Jean-Marc Touzard : « La viticulture doit s’adapter au climat » (La Marseillaise)

Jean-Marc Touzard, économiste et directeur de recherche à l’INRAE, est spécialiste des stratégies d’innovation dans le secteur de la viticulture. L’accélération du changement climatique nécessite, selon lui, de la coopération entre les acteurs du secteur et la construction de stratégies d’adaptation à plusieurs niveaux.

La Marseillaise : Cette année encore, les vignerons du Languedoc-Roussillon sont contraints d’avancer le début des vendanges. Cela va-t-il devenir la norme ?

Jean-Marc Touzard : Oui, la période des vendanges ne cesse d’avancer depuis des années. On observe une tendance de quatre à cinq jours d’avance supplémentaires par décennie. Dans les années 1980, la récolte démarrait autour du 15 septembre dans le Languedoc-Roussillon. Nous sommes cependant dans une année particulièrement précoce. Et encore, le Languedoc n’est pas la région viticole la plus touchée. Cela est évidemment une conséquence du changement climatique, qui agit sur la « phénologie » de la vigne, c’est-à-dire ses différents stades de développement, et entraîne donc une maturation plus précoce des raisins.

La Marseillaise : Quels sont les autres impacts du changement climatique sur la viticulture ?

Jean-Marc Touzard : Les impacts sont nombreux et ils interagissent entre eux. Par exemple, le stress hydrique induit par le changement climatique a pour effet de produire des baies plus petites et donc, de diminuer les rendements. La qualité du vin est elle aussi impactée directement avec, entre autres, une plus grande concentration de sucre. Or, si cela ne signifie pas forcément une perte de qualité à proprement parler, cette évolution ne suit pas la demande : aujourd’hui, les consommateurs ont tendance à rechercher des vins moins alcoolisés et plus frais. Le changement climatique entraîne aussi davantage d’événements extrêmes et donc l’augmentation des risques de destruction des cultures. Une autre conséquence indirecte que l’on peut citer est la salinisation des sols, en raison de la montée du niveau de la mer. Tous ces effets entraînent ensuite des conséquences sociales et économiques, avec notamment des difficultés commerciales ou encore la baisse de la valeur du patrimoine. En résumé, les impacts sont de plus en plus importants à mesure que le changement climatique s’accélère. Nous vivons aujourd’hui une année qui sera considérée comme normale dans une dizaine d’années, c’est la raison pour laquelle il faut s’adapter dès maintenant.

La Marseillaise : Par où commencer cette adaptation ?

Jean-Marc Touzard : Avant de parler de solutions concrètes, il faut rappeler un préalable indispensable, qui est la limitation urgente de nos émissions de gaz à effet de serre dans le but de stabiliser le climat à l’échelle mondiale. Plus tôt le climat sera stabilisé, plus nos possibilités d’adaptation seront nombreuses. Ensuite, il faut aussi rappeler qu’il n’y a pas de solution miracle, puisque tout l’enjeu est de combiner différents types de solutions. La première d’entre elles concerne probablement le choix des cépages. Il va ainsi falloir changer les cépages cultivés dans le Languedoc-Roussillon, ou du moins ne garder que les cépages résilients et adaptés au climat, tels que le Cinsault ou le Grenache, et diminuer d’autres cépages précoces, tels que le Merlot. Il pourrait aussi s’agir d’aller chercher d’anciennes variétés, des variétés qui sont cultivées dans d’autres pays de la Méditerranée ou encore, de puiser dans des créations variétales, comme celles sur lesquelles travaille l’INRAE.

La Marseillaise : Après avoir repensé le choix des cépages, quelles solutions se trouvent dans les pratiques viticoles ?

Jean-Marc Touzard : Le deuxième type d’adaptation se situe au niveau de la gestion du sol. Il faut renforcer la capacité des sols à retenir l’eau, ce qui peut passer par plein de techniques différentes, qui présentent toutes des avantages et des limites. On peut citer notamment la vitiforesterie, l’irrigation, la taille en gobelet ou encore, le jeu sur les feuilles. Ensuite, le troisième type d’adaptation se situe après la récolte, au niveau de l’œnologie, qui permet de corriger un peu les effets du changement climatique sur le vin. Cela peut se traduire notamment par le recours au froid ou à des techniques pour désalcooliser le vin.

