« Ce n’est pas normal qu’à six mois d’une présidentielle, notre pays soit dans cet état d’ébullition. »
Ainsi parlait Emmanuel Macron, le 26 octobre à Marseille, devant les forces de l’ordre. Avec une rhétorique de la surprise soigneusement mise en scène. Le chef de l’État semble soudain découvrir le pays qu’il gouverne depuis près de dix ans. Un aveu d’impuissance qui sonne surtout comme un terrible état d’amnésie.
Une réponse s’impose alors. Et elle tient en dix années de mépris et de surdité démocratique. Monsieur le Président, permettez-nous de vous rafraîchir la mémoire. Ce n’est pas normal qu’entre 2018 et 2026, vous ayez accumulé les crises sociales sans jamais entendre ceux qui les portaient.
Les Gilets jaunes, d’abord. Nés en octobre 2018, ils ont rassemblé jusqu’à 300 000 personnes dans les rues. Le mouvement, violemment réprimé, a laissé derrière lui un bilan humain dramatique. Et après ? De grands débats en cahiers de doléances restés lettre morte, vous avez ignoré, méprisé la souffrance du peuple. Qu’avez-vous retenu de cette fracture profonde entre le pouvoir et le peuple ? Rien, visiblement. Normal, tout cela ?
En 2023, rebelote. Votre réforme des retraites, imposant le recul de l’âge légal de départ à 64 ans, déclenche plus de trois mois de mobilisation massive. Des millions de personnes descendent dans la rue. Une opposition populaire, syndicale et politique s’exprime avec une ampleur considérable. Mais vous restez droit dans vos bottes. Vous passez en force, vous contournez le débat parlementaire et vous persistez. Normal, là encore ? En 2024, vous choisissez la dissolution de l’Assemblée nationale. Un pari politique risqué, qui plonge le pays dans l’instabilité. Les urnes désavouent votre majorité. Mais ce désaveu, manifestement, vous l’ignorez.
Et voici septembre 2026. Cette fois, ce sont les lycéens qui entrent dans la contestation. Des mobilisations qui se heurtent à une réponse policière dénoncée pour ses violences à l’égard de jeunes manifestants. La colère grandit. Elle s’étend. Elle trouve des relais dans une large intersyndicale et rencontre un écho dans une partie importante de la population.
Vous espériez sans doute que les vacances scolaires auraient raison de cette mobilisation. Que le retour en classe refermerait la parenthèse. Erreur, car la colère des lycéens s’inscrit dans un climat social dont vous avez creusé les tranchées. Elle rejoint celle des enseignants, des fonctionnaires, des agents publics qui refusent de voir les services publics méthodiquement dégradés. Elle rejoint celle de millions de Français étranglés par la hausse du coût de la vie, les salaires insuffisants et la difficulté croissante à vivre dignement de leur travail.
Toutes ces colères ont un socle commun : celui de ne plus se sentir entendu ni respecté. Et si, aujourd’hui, elles décidaient de converger ? Si lycéens, salariés, enseignants, fonctionnaires et citoyens frappés par la précarité faisaient entendre ensemble leur colère ? Votre fin de quinquennat pourrait alors prendre une tournure cauchemardesque…
Vous laissez derrière vous un pays profondément divisé, une démocratie fragilisée et une jeunesse qui vous désavoue.
Monsieur le Président, vous pouvez encore tenter de donner le change. Mais comme le dit la sagesse populaire, c’est à la fin du marché qu’on compte les bouses…
