À lire dans Le Travailleur Catalan (n° 4121 – vendredi 19 juin2026)

L’édito d’Évelyne Bordet. « Taisez-vous ! »
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Libérez Christophe Gleizes

Focus

Le Travailleur Catalan dans SA fête
Les Amis du TC
La librairie
« 100 000 oliviers pour la Palestine ». Débat solidaire vendredi 3 février à 20h Solidarité avec les Palestiniens

Événement. Enfance en danger !

Lyhanna. L’échec d’une société qui sacrifie ses enfants
Mobilisation citoyenne pour la protection de l’enfance
Interview. « Le symptôme d’une société malade… »

Département

Perpignan, marche des fiertés. Une ville, des identités, une même fierté
Nostre Mar au Nautilus. La défense des médias indépendants
Conflits récurrents à La Poste. Des représentants syndicaux CGT et Sud menacé de révocation
Elne. L’association D.A.M.E a fêté ses 20 ans

Dossier – Le Front populaire dans les Pyrénées-Orientales

Le Comité départemental du Front populaire
L’Indépendant contre le Front populaire
Les grandes grèves de 1936 dans les Pyrénées-Orientales
Femme engagée et résistante communiste
Des grèves d’un genre nouveau

Département

Collège Albert Camus. Soulagement pour les équipees éducatives
SNCF. Une grève qui va compter

Sport

Dragons Catalans. Une heure de bonheur, vingt minutes d’angoisse
Les cinc arques Capitol 11(1)
USAP. Mai morirem

Culture

Festival. Le temps un sacré Graal !
Amis d’Alain Marinaro. Vertigineux bonheur musical
Où sortir ?
Nostre Mar. Revoir la Guerre d’Espagne sous un ancgle nouveau
Livre. Voyage au bout de la rue… et au cœur de l’histoire locale
Perpignan. Des expositions dans des lieux emblématiques
UPTC. Conférence à quatre voix

L’humeur de Jean-Marie Philibert

Un mondial et ses excès

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Festi-Conflent: « Junts sem més forts » (L’Indep)

Ce dimanche, le Conflent était célébré dans la station thermale.

Peu de discours lyriques aux grandes paroles pour ouvrir ce Festi-Conflent 2026 car Pierre Serra, maire de Vernet-les-Bains et Aude Vivès, présidente de la communauté de communes Confient-Canigó, entourés des élus du Conflent et des forces vives de cette structure, se sont contentés d’introduire dans la simplicité les festivités par un constat et une déclaration : « Le Conflent-Canigó est une terre d’accueil, de traditions, d’histoire, d’échange et de partage. Touristes, curistes, Confientois, jeunes et moins jeunes, ce territoire est le vôtre ». Que cela soit la flama del Canigó, le Parc naturel régional, le syndicat mixte Canigó grand site, le Train jaune, les producteurs locaux et autres exposants du jour, tous n’ont eu que ce credo : « Ensemble on est bien ». Le fait est qu’une fois de plus, la magie de ce parc historique très Belle Epoque a opéré. « Junts sem mes forts ! » étaient les mots d’Aude Vivès, repris tout au long de la journée et même mis en pratique lors des miracles d’équilibre des castells des Pallagos del Conflent (c’est d’ailleurs leur devise) en arrière-plan des costumes roussillonnais au son du tambour et de la gralla.

Et comme d’habitude, le soleil, les cloches, le concours intersidéral d’aïoli, les maquillages et les jeux en bois…. Pourquoi n’y a-t-il qu’un Festi-Confient par an et pourquoi seulement sur une journée ? Un grand bravo aux organisateurs, office du tourisme en tête.

Daniel Capdet (L’Indépendant, le 15 juin 2026)

Conflent Canigó. Que va devenir ce projet de 5 millions d’euros à Prades ? (L’Indep)

Jeudi 11 juin se déroulait la deuxième réunion du conseil communautaire présidée par Aude Vives. Les élus étaient invités, à la fraîche, pour une assemblée en extérieur à Baillestavy.