La Marseillaise : Et sur le long terme, faut-il adapter notre paysage et la société dans son ensemble à ces changements ?

Jean-Marc Touzard : Des solutions d’adaptation existent à travers la relocalisation de certaines parcelles de vigne. C’est ce que font notamment les vignerons du Larzac, en allant chercher de l’altitude. Cela risque cependant de poser des questions concernant les appellations qui, jusque dans les années 1980, mettaient volontairement en avant des sols peu profonds, tandis qu’aujourd’hui, d’autres types de sols plus profonds pourraient devenir plus intéressants. On peut aussi s’intéresser à tous les changements institutionnels qui doivent accompagner les évolutions que nous avons citées : modifier les cahiers des charges, réinventer les mécanismes pour faire face aux risques tels que les assurances, la prévention etc. Enfin, il faut reconstruire des liens avec le consommateur et réinventer les récits autour de la viticulture. La valeur du vin est intrinsèquement liée à la valeur de son terroir, ces récits sont donc indispensables et leur transmission peut passer par l’œnotourisme.

La Marseillaise : Êtes-vous optimiste ?

Jean-Marc Touzard : Dans le scénario où l’on arrive à ralentir et à stabiliser le changement climatique, je ne désespère pas. La viticulture est une filière très sensible, qui est impactée durement par ce changement, mais c’est aussi une filière avec une grande diversité et une grande créativité. Il y a des solutions, à condition que tous les acteurs collaborent entre eux. De mon côté, je pense qu’il faut privilégier en priorité les solutions fondées sur la nature, telles que la sélection des cépages et la diversification.

Propos recueillis par Nina Bailly (La Marseillaise, le 21 août 2026)

L’édito du webzine. Le tourisme français à l’épreuve du climat

Le ministre du Tourisme, Serge Papin, vient de se féliciter d’une saison estivale « au beau fixe », malgré les crises internationales et les canicules répétées. « Les clignotants sont au vert sur tous les registres, géographiques et clientèles, du camping au palace », a-t-il déclaré à l’AFP. Pourtant, les professionnels du secteur dressent un constat moins reluisant.

Avec 102 millions de visiteurs internationaux en 2025 (contre 100 millions en 2024), la France a battu des records de recettes, atteignant 77,5 milliards d’euros. L’objectif ? 100 milliards en 2030. Mais cette ambition se heurte à une réalité climatique de plus en plus pressante. Les prévisions de Météo-France pour 2030 annoncent une multiplication des journées de fortes chaleurs et des nuits tropicales, un scénario bien éloigné des +2°C visés par l’Accord de Paris. La France a même défini en 2023 une Trajectoire de réchauffement de référence préparant le pays à un réchauffement de +4°C d’ici 2100.

L’Occitanie sera la région la plus touchée. Selon une note de l’Agence d’Attractivité et de Développement d’Occitanie, 55 % des professionnels du tourisme y ont constaté une activité « dégradée » en juin 2026, contre 45 % de satisfaits. Une canicule historique et précoce (du 17 au 30 juin), avec des températures jusqu’à +8°C au-dessus des normales et 8 nuits tropicales consécutives à Toulouse a entraîné annulations de séjours, baisse de fréquentation et fermetures partielles d’établissements mal équipés.

Les professionnels pointent aussi d’autres facteurs : la flambée des prix du carburant et la baisse du pouvoir d’achat. « Les réservations avaient bien démarré, mais tout s’est effondré après le conflit au Moyen-Orient et la hausse des carburants », témoigne un gérant de gîte rural..

Un avenir incertain

Pire, ces perturbations ne sont qu’un avant-goût. Une étude de l’Insee Occitanie (novembre 2024) révèle que 72 % des lits touristiques de la région seront exposés à plus de 35 journées à +30°C ou 50 nuits tropicales par an d’ici 2050. Aujourd’hui, seulement 2 % du territoire régional subissait des fortes chaleurs fréquentes (1976-2005). En 2030, ce sera 12 %, puis 50 % en 2050. Les touristes se tournent déjà vers des destinations plus fraîches, comme le littoral atlantique.

