on va chez le médecin, on se fait beau… », a appuyé Carole Delga.

Occitanie, 700 000 habitants sans médecin traitant

C’est un confort pour les patients en Occitanie qui compte 700 000 habitants qui n’ont pas de médecins traitants… Plus largement, les inégalités d’accès à la santé se creusent : plus de 26 millions de Français vivent dans un désert médical et plus de 6 millions n’ont pas de médecin traitant. Enfin, 36 % ont déjà renoncé à des soins faute de rendez-vous. « C’est un confort, aussi, pour les personnels soignants », a explicité Béranger Irdondelle : « Avec ce dispositif, on peut se concentrer sur ses patients ; c’est du temps pour les consultations et la prévention. Et pris il y a notre confort salarial. Je n’ai pas connu la gestion d’un cabinet médical ; mais là je travaille avec des collègues pas des personnes que j’emploie… » Vincent Bounes précise que les payes sont calquées sur les grilles hospitalières de praticiens hospitaliers, de sages-femmes et des autres professionnels de santé.

Le but : salarier 200 professionnels de santé

En quatre ans, le dispositif « qui n’est pas le seul en France mais qui est le plus développé », a souligné Vincent Bounes emploie 133 professionnels du soin (à 86 % occitans ou catalans) dans 151 maisons et centres de santé, parfois partagés avec d’autres professions libérales. L’enveloppe qui y a été consacré pour lutter contre les déserts médicaux s’élève à 15 M€ pour la région Occitanie. Le but étant de salarier 200 professionnels de santé d’ici la fin du mandat. À ce jour, plus de 500 000 consultations (507 500 exactement) y ont été comptabilisées auprès de 38 854 patients. Ces derniers sont à 63 % des femmes. âgées en moyenne de 47 ans (avec 24 % de moins de 35 ans et 41 % de plus de 55 ans).

Des médecins spécialistes aussi

Sur ces 133 professionnels de santé, on compte 119 médecins généralistes, dix sages-femmes et quatre infirmiers en pratique avancée exerçant dans 26 centres de santé. Ce jour, la Région en inaugure un 27e centre à Saint-Gaudens. Carole Delga a également annoncé la création de six postes supplémentaires de médecins spécialistes territoriaux dans les hôpitaux de Castres-Mazamet (cardiologie) : Rodez. (néphrologie) : Albi (pneumologie) : Uzès (psychiatrie) : Clermont-l’Herault (pharmacie) et Narbonne (médecine physique et de réadaptation) portant le dispositif à 26 au total.

« La santé n’est pas une compétence de la région mais j’ai fait le choix des ma réélection en 2021 d’en faire une priorité » a souligné Carole Delga. « Ce dispositif est une réussite ». ont qualifié unanimement les personnels de santé présents à ce point presse. Par ailleurs, les centres de santé sont amenés à travailler en réseau. « On est davantage à l’écoute des patients », a souligné Nathalie Iglesias, précisant recevoir « beaucoup d’urgences ».

Olivier Schlama (Dis-leur !, le 24 juin 2026)

« Ce qui se joue sous nos yeux à Carcassonne est sans précédent » : après une première manifestation, le collectif Nous Carcassonne organise un deuxième acte contre l’extrême droite (L’Indep)

À la suite d’une première manifestation le 29 avril 2026, le collectif de jeunes Nous Carcassonne réitère son action le samedi 6 juin prochain au square Gambetta pour lutter contre l’extrême droite.

Il y a eu un avant et un après lié au rassemblement contre l’extrême droite organisé par le collectif Nous Carcassonne. À la suite de la manifestation du 29 avril 2026, le maire Rassemblement national, Christophe Barthès, a annoncé en conseil municipal, retirer les locaux communaux aux syndicats ayant participé à cette action.

Depuis ce jour, la colère monte du côté des organisations syndicales qui multiplient les mobilisations. Des personnalités politiques se sont également approprié le sujet en interpellant le gouvernement. Et pour le collectif Nous Carcassonne, c’est aussi l’occasion de réitérer leur manifestation de fin avril. En effet, un nouveau rassemblement va être organisé le samedi 6 juin à partir de 14 h 30 au square Gambetta. « Nous étions 400 la dernière fois mais pour nous ce n’était qu’une première étape. Depuis l’installation de la nouvelle municipalité d’extrême droite, notre ville subit une accélération brutale d’un projet idéologique de division », détaille le porte-parole du mouvement, Yassin El Kdim.

Et de donner quelques exemples : « Les tentatives d’intimidation envers les jeunes et les menaces à peine voilées visant à ficher ou retirer les locaux aux associations et aux syndicats qui oseraient manifester leur désaccord politique ne sont pas seulement des dérives : ce sont des tentatives d’intimidation intolérables. »

Notre ville est devenue le laboratoire à ciel ouvert

Pour Yassin El Kdim, la ville de Carcassonne doit devenir un lieu de « résistance » face à l’extrême droite. « Je n’ai pas peur d’employer ce terme. Ce qui se joue sous nos yeux à Carcassonne est sans précédent. Notre ville est devenue le laboratoire à ciel ouvert de ce qui se produira à l’échelle nationale en 2027 si l’extrême droite accède au pouvoir. Cette situation nous confère une responsabilité historique », affirme-t-il.