Présentation de la communauté de communes et des commissions, présentation de l’école de musique du Confient, conventions de mise à disposition de certains agents entre les communes et la communauté de communes ou encore désignation des membres du comité directeur de l’office de tourisme […] La réunion de ce jeudi soir était plutôt administrative. Seul point d’achoppement, le vote concernant l’augmentation de la subvention (obligatoire) allouée aux écoles privées. Une hausse non acceptée, mais finalement votée. Bref, un conseil communautaire de début de mandat, une assemblée en rodage qui ne devrait pas tarder à trouver ses marques. Une question pourtant brulait de nombreuses lèvres et un élu l’a posé. « Que va-t-on faire de la Maison
Félip ? »
.

Réponse : « Il faut que l’on prévoie une réunion pour en discuter ». La maison Félip est une bâtisse du XVIIe siècle, implantée au coeur de Prades, place de la République. Un immeuble en très mauvais état vendu en 2004 par la ville à l’Office 66, puis racheté en 2014, par la municipalité emmenée par Jean Castex.

Ceci dans l’idée de revaloriser le centre-ville et d’y aménager « un espace à vocation culturelle, patrimoniale et touristique ». Problème, le budget rénovation semblait élevé pour la commune. Celui qui est à l’époque également à la tête de la communauté de communes Conflent Canigó propose alors d’en faire un centre d’intérêt intercommunal. L’EPCI en devient propriétaire et la Maison Félip est rénovée pour un budget dépassant les 5 millions d’euros.

Une récente publication sème encore plus le doute

L’objectif : abriter l’office de tourisme intercommunal, les bureaux du Festival Pablo Casals, le siège du Pays d’art et d’histoire (PAH) avec un Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (Ciap) et un espace muséographique. « C’est un phare du tourisme en Confient, un outil au service de la culture », révélaient les anciens élus aux commandes. Un phare pour lequel les candidats David Berué et Aude Vivès imaginaient d’autres destinations pendant les élections municipales. Un pôle d’attraction culturelle avec pourquoi pas la médiathèque intercommunale pour les uns, un lieu d’effervescence culturelle et/ou un support pour la vitalité associative pour les autres. Seul Julien Audier Soria soutenait (et soutient toujours) le projet tel qu’il avait été établi au départ.

Une récente publication (jeudi 11 juin à 11h52) sur les réseaux sociaux de la communauté de communes présidée par Aude Vivès annonce que l’immeuble doit « accueillir notamment le futur Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine. Ce lieu permettra de rassembler les activités culturelles et patrimoniales portées par les services de la communauté de communes et ses partenaires ». Le projet initial est-il finalement validé ou seulement retouché ? Le flou persiste alors que le chantier devrait se terminer au cours du premier trimestre 2027. La seule chose claire, c’est que la ville de Prades aura bien tiré son épingle du jeu avec ce projet. Elle voit son centre embelli par un (très) gros programme financé, en partie, par l’ensemble des communes alentour. Communes qui attendent maintenant un minimum de retour sur investissement.

Philippe Comas (L’Indépendant, le 14 juin 2026)

À lire dans Le Travailleur Catalan (n° 4120 – vendredi 12 juin 2026)

L’édito de Michel Marc. « L’information » avec un grand I
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Focus

Congrès du PCF. Les adhérents ont voté

Département

Elne. Secousse dans la cité
Événements mémoriels : l’histoire ne saurait être un outil de propagande
Femmes plastiques : un concours de miss contesté
Toutes et tous au lit
Aides à domicile. Elles ont manifesté à nouveau pour un meilleur revenu
Pyrénées-Orientales. Menaces sur les bureaux de poste
Ligne TER Perpignan-Céret. L’association « Osons le rail » accélère
Chaleur extrême dans les écoles : la colère monte à Perpignan
AG MRAP. Le Mrap sur le front face à la montée de l’extrême droite
Lyhanna. Rassemblement important à Peroignan devant le tribunal
AESH. À quand une vraie reconnaissance ?

Dossier – Les grandes grèves de 1936

Usine Bréguet : le mouvement de grève prend son envol
Le mouvement de grève gagne toute la France
Chronologie
L’union syndicale
Des grèves d’un genre nouveau

Sport

Top 14. Le v’là l’access
Les Dragons Catalans gâchent leur fête à Paris face à Wigan
Les cinc arques Capitol 10(4)

Culture

Où sortir ?
Concert. Classique, mais pas que
Festival Nostre Mar. L’atlas en mouvement
Archipel. Les Processions, poème mis en musique par Walid Ben Selim
Jackie Surjus-Collet renouvelée à l’unanimité pour un second mandat

