Tristan Guerra, spécialiste des mouvements sociaux. « Les prochains jours seront décisifs » (L’Indep)

Pourquoi la mobilisation du jour a-t-elle été moins importante, notamment chez les jeunes ?

Déjà, il y a l’expérience des dernières semaines. Certains débordements en marge des manifestations peuvent avoir freiné la participation. Il y a aussi le fait que l’on est en période de vacances de la Toussaint, ce qui impacte forcément la présence, surtout chez les jeunes. Ensuite, le dispositif de sécurité renforcé a pu ralentir le mouvement. Pourtant, malgré un léger repli aujourd’hui, les appels à bloquer les établissements refont surface pour les prochains jours. Tout cela rend difficile de prédire la suite, mais il y a des signaux que la mobilisation va chercher à durer.

Pourquoi, malgré les annonces du gouvernement, le mouvement se poursuit-il la semaine prochaine dans les lycées et universités ?

La force de ce mouvement, c’est qu’il brasse de nombreuses préoccupations : précarité, vie chère, conditions d’étude, avenir social… Les demandes ne portent pas que sur l’éducation, mais touchent aussi le social et le démocratique. Cela rend la réponse du gouvernement compliquée, car les attentes sont multiples et évoluent encore. Beaucoup de jeunes ressentent aussi une frustration profonde vis-à-vis du système politique, de la façon dont la démocratie fonctionne. Il y a chez les lycéens et étudiants une impression forte de ne pas être en-tendus, de ne pas peser. Les annonces ont pu calmer certains, mais l’insatisfaction structurelle reste entière, ce qui explique la volonté de maintenir la pression, y compris après les vacances.

Pensez-vous que la politisation du mouvement et le contexte de la présidentielle pèsent sur la mobilisation ?

Forcément, l’agenda présidentiel joue. Le mouvement, à force d’être repris dans le débat public, devient un sujet de campagne. Ça l’entretient, mais certains jeunes veulent aussi reprendre la main et ne pas être seulement un thème agité par la classe politique. La poursuite des mobilisations, c’est aussi une stratégie pour rester visibles, peser dans les discussions à venir, imposer leurs sujets dans le débat. Il y a aussi ce sentiment diffus, chez la jeunesse, d’être perdante, de ne pas profiter des choix budgétaires, de subir plus qu’ils ne décident. Ça explique l’importance de la mobilisation, au-delà de l’effet campagne. Les prochains jours seront décisifs pour savoir si cette dynamique s’essouffle ou se transforme vraiment en rapport de force durable.

Comment se traduit le sentiment de déclassement ou de défiance chez les jeunes ?

Les études montrent un malaise profond. Par exemple, 43 % des 18-24 ans considèrent comme essentielle l’importance de vivre en démocratie, contre 67 % chez les plus de 65 ans. Ce n’est pas qu’ils rejettent la démocratie, mais ils doutent de sa capacité à résoudre concrètement leurs problèmes. Plus de 60 % des jeunes seraient également prêts à soutenir des formes de protestation non violente pour changer les choses. Ces chiffres sont bien plus élevés que chez le reste de la population.

Recueilli par Hugo Hancewicz (L’Indépendant, le 1er novembre 2026)

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