À la suite de leur prochaine manifestation, le collectif donne rendez-vous pour un « apéro-goûter sans alcool » au square Gambetta. On peut déjà noter la présence de l’ensemble des forces syndicales visées par les menaces d’expulsion par l’édile de la commune.

Léo Couffin (L’Indépendant, le 28 mai 2026)

Mai-juin 1936 : dans la région, un élan politique et social (L’Indep)

Le Front populaire, même s’il était en Languedoc plus fracturé qu’ailleurs, a débouché sur une vague qui l’a dépassé. Retour, 90 ans après, sur une période relativement oubliée dans le Midi.

90 ans après mai-juin 1936, sur fond de Front populaire, de grèves et de manifestations, que reste-t-il dans l’imaginaire historique des Languedociens et des Roussillonnais ? Pas grand-chose, regrette le chercheur montpelliérain Philippe Lacombrade, qui vient de coanimer mercredi dernier à Montpellier un colloque sur le sujet. La faute notamment à Paris, qui a focalisé l’attention dans les travaux d’historiens.

Notre région aurait été l’une des « oubliées dans l’historiographie » de cette période pourtant si riche. « On s’intéresse peu à l’histoire provinciale, mais il faut dire aussi que la tradition d’histoire régionale que nous avions ici a un peu disparu », nuance Philippe Lacombrade. Pondérons jusqu’au bout : « Notre région est viticole, l’industrie y est un peu diffuse donc c’est vrai que mécaniquement il y a eu moins de mouvements sociaux et de grèves qu’à Paris et dans les grandes régions industrielles du nord de la France », Mais il y aurait là tout de même comme une injustice, d’autant plus que l’Occitanie méditerranéenne a été d’une certaine façon pionnière. « Dans notre région viticole justement, des grèves dans le monde agricole annoncent le Front populaire, » souligne Philippe Lacombrade. « Dès les vendanges de décembre 1935 puis à Cruzy, vers Saint-Chinian, en janvier-février 1936, 300 ouvriers agricoles et viticulteurs protestent pour avoir des augmentations de salaire. En juin 1936, vous avez à Montpellier, par exemple, des ouvriers agricoles qui se mettent en grève dans les domaines des grands propriétaires viticoles. »

Première grève à Béziers

Pour le reste, les grèves dans les autres secteurs sont plus tardives qu’au niveau national. Elles débutent après les accords de Matignon du 8 juin.

La première éclate le 10 juin aux établissements Fouga de réparation des wagons ferroviaires, à Béziers : « C’est le signal lancé, avec 1 400 ouvriers sur 2 000 en grève », explique Philippe Lacombrade. Vient ensuite le secteur du bâtiment à Perpignan le 12 juin. Montpellier se mobilise à partir du 15. Des commandos s’organisent pour faire le tour des piquets de grève à vélo, ou pour aller jusqu’à Palavas inciter à la grève. « On occupe les chantiers de la clinique Saint-Charles, en construction. La compagnie générale d’électricité est occupée, les grévistes dorment là-bas, on organise des bals, les ouvriers s’engagent à maintenir l’électricité dans toute la ville. À Montpellier toujours, il y aura ensuite la compagnie de tramway, les coiffeurs, les garçons de café et de restaurant. »

L’historien Jean Sagnes décrit comment l’essentiel des entreprises en grève l’est dans des petites structures, les plus grosses ayant éteint les feux qui couvaient. A Sète avec le port et Alès avec la mine, des accords sont trouvés rapidement.

À Alès tout de même, les ateliers Richard Ducros (entretien de rails) sont mobilisés. À Nimes, si le secteur de l’habillement trouve une issue rapidement, la grève dans d’autres filières va durer jusqu’à la mi-juillet, avec les Courriers des Cévennes, les Docks méridionaux, les grands magasins… Les négociations finissent par déboucher sur la rédaction de conventions collectives, la semaine de 40 heures, l’instauration de congés payés et l’augmentation des salaires. « Dans le Midi rouge, le pouvoir politique est proche des grévistes et favorise les négociations », précise Philippe Lacombrade.

Si peu de traces historico-politiques restent de cette période-la dans la région, c’est aussi parce que la victoire du Front populaire n’y était pas une surprise. La gauche trustait les places du Midi rouge. Dans les unes, l’année 36 signe même un recul, sous le poids de l’abstention. « Par le nombre de suffrages qu’elle a reçus, la gauche semble avoir un peu régressé par rapport à 1932 », note l’historienne Marianne Caron. Le « bloc » du Front populaire y était plus friable qu’ailleurs. Les partis de gauche auraient même tendance à se faire concurrence : les radicaux lorgnent du côté du camp conservateur pour y puiser un électorat refusant de voter socialiste ou communiste. Mais si, au premier tour, chacun a compté ses voix, l’élan national du Front populaire éteint au second tour, pour un temps seulement, les rivalités d’appareils.