France

Congrès CGT. Construire et reconstruire le syndicalisme
Ruptures conventionnelles. Un coup de ciseau régressif et méprisable

Monde

Migrants. Centres de retour : une ultime violence institutionnelle
L’actu vue par Delgé

Fête du TC – Débats

« Numérique : Stop à l’exploitation ». Alexandre Basquin, sénateur

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À lire dans Le Travailleur Catalan (n° 4119 – vendredi 5 juin2026)

L’édito de René Granmont. Stop à la fomie guerrière de Netanyahou
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Focus

Projet LGV. Le PCF explique ses choix et fait des propositions

Événement – La fête du Travailleur Catalan

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Département

Fête des luttes de la CGT 66. Solidarité et courage au centre de tout
Le débat
Une prise de parole sans ambiguïté
Les trois coups sont donnés
27 mai 1943. Un anniversaire historique : naissance du CNR
Manifestation de soutien. Le collectif Liberté Sahraoui•es dénonce la colonisation du Sahara occidental

Dossier – Il y a 90 ans dans les Pyrénées-Orientales

Un parti socialiste dominant
Une extrême droite active
Les communistes progressent
Le premier tour
Au lendemain du 1er tour
Un second tour qui consacre la victoire

Département

Perpignan. Accès aux maternités : le débat dans les P.-O.
Les cinc arques. Capitol 10(3)

Sport

Top 14. La dernière ligne droite

Culture

Où sortir ?
Évoluer pour mieux questionner l’histoire
Concert. Voix d’Afrique
Sirocco. Festival du lac
Jazz en Tech

France

Assemblée nationale. L’école et l’armée
Coup de gueule. Le bal des faux-culs continue

Monde

Bolivie. Une situation explosive
Cuba. À Cuba, la tension monte d’un cran

L’humeur de Jean-Marie Philibert

Que la joie demeure !

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Au Mémorial du camps de Rivesaltes : « se souvenir a encore de l’avenir » (L’Indep)

Inauguré hier, le nouveau parcours visiteurs du Mémorial du camp de Rivesaltes ouvre une nouvelle étape dans l’histoire intranquille de ce lieu unique en région. La cérémonie, en présence de la ministre déléguée aux Anciens combattants, a donné le ton d’un « An Il » déterminé à résister aux falsificateurs de mémoires.

Éperon rocheux sur lequel se fracassent les velléités de réécriture de l’histoire, le Mémorial du camp de Rivesaltes est entré hier dans son deuxième âge. Pas celui d’une « maturité » qui serait trop sage pour sa mission, mais l’âge d’une assurance acquise dans le travail des historiens. Un travail qui se poursuit, et qui enrichit sans cesse une collection permanente désormais exposée de façon plus claire, plus accessible et toujours rigoureuse.

Clair, accessible, rigoureux

La raison d’être du Mémorial s’affirme donc encore. Les nouveaux outils pour transmettre les mémoires des différentes populations un jour internées ici, permettent à la directrice, Céline Sala-Pons, d’assurer que « se souvenir a encore de l’avenir ». Et à la présidente d’Occitanie, Carole Delga, de délivrer un discours très politique, une grosse charge contre l’extrême droite (invité, le maire RN de Perpignan était absent, celui de Rivesaltes ne s’est pas attardé). Jusqu’à rappeler que cette refonte du parcours mémoriel « a été rendue possible aussi grâce aux financements de l’Europe, c’est important que le drapeau européen continue à flotter ». Référence aux nouveaux maires RN de Carcassonne ou Canohès qui les ont retirés des frontons.

« Falsifier l’histoire c’est fracturer la société »

« Ici, des femmes et des hommes jugés indésirables ont connu l’enter », a-t-elle rappelé. « Ce mémorial incarne un message: il n’y a pas d’indésirables ni de damnés de la terre mais qu’une seule race, l’humanité. C’est pourquoi on doit continuer à travailler ensemble pour que ce lieu apporte la connaissance de la mémoire et des atrocités ». À revers des discours révisionnistes qui circulent à la vitesse du mensonge.

« On voit qu’à travers les atteintes aux récits historiques, c’est la vérité qui est falsifiée et c’est le propre des populistes de manipuler le peuple en mentant sur l’histoire et en réécrivant un récit historique. Falsifier l’histoire c’est fracturer la société », a averti Carole Delga. « Fraternité est le mot qui vous accueille ici, et ce camp est l’illustration de la banalité du mal, le mal arrive à pas feutrés. Les grands bouleversements et les atrocités arrivent à la suite de petits renoncements. Ici, on ne renonce jamais ».