Face à ce constat, l’urgence est double : réduire les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter pour préserver un secteur qui génère jusqu’à 180 000 emplois en été. Sans action, le pilier économique qu’est le tourisme en Occitanie pourrait s’effriter, emporté par les vagues de chaleur.

La question n’est plus de savoir si le climat impactera le tourisme, mais comment y faire face. Entre records économiques et réalités climatiques, la France devra innover pour concilier attractivité et durabilité. Un défi de taille, alors que les canicules, autrefois exceptionnelles, deviennent la norme.

Dominique Gerbault

Déserts médicaux : Le dispositif de médecins salariés de la Région est une « réussite » (Dis-leur !)

Plus de 500 000 consultations, 133 professionnels de santé recrutés, travaillant dans 27 centres de santé en quatre ans : c’est le bilan du dispositif porté par la région Occitanie moyennant 15 M€ pour pallier aux déserts médicaux.

« Au début, on ne m’a pas cru. » C’est Béranger Irdondelle, généraliste salarié comme un autre médecin du centre de santé de Ma Région à Sainte-Croix Volvestre (Ariège) alors que ce territoire devenait un désert médical, qui le dit ; c’est Nathalie Iglesias secrétaire salariée elle aussi du même centre qui le redit. Et c’est Vincent Bounes, vice-président chargé de la santé à la Région Occitanie et directeur du Samu de Haute-Garonne qui, lorsque Carole Delga lui en avait parlé lors de la précédente campagne des régionales, il y a quatre ans, a voulu « faire demi-tour » devant l’immensité de la tâche. Depuis, 27 centres ont ouvert un peu partout en Occitanie où l’on peut prendre rendez-vous. La canicule y envoie 10 % à 15 % de ses patients actuellement pour être auscultés par un médecin.

« Nous avons beaucoup de visites à domiciles et beaucoup de patients en Ehpad. Il y a aussi un gros volet sur la santé des femmes qui ont, disons-le, la plus grande charge mentale à supporter mais qui ne prennent pas forcément soin de leur santé »

Et tous le disent aujourd’hui : « Ce service public de santé en soins primaires est une réussite. » Il se présente sous la forme d’un GIP avec un partage souvent des bâtiments. « Nous avons beaucoup de visites à domiciles et beaucoup de patients en Ehpad. Il y a aussi un gros volet sur la santé des femmes qui ont, disons-le, la plus grande charge mentale à supporter mais qui ne prennent pas forcément soin de leur santé. Nous avons aussi recruté des médecins spécialistes. » Sur lui, Catherine Llinares-Trape, sage-femme, salariée du centre de santé de Ma Région à Les Cabanes, petite commune d’Ariège, a renchéri en substance sur le fait que « les femmes vivent certes plus longtemps mais en mauvaise santé… »

« C’est un confort pour les patients » a expliqué Béranger Irdondelle. Et pour les 133 professionnels de santé recrutés en quatre ans et qui ont tous parmi les clauses de ce salariat l’obligation de participer à la permanence de soins et d’effectuer des visites à domicile. « Parce que ce n’est que chez les patients que l’on se rend vraiment compte de la situation, parfois de précarité et de solitude. Et quand on va chez le médecin, on se fait beau… », a appuyé Carole Delga.

Occitanie, 700 000 habitants sans médecin traitant

C’est un confort pour les patients en Occitanie qui compte 700 000 habitants qui n’ont pas de médecins traitants… Plus largement, les inégalités d’accès à la santé se creusent : plus de 26 millions de Français vivent dans un désert médical et plus de 6 millions n’ont pas de médecin traitant. Enfin, 36 % ont déjà renoncé à des soins faute de rendez-vous. « C’est un confort, aussi, pour les personnels soignants », a explicité Béranger Irdondelle : « Avec ce dispositif, on peut se concentrer sur ses patients ; c’est du temps pour les consultations et la prévention. Et pris il y a notre confort salarial. Je n’ai pas connu la gestion d’un cabinet médical ; mais là je travaille avec des collègues pas des personnes que j’emploie… » Vincent Bounes précise que les payes sont calquées sur les grilles hospitalières de praticiens hospitaliers, de sages-femmes et des autres professionnels de santé.