À part en Lozère, tous les députés sont de gauche

« Après les divisions, au deuxième tour on se retrouve », résume Philippe Lacombrade. Il cite l’exemple de Paul Boulet qui devient maire de Montpellier en s’alliant avec les radicaux et la SFIO, battant Henri de Rodez-Bénavent, figure du Midi blanc.

Tous les députés du Languedoc et du Roussillon élus en 1936 sont classés à gauche, à l’exception de deux des trois députés de la catholique et conservatrice Lozère. Dans le Gard, deux députés communistes font, pour la première fois dans la région, leur entrée au parlement. Les socialistes s’en inquiètent et les radicaux entament leur reflux.

« À l’annonce des résultats des élections, au soir du 3 mai 1936, la foule descend dans la rue pour manifester sa joie », rappelle Marianne Caron. Mais les rassemblements sont a venir, à partir du 14 juin. « Foules immenses, fanfares jouant L’Internationale et La Mar-seillaise, forêts de drapeaux, bals populaires » sont au menu. 10 000 personnes manifestent à Montpellier et à Nimes, 15 000 à Perpignan, 7 000 à Narbonne, dans une ambiance bon enfant.

Arnaud Boucomont (L’Indépendant, le 28 mai 2026)

Une journée d’études historiques a été organisée mercredi dernier sur le campus Saint-Charles de Montpellier à l’occasion des 90 ans de la victoire du Front populaire dans la région.

Bourse du travail de Carcassonne. Leș leaders syndicaux nationaux écrivent au ministre de l’intérieur (L’Indep)

Les leaders nationaux de la CGT, de la FSU, de l’Unsa, de Solidaires, de la CFE-CGC, de la CFDT et de FO ont adressé un courrier aux ministres de l’Intérieur et du Travail, Laurent Nuñez et Jean-Pierre Farandou. Ils y expriment leurs inquiétudes face à la procédure du maire Christophe Barthès, visant à expulser les organisations syndicales de leurs locaux à Carcassonne, et leur demandent d’intervenir « pour garantir le respect des libertés syndicales ».

Après la manifestation intersyndicale de ce mercredi 13 mai, à Carcassonne, pour protester contre la volonté du maire RN Christophe Barthès d’exproprier la CGT de la Bourse du travail, rue Voltaire, une nouvelle expression de l’indignation suscitée par cette décision est venue d’acteurs majeurs de la démocratie sociale en France.

C’est en effet un courrier signé par sept leaders syndicaux nationaux, Sophie Binet (CGT), Caroline Chevé (FSU), Laurent Escure (Unsa), Julie Ferrua et Murielle Guilbet (Solidaires), François Hommeril (CFE-CGC), Marylise Léon (CFDT), Frédéric Souillot (FO), qui a été adressé au ministre de l’Intérieur et ministre du Travail, Laurent Nunez et Jean-Pierre Farandou. « À Carcassonne, le nouveau maire a engagé une procédure visant à expulser les organisations syndicales de leurs locaux. Cette décision constitue une attaque grave contre la liberté syndicale et contre nos organisations qui participent depuis des décennies à la vie démocratique et sociale de notre pays », commencent-ils.

Avant de rappeler : « Messieurs les ministres, s’attaquer à une Bourse du travail n’est jamais anodin. Ces lieux sont issus de l’histoire du mouvement ouvrier et de la construction des solidarités populaires. Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales de 2013 sur les Bourses du travail et les maisons des syndicats chiffrait leur fréquentation à plus d’un million de personnes dans le cadre des permanences juridiques et sociales. Les affaiblir ou les faire disparaître revient à porter atteinte à la capacité des salariés à se défendre collectivement et à accéder concrètement à leurs droits. Cette décision est contraire à la Convention sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical de 1948. »

Et d’afficher leur inquiétude : « Ce qui se joue à Carcassonne dépasse largement le cadre local. Si une municipalité peut, pour des raisons idéologiques, expulser des organisations syndicales d’un lieu qu’elles occupent parfois depuis près d’un siècle, alors c’est un précédent extrêmement dangereux qui est créé pour l’ensemble du pays. Nous vous demandons solennellement d’intervenir afin que soit garanti le respect des libertés syndicales et des principes républicains. Nous appelons également les services de l’État et la préfecture de l’Aude à prendre leurs responsabilités face à une décision qui remet directement en cause l’exercice normal de l’activité syndicale. Il ne s’agit pas seulement de défendre un bâtiment. Il s’agit de défendre un principe fondamental : dans une démocratie, les syndicats ne doivent jamais être réduits au silence par le pouvoir politique. »

Christophe Parra (L’Indépendant, le 15 mai 2026)