« Témoigner et transmettre est l’acte le plus républicain qui soit »

La ministre déléguée aux Armées et aux anciens combattants, Alice Rufo, a souligné « l’humilité de ce lieu » et insisté : « Témoigner et transmettre est l’acte le plus républicain qui soit ». « Oui, il y a eu en France des camps, on a voulu effacer cette histoire, a-t-elle ajouté. Il ne le faut pas parce que la vérité est ce qui nous construit. L’exigence scientifique est essentielle à cela. Partout où on oublie la vérité, on sacrifie l’avenir. Tous ceux qui veulent réviser et falsifier l’histoire préparent des guerres, celle qui se déroule à l’est (en Ukraine) a été précédée par la volonté de réécrire l’histoire ».

Alors oui, comme l’ont constaté le public présent hier et les premiers visiteurs, au Mémorial du camp de Rivesaltes, « se souvenir a encore de l’avenir ».

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 30 mai 2026)

« Des tentatives de déstabilisation odieuses »

Après avoir rappelé les rôles déterminants de Christian Bourquin, Georges Frêche, le soutien de Robert Badinter et la découverte de fichiers juifs par le journaliste de L’Indépendant, Joël Mettay, la présidente du Département est aussi allée sur le terrain politique.

Visant le Rassemblement national, Hermeline Malherbe a « déploré que le Mémorial soit la cible de tentatives de déstabilisation odieuses de certains qui falsifient l’histoire. Mais ici nous nous plaçons au-dessus de ces polémiques ». L’élue faisait notamment référence aux propos de Laurent Jacobelli (député RN) puis de Frédéric Gourier (élu RN à Perpignan et conseiller régional) qui affirmaient faussement que la mémoire des harkis était « invisibilisée » au Mémorial. Ce qui avait au mieux interloqué, au pire choqué tous ceux qui connaissent le lieu, ainsi que les harkis eux-mêmes.

L’Indépendant, le 30 mai 2026

Nouveau parcours visiteurs au Mémorial du camp de Rivesaltes (L’Indep)

Lieu de mémoire essentiel à l’éclairage du passé autant que du présent, le Mémorial du camp de Rivesaltes bénéficie d’une refonte de son exposition permanente onze ans après son inauguration. Une réussite.

« Au Mémorial du camp de Rivesaltes, le passé ne dort pas. Il travaille le présent ». Ainsi parle celle qui y veille, sa directrice, Céline Sala Pons. Car la volonté de cette refonte est claire : le site doit être, doit rester, un lieu vivant connecté au présent et surtout pas un sanctuaire. « Nous n’avons pas voulu faire un musée plus moderne mais un lieu plus exigeant. Faire de la mémoire non un refuge mais un levier pour comprendre hier et penser demain », résume-t-elle encore.

Un archipel de l’internement

Dans cette optique, la monumentale table centrale est conservée. Émergeant de la presque pénombre qui enveloppe le cœur du Mémorial, elle permet de relier les différentes populations qui se sont croisées dans le camp. Plus de 60 000 hommes, femmes et enfants. Celles et ceux « qui ont tant souffert à Rivesaltes », souligne le site. Cette table pivot présente l’essentiel : les différentes périodes du camp et les différentes « intensités » d’internement, de déportation ou de relégation. Mais, et c’est la nouveauté, elle est désormais accompagnée de six ilots. L’ensemble forme un archipel de l’internement en France, entre 1939 et 2007. Une présentation inédite via cette « frise » qui court des exilés venus d’Espagne de l’ilot 1 à l’après-camp de l’ilot 6. Le choix du mot « ilot » renvoie intentionnellement aux baraquements qui poussaient sur ce camp militaire à mesure que l’histoire de France enfantait ses naufragés.

L’ilot 1 raconte la Retirada, l’ilot 2 le début de la Seconde Guerre mondiale et Vichy, l’ilot 3 braque (enfin) davantage les projecteurs sur les « Justes » du camp de Rivesaltes, l’Ilot 4 sur leurs pendants collaborateurs qui ont raflé et déporté, l’ilot 5 sur les harkis, la population la plus nombreuse jamais internée au camp, l’ilot 6 sur l’existence presque miraculeuse de ce Mémorial, longtemps laissé dans un oubli bien confortable.