Le but : salarier 200 professionnels de santé

En quatre ans, le dispositif « qui n’est pas le seul en France mais qui est le plus développé », a souligné Vincent Bounes emploie 133 professionnels du soin (à 86 % occitans ou catalans) dans 151 maisons et centres de santé, parfois partagés avec d’autres professions libérales. L’enveloppe qui y a été consacré pour lutter contre les déserts médicaux s’élève à 15 M€ pour la région Occitanie. Le but étant de salarier 200 professionnels de santé d’ici la fin du mandat. À ce jour, plus de 500 000 consultations (507 500 exactement) y ont été comptabilisées auprès de 38 854 patients. Ces derniers sont à 63 % des femmes. âgées en moyenne de 47 ans (avec 24 % de moins de 35 ans et 41 % de plus de 55 ans).

Des médecins spécialistes aussi

Sur ces 133 professionnels de santé, on compte 119 médecins généralistes, dix sages-femmes et quatre infirmiers en pratique avancée exerçant dans 26 centres de santé. Ce jour, la Région en inaugure un 27e centre à Saint-Gaudens. Carole Delga a également annoncé la création de six postes supplémentaires de médecins spécialistes territoriaux dans les hôpitaux de Castres-Mazamet (cardiologie) : Rodez. (néphrologie) : Albi (pneumologie) : Uzès (psychiatrie) : Clermont-l’Herault (pharmacie) et Narbonne (médecine physique et de réadaptation) portant le dispositif à 26 au total.

« La santé n’est pas une compétence de la région mais j’ai fait le choix des ma réélection en 2021 d’en faire une priorité » a souligné Carole Delga. « Ce dispositif est une réussite ». ont qualifié unanimement les personnels de santé présents à ce point presse. Par ailleurs, les centres de santé sont amenés à travailler en réseau. « On est davantage à l’écoute des patients », a souligné Nathalie Iglesias, précisant recevoir « beaucoup d’urgences ».

Olivier Schlama (Dis-leur !, le 24 juin 2026)

« Ce qui se joue sous nos yeux à Carcassonne est sans précédent » : après une première manifestation, le collectif Nous Carcassonne organise un deuxième acte contre l’extrême droite (L’Indep)

À la suite d’une première manifestation le 29 avril 2026, le collectif de jeunes Nous Carcassonne réitère son action le samedi 6 juin prochain au square Gambetta pour lutter contre l’extrême droite.

Il y a eu un avant et un après lié au rassemblement contre l’extrême droite organisé par le collectif Nous Carcassonne. À la suite de la manifestation du 29 avril 2026, le maire Rassemblement national, Christophe Barthès, a annoncé en conseil municipal, retirer les locaux communaux aux syndicats ayant participé à cette action.

Depuis ce jour, la colère monte du côté des organisations syndicales qui multiplient les mobilisations. Des personnalités politiques se sont également approprié le sujet en interpellant le gouvernement. Et pour le collectif Nous Carcassonne, c’est aussi l’occasion de réitérer leur manifestation de fin avril. En effet, un nouveau rassemblement va être organisé le samedi 6 juin à partir de 14 h 30 au square Gambetta. « Nous étions 400 la dernière fois mais pour nous ce n’était qu’une première étape. Depuis l’installation de la nouvelle municipalité d’extrême droite, notre ville subit une accélération brutale d’un projet idéologique de division », détaille le porte-parole du mouvement, Yassin El Kdim.

Et de donner quelques exemples : « Les tentatives d’intimidation envers les jeunes et les menaces à peine voilées visant à ficher ou retirer les locaux aux associations et aux syndicats qui oseraient manifester leur désaccord politique ne sont pas seulement des dérives : ce sont des tentatives d’intimidation intolérables. »

Notre ville est devenue le laboratoire à ciel ouvert

Pour Yassin El Kdim, la ville de Carcassonne doit devenir un lieu de « résistance » face à l’extrême droite. « Je n’ai pas peur d’employer ce terme. Ce qui se joue sous nos yeux à Carcassonne est sans précédent. Notre ville est devenue le laboratoire à ciel ouvert de ce qui se produira à l’échelle nationale en 2027 si l’extrême droite accède au pouvoir. Cette situation nous confère une responsabilité historique », affirme-t-il.

