Suites, revendications, violences… Le mouvement soulève de nombreuses questions.
« Ça nous incite juste à continuer. » A l’image de Noah, élève en terminale au lycée Henri-IV de Paris, interrogé au micro de France-Info, de nombreux lycéens réaffirmaient leur détermination à poursuivre leur mouvement, vendredi, au lendemain des annonces du ministre de l’Éducation nationale. L’arrivée de « 3 000 enseignants remplaçants » n’a pas convaincu les élèves, ni les syndicats et reste entourée de flou.
Sollicité vendredi, le rectorat de Montpellier a fait savoir qui n’est pas en capacité, à ce stade, d’indiquer le nombre d’enseignants supplémentaires qui seront embauchés ni la quantité d’heures supplémentaires dégagées dans le cadre du pacte enseignant.
Jeudi soir, Édouard Geffray a promis également, sur X, « une refonte des instances de démocraties lycéennes ». Avec quatre engagements: davantage d’élus lycéens au Conseil supérieur de l’éducation, un tiers des sièges des élus lycéens réservés aux élèves des voies professionnel-les, l’association des régions aux conseils académiques de la vie lycéenne et des budgets dédiés pour financer les projets soutenus par les instances lycéennes.
Mais les revendications des élèves sont protéiformes et réservent parfois quelques surprises. Les premières demandes collectées sur la plateforme de consultation du gouvernement (60 277 contributions du 6 au 8 octobre), dévoilées vendredi, ciblent d’abord l’organisation du temps scolaire (70 %) et les locaux jugés inadaptés (48,3 %).
« En nette décélération »
Et les élèves portent aussi en eux un mal-être plus profond, accentué par une époque chaotique, incertaine et, à de nombreux égards, anxiogène. Difficile, donc, pour le gouvernement d’anticiper les suites de ce mouvement qu’il n’avait déjà pas vu venir. En attendant la prochaine journée test de manifestations, mardi prochain -appuyée par l’intersyndicale-, le mouvement connait, pour l’heure, une « nette décélération », souligne l’exécutif. Sa dynamique est même « très localisée » dans certains départements, du fait « soit d’une politisation locale, soit d’un vrai problème local », assure le gouvernement.
Si la mobilisation lycéenne se poursuivait vendredi dans de nombreuses villes, à Montpellier et à Alès notamment, les 141 lycées fermés, soit mois de 4 % de la totalité (un chiffre stable depuis jeudi), étaient situés essentiellement, en effet, dans le Nord, le Grand-Ouest, la Seine-Saint-Denis et la banlieue lyonnaise, d’après une carte consultée par Le Monde.
Nombre d’entre eux affichent déjà les stigmates des violences qui émaillent le mouvement. Les dégâts occasionnés en marge des manifestations ou des blocages ont coûté « a minima 30 millions d’euros », avance une source au sein de l’exécutif, citée par l’AFP et Le Figaro. Mais, surtout, de nombreux blessés sont à déplorer (lycéens, enseignants, policiers) en marge des manifestations, parasitées par des casseurs.
« Nous appelions chacun à veiller à ce qu’elles restent pacifiques et à ce qu’il n’y ait pas de recours disproportionné à la force de la part des forces de l’ordre. Le droit de réunion pacifique doit être respecté », a réagi, vendredi, une porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Shabia Mantoo, lors d’un point de presse à Genève.
Au moins 6 877 personnes ont été placées en garde à vue depuis le début du mouvement, dont 86 % de mineurs et 24 enquêtes ouvertes par la police des polices. L’IGPN a, notamment, été saisie après une vidéo virale montrant un policier donner un coup de genou à un manifestant, jeudi, place de la Bastille, à Paris. Une adolescente de 14 ans a, elle, porté plainte après avoir été percutée par une voiture de la police, lundi à Dunkerque.
L’Indépendant, le 10 octobre 2026
