L’annexion du Roussillon fêtée à Elne : plus d’opposants que de participants (L’Indep)

Hier matin, le maire d’Elne, Steve Fortel, classé à l’extrême droite, a célébré l’anniversaire du traité des Pyrénées, qui a acté l’annexion du Roussillon par la France en 1659. Placée sous haute surveillance, la cérémonie s’est déroulée en comite très restreint dans les jardins du cloitre, alors qu’une centaine de manifestants exprimaient leur indignation de l’autre côté des barrières.

Il s’agissait sans doute de la première fois qu’un maire du département célébrait le traité des Pyrénées, qui a acté l’annexion du Roussillon par la France au XVIIe siècle. Ce samedi matin, le maire d’Elne, Steve Fortel, classé à l’extrême droite, a organisé une cérémonie à l’occasion de l’anniversaire du fameux traité, signé le 7 novembre 1659. La plantation d’un olivier était notamment au programme. Cependant, la commémoration s’est finalement déroulée en tout petit comité. Ni la population, ni la presse n’ont été autorisées à accéder au site, autour duquel un impressionnant dispositif de sécurité avait été déployé.

En revanche, il y avait foule de l’autre côté des barrières, devant la cathédrale. À l’appel des élus d’opposition, une centaine de personnes s’étaient rassemblées avec tambours et drapeaux catalans pour exprimer leur indignation en marge de la cérémonie.

Le coordinateur du parti Oui au pays catalan, Jordi Vera, était notamment présent. « Cette cérémonie est une insulte à la mémoire des habitants morts pendant les nombreux sièges qu’a subis Elne au cours de son histoire », estime-t-il. « Mis à part celui de 1285 lors duquel Philippe le Hardi a fait exécuter la population, l’un des plus violents de ces sièges s’est déroulé en 1641, peu de temps avant le traité des Pyrénées. Lors de celui-ci, le roi de France avait ordonné la destruction du château royal et du palais épiscopal. »

L’ancien maire d’Elne, Nicolas Garcia, par ailleurs vice-président du conseil départemental en charge de la catalanité, était également remonté. « Célébrer ainsi le traité des Pyrénées est une provocation de plus. C’est aussi une attaque contre la culture et la langue catalanes qui s’inscrit dans une ligne idéologique nationaliste française », analyse-t-il. Avant de rappeler que la nouvelle municipalité a déjà supprimé le service catalanité de la ville, la Semaine catalane, ou encore le drapeau sang et or qui ornait l’un des ronds-points de la commune.

« Cette cérémonie est inutile et ne sert qu’à diviser », juge pour sa part l’élue d’opposition Virginie Gosa. « Nous sommes favorables à une identité ouverte qui accueille l’autre et non à un nationalisme qui le rejette. »

De son côté, le maire, Steve Fortel, n’a pas souhaité s’exprimer après la célébration « afin de ne pas alimenter davantage les débats autour de cette commémoration ». Son conseiller municipal délégué à la mémoire combattante, Gilles Glin, répondait pour sa part aux manifestants que « le traité des Pyrénées a mis fin aux guerres qui duraient alors à l’échelle de l’Europe depuis 80 ans » et qu’il s’agit à ses yeux « d’un moment historique fondateur de ce que sont les Pyrénées-Orientales aujourd’hui ».

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 8 novembre 2026)

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