Ille-sur-Têt. Les jardins familiaux menacés d’être rasés interdits d’accès (L’indep)

Menacés d’être rasés par la mairie car situés dans un couloir de feu, les jardins familiaux d’Ille-sur-Tet sont interdits d’accès aux usagers selon un arrêté municipal publié le mardi 11 août. Une décision prise dans un contexte tendu entre les habitants concernés et la municipalité depuis l’immense incendie de Trévillach, d’Ille-sur-Têt et des environs.

« Tristes. Dégoûtés. » Celles et ceux qui entretenaient depuis des décennies les jardins familiaux d’Ille-sur-Tet, au lieu-dit le Tuire, ne cachaient pas leur amertume, hier, en découvrant à l’entrée un arrêté municipal intitulé « Interdiction d’accès à un espace publie pour raisons de sécurité publique ».

Une plainte déposée

Signé du mardi 11 août 2026, ce document faisait savoir que les lieux étaient interdits « à toute personne non autorisée, jusqu’à nouvel ordre ». Considérant qu’il y a « un risque pour la sécurité des personnes en raison de son état de dégradation » et que « des personnes étrangères à la propriété concernée pénètrent sur les lieux, s’exposant ainsi à des risques graves portant atteinte à la sécurité publique ». Selon les informations de L’Indépendant, il intervient deux jours après une altercation qui se serait produite entre des personnes entretenant les jardins familiaux et un élu.

Une plainte a été déposée et une enquête a été ouverte, après qu’une personne se serait vue infliger un coup ayant entraîné, à la suite de plusieurs examens médicaux, une ITT (Incapacité Temporaire Totale) de deux jours. En fonction de l’évolution des investigations, la municipalité se réserve le droit d’agir en justice.

Pour rappel, cette décision s’inscrit dans un contexte où il y a quelques semaines après le feu immense qui a parcouru Trévillach, Ille-sur-Tet et les environs, les occupants des jardins familiaux apprenaient que la municipalité allait raser les parcelles, cultivées et peuplées d’animaux de basse cour, car situées « dans un couloir de feu qui longe de Casenoves jusqu’au chemin de Regieille », d’après le maire Alain Fabresse. Il expliquait alors à L’Indépendant vouloir « repenser tout l’aménagement du territoire » tout en réfléchissant à des solutions de repli pour satisfaire les familles qui n’avaient pas encore de nouveau lopin de terre à entretenir.

Un bras-de-fer s’enclenchait alors entre les parties. Au point, pour les usagers des jardins familiaux, d’organiser une manifestation sous les fenêtres de l’hôtel de ville au début du mois d’août. En cause, selon eux, non seulement la privation de leur coin de verdure mais aussi « le manque de communication du maire » disaient-ils alors à L’Indépendant. Ils envisageaient même, « si le maire ne nous répond pas », à se « mobiliser » lors d’une « réunion publique avec la mairie », ou encore en organisant « une grande manifestation paysanne ». À ce jour, « nous attendons toujours un rendez-vous. Et nous n’avons toujours rien », déploraient auprès de L’Indépendant les principaux concernés.

Laura Causanillas (L’Indépendant, le 13 août 2026)

« Il est de ma responsabilité de protéger ces gens-là »

« Ce n’était plus possible d’avoir des parcelles en l’état, la réalité est là. Il est de ma responsabilité de protéger ces gens-là. »

Contacté par L’Indépendant, le maire Alain Fabresse justifiait la publication de son arrêté municipal vu « les parcelles des jardins familiaux du lieu-dit le Tuire pas toujours entretenues, et la présence de ferraille, de bonbonnes de gaz, de bâti, de barbecues… Là ou le feu du mois de juillet est passe. Vous vous rendez compte, pour les habitations de la rue Mouillard à proximité, la situation aurait pu être catastrophique.

Il certifiait, qu’avant parution dudit document, « le 21 juillet et le 11 août, des courriers ont été envoyés aux intéressés pour leur signifier la situation et des élus sont allés à leur rencontre pour les prévenir de nos attentes et notre demande à quitter les lieux dans les meilleurs délais comme le stipule le contrat qui lie la municipalité aux occupants des jardins familiaux. Après, chacun dit qu’il reçoit ou pas… » Et précisait, « que si l’on veut me voir, il n’y a aucun problème, mais il faut être résident d’Ille-sur-Têt ». Il rappelait enfin « que des parcelles sont disponibles aux jardins familiaux Henry Demay (situés à proximité du camping municipal Le Colomer, NDLR) » et « qu’une véritable réflexion va être enclenchée sur notre territoire face au danger des feux ». En effet, sur au moins 3 kilomètres, depuis Casenoves jusqu’au lieudit de Régleille, « tout un axe le long de la rive gauche de la Têt pourrait voir une requalification de ces espaces pour du pastoralisme, de l’agriculture, de la viticulture, des jardins botaniques pour faire tampon ».

La. Ca (L’Indépendant, le 13 août 2026)

Ille-sur-Têt. Des citoyens qui veulent être entendu (L’Indep)

« On ne va rien lâcher. » Opposés à une décision municipale de fermer voire même de raser les jardins familiaux qu’ils entretiennent en famille depuis des décennies, des habitants d’Ille-sur-Têt et leurs soutiens ont passé la seconde, quelques jours après avoir déploré cette décision.

Hier matin, sous les fenêtres de l’hôtel de ville, ils ont organisé une manifestation et fait entendre leur mécontentement. Plus que l’émoi encore de voir disparaître leur « petit coin de jardin pour prendre l’air », « ce lieu de liberté », « ce bout de terre qui joue un vrai rôle économique et social », les riverains concernés y ont déploré « le manque de communication du maire ». Si d’ici un mois leurs appels du pied restent lettre morte, ils seraient prêts à envisager de nouvelles actions.

« Nous sommes des Illois, des citoyens qui veulent être entendus », martèle Leticia. « Nous sommes ouverts au dialogue », renchérit Fatima. « Que le maire vienne à notre rencontre, que l’on ait des explications ». « Nous avons tenté à plusieurs reprises de rentrer en contact avec lui ou de prendre rendez-vous en mairie. Rien », assurent les deux jeunes femmes.

« Nous avons des animaux qui vivent aux jardins familiaux. Nous voudrions savoir ce que nous allons faire d’eux si nous devons partir », anticipent les intéressées. « Autre chose », poursuivent-elles. « Nous avons appris, depuis l’incendie de Trévillach (qui a parcouru près de 5 000 hectares dont une partie à Ile-sur-Têt, NDLR), que les jardins familiaux sont sur un couloir de feu. Nous voulons assurer au maire que nous sommes prêts à payer la location des jardins tous les mois pour continuer à les entretenir, et même à payer les travaux pour mieux les aménager. »

« Si le maire ne nous répond pas, nous avons réfléchi à comment nous mobiliser d’ici un mois », préviennent-ils. Ainsi, outre de nouvelles demandes de rendez-vous, « pourquoi pas organiser une réunion publique avec la mairie invitée », ou encore « une grande manifestation paysanne de pair avec un syndicat paysan. Pour mettre un nouveau coup de pression ».

Contacté à plusieurs reprises hier, le maire d’Ille-sur-Têt n’a pas donné suite à nos sollicitations. Interrogé par l’Indépendant la semaine dernière, il évoquait la possibilité de déplacer six familles vers des « parcelles disponibles dans les autres jardins familiaux Henry Demay ». Il avait aussi précisé que la mairie cherchait « une solution pour satisfaire » les trois dernières familles qui n’auraient pas encore pu être relogées.

Laura Causanillas (L’Indépendant, le 4 août 2026)