À la suite de leur prochaine manifestation, le collectif donne rendez-vous pour un « apéro-goûter sans alcool » au square Gambetta. On peut déjà noter la présence de l’ensemble des forces syndicales visées par les menaces d’expulsion par l’édile de la commune.

Léo Couffin (L’Indépendant, le 28 mai 2026)

Mai-juin 1936 : dans la région, un élan politique et social (L’Indep)

Le Front populaire, même s’il était en Languedoc plus fracturé qu’ailleurs, a débouché sur une vague qui l’a dépassé. Retour, 90 ans après, sur une période relativement oubliée dans le Midi.

90 ans après mai-juin 1936, sur fond de Front populaire, de grèves et de manifestations, que reste-t-il dans l’imaginaire historique des Languedociens et des Roussillonnais ? Pas grand-chose, regrette le chercheur montpelliérain Philippe Lacombrade, qui vient de coanimer mercredi dernier à Montpellier un colloque sur le sujet. La faute notamment à Paris, qui a focalisé l’attention dans les travaux d’historiens.

Notre région aurait été l’une des « oubliées dans l’historiographie » de cette période pourtant si riche. « On s’intéresse peu à l’histoire provinciale, mais il faut dire aussi que la tradition d’histoire régionale que nous avions ici a un peu disparu », nuance Philippe Lacombrade. Pondérons jusqu’au bout : « Notre région est viticole, l’industrie y est un peu diffuse donc c’est vrai que mécaniquement il y a eu moins de mouvements sociaux et de grèves qu’à Paris et dans les grandes régions industrielles du nord de la France », Mais il y aurait là tout de même comme une injustice, d’autant plus que l’Occitanie méditerranéenne a été d’une certaine façon pionnière. « Dans notre région viticole justement, des grèves dans le monde agricole annoncent le Front populaire, » souligne Philippe Lacombrade. « Dès les vendanges de décembre 1935 puis à Cruzy, vers Saint-Chinian, en janvier-février 1936, 300 ouvriers agricoles et viticulteurs protestent pour avoir des augmentations de salaire. En juin 1936, vous avez à Montpellier, par exemple, des ouvriers agricoles qui se mettent en grève dans les domaines des grands propriétaires viticoles. »

Première grève à Béziers

Pour le reste, les grèves dans les autres secteurs sont plus tardives qu’au niveau national. Elles débutent après les accords de Matignon du 8 juin.

La première éclate le 10 juin aux établissements Fouga de réparation des wagons ferroviaires, à Béziers : « C’est le signal lancé, avec 1 400 ouvriers sur 2 000 en grève », explique Philippe Lacombrade. Vient ensuite le secteur du bâtiment à Perpignan le 12 juin. Montpellier se mobilise à partir du 15. Des commandos s’organisent pour faire le tour des piquets de grève à vélo, ou pour aller jusqu’à Palavas inciter à la grève. « On occupe les chantiers de la clinique Saint-Charles, en construction. La compagnie générale d’électricité est occupée, les grévistes dorment là-bas, on organise des bals, les ouvriers s’engagent à maintenir l’électricité dans toute la ville. À Montpellier toujours, il y aura ensuite la compagnie de tramway, les coiffeurs, les garçons de café et de restaurant. »

L’historien Jean Sagnes décrit comment l’essentiel des entreprises en grève l’est dans des petites structures, les plus grosses ayant éteint les feux qui couvaient. A Sète avec le port et Alès avec la mine, des accords sont trouvés rapidement.

À Alès tout de même, les ateliers Richard Ducros (entretien de rails) sont mobilisés. À Nimes, si le secteur de l’habillement trouve une issue rapidement, la grève dans d’autres filières va durer jusqu’à la mi-juillet, avec les Courriers des Cévennes, les Docks méridionaux, les grands magasins… Les négociations finissent par déboucher sur la rédaction de conventions collectives, la semaine de 40 heures, l’instauration de congés payés et l’augmentation des salaires. « Dans le Midi rouge, le pouvoir politique est proche des grévistes et favorise les négociations », précise Philippe Lacombrade.

