Ille-sur-Têt. Jardins familiaux interdits d’accès : « C’est notre seule bouffée d’air » (L’Indep)

La mobilisation se poursuit pour sauver les jardins familiaux.

Réunis jeudi 27 août devant la salle La Catalane, où devait se tenir un conseil municipal, les usagers des jardins familiaux ont une nouvelle fois demandé à être entendus par la municipalité. Celle-ci souhaite en effet revoir l’aménagement de ces parcelles après l’incendie de Trévillach. Mais, le conseil a finalement été reporté…

Depuis l’incendie du samedi 4 juillet, le devenir des 18 jardins familiaux est au cœur d’un bras de fer entre les occupants et la mairie. La municipalité, qui invoque les risques liés à la proximité d’un couloir de feu, a notamment interdit l’accès aux terrains par arrêté le mardi 11 août. Les jardiniers, contraints et forcés d’abandonner leurs cultures, eux, contestent cette fermeture. Ils réclament une véritable concertation sur l’avenir du site.

Ce jeudi à 18h, près d’une centaine de personnes ont répondu à l’appel des mécontents. Parmi elles, des jardiniers, mais aussi des familles, des habitants d’Ille-sur-Têt et des personnes venues des communes voisines pour soutenir leur revendication. Une dizaine de policiers municipaux et de gendarmes était également sur place pour encadrer le rassemblement qui s’est déroulé dans le calme. Les manifestants sont restés devant la salle, vide d’élus, où plusieurs prises de parole se sont succédé.

Marie-Josée, une Illoise, a rappelé « l’ancienneté des jardins » et « leur importance pour la commune ». Elle a annoncé chercher des solutions auprès du nouveau maire, Alain Fabresse : « Lors d’un entretien le mardi 21 juillet, il est resté ferme sur sa décision ». Pour Hayad, ces jardins représentent bien plus qu’un terrain à cultiver. « C’est le seul coin de jardin qu’on a avec ma famille, c’est notre seule bouffée d’air », témoigne-t-elle. Elle explique y cultiver, récolter et élever des poules, mais aussi installer une piscine et organiser des repas pour les enfants. « Je regrette surtout de ne pas avoir plus d’information sur le devenir de ces parcelles, ni les solutions proposées aux familles ». Sarah, qui a eu une altercation avec un élu, insiste elle aussi sur le besoin de dialogue. Elle décrit les jardins comme « des lieux de partage, de solidarité ».

L’incompréhension et la colère imprègnent ces prises de paroles, où l’on ressent aussi beaucoup de tristesse. « Je suis peiné pour ces jardiniers. Je ne pensais pas qu’on en arriverait là », a déclaré Alain Margalet élu d’opposition. Il a également exprimé son espérance de discussion, persuadé « qu’ils peuvent faire quelque chose ensemble ».

Parmi les soutiens aux manifestants, Dominique Benoit, ancien élu, adjoint au maire William Burghoffer chargé de l’environnement et du développement durable et ancien responsable des jardins familiaux, rappelle avoir suivi leur fonctionnement entre 2001 et 2014. Pour lui, ces jardins font partie du « patrimoine de la commune » et « leur suppression ne peut se faire sans aucune consultation ».

La mobilisation dépasse les seuls jardiniers. Jeunesse populaire du Conflent et alentours, la Confédération paysanne, ainsi que des habitants venus notamment de Perpignan ont pris la parole. Tous insistent sur le rôle social, agricole et patrimonial de ces terrains communaux. Dans la foule, des habitants qui pourtant ne possèdent pas de jardins partagent cette inquiétude. « Ça fait partie de la culture, de l’histoire de la ville », estiment-ils tout en regrettant que le maire « n’ait pas pris davantage le temps de discuter » avec eux.

Contacté, le cabinet du maire explique que depuis l’incendie de Trévillach, « beaucoup de dossiers sont à traiter » et que « la municipalité n’est pas encore prête à délibérer » à ce sujet. Aucune nouvelle date n’a été communiquée pour un prochain conseil municipal.

La mobilisation s’est achevée par une photo de groupe, au cours de laquelle les participants ont scandé, les poings vers le ciel, « Résistance ! ».

Une pétition contre la décision municipale a circulé parmi la foule.

Lola Gilbert (L’Indépendant, le 29 août 2026)

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