Les « Justes » en lumière

« Depuis dix ans, le savoir historique sur le lieu et le vécu des différentes populations qui y ont été internées ou rassemblées a progressé », constate le président du Conseil scientifique, Laurent Joly. Les derniers travaux des historiens se trouvent ainsi valorisés dans le nouveau parcours muséal. Précisément « l’organisation des ilots, leur répartition entre l’armée (partie militaire du site) et le ministère de l’Intérieur (camp d’internement) seront montrées de manière plus claire mais aussi plus palpable qu’auparavant », annonce-t-il. « Le rôle du camp dans le dispositif génocidaire de l’été-automne 1942 en zone libre est lui aussi mieux connu depuis les travaux d’Alexandre Doulut(*), ajoute Laurent Joly. On sait désormais pourquoi tant de familles juives passées par Rivesaltes ont pu échapper à la mort, tandis que 2 300 individus ont été déportés à Auschwitz-Birkenau ». Le rôle des « Justes » mis en lumière. La refonte du Mémorial, très réussie, rend ainsi davantage justice à ceux qui y ont été enfermés et ceux qui leur ont porté secours.

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 29 mai 2026)

(*) « La Déportation des Juifs de France, changement d’échelle » (CNRS Éditions).

Carole Delga. « S’ériger en gardien de l’Histoire »

Présidente du conseil d’administration de l’EPCC Mémorial du camp de Rivesaltes, Carole Delga est aussi, via la Région Occitanie, l’un des principaux soutiens de ce lieu de mémoire unique dans la région.

La Région investit plus d’un million d’euros(*) dans la refonte du parcours visiteurs du mémorial, qu’est-ce qui exigeait cet effort financier ?

Le Mémorial un lieu de la mémoire vivante de notre monde contemporain et son historiographie ne cesse de progresser. Nous nous devons de continuer à transmettre l’histoire des plus de 60 000 personnes qui y ont été internées. Je souhaite en cela rendre hommage à Jacques Chamoux, Joël Mettay et Claude Vauchez et à tous les militants de la mémoire qui ont œuvré pour qu’elle ne tombe jamais dans l’oubli. C’est la raison d’être de ce nouveau parcours d’exposition actualisé, modernisé et réalisé sous maitrise d’ouvrage de la Région, avec le soutien du Département et de l’Europe. Avec toujours la même ambition, celle que portait Christian Bourquin: faire du Mémorial un lieu de réparation, de réflexion et de transmission.

Ce lieu est évidemment politique, quel est son rôle en 2026, dix ans après son ouverture ?

Les attaques récentes portées par le RN contre le Mémorial et ses équipes doivent nous alerter. Elles sont le signe d’un glissement politique qui s’opère dans de nombreuses démocraties, où nous voyons à grande échelle se multiplier les tentatives de réécriture et de falsification de l’histoire. Je viens de sortir un livre sur Léon Blum et le procès de Riom qui résonne avec le moment que nous vivons, marqué par la réélection de Donald Trump, l’influence d’Elon Musk, le règne des algorithmes ou encore les ingérences étrangères. Lorsque le récit historique devient l’instrument de projets politiques, alors le danger n’est jamais loin et nous devons nous y opposer et rétablir la vérité des faits. C’est le rôle de ce Mémorial et de son conseil scientifique dirigé par Laurent Joly : Sériger en gardien de l’Histoire.

Le public des scolaires est très présent à Rivesaltes (20 000 par an), comment inciteriez-vous le grand public, dont la population locale, à rencontrer son histoire ?

Chaque année, les équipes pédagogiques du Mémorial travaillent avec les jeunes d’Occitanie pour opposer aux approximations les faits, les témoignages et les archives. Chaque année, la Région permet a de nombreux lycéens de se rendre à Auschwitz et Rivesaltes pour travailler sur le devoir de mémoire. Avec cette nouvelle exposition permanente, nous disons à tous les habitants d’Occitanie que cette histoire, celle de notre territoire, c’est leur histoire. La connaître, la comprendre, se l’approprier, c’est se porter garants de la démocratie de demain.