Si peu de traces historico-politiques restent de cette période-la dans la région, c’est aussi parce que la victoire du Front populaire n’y était pas une surprise. La gauche trustait les places du Midi rouge. Dans les unes, l’année 36 signe même un recul, sous le poids de l’abstention. « Par le nombre de suffrages qu’elle a reçus, la gauche semble avoir un peu régressé par rapport à 1932 », note l’historienne Marianne Caron. Le « bloc » du Front populaire y était plus friable qu’ailleurs. Les partis de gauche auraient même tendance à se faire concurrence : les radicaux lorgnent du côté du camp conservateur pour y puiser un électorat refusant de voter socialiste ou communiste. Mais si, au premier tour, chacun a compté ses voix, l’élan national du Front populaire éteint au second tour, pour un temps seulement, les rivalités d’appareils.

À part en Lozère, tous les députés sont de gauche

« Après les divisions, au deuxième tour on se retrouve », résume Philippe Lacombrade. Il cite l’exemple de Paul Boulet qui devient maire de Montpellier en s’alliant avec les radicaux et la SFIO, battant Henri de Rodez-Bénavent, figure du Midi blanc.

Tous les députés du Languedoc et du Roussillon élus en 1936 sont classés à gauche, à l’exception de deux des trois députés de la catholique et conservatrice Lozère. Dans le Gard, deux députés communistes font, pour la première fois dans la région, leur entrée au parlement. Les socialistes s’en inquiètent et les radicaux entament leur reflux.

« À l’annonce des résultats des élections, au soir du 3 mai 1936, la foule descend dans la rue pour manifester sa joie », rappelle Marianne Caron. Mais les rassemblements sont a venir, à partir du 14 juin. « Foules immenses, fanfares jouant L’Internationale et La Mar-seillaise, forêts de drapeaux, bals populaires » sont au menu. 10 000 personnes manifestent à Montpellier et à Nimes, 15 000 à Perpignan, 7 000 à Narbonne, dans une ambiance bon enfant.

Arnaud Boucomont (L’Indépendant, le 28 mai 2026)

Une journée d’études historiques a été organisée mercredi dernier sur le campus Saint-Charles de Montpellier à l’occasion des 90 ans de la victoire du Front populaire dans la région.

Bourse du travail de Carcassonne. Leș leaders syndicaux nationaux écrivent au ministre de l’intérieur (L’Indep)

Les leaders nationaux de la CGT, de la FSU, de l’Unsa, de Solidaires, de la CFE-CGC, de la CFDT et de FO ont adressé un courrier aux ministres de l’Intérieur et du Travail, Laurent Nuñez et Jean-Pierre Farandou. Ils y expriment leurs inquiétudes face à la procédure du maire Christophe Barthès, visant à expulser les organisations syndicales de leurs locaux à Carcassonne, et leur demandent d’intervenir « pour garantir le respect des libertés syndicales ».

Après la manifestation intersyndicale de ce mercredi 13 mai, à Carcassonne, pour protester contre la volonté du maire RN Christophe Barthès d’exproprier la CGT de la Bourse du travail, rue Voltaire, une nouvelle expression de l’indignation suscitée par cette décision est venue d’acteurs majeurs de la démocratie sociale en France.

C’est en effet un courrier signé par sept leaders syndicaux nationaux, Sophie Binet (CGT), Caroline Chevé (FSU), Laurent Escure (Unsa), Julie Ferrua et Murielle Guilbet (Solidaires), François Hommeril (CFE-CGC), Marylise Léon (CFDT), Frédéric Souillot (FO), qui a été adressé au ministre de l’Intérieur et ministre du Travail, Laurent Nunez et Jean-Pierre Farandou. « À Carcassonne, le nouveau maire a engagé une procédure visant à expulser les organisations syndicales de leurs locaux. Cette décision constitue une attaque grave contre la liberté syndicale et contre nos organisations qui participent depuis des décennies à la vie démocratique et sociale de notre pays », commencent-ils.

Avant de rappeler : « Messieurs les ministres, s’attaquer à une Bourse du travail n’est jamais anodin. Ces lieux sont issus de l’histoire du mouvement ouvrier et de la construction des solidarités populaires. Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales de 2013 sur les Bourses du travail et les maisons des syndicats chiffrait leur fréquentation à plus d’un million de personnes dans le cadre des permanences juridiques et sociales. Les affaiblir ou les faire disparaître revient à porter atteinte à la capacité des salariés à se défendre collectivement et à accéder concrètement à leurs droits. Cette décision est contraire à la Convention sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical de 1948. »

Et d’afficher leur inquiétude : « Ce qui se joue à Carcassonne dépasse largement le cadre local. Si une municipalité peut, pour des raisons idéologiques, expulser des organisations syndicales d’un lieu qu’elles occupent parfois depuis près d’un siècle, alors c’est un précédent extrêmement dangereux qui est créé pour l’ensemble du pays. Nous vous demandons solennellement d’intervenir afin que soit garanti le respect des libertés syndicales et des principes républicains. Nous appelons également les services de l’État et la préfecture de l’Aude à prendre leurs responsabilités face à une décision qui remet directement en cause l’exercice normal de l’activité syndicale. Il ne s’agit pas seulement de défendre un bâtiment. Il s’agit de défendre un principe fondamental : dans une démocratie, les syndicats ne doivent jamais être réduits au silence par le pouvoir politique. »

Christophe Parra (L’Indépendant, le 15 mai 2026)

L’Université contrainte de réduire sa masse salariale (L’Indep)

Par courrier du 6 mars dernier, le rectorat a indiqué à l’université de Perpignan qu’elle se voyait imposer un processus de « conditions de retour a l’équilibre ». En clair, elle doit réduire sa masse salariale. Des embauches d’enseignants-chercheurs pourraient être remises en cause.

Le delta n’est pas énorme, mais il pèse dans la situation économique de l’Université de Perpignan Via Domitia. Comme une vingtaine d’établissements publics d’enseignement supérieur et de recherche, l’UPVD a reçu une demande du rectorat « imposant un processus de travail sur leur équilibre financier ».

Dans un communiqué, le président de l’université, Yvan Auguet, précise : « La santé financière d’une université est évaluée selon trois critères : sa trésorerie, son fonds de roulement et le rapport entre ses dépenses de masse salariale et ses produits encaissables (ses recettes). L’UPVD répond très positivement aux deux premiers critères. En revanche, pour le troisième, nommé « ratio Dizambourg », celui-ci fixe un seuil maximum à 83 % alors qu’à l’heure actuelle, il s’élève à 85,796 % à l’UPVD ». Un delta de 2,7 % qui inquiète les syndicats et les personnels. Il impose la diminution de la masse salariale de l’établissement qui compte quelque 800 salariés. Pascal Nogues, co-secrétaire du syndicat SNESUP-FSU, dénonce « une décision brutale qui obligera un coup de rabot sur notre recrutement qui n’était pas déraisonnable. Des postes d’enseignants chercheurs sont du coup menacés. On ne nous donne pas les moyens suffisamment à notre mission et, ensuite, on se fait taper sur les doigts ». Il insiste : « L’UPVD est à l’équilibre financier, elle n’est pas déficitaire. Seul ce ratio Dizambourg n’est pas atteint pour seulement 2,7 % Nos finances sont saines. C’est à se demander si l’État ne cherche pas à ne conserver que de grands pôles universitaires régionaux, au détriment des petites universités comme la nôtre, qui jouent pourtant un rôle essentiel sur le territoire ».

Une motion adoptée à l’unanimité

Deux jours avant, le président de l’UPVD avait organisé une assemblée générale des personnels. Elle a rassemblé 400 salariés. Une motion a été adoptée à l’unanimité selon Yvan Auguet. « Elle sera transmise à notre tutelle », ajoute-t-il. « Si la situation est difficile par les mesures à prendre, les missions dévolues à notre université seront assurées avec le sens du devoir et l’engagement de toute notre communauté, dans l’intérêt de nos étudiantes et de nos étudiants, mais aussi de la qualité de notre recherche ». Si l’équilibre financier n’est pas rétabli, l’UPVD pourrait être mise sous tutelle. Yvan Auguet devrait présenter des mesures d’ici quelques semaines.

L’UPVD accueille plus de 10.000 étudiants sur ses campus de Perpignan, Font-Romeu, Narbonne et Carcassonne.