Recueilli par F. Michalak (L’Indépendant, le 29 mai 2026)

(*) Le coût total de 2,6 millions d’euros est supporté par les fonds européens FEDER (1,13 ME), la Région Occitanie (1,05 M€) et le conseil départemental des P.-O. (408000 €).

Alice Rufo. « Préserver ce lieu est une priorité »

Alice Rufo est ministre déléguée aux Armées et aux anciens combattants.

Vous serez ce vendredi à l’inauguration de la nouvelle muséographie du Mémorial du camp de Rivesaltes, ce sera votre premier passage ici. Qu’attendez-vous de ce nouveau parcours ?

Dès ma prise de fonction, j’ai exprimé le souhait de venir au Mémorial du camp de Rivesaltes. Celui-ci entre en pleine résonance avec la politique mémorielle du ministère des Armées et des Anciens combattants que je porte et que je souhaite perpétuer à travers les Assises du Monde combattant lancées en avril dernier. À l’heure où disparaissent les derniers témoins, il est essentiel de pouvoir conserver des traces de leurs témoignages et de savoir les restituer et les transmettre aux jeunes générations.

La singularité de ce mémorial est qu’il témoigne de l’enfermement de Républicains espagnols, juifs, harkis, tsiganes, soldats allemands, prisonniers FLN… un cas unique en France…

Cas unique et qu’il est important de conserver, encourager et soutenir. Le mémorial réussit à préserver et transmettre ces différentes mémoires, liées à la fonction du camp militaire de Rivesaltes comme camp de rétention entre 1941 et 1966 sans les opposer les unes entre elles, avec une approche scientifique qu’il faut maintenir. La nécessité de préserver ce lieu est apparue comme une priorité et a été portée notamment par Robert Badinter, parrain du Mémorial.

À Rivesaltes, des ossements d’enfants harkis morts au camp ont été exhumés et déplacés sans avertir les familles qui cherchent à identifier les leurs. Quelles informations a le ministère ?

Ce dossier, particulièrement sensible et douloureux pour les familles, est suivi de près par le ministère des Armées et des Anciens combattants. Nous souhaitons faire toute la lumière sur ces faits. Des réponses ont notamment pu être apportées aux familles. Je sais qu’il reste encore des zones d’ombre, des choix à faire par les familles concernées et avec la Ville de Rivesaltes. Nous continuons de travailler en lien étroit avec l’ensemble des acteurs locaux, bien sûr la préfecture et l’Office national des combattants. Je suis ce dossier et nous sommes régulièrement informés des avancées.

Vous faites un déplacement mémoriel dans le département, aussi à Port-Vendres et à Thuir avec des collégiens qui travaillent sur la déportation des juifs de Rivesaltes. Comment l’État soutient-il la transmission de ces mémoires ?

Le monument à la mémoire des militaires français portés disparus en Algérie de Port-Vendres est érigé, grâce à l’accueil de la ville et à la générosité de plus de 2 500 donateurs individuels, de 150 associations et au concours du ministère des Armées. Il est le produit d’un double combat politique et archivistique de l’association Soldis et de son président le général Foumier qui se consacre à la reconnaissance et la découverte des soldats français encore disparus de la guerre d’Algérie. Ce travail de mémoire et de transmission est d’autant plus important ces temps-ci que les mémoires sont instrumentalisées par certaines forces politiques. Comme l’a rappelé le Président de la République lors de sa visite à Alger en 2022, c’est une force que de pouvoir regarder l’histoire en face.

Vous étiez vous-même en Algérie au début du mois…

Oui, c’était l’un des sujets abordés avec les plus hautes autorités, et c’est pour cela que j’avais souhaité convier l’historien Benjamin Stora dans ma délégation. Ce travail nous devons le conduire avec lucidité. C’est pourquoi aujourd’hui j’ai également souhaité que Françoise Dumas, présidente de la Commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les Harkis et les autres personnes rapatriées d’Algérie, et Hocine Bouares, vétéran harkis, m’accompagnent. La transmission passe par notre jeunesse. A travers des projets pédagogiques comme ceux conduits avec le mémorial de Rivesaltes les élèves se confrontent au défi que constitue la recherche de la vérité dans les archives. Cela contribue aussi à développer chez eux les ressources d’une citoyenneté renforcée. C’est précisément cette force que transmettent les enseignants du collège de Thuir à leurs élèves.

Recueilli par F. Michalak (L’Indépendant, le 29 mai 2026)

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