Thierry Bouldoire (L’Indépendant, le 15 mai 2026)

Les leaders syndicaux répondent au maire RN de Carcassonne (L’Indep)

Dans une tribune, les représentants nationaux des syndicats -CGT, CFDT, Solidaires, la FSU, l’Unsa ainsi que l’association la Ligue des droits de l’homme- demandent au maire Rassemblement national de Carcassonne, Christophe Barthès, « de renoncer au projet visant les organisations syndicales de l’Aude, de revoir sa position concernant l’hébergement et le subventionement de la Ligue des droits de l’homme ».

Lors du dernier conseil municipal, le 30 mars 2026, le maire Rassemblement national de Carcassonne, Christophe Barthès, a annoncé mettre fin de la mise à disposition de locaux pour les organisations syndicales en représailles à la participation la veille à une manifestation contre l’extrême droite organisée par un collectif de jeunes, Nous Carcassonne.

Dans une tribune adressée à l’édile du chef-lieu audois, les représentants nationaux des syndicats -CGT, CFDT, Solidaires, la FSU, l’Unsa ainsi que l’association la Ligue des droits de l’Homme- affirment que « cette décision, qui consiste à vouloir effacer le rôle du syndicalisme dans l’histoire du département et qui intervient après le retrait des subventions de la Ligue des droits de l’Homme et après avoir dénoncé un contrat dont bénéficiait la presse indépendante, est une attaque contre les organisations de la société civile et contre les travailleurs et les travailleuses ».

Et de confier : « En s’attaquant ainsi aux organisations syndicales, aux associations de défense des droits et des libertés, la mairie RN affiche clairement son ambition: exiger l’allégeance à ses idées au détriment de l’intérêt général, s’en prendre aux droits de toutes et tous et annihiler toute opposition. Le message, à un an des élections présidentielles, est tout aussi limpide : la mairie de Carcassonne sera le laboratoire de la politique antisociale de l’extrême droite, avec une doctrine claire : fort avec les faibles et faible avec les puissants. »

Les signataires de cette tribune, en l’occurrence Sophie Binet secrétaire générale de la CGT, Marylise Léon secrétaire générale de la CFDT, Caroline Chevé secrétaire nationale de la FSU, Murielle Guilbert et Julie Ferrua co-déléguées de Solidaires, Laurent Escure secrétaire général de l’Unsa et Nathalie Tehio présidente de la LDH, affirment « qu’affaiblir nos organisations, mettre en œuvre des stratégies pour les faire disparaitre ou tenter de museler leur expression, c’est une attaque directe contre les droits et les libertés, l’État de droit et les fondements de notre démocratie, que nous ne pouvons accepter ».

Avant de conclure : « Nos organisations, au niveau national, réaffirment leur total soutien aux organisations locales visées par la politique autoritaire du maire de Carcassonne. Nous demandons solennellement à Monsieur le maire, de renoncer au projet concernant les organisations syndicales de l’Aude, de revoir sa position concernant l’hébergement et le subventionnement de la Ligue des Droits de l Homme. »

Pour rappel, un premier rassemblement est organisé ce mercredi 13 mai 2026 devant la Bourse du travail à Carcassonne, a partir de 11 heures, en présence de l’ensemble des syndicats même ceux qui ne sont pas concernés par l’annonce du premier magistrat d’extrême droite.

À noter également qu’une pétition a été mise en ligne par la CGT rassemblant plus de 9 700 signataires.

Léo Couffin (L’Indépendant, le 13 mai 2026)

Occitanie. SNCF : un centre régional de maintenance sur les rails (L’Indep)

Les cheminots de Béziers sont mobilisés autour d’un important projet d’implantation d’un centre de maintenance régional du matériel ferroviaire, sur le site du Capiscol.

Dans le cadre des discussions menées entre la Région Occitanie et la compagnie ferroviaire nationale, ces dernières annoncent en effet avoir obtenu la réalisation d’une étude de faisabilité autour de ce projet.

La création de plus de 300 emplois à la clé

Un premier pas qui les réjouit alors que les partenaires n’étaient pas enclins à les suivre jusqu’à présent.

L’enjeu est la création de 80 emplois directs et « au moins trois fois plus d’indirects » selon Julien Rader, le secrétaire de l’Union locale CGT Béziers. Sollicitée, la SNCF n’a pas développé, pour l’heure, sa position sur le dossier.

L’Indépendant, le 29 